15.05.2012
Desperate Housewives (Saison 8) Wisteria Lane ferme boutique

Après huit ans de commérages, Desperate Housewives s'achève. Huit ans d'existence pour lesquelles ces héroïnes ont été les porte-parole des ménagères et du syndrome voisine intrusive. Huit ans, est plus que la durée de vie d'un couple ou d'un poisson rouge. C'est l'âge d'une série culte.
En 2004, avec Desperate Housewives, l'Alphabet révolutionnait le genre de la série publique. Huit ans plus tard, alors que les networks adoptent des lignes éditoriales chaotiques, que les séries publiques ne sont plus que des vastes fumisteries prétextes à tout sauf à la création, Desperate Housewives s'en va. Elle refuse l'ultime contrat de prolongation pour partir au bon moment, même si c'est déjà un peu trop tard.
Cette année, Desperate Housewives comptait donc sur l'émotion, retourner aux sources et faire preuve d'un ultime élan mélo pour se faire une place au cimetière des séries, se trouver un coin paisible, un peu visité, pas loin de la pierre de Six Feet Under ou du tombeau vert-de-gris de Twin Peaks.
Pourtant, la saison n'aura pas été si délicieuse, ces mêmes tics dramatiques qui ont phagocyté la série depuis sa seconde saison n'ont pas été éparpillés parmi les vestiges de Wisteria Lane. Toujours chroniques, les mêmes excès dramatiques, le manque de cohérence, la même hypocrisie qui règne sur le comportement fantasque mais conservateur de cette grande production. Toujours les mêmes histoires, pour un retour aux sources. Celui d'un meurtre en milieu paisible.

La victime de l'année s'appelle Alejandro. Il est l'ex beau-père de Gabrielle, qui a abusé d'elle lorsqu'elle avait seize ans. Une réapparition lors d'une soirée d'amis et tout reprend vie. Le coup mortel et les cachotteries, la complicité entre ménagères, les petits aveux et les gros chantages. Pour sa saison conclusive, Desperate Housewives aura poussé le vice du soap à son cran maximal, jusqu'au procès ultime où Bree est accusée de meurtre, devant les yeux chagrinés de ses copines.
La tension se voulait immense mais depuis longtemps à Wisteria Lane, l'intensité s'est faite la malle. Reste une poignée d'histoires sentimentales dans lesquelles les quatre héroïnes composent, avec leurs habitudes, leurs jeux appris par coeur. Quelques épisodes touchants pourtant qui assurent le divertissement, la séparation entre Lynette et Tom, les nouvelles responsabilités de Gaby, le deuil de Susan et la fin d'un règne pour Bree, qui ici aura été toujours la grande victime, celle des divorces, de l'alcoolisme, des trahisons familiales, des accusations, des bizarreries sexuelles, des cruautés féminines. Heureusement, Marcia Cross est une créature exquise. C'est elle la vraie desperate housewife, celle qui restera.
Codée à l'envi, Wisteria Lane partira inchangée. Derrière les répliques cinglantes et les péripéties improbables. L'épisode final en est l'ultime symbole. Le symbole du soap épuisé, qui renouvelle ses recettes, qui rebondit de façon arrangeante, façon pot-pourri sériel, en emmêlant mariage, décès, naissance, retrouvailles et départs dans son sac troué.
Desperate Housewives part dans le soulagement, celui d'une équipe à l'inspiration émoussée et celui du public, le plus souvent indifféré. Mais derrière elle, elle laisse la banlieue, son héritage immense désormais partout. Malgré ses lacunes, Desperate Housewives, ce mode de vie, ce genre de feuilleton, ce regard quotidien, cet esprit, on s'en souviendra très longtemps.
6/10

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17.04.2012
Girls (Saison 1) Etre une fille après Carrie Bradshaw

