25.10.2009

Cinéma : Inglorious Basterds ***

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Tout est ironique et boursouflé dans le dernier Tarantino, même son titre. Pas de message historique ni de code héroïque à suivre, le manuel de ces bâterds peu glorieux n’existe pas. Ou alors, il reste enfoui dans l’esprit foutraque du Créateur, qui, comme à son habitude mène seul la danse. Et le carnage.

 

Mais le film n’est malheureusement pas le bordel cinéphile qu’on fantasmait. Inglorious Basterds s’approchant davantage d’un Kill Bill sous amphét que d’un Pulp Fiction nazi, par sa linéarité et sa concision parfois trop rigide.
Le story-telling a toujours été le défi majeur du réalisateur grindhouse. Son arme de destruction massive, vecteur de chaos sanglant, mais aussi son plafond de verre. Toujours à la recherche d’une jouissance cinéphile et d’un plaisir cinglant brut, Tarantino s’essaie à toute narration et toute extravagance.
Mais le scénario d’Inglorious Basterds est alambiqué et le réalisateur se voit contraint de sacrifier sa forme narrative, réduite au classique, pour conserver l’histoire et les références, l’intensité et les jeux de pouvoir.

Et Tarantino n’est jamais trop sérieux quand il s’agit de magnifier la revanche, plus que le moteur du film, son leitmotiv amoral caustique. Jamais trop excellent quand il cisèle le mal, triture l’agonisant et scarifie son personnel aux abois.


Le film n’est alors qu’un arsenal explosif imminent, qui rivalise de machiavélisme impeccable, incarné par le tout-puissant Christopher Waltz et de vaudevire affecté, pathétique et ridicule. Le 7e art selon Tarantino, ce n'est que du nazi déglingué.
Scalps par centaine et four crématoire final sur fauteuils rouges-sang, ou la recette dérangée d’une pellicule bourrue et névrosée, qui se mange crue. Ou ne se déguste pas.

(8/10)

 

Et aussi en cette douloureuse rentrée, The Ugly Truth (3/10), Jusqu’à Toi (4.5/10), Midnight Meat Train (4.5/10)

Mais aussi, Pandorum (7.5/10), Numero 9 (7.5/10), District 9 (7.5/10) et Mary & Max (8/10)

Cinéma : Les Derniers Jours du Monde

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Ultime proposition des frères Larrieu, Les derniers jours du monde se voulait être un pari cinématographique curieux, un mélange des genres fantasmé pour réalisateurs calés toujours infatués.
Mais peut-on vraiment faire cohabiter amour, apocalypse et amertume dans un film d’auteur ronflant où Viard et Frot écorchent leurs manières de bourgeoises pour une version déchue d’Almaric même pas sexy ?

 

Un black-out planétaire sur couche de black-out amoureux, en version française, avec des acteurs nationaux et teinté de considérations philosophiques triées sur le volet, c’était la volonté de faire du Paul Thomas Anderson avec un matériau minimaliste digne de Yann Moix.

De côté les ambitions cinématographiques des Larrieu qui captent néanmoins de beaux visuels de la côte espagnole, l’histoire n’est alors qu’un vide intersidéral, recherche amoureuse nasillarde, semblant d’apocalypse d’une classe huppée, trop occupée pour s’inquiéter.


Mais le film ne se contente pas d’afficher son plus grand élitisme ridicule.
Grossièrement, il malmène le spectateur en l’abreuvant sans cesse de nourriture indigeste, faisant défiler les images comme des bombardements oculaires sans impact, l’obligeant à subir les péripéties burlesques d’une histoire initiatique abjecte où le postulat philosophique sur le genre humain cède la place à un défilé de vantardises de l’esprit, emphasées, ridicules et ternes.

(3/10)

Cinéma : The Brothers Bloom ****

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Passé inaperçu sous un titre français anti-folichon –Une Arnaque Presque Parfaite, the Brothers Bloom est une perle du petit cinéma américain, pas assez mainstream pour Sundance ni grandiloquent pour les Golden Globe , et pourtant remarquable.