Pour HBO, il fallait bien des sacrifices (Hung, Bored to Death) pour accueillir une série de la qualité de Girls. Cette nouvelle recrue sur la vie de quatre demoiselles vingtenaires à New-York de nos jours fait enfin la transition entre le juvénile sans liant et l'amèrement réaliste. Il était temps.
Produit par Judd Apatow, -le mystère reste entier-, Girls est à des années lumière des produits ados où de jeunes beaux brillent par leur impertinence, leur ironie et leur air fringuant. A l'inverse, Girls est une photographie actuelle, un instant vrai, dans lequel évoluent quatre jeunes filles ordinaires, et même un peu vilaines. Et c'est peut-être ça la réelle différence entre les séries préfabriquées et les propositions artistiques.
Girls est créée, écrite et jouée par Lena Dunham, cette américaine juive de vingt-six ans (un parcours qui file des complexes mais c'est un risque à prendre), fraîchement diplômée, sans réelle trace artistique derrière elle, à part qu'elle est une new-yorkaise pur souche et qu'elle connaît son sujet.
Dans la série, elle interprète Hannah, une jeune fille de vingt-quatre ans qui poursuit un stage indéfini dans une petite maison d'édition en parallèle d'un manuscrit qu'elle écrit et qu'elle juge générationnel ou presque. Pour l'écriture, pour New-York, pour sa vie, elle a besoin de l'aide financière de ses parents mais ceux-là jettent l'éponge, Hannah doit se débrouiller seule.

Dans la contrainte, Hannah est consciente de la réalité. Pas d'ambition trop naïve, de discours neuneu, ni d'humour witty à la série californienne, cette jeune fille, à l'image de la série, a la tête sur les épaules et les pieds dans des godasses abîmées. Ses copines sont comme elle, pas très jolies, mais raffinées, du charme quelque part, un ton, une empreinte. Son petit-ami, idem, un ancien obèse, au corps difforme, un visage étrange, et des lubies qu'il fait appliquer cul-nu sur son canapé-récup de couleur vert bouteille.
Pour autant, Girls n'est pas excessive. Ni glamour ni garage, la série ouvre la voie à une nouvelle héroïne, la fille après Carrie, une girl next door citadine, actuelle, qui connaît le marché du travail et les petits boulots, les boutiques cheaps et les rêves têtus.
Il n'est jamais question de renier l'héritage new-yorkais flamboyant de la bande à Bradshaw mais Girls sait aussi composer avec la réalité, pas de façon in comme How To Make In America, ni même en mode hipster comme I Just Want My Pants Back. La série refuse les répliques dosées et les personnalités marquées, elle préfère jauger les expériences, questionner les incertitudes.
Girls est une série fine, imprévisible, gentiment amusante, comme une rencontre. Avec Enlightened, elle est la nouveauté de la saison.
9/10

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12.04.2012
GCB (Saison 1) Vacheries religieuses entre texanes

Avec l'arrêt de Desperate Housewives, ABC planifie ses hivers prochains. Autrefois appelé Good Christian Bitches, désormais réduit à son acronyme, GCB, la chaîne de l'alphabet mise sur de nouvelles quadras. Manipulatrices, plantureuses mais surtout pieuses. L'habit du moine n'a qu'à mieux s'enfiler.
Dans le genre soap, la place sérielle est bientôt vacante. Avec l'arrêt contractuel de Desperate Housewives, ABC devait rebondir. Et réembaucher des femmes hystériques capables d'attirer les marchands de lessive. Dans GCB, elles sont de taille : Kristin Chenoweth, Leslie Bibb, Miriam Shor, Marisol Nichols. Des pur-sang Texas, 100% gros coeur, bagouzes et livrets chrétiens.
Mais à en trop faire, ces chrétiennes du Texas frôlent le vulgaire et l'anti-ironie. Kristin Chenoweth qu'on choyait depuis Wicked et Pushing Daisies est réduite au rôle de moraliste de bénitier, peau cramée sur les eaux, plaque capillaire peroxydée. La pauvre actrice est pourtant celle qui mène le jeu. Avec le retour prodigue de l'ancienne star du lycée, Amanda Vaugh, jouée par Leslie Bibb (jamais très attachante), elle et sa clique, désormais reines sur leur sol natal, se vengent de leur ex-impopularité et en font des tonnes. Et rien n'adhère vraiment.

Coups bas, vacheries, sermons, le ton est donné, mais sans évoluer. Dans les premiers épisodes, la série accumule les scènes tirant vers le foutraque et le kitsch grossier. On suit ce groupe de femmes, leur mariage partant à vau-l'eau, leurs lubies absurdes et leurs relations superficielles dans un monde de bouseux formaté, cathodiquement surexploité. La série a pourtant du potentiel, de nombreux personnages et une base "littéraire" en guise de matériau. Mais l'Amérique profonde ne plaît plus, surtout ses clichés sociaux, sexuels, moraux et ses excès en toc.
Si l'originalité religieuse réside dans le concept de GCB, il ne présente aucun intérêt. A Dallas, le mauvais goût prime sur l'évolution dramatique et l'attachement des personnages, à tel point que la série refuse l'amélioration, malgré un bon second épisode, et campe sur positions médiocres. Jamais croyante, toujours caricaturale, scénaristiquement pauvre, GCB cultive le prime time soap gonflé sur les bancs d'église, sans l'allure du feuilleton de Wisteria Lane, sans son ironie et ses grandes actrices.
Dans le genre béni d'ABC, il faudra faire une croix sur GCB. Et attendre plutôt Devious Maids l'an prochain, créé par l'indétrônable Marc Cherry.
3/10

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04.04.2012
Missing (Saison 1) Ashley Judd dans l'impasse

Les séries programmées à la mi-saison sont généralement porteuses d'une ADN médiocre. Missing, programmé depuis peu sur ABC, n'échappe pas à la règle.
On espérait beaucoup de Missing, portée par Ashley Judd, cette actrice attachante, habituée aux thrillers nanars puis soudainement révélée dans des surprises de taille (Bug, Frida). Mais Ashley a vieilli. Au visage botoxé, courbes tirées, à la plastique ridée proche de celle de Teri Hatcher, Ashley semble vouloir s'imposer à la télévision comme par dépit, avec le défaitisme d'une actrice résolue.
Dans Missing, l'actrice joue une mère protectrice, ex-espionne affûtée, qui part sur les routes d'Europe pour retrouver son fils étrangement disparu. Si le concept est surexploité, si mal utilisé qu'il en devient d'emblée effrayant, on pouvait y croire un peu, à l'image de Vanished et Traveler il y a quelques années. Mais Missing n'entretient aucun espoir et s'ouvre sur un pilot des plus affligeants.

Tout dans les scènes inaugurales de Missing respire le daté. Scindée en deux thèmes, familial et espionnage, la série se veut à la fois guimauve et trépidante mais elle n'attire ni l'empathie ni l'énergie.
Des scènes mélo entre la mère aimante et son rejeton fidèle sont dégoulinantes de bêtise tandis que les scènes d'action sont terriblement surfaites, précipitées et inutiles. Ashley Judd se retrouve dans la peau d'une quadra au style cougar, poursuivie par des têtes méchantes, farfouillant dans les capitales européennes des indices clichés corrélant la disparition de son fils.
Vespa et fontaine de Trevi pour la partie italienne, Tour Eiffel à chaque plan, à chaque réplique pour la partie parisienne. Truffée de plans abominablement truqués, la série perd la seule conviction qu'elle aurait pu détenir : le côté global d'une hyper-production. A défaut, elle devient cette série aux apparences minables, se contentant de jouer sur les lieux-communs et les grosses ficelles de son genre sclérosé.
Photographie vilaine, mise en scène poussive, écriture déplorable, difficile avec ça de passer outre le concept surexploité de Missing. Résultat, une série archi-formatée et agaçante.
2/10

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25.03.2012
The L.A Complex (Saison 1) Le show-biz sous les décombres

Le tout-Hollywood méritait qu'on lui consacre une série. Si Showtime s'y essaie légèrement avec ses programmes actuels, rien n'a encore été vraiment fait. Il aura donc fallu attendre The L.A Complex, série d'origine canadienne, pour faire évoluer une bande d'artistes de tout horizon dans les boulevards poisseux et impitoyables de L.A. Malheureusement, on reste sur notre faim.
A quelques heures de la diffusion de The L.A Complex sur la CW, le constat est clair : Hollywood est le sujet sériel en or. Et la série canadienne l'a bien compris. A travers plusieurs profils de jeunes talents, acteur, actrice, chanteuse, danseuse, humoriste et même, producteur de rap, l'usine Hollywood est ici passée au peigne fin.
Toujours dynamique, la série canadienne dépeint un quotidien apparemment réaliste, fait de galères, de plans foireux et d'espoirs pailletés. Sa plus belle qualité, c'est de ne rien forcer. Jouer des castings vains, des relations superficielles, des discours insultants. La série accepte l'échec, dans un climat communautaire et chaleureux, une sorte de complexe post-universitaire où les artistes en devenir se rassemblent autour d'un petit groupe indé, louent des piaules pour pas cher et mettent en commun leur talent. L'ambiance est vite établie, lumineuse (on insiste sur les filtres jaune-orange parce que L.A est sulfureux) et chaleureuse .