Enivrantes et grassement initiatiques, les 2h15 de la supercherie frères Blooms sont en permanence discutées (jamais discutables). Sursauts de vérité, pétrifiés par un arsenal de simulacres dont seuls les Bloom ont le grand secret, le film est une interminable quête du sens, qui égaie, surprend et pique d’intérêt.
Mais détraquée à l’envi, la vérité aurait pu coûter la distraction d’un film foncièrement intelligent, trop même pour toujours brouiller les pistes et le spectateur.

 

Solide, toujours énergique, l’histoire s’envole avec la sublimissime Rachel Weisz, mutine de choix, adorable héritière esseulée multicarte, et Kinko Kikuchi, joyeuse (mais muette) manipulatrice d’explosifs, toutes deux expertes de l’art aigü de la loufoquerie et de la dérision, procurant au film son empreinte espiègle et décapante.

Le casting est rayonnant, au summum du goût. L’écriture est brillante, l’univers exfoliant et le propos à pleurer de rire, et de vraies larmes aussi. Un petite oeuvre pour une grande réussite.

(9/10)

24.10.2009

Cinéma : (500) Days of Summer ***

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« Le rock n’est pas une pose ». Alors c’est que le rock unit.
Summer est jeune et pleine de vie, vintage et faussement candide. Tom est un bon gars, plus roll que rock, plus spirituel que bellissime, mais attachant. Et tous deux, au détour d’un ascenseur, vont se découvrir un amour commun pour les Smiths (mais c’est Regina Spektor qui pourtant règne en fond sonore).

 

Aux apparences branchées ou affectées, (500) Jours Ensemble, symbole d’une sélection Sundance typique, porte un regard tantôt attendri tantôt cruel, mais toujours véridique, sur la mise en place amoureuse et sa coupure tragique.
Entre temps, de la tendresse, du rire et de la vie, propos habituels volontairement succincts, qui ne valent ni l’initiale attente, ni la désillusion finale, chers à Marc Webb, réalisateur.

Pas de coup de foudre réciproque ni de fusion amoureuse, (500) Days of Summer n’est pas tant un film d’amour qu’une tragédie chagrinée. Il est un film sur l’amour et sur le couple, vu comme le résultat structuré d’espoirs pour l’un, de compromis pour l’autre.

Une fois, l’alchimie en berne, l’enthousiasme amoureux consumé, (500) Jours Ensemble approfondit les états d’âmes, fouille dans les connexions relationnelles pour tirer sa richesse sentimentale. Naviguant toujours entre deux eaux ou presque, du lac lacrymal de l’homme éperdument amoureux à l’aridité indifférente d’une femme insoumise qui n’y croit plus, le film assume sa désillusion, s’en amuse, pour mieux s’en échapper.

Pied-de-nez pop et conceptuel, fait aux comédies romantiques éculées, (500) Days of Summer n’oublie pas l’amour comme racine de son étude et s’achève sur une nouvelle histoire, un nouveau départ.
Alors, hommage au genre ou critique de l’éternel recommencement ?

(7/10)

Cinéma : Non ma Fille tu n’iras pas danser ***

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Depuis ses Chansons d’amour, Honoré s’obstine à travailler son empreinte, ses audaces d’auteur qui saisissent l’écran par ses élans verbaux vigoureux, mais parfois vains.
S’il parvient ici à canaliser le bavardage, et même à s’envoler parfois sous des joutes brûlantes loin de son juvénilisme primaire, le réalisateur réussit ici surtout la forme de son portrait : instable, évolutif et personnel.

C’est le portrait d’une femme qui paresse, ne rêve plus, rejette, hystérise. Une femme qui dissimule à tous une colère brisée. Une femme qui, sous ses apparences assumées de mère monomaniaque, est entre deux-crises, deux brutalités. Indécelables à l’œil nu, incomprises par ce cocon familial trop ouvert pour entendre.

Sans discours dramaturgique, ni bon-vouloir psychologique, chaque scène malaxe puis martèle, frôlant souvent la démagogie ou l’écoeurement des sentiments complexes bien français, mais sans jamais trébucher.
Parce qu’Honoré virevolte avec son personnage qu’il soutient à l’envi. Fasciné par sa désinvolture et son tempérament infantile qu’il enjolive à démesure, le réalisateur se plaît à magnifier cette femme ordinairement belle, à filmer ses traits, sa chevelure grasse, ses mains tremblantes sans la déifier.

En conservant la cruauté de son propos, foncièrement égoïste et lâche, qu’il assume, sans artifice, sans démonstration, le cœur battant mais la plume assurée, Honoré écrit la chute d’une femme. Sa dégueulasse libération.

(8/10)

29.08.2009

Cinéma : en juillet, on rit, on pleure. Et jamais poliment.

 

Bruno **

Sasha Baron Cohen a retiré son string de Kazak pour le troquer pour la panoplie du parfait cliché homosexuel, godemichets compris, minaudant au doux nom de Brüno.
Plus qu’un prénom autrichien über-fashion, Brüno est un concept. Celui du mockumentaire gras-graveleux à la sauce Cohen, prétexte à engraisser la plus pédale des pédales incongrues. Pour la cause homosexuelle ? Le fun ? Rien de tout ça, Brüno penchant plutôt vers la caricature nauséeuse qui tourne vite court.

En assénant l’esprit avec remarques tendancieuses et scènes scato-prout, Brüno surprend, mais ne cogne jamais, ne fait jamais sens. L’homophobie de l’américain moyen qu’il désigne du doigt relève le plus souvent de la connerie générale du texan bouseux ou de l’attitude insupportable du bonhomme (difficile de ne pas perdre ses moyens lorsqu’un étranger s’exécute dans un spectacle narcissico- porno improbable).

Blockbuster déguisé (la scène avec les représentants israéliens et palestiniens fait penser à une fausse caméra embarquée) ou véritable pied de nez indie, le film laisse aussi perplexe quant à sa démarche et ses méthodes. Mais Brüno, l’imbuvable homo épilé, maquillé, effilé, tiré à quatre épingles pailletées, tour à tour en velcro, cuir, ou résille demeure un personnage. Un élément de one-man-show de splendeur, haut en couleurs fluos que l’on observe d’un œil amusé.

(5/10)

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Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé ***

A Poudlard, les élèves sorciers sont en proie à un nouveau fléau : la puberté.
Maléfices hormonaux, apparitions de rougeurs, potions de baisers volés, tours de jalousie et tapes du pied. Ron, Hermione, Harry : les sorciers fabuleux ne sont plus. Les adolescents en crise demeurent.
Ou comment le registre fantastique bêbête s’accapare d’une ambiance teen-movie relaxante sans jamais se compromettre ?

Poursuivant l’aventure du messie Potter, mais en lui ajoutant humeurs amoureuses et flatteries, ce volet conçu comme une transition légère, non sans efficacité, vers un destin funèbre (Les Reliques de la Mort) a su pimenter la saga Harry. En l’agrémentant de réalisme et de sentiments, en la désinhibant, en lui retirant sa pudibonderie innocemment lisse et ridicule. En rendant des personnages devenus caricatures d’eux-mêmes en trois ans, drôles, vaillants, enfin légitimes.
Comme quoi, se caler un temps sur Gossip Girl peut s’avérer fructueux.

(7/10)

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The Reader ***

 

On était sans nouvelles de Stephen Daldry depuis le majestueux The Hours, sorti en 2002. Avec The Reader, Daldry prouve qu’il aime s’entourer d’actrices de poigne (troquer Streep pour Winslet, c’est comme passer de la soie au cachemire). Il démontre surtout qu’il n’a rien perdu de sa superbe éloquence ni de son obstination à exposer les aspects psychodramatiques d’une histoire férocement tragique.
Celle d’Hannah Schmitz (incroyable Kate Winslet), une allemande illettrée qui s’amourache d’un jeune puceau, entre lectures et coucheries, avant d’être jugée pour son passé nazi.

The Reader prend son temps pour développer cette lourde histoire à tiroirs, où les rouages judiciaires évoquent les œuvres politiques des seventies, où l’émotion équivaut aux plus belles romances américaines déchues. Mais il le fait remarquablement. A l’image de cette héroïne au ban de la société, méprisée mais toujours haute.

Fidèle à l’establishment rigoriste (l’emploi bien malheureux de l’anglais dans un contexte entièrement germanique) et à l’académisme de ton (des allers-retours temporels et sentimentaux aurait donné davantage de profusion et de chaleur au propos), The Reader en vient à frôler à certains égards un trop-plein de sobriété. Au risque toujours imminent de perdre en authenticité et en émotion attrape-gorge. Mais tel est le parti-pris de ce film à l’ambiance quasi-clinique, qui se sauve toujours, en ne sauvant jamais son héroïne.