Les pistes développées au cours de la saison se veulent globalisantes et thématiques, à l'image d'un film de Maïwenn. Du coup, la série veut bien faire, mais manque un peu de véracité. La plupart des personnages principaux n'ont rien d'attachant, notamment la jeune actrice qui galère ou l'anglais auto-destructeur qui perce. Des profils qui n'apportent aucune vraie valeur ajoutée à la série, se contentant de brasser les mêmes thèmes juvénilo-matures.
Parmi les histoires convaincantes, on gardera quand même à l'esprit celle de Raquel, actrice de série trentenaire désireuse d'un comeback à l'écran, tellement acharnée, tellement envieuse qu'elle finit par toucher. Autre personnage qui y croit, c'est Alicia, la danseuse pop, qui joue de sa blondeur et sa superficialité. Le point fort de The LA Complex, c'est d'avoir su écrire sa dérive, d'avoir osé évoquer l'industrie du porno.
Parce qu'à L.A, entre les talents juvéniles, la rue, les doublures de stars sur le Walk of Fame et le porno, il n'y a qu'un sautillon. Pour autant, la série n'ose pas la carte nocive jusqu'au bout, la méga-entreprise Vivid (pour les connaisseurs) y est dépeinte comme une grande famille aimante et soucieuse (une secte), au risque de susciter l'hilarité et le culot cathodique. Et c'est ce qui coince sur le long terme dans cette série. Désireuse de mettre en scène L.A sans cliché, la série ose des pistes supposées ambitieuses, mais le résultat est risible et embarrassant, à l'image de l'amour gay entre la star du rap et son jeune producteur, torturé et inepte.
Divertissante pour un temps, The L.A Complex est une série sage et inaboutie, dont certaines storylines saugrenues parasitent son bon déroulement.
6/10

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13.03.2012
Smash (Saison 1) On gesticule dans la compétition

Après l'échec redoutable de Playboy, on la joue prudent sur la chaîne du paon. Son nouveau drama est sous les projecteurs, et avec lui, Broadway, le chant, la danse, la sueur. Voilà un show tout public supposé enchanteur.
L'histoire est vieille comme le monde : un rôle majeur, deux concurrentes acharnées, plusieurs moyens d'y accéder. Le concept de Smash se lit vite, se vend aussi vite, à la vitesse d'une refrain entêtant. Pour une nouvelle comédie musicale sur la reine Monroe, deux jeunes Marylin s'opposent. L'une est jeune, nouvelle, une brunette au teint malicieux qui veut sa place, mais pas à n'importe quel prix. L'autre, une voix impeccable, aiguisée avec le temps et ses prestations nombreuses de choriste, une blonde aux formes très Marylin, une diva en puissance, au début sympathique.
Dans Smash, l'affrontement est de courte durée. Il ne s'agit pas seulement d'un casting, d'un concours trépidant. Si le doute plane toujours sur l'élue définitive, la série règle la question d'un trait, étonnamment, pour se focaliser ailleurs, peut-être le plus intéressant. Les coulisses de la production, de la création, de la mise en scène. Tout est mis en lumière, avec rythme, à traves plusieurs personnages piliers, dont Debra Messing (Will & Grace) et Anjelica Huston. Du beau monde, oui, sous la jupe de Marylin.

Dans Smash, le tout est évidemment cousu d'un fil légèrement épais, mais qui jamais ne vient gratter le matériau purement artistique de Smash. Naturellement destinée aux amateurs de comédies musicales et de gros coffres, la série ose l'écueil du soap. Des trahisons faciles, des rédemptions tire-larmes et des moments familiaux dont on se passerait bien. Mais Smash a une énergie, une envie de bien faire, qui lui donne une légitimité, un attrait supplémentaire qui domine.
D'ailleurs, si ce contrat est de bonne facture, c'est aussi parce que Smash n'est pas de n'importe qui : Theresa Rebeck, petite ronde aux boucles rousse, une femme qui ne dit trop rien à Hollywood. Mais qui de l'autre côté est une papesse, accumulant, Broadway et Off-Broadway inclus, plus d'une trentaine de spectacles dans sa besace. Une pro donc qui s'y connaît et qui donne à sa série musicale son allure brumeuse, ses scènes dansées et ses textes originaux, à faire complexer les pubères experts en plagiat de Glee.
Jamais sérieuse, toujours divertissante, Smash est une grosse production digne de Broadway, digne de cet héritage américain. Originale et inspirée.
7/10

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05.03.2012
Boardwalk Empire (Saison 1) L'ivresse au temps de la Prohibition

A l'occasion de la sortie en DVD de la première saison de Boardwalk Empire, son packaging impeccable et son livret photo des plus léchés, il est bon de revenir sur la nouvelle certitude de HBO.
Du HBO tout craché
Depuis le début, Boardwalk Empire ne s'en cache pas : elle est une fresque complexe, parfois déroutante. Au potentiel HBO-esque, la série bébé de Scorsese se situe entre fidélité historique d’une époque à la manière d’un Carnivàle ou d’un Rome bouillonnants et réinvention fictionnelle en roue-libre.
Rien qu’à la lecture du pitch, Boardwalk Empire, adaptation libre du livre de Nelson Johnson, Boardwalk Empire: The Birth, High Times, and Corruption of Atlantic City, en impose. Tout commence véritablement le 16 janvier 1920. Au jour de la ratification par une grande majorité des Etats Unis du traité de Prohibition, réglementant la vente d’alcool. Pour en profiter, un clan mafieux en devenir, à l’origine de la Pègre américaine, à sa tête, Enoch Thompson, le trésorier d’Atlantic City (Steve Buscemi) qui tire les ficelles de la ville et de ses pratiques souterraines, son homme à tout faire, Jimmy Damordy (Michael Pitt), un rescapé de la Grande Guerre aux séquelles prononcées ainsi que plusieurs hommes de l’ombre, notamment deux certains Al Capone et Lucky Luciano qui taperont dans l’oeil des historiens.
Cette première saison se veut passionnante et alambiquée. Tout est mis en oeuvre pour nous plonger dans l’authenticité léchée des années 20, cette ère post-guerre caractérisée par une libération des moeurs, une société en mutation, et des effusions en forme d’abus dans les salons privés ou bien les cabarets, les casinos et les brunchs. Sans trop d’esbroufe de style (quoique), Boardwalk Empire est d’abord une invitation formelle dans ce décor historique ultra-léché (20 millions de dollars pour 1h20 de pilot, ça fait quand même 285.000 dollars par minute de visionnage, alors autant écarquiller les yeux). Décor dans lequel gravitent de nombreux personnages, un atout complexe et assumé qui donne à la série des airs choraux.

Tiré au cordeau
Symbole des plus grandes séries, à commencer par celles de la chaîne à péage, la vaste galerie de la série est tout autant d’acteurs de poigne, Steve Buscemi, Michael Pitt, Kelly McDonald, Michael Shannon -éblouissant dans Take Shelter, que de personnages fictifs travaillés, jamais dessinés au trait facile.
A la hauteur des personnages et leur complexité, les pistes développées au cours de la saison inaugurale sont nombreuses et hautes. Au point que la radiographie s’avère volontairement brouillée : échafaudage narratif férocement alambiqué, intrigues à tiroirs, personnages inaccessibles, voyages temporels, montage frénétique, écriture dense, tout est conçu de manière grandiloquente, antididactique par des scénaristes conscients du potentiel dramatique de la série.
Pourtant, si la série atteste bel et bien d’un académisme de fond, la saison inaugurale se voit comme une récompense. Comme une intro de Six Feet Under ou de Carnivàle, elle s'appréhende. Des moments légers, moins mafieux, permettent d'ancrer la situation, notamment grâce aux personnages féminins rafraîchissants, gages de storylines familiales et sociales revigorantes, et accessoires indispensables des grands hommes d'Atlantic City.
Enchevêtrée à la complexité voulue des histoires principales et des intrigues isolées, la première saison de Boardwalk Epire s'avère flegmatique, pompeuse presque indifférente aux primes abords. Mais il s'agit d'une entrée en matière profonde et impressionnante qui rappelle peut-être les plus grandes séries de la décennie.
Si la première saison de Boardwalk Empire témoigne d’une ambition démesurée, probablement à la hauteur de son substrat et de ses grands airs dramatiques, la série s'est vite imposée en valeur HBO, typique certes, mais jamais dénuée d'envergure.
7.5/10

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19.02.2012
Touch (Saison 1) L'hyper-connexion du monde vue par Jack Bauer