En ayant l’audace de condamner une héroïne dont la culpabilité est absolue, incontestée, le film, toujours digne, ne vire jamais manichéen, malgré le regard dérobé, implorant du jeune amant écoeuré mais encore amoureux. Parce que les crimes nazis dans The Reader ne sont qu’une toile de fond, c’est l’amour d’Hannah et Joseph, l’histoire. Leur destin, cette tragédie.

(8/10)

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Up ****

Est-il possible que La-Haut soit finalement le meilleur film d’animation des années 2000, surpassant les derniers Pixar, autoproclamés chefs d’œuvres à tort ?
Plus authentique, plus simple, La-Haut ne parle pas de rat gourmet au minois humanisé, encore moins de robot ménager maniaque et fleur bleue. Seulement d’un veuf grabataire et d’un jeune scout ventripotent. Avec un drôle de cabot qui leur fait la conversation. Et quand le sénile au cœur brisé rencontre la jeunesse débonnaire, cela donne un film décompliqué, un retour aux sources tendre et savoureux, bien loin des produits lisses dernière génération.

Sorte de virtuose aérien aux couleurs époustouflantes, à l’esthétique parfaite, Up est une tranche de vie poétique, douce-amère, qui rend hommage aux dessins animés d’ancienne époque. Une fable lumineuse qui ose (le film s’ouvre sur un deuil), une allégorie entre ciel et terre, ballons et déambulateur, souvenirs du passé et existence.

En misant sur ce propos sensé même pas moralisateur et sa drôlerie enfantine gentiment ciselée, le film ne tombe jamais dans l’excès moderne de gags et évite la crétitude de ton pour bambins futurs dégénérés. Parce que dans Là-Haut, les personnages sont vrais, sincères, irrésistibles. Un peu comme ce poisson clown attachant, à la nageoire atrophiée. Et si Nemo et Karl ne livrent pas tout à fait le même combat, ils obtiennent au moins la même victoire. Celle de la générosité.

(9/10)

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Whatever Works ****

Dans un registre léger, Allen, le binoclard logorrhéique, n’a pas perdu la main. Après s’être égaré dans une sombre espagnolade sans portée, chaudes affaires de mœurs restées sans effet, le bon Woody a pris la sage décision de quitter un Barcelona qui lui a échappé, pour fouler à nouveau son chez-lui, New-York, afin d’évoquer ce qui perpétuellement le tracasse : l’existence. Une énième histoire à la Manhattan ? Pour dire vrai, c’est beaucoup mieux.

Se cachant derrière les traits de Boris (prêtés accessoirement par Larry David), Woody Allen affiche son apparente plus grande misanthropie, mise à rude épreuve par la jeune Melody (Evan Rachel Wood) qui s’incruste peu à peu dans son existence.
Lui, vieillard atrabilaire, failli-prix Nobel de physique, crache sur la nature de l’être humain, miteux et sans intérêt ; elle, sudiste candide et bienveillante, sourit à tout va, se réjouit et s’étale en commisérations. Plus que générationnel, c’est un combat philosophique. Où chacun se cherche, se pose, se mue en quelqu’un d’autre et troque au mieux ses valeurs au plus offrant.

Pastichant avec force les feel-good movies pompeux, Whatever Works, symbole de la comédie noire existentielle apparemment sans prétention et pourtant universelle, s’achève sur un happy ending mielleux cyniquement assumé, où candides, homosexuels et vieillards s’auto-célèbrent, comme pour faire un joli pied-de-nez aux leçons aigries du héros. Du génie déguisé en n’importe quoi gnagnan. Et croyez le ou non, « ça marche, après tout ».

(8.5/10)

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Et aussi, Bancs Publics (4/10), L’Attaque du Métro 123 (4.5/10), Le Hérisson (7/10), State of Play (7/10), L’Age de Glace 3 (3/10), Hangover (7/10)

20.07.2009

Cinéma : en avril, il fallait être élitiste

 

En avril, Chanel a crée son défilé inaugural avant de faire la part belle à son histoire avec Igor (la critique se contentera de la sublime Mouglalis en dépit d’une Tautou assez convaincante mais trop populaire). En avril, la St Valentin a été affreusement  célébrée par des adolescents demeurés de 28 ans. Et Sandrine Kiberlain, malgré son capital sympathie intact nous a ennuyé dans ses aventures mal embouchées au fin fond du Canada.