On l'attendait plus, le Tim Kring. Depuis Heroes, série-évènement/pétard mouillé de NBC, le créateur engageant s'était volatilisé. Mais Tim Kring n'espérait que la fin de 24 pour engager Jack Bauer à sa cause et reprendre sa gageure à la fois humanitaire, sensorielle et grandiloquente. Mais cette fois sans cheerleader.
Déjà dans Heroes, Tim Kring avait porté son regard sur l'étude sociologique du petit monde, des réseaux, de la globalité et des six degrés de séparation. Il l'avait synthétisé en trois-quatre personnages, avec un japonais dedans, et la thèse était prouvée, son obsession, entamée.
Dans Touch, le sujet de la proximité devient son pilier. A travers les yeux d'un jeune garçon américain, de surcroît autiste, Tim Kring veille à ladite démonstration. C'est avec les pouvoirs, puisés de son autisme, de son intelligence hors-normes, que Jack Bohm s'adonne à des exercices de numérologie de haute voltige et prouve ainsi avec l'aide de son père, Kiefer Sutherland, et d'une assistante sociale, que le monde est intimement lié.

Sur le long terme, l'exercice est périlleux, l'idée peut paraître rapidement redondante ou excessivement naïve. Mais pour ses débuts, Touch s'en sort bien. Un fonds familial abouti, sans excès dramatique et la machinerie s'emballe.
Avec un esthétisme poussé, notamment un générique joliment léché et des images du monde très picturales, Touch mène cette mise en scène du monde pincée, effrénée, dévouée, dans laquelle évoluent des personnages de tout horizon. Si le contrat inoffensif est clairement établi, la quête de fond n'est pas encore bien définie, même si le personnage de Danny Glover, donne du souffle. Mais contrairement aux séries de J.J Abrams, Alcatraz en tête, Touch ne semble pas être dans l'enjeu de rendement, à vocation intrigante, des arcs mystérieux et d'un mythe caché.
Résultat, la série soigne ses personnages et ses épisodes one-shot. Kiefer Sutherland dont la côte a radicalement augmenté après 24 et Melancholia (le plus beau film de l'an passé, n'en déplaise aux cérémonies pompeuses) s'en sort bien. Dans ce rôle de veuf et de papa poule, frustré par la distance malade de son fils, mais désireux de résoudre ses mystères, Kiefer chamboule le monde. Encore.
Un divertissement familial plus qu'une démonstration lymphatique et exagérée du monde social, Touch parvient à s'en sortir, produire son effet et capter un petit intérêt.
6.5/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Critiques, Touch | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : touch, saison 1, tim kring, 24, kiefer sutherland, heroes |
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09.02.2012
Alcatraz (Saison 1) Geôle et histoires de revenants

Encore une fois, il s'agit d'une île, de mysticisme et de musique à la Giacchino. Pourtant ce n'est pas Lost, mais c'est tout comme, J.J Abrams est là, veillant au grain, toujours derrière les manettes, à mijoter ses coups, ce créateur démiurgique qui aligne les projets. L'expert en succédanés a concocté son Alcatraz avec une certaine minutie. Le résultat, emprunt de tous les ingrédients de la machinerie Abrams, se veut ébouriffant. Mais il laisse le cheveu plat.
Alcatraz, dans la vie comme à l'écran, est cette grande prison austère, abandonnée depuis cinquante ans. Abandonnée pas tellement puisque la série, diffusée sur la FOX, raconte cette drôle d'histoire, selon laquelle les détenus des années 60 se seraient comme volatilisés, pour mieux revenir, un demi-siècle après.
Dans la paume du bienveillant Abrams, on vogue alors entre deux espaces temporels, les années 60 -sans le chic de Mad Men mais qu'importe, ici on est sur du gratuit- et les années actuelles, dans lesquelles une détective, Rebecca Madsen et son équipe, enquêtent de près ou de loin sur ces détenus-revenants.
Malheureusement, le formula reste le roi sur la terre fertile de J.J. Comme Fringe, ou Lost à dose homéopathique, la série Alcatraz se fonde sur un contrat grossièrement procédural, qui en quelques épisodes n'intéresse pas tant. Cet aspect procédural, au schéma fastoche "un épisode, un disparu" d'où les titres, se résolvent avec le dynamisme bien connu du binoclard, son efficacité, sa rigueur, et aussi, ce manque d'allure débordante, ce côté hors-sentier jamais osé. Les disparus confinent à l'étrange, au mystérieux paranormal, enfin on essaie.

Pour amadouer le chaland, la mythologie, il y en a une, forcément. Elle se niche, du côté de Sam Neill, un ancien d'Alcatraz bien intriguant, officiellement impliqué dans ce gros coup monté. Au fil des épisodes, le mythe dévoile ses cartes, pose ses balises. Pourquoi les disparus ne vieillissent-pas ? Quelle est cette seconde Alcatraz ? Ces mondes encastrés, encore une histoire de marge ? Existe-t-il une société chargée de les missionner ? Et on pourrait s'interroger longuement, sans n'avoir jamais de réelles réponses.
L'actrice principale, Sarah Jones, présente une certaine froideur, rappelant Anna Torv à ses débuts. Mais l'actrice manque de grandeur pour susciter un rapide attachement. Heureusement, elle est accompagnée de sidekicks plus notoires, Jorge Garcia, le symbole adipeux de Lost qui ravira les âmes nostalgiques, et Sam Neill, l'acteur britannique, qui depuis Happy Town désespère de jouer les mystérieux à la télé.
Sûrement très divertissante, la série Alcatraz n'en est pas moins criblée de codes et de touches rabâchées. On apprécie le moment, sans l'idée saugrenue d'y passer toutes ses soirées.
5.5/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Alcatraz, Critiques | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : alcatraz, jj abrams, sarah jones, fox, jorge garcia, sam neill |
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25.01.2012
New Girl (Saison 1) Zooey Deschanel et son joli minois

Zooey Deschanel a enfin sa série : elle s’appelle New Girl et à peu de choses près, elle met en scène ce qui pourrait être la vie tendance et déglinguée de cette actrice qui l’est tout autant. Trop hype, non ?
On la déteste ou on l’adore pour des raisons équivalentes : Zooey Deschanel est une fille cool, un peu indé, un peu hype, qui roule des yeux, chante des airs rétro, porte des serre-têtes fluo et assume ses blagues poussives. Une fille bien quoi qu’il en soit. Evidemment, l’opportunité de créer une série à l’effigie de ce symbole du über-cool était immanquable.
Née de l’esprit d’Elizabeth Meriwether (la scénariste de Sex Friends), New Girl s’inspire de l’esprit du moment : celui des jeunes filles gentiment loufoques qui assument leur dinguerie en public et en font des couches. Zooey Deschanel, impeccable dans ce rôle, s’en donne à cœur joie. Dans le rôle d’une jeune fille récemment larguée, Jess, l’actrice impose son rythme de jeu. En jonglant entre les singeries d’une allumée et les pleurnicheries d’une paumée, Zooey occupe la scène, son premier plan, ses lumières, même le générique, à l’air désuet presque ridicule, sur lequel elle chantonne et danse avec conviction.

Résultat : la série prend une teinte délicate, revigorante lorsque Zooey Deschanel retrouve les mimiques déglinguées de son rôle dans Weeds. D’emblée, donc, la série séduit. Grâce à Zooey, sa gestuelle maniérée, ses blagues inoffensives et son esprit mutin.
Mais les qualités de New Girl sont rapidement cloisonnés au cas de la it girl, qui peine à transmettre son plaisir du jeu et son envie marginale au reste du groupe. Entourée d’une bande de mâles lambda, avec lesquels Jess vit désormais, la série rate le coche de l’humour masculin et sensible à la fois. Avec un trio faussement comique –Lamorne Morris, Max Greenfield, Jake J. Johnson, trois acteurs de série ordinaires que l’on croise de temps en temps en guest star dans des séries feuilletonnantes ou policières, New Girl manque de punchy et de mordant.

Presque vieillottes, les histoires autour de ces garçons, coach sportif, séducteur et barman, peinent à susciter un quelconque intérêt, malgré les moues crispées et les envies de plaire de ces héros diminués face à la présence (trop ?) excentrique de la brunette à leur côtés. Les trois héros ont beau ne pas agacer, ils manquent en drôlerie ou en charisme pour se rendre attachants, ce qui est problématique dans une série de personnages et de traits fins. Plus d’originalité dans leur caractère ou d’histoires de groupe donneraient à New Girl une meilleure vue d’ensemble, plus drôle et plus enlevée.
Mignonne comme tout, Zooey Deschanel reste l’atout unique de cette série gentiment bariolée qui a encore tout à prouver.
6.5/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Critiques, New Girl | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : new girl, saison 1, critique, fox, zooey deschanel |
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