En avril, on ne gardera donc que les plus illustres, entre Miyazaki et Tavernier. Michelle Williams et Isabelle Huppert.
Déception ou folle griserie, retour sur la sélection des six grands films d’avril 2009.

 

 

Ponyo sur la Falaise *

Le dernier Miyazaki avait tout du divertissement attendrissant qui parle à tous. Mais à force de mignardises en répliques déguisées, d’univers doucereusement aseptisé (au frôlement de la parodie), Ponyo, sous ses apparences écolo, est passé rapidement du stade « film mignon à parti pris » à « produit ultra niais sans portée ». Un résultat surprenant pour les habitués d’un cinéaste qui ne minaude jamais, fait sens toujours.

Trop obligeant dans la forme aussi (la qualité du dessin n’a rien de la féerie de Chihiro ou de la grandeur du Château), Ponyo se rapproche plus d’une singerie grimaçante et affectée dont le visuel est aussi simplifié que son propos. En résumé, un film décompliqué à ne voir qu’avec un bavoir.

(4/10)

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Villa Amalia ***

Dans la Villa Amalia, Benoît Jacquot aidé par les matériaux premiers de Quignard, analyse une dérobade initiatique. Celle d’une pianiste renommée, observatrice d’un réel qui échappe progressivement à son appropriation, à son regard, voire à sa conscience et qui sans fantasme, décide de l’exil, de la disparition du tout, de tous, pour ne retrouver qu’elle seule.

Road-movie donc, mais avant tout mental et spirituel dans lequel Huppert règne comme une druidesse avide d’évasion, dans un jeu précis et quasi-ascétique fidèle à cette actrice à part. Un film mouvementé mais silencieux, où tout se construit sous nos yeux, où tout est laissé au hasard du jeu et de la passion, qu’éprouve le réalisateur Benoît Jacquot pour la rousse rugissante. Un rugissement qui dans cette expérience atmosphérique, apparaît plus libérateur, plus fou, plus végétal que jamais.

(8/10)

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Retrouvez ici mon interview d'Isabelle Huppert



Rachel Getting Married **

Si Rachel Getting Married n’a rien de l’étiquette « nouveau Juno » ou « Little Miss Sunshine 2009 » accolée à tort et trop facilement par des médias en manque de références, il se distingue néanmoins de la production indie par le contraste de ses enjeux rythmiques et visuels (métaphore d’une famille unie mais en crise) en point d’orgue d’une mise en scène bohème et délicate.

Œuvre imparfaite par excellence (discours déséquilibrés, scènes brouillonnes expédiées ou interminables, développement académique) mais forcément attachante, Rachel Getting Married conserve l’audace et l’authenticité d’un propos désiré. Vision extatique de l’individu face à une cellule familiale exigeante et sans pitié, portrait complexe d’un mal être silencieux et contagieux au beau milieu d’une joie collective, le film de Demme tout en contraste, est riche de tout ça. Mais sans jamais s’avérer complaisant, pathétique ou flatteur.

Avec en prime une Anne Hathaway transfigurée (légitimement oscarisable), au diapason d’une belle sincérité.

(6.5/10)

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In the Electric Mist ***

Derrière les apparences d’une intrigue policière rebutante et sans surprise, Bertrand Tavernier excelle à rendre compte d’un constat social et historique insondable, vrai mais mystique à la fois sur le local américain, dans lequel mafia et jazz fréquente l’autorité et le show-business.

Comme pour donner au genre une dimension amorcée, pointilleuse et vivante, le cinéaste puise du côté des classiques (James Lee Burke, Eastwood, Faulkner, Antonioni aussi) pour consacrer une photographie d’un instant entre passé, histoire (la guerre de Sécession comme élément gravitationnel) et horizon futur décadent et corrompu.

D’abord thriller, le film s’émancipe rapidement de cette étiquette pour devenir une œuvre de genre, d’atmosphère, de ton, sujette à de multiples interprétations. Basée sur un chef d’œuvre littéraire, pensée comme un classique américain, illustrée par des acteurs qui ont tout de Keitel ou de Brando (Tommy Lee Jones, John Goodman), le film se présentait comme un pari difficile. Mais la cinéphilie inébranlable et la polyvalence du réalisateur émérite a permis de le relever haut la main. Ou du moins, à mi-hauteur.

(7/10)

 

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Retrouver ici mon interview de Bertrand Tavernier






OSS 117 : Rio ne Répond Plus ***

Hubert Bonisseur de La Bath reprend du service. Outre sa niaiserie et son goujat intacts, l’espion français s’est entiché d’une autre tare : être raciste.
Et en cette actuelle époque où l’humour pâlit, comme aseptisé d’un temps pourtant comiquement prompt, rire raciste a bon dos. D’autant plus lorsque les attaques antisémites sont écrites par le réalisateur d’origine juive, Hazanivicius, maître hors pair dans l’art absurde du mot gras, bête, pas si bête finalement, osé pour sûr.

Rio ne Répond Plus se révèle donc être une seconde aventure de choix, plus parodique, plus maîtrisée, représentée dans un cadre sixties parfaitement hollywoodien (à en menacer Elroy et compairs). L’humour y est assuré comme jamais, mais toujours au service de l’intrigue. Au service aussi d’un anti-héros conceptuel maladroit et con, qui en se pourfendant fielleusement de lui-même, nous amuse et nous réjouit. A chaque coup, ou presque.

(8/10)

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Wendy & Lucy ****

Il y a de ces actrices, qui par leur simple regard, leur simple silence, leur simple présence, font tout. En France, il y a Isild le Besco. De l’autre côté de l’Atlantique, il y a sa cousine éloignée, Michelle Williams. La seule actrice à s’être remise de ses expériences premières (à Capeside) en sublimant la caméra de Lee, Wenders ou dernièrement de Kelly Reichardt, auteure du déjà renommé Old Joy.

La force de son second film, Wendy & Lucy est assurément son humilité, entièrement incarnée par l’héroïne.
Sans morale prêchi-prêcha, Wendy & Lucy compose étonnamment avec la dureté d’une Amérique vénale pour livrer un doux portrait d’une femme intègre (et son chien) en quête d’autre chose. Minimaliste et précieux, sans même être un rappel à l’humanité ou verser dans un registre providentiel, le film est un instant de vie brut, vrai, et ne prétend rien. Il dévoile seulement avec délicatesse la traversée (paradoxalement statique) d’une femme affranchie et consciente, cernée dans une période de crise rageuse.
D’une force rare.

(9/10)

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Et en avril aussi, Coco Chanel (6.5/10), Meurtres à la St-Valentin (2/10), Romaine par Moins 30 (4/10), Monstres contre Aliens (5/10), Safari (1/10), Predictions (6/10).

02.06.2009

Cinéma : en mars, ça repart ? ***

Trois mois de retard, c’est impardonnable ? C’est un peu long. C’est un peu décalé. C’est aussi un temps de gestation nécessaire pour écrire sur Jaime Rosales ou sur Isabelle Adjani. Qui le méritent, à n’en pas douter.

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La Journée de la Jupe **

Il fallait oser. Choisir une diva française empoussiérée et boursouflée pour camper le rôle d’une jeune prof maghrébine surmenée apparemment féministe. Et faire un film bousculé où une enseignante prend en otages ses élèves dissipés et leur inculque du Molière à coup de flingue pressé sur la tempe.

C’est pourtant cet art de l’inattendu qui procure à la Journée de la Jupe sa saveur et sa puissance. Singulièrement mis en scène, royalement interprété par une Adjani incommensurable, l’œuvre du réalisateur Jean-Paul Lilienfeld surprend par son culot et son postulat symbolique dissonant.

Mais pas assez outrancière ou trop manichéenne, la Journée de la Jupe délaisse peu à peu sa démarche irrévérencieuse et préfère s’écarter d’une logique jusqu’au-boutiste pour renouer rapidement avec un registre convenu. Elle s’en tire alors avec une poignée d’explications socio-familiales tire-larmes, en pensant (espérant) avoir sustenté les esprits polémiques avec un plot accrocheur. A tort.

(6.5/10)

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Tiro en la Cabeza ***

Du cinéaste espagnol passionnant, Jaime Rosales, Tiro en la Cabeza est une proposition artistique risquée et inédite. L’œuvre est sans dialogue, faite uniquement de bruits urbains, sourds, lointains. Rien de très étonnant pour Jaime Rosales, habitué à la recherche permanente de qualités artistiques, visuelles et graphiques d’ampleur.

Dans la droite lignée du tout aussi impressionnant La Soledad, Tiro en la Cabeza se veut néanmoins plus tranchant, plus transcendant, en témoignant avec silence (quelle douce ironie) de l’éclatement terroriste et de sa trivialisation.

Et si les essais artistiques occupent une place prépondérante dans la jeune filmographie de l’espagnol, on prend aussi conscience avec Tiro en la Cabeza que la cause politico-humaine est l’autre pôle qui aimante le travail de ce cinéaste grandiose.

Réalisateur, psychologue ou visionnaire, Jaime Rosales possède une étiquette indéterminée. De cette même indétermination qui préside au moment de qualifier le genre du film au générique final. Film politique ? Pamphlet ? Œuvre artistique ? Récit humain ? Il y a de tout ça dans l’œuvre de Rosales.

Manifestement artistique. Subtilement politique. Mais surtout sans esbrouffe et criant de sincérité.

(9/10)

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Watchmen **

A trop vouloir en faire, Snyder, auteur du monstrueux 300, perd en grandeur.
Dès l’ouverture du film, la voix-off assommante de cette hyper-production de super-héros décadents, en s’efforçant de démontrer la magnificence et la noblesse de son histoire volontairement alambiquée, nous anéantit. Et rend son propos faussement sombre et trop obligeant.

Trop soucieux de procurer fascination visuelle et satiété spirituelle, le cinéaste manque de tact (et de mesure) dans son approche déliquescente du monde et se contredit lui-même dans son usage abusif d’outils américanisés florissants. A l’exemple de cette musique volumineuse et harassante, surlignant avec dégoût chaque effet pompeux du film.

Watchmen se voulait être une œuvre malade, un peu folle, produit de notre monde. Elle s’avère finalement n’être qu’un salmigondis ampoulé, esthétiquement abîmé et fâcheusement surexploité.

(5.5/10)

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Duplicity ***

Comme il est parfois jubilatoire d’être détrompé. Un produit gentillet d’espionnage avec une Julia Roberts -clinquante mais encore gonflée- pouvait enthousiasmer le club des médisants tout prêts à signer son arrêt de mort (artistique). Mais voilà que le film redonne une seconde carrière (et légitimité) à l’actrice (trop) pulpeuse, tant celui-ci se révèle finaud et formidablement bien construit.

La construction principalement en flashbacks, puisque c’est de cela dont il s’agit, est un atout de choix dont ce film d’espionnage industriel use et abuse mais toujours avec ruse et utilité, permettant au film de berner avec malice le spectateur jusque dans ses derniers soubresauts.

Le fin mot de l’histoire, vous ne la connaîtrez qu’en fin de parcours. Et pour la vérité, c’est à vous de réfléchir.

Pour le reste, profitez des deux heures de haut divertissement, d’humour léché, d’acteurs de choix (Wilkinson et Giamatti) et d’intelligence filmique que Duplicity offre avec délicatesse et ironie sur son plateau d’argent (sûrement du faux, nous ne sommes plus Dup…es).

(8/10)

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Milk ***

Une compilation d’archives sur le traitement passé de la communauté homosexuelle comme ouverture véridique et poignante : Milk apparaissait alors comme le pamphlet attendu d’un cinéaste à part (gay), maître de la contre-culture américaine, devenu plus vindicatif que jamais.

Mais l’institutionnalisme du propos a rapidement condamné l’œuvre Milk à des recours mécaniques hollywoodiens dommageables : de la voix-off un peu naïve aux scènes manichéennes (magouilles électorales et autres joyeusetés) dont la véracité fait défaut.

En s’abîmant dans cette précision académique regrettable, le film néglige la vision arty et revigorante d’une époque (les seventies) et d’une ville (un San Francisco, entre effervescence et conservatisme), ce qui déçoit pour un réalisateur toujours à la recherche de plans sensoriels.

Mais Gus Van Sant, dont on dit que l’univers à part se replie férocement sur ses acquis artistiques (la scène ou Dan tue de sang-froid Harvey Milk avait un faux-air intense et foutraque d’Elephant) ne fait pourtant pas preuve de paresse. A travers Milk, l’homme s’essaie avec succès au genre de la biopic décomplexée, amusante et généreuse. Entre plaidoyer politique et humain et témoignage émouvant d’une société marginalisée des seventies. Il réussit son pari.

(7/10)

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La Fille du RER 0

A l’aune de ce fais divers rabâché (une femme s’invente une agression raciale dans le RER) sans qualité scénique, Téchiné apparaît comme un cinéaste fatigué, périclitant, qui n’a plus rien à expérimenter, et dont la vision impétueuse s’émousse au fil des années.

Son « œuvre » dénuée de psychologie et de démarche artistique, ne vaut que pour le jeu officiellement désastreux de ses acteurs (Duquenne et Duvauchelle) qui lui font perdre de son énergie et de sa substance, confirmant sa surprenante médiocrité. Avec une mise en scène saturée d’effets documentaires repoussante par-dessus le marché.

En une ligne (parce qu’elle n’en mérite guère davantage), La Fille du RER est une histoire laissée en jachère, si peu complexe (basé sur un unique argument narratif sans enjeu et maintes fois rebattu) et si peu travaillée qu’elle en devient sans intérêt, presque dolosive.

(2/10)

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24.03.2009

Cinéma : en février, restons couchés

Après deux mois de très bon cinéma (il faut me croire sur parole), les temps ont été rudes en février dans les salles obscures. Beaucoup d’envies (dix films). Et de déconvenues (plus des trois-quarts). A l’instar d’un film suédois aussi soporifique que creux.

 

The Curious Case of Benjamin Button *

Sans émotion ni expression, le trop discipliné Button n’est qu’une chronique amoureuse hollywoodienne sans effet, académique et bien sous tout rapport (formel). Un chef d’œuvre autoproclamé trop vite, qui peine à délivrer un sentiment de fascination et de mystère, pourtant à la base de son concept.
La faute à Fincher, qui en sacrifiant sa créativité et son intégrité artistique, s’enfonce dans la linéarité et le schématisme d’un scénario foncièrement classique et ronflant. Un scénar également trop bien rodé, dans lequel l’amour triomphe malgré les épreuves du temps.

Narration à la voix-off lisse, storytelling sans âme, sans grandeur, ni ambition, visuel poseur, alors unique opportunité de contempler une Cate Blanchett d’exception. Un lot de consolation mérité pour ces deux heures et demie interminables d’un film d’abord prometteur, devenu tristement un film-témoin, aux apparences misérablement parfaites. Forcément oscarisable.
(3.5/10)

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Le Code A Changé *

La dernière œuvre de Thompson (pas le téléviseur, la cinéaste abonnée aux nanars franchouillards) se voulait être une chronique à la thirtysomething douce-amère. Elle se révèle finalement n’être qu’un énième exemple cinématographique d’un genre français frileux, affecté, qui n’intéresse que sur le principe.

Sorte d’attrape-bobo épuisant, ce film codé, autour de trentenaires égocentrés, infidèles et mesquins, est un produit faux-jeton, dénué de propos sensé et dont la teneur du scénario se rapproche de la finesse du jeu de Bruel : sans substance.
En résumé, malgré la présence d’actrices convaincantes (Seigner, Fois et Hands), le Code a changé est un film-caricature d’un cinéma français bavard et inconsistant, qui au lieu d’émouvoir, file la conjonctivite.

(4/10)

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Morse **

En dépit de quelques scènes intenses au démarrage, Morse est un film morne et trop discipliné, ne se mettant jamais en danger sauf dans ses rares twists quasi-parodiques ahurissants. Une bizarrerie suédoise sui generis qui, par son mélange des genres déconcertant et froid (une thématique gore, sociale et amoureuse à la fois), ne parvient jamais à faire sens.

L’émotion, l’angoisse, la passion existent mais sont inaccessibles, comme prisonnières de l’écran. Le film préférant se complaire exclusivement dans une perspective glauque et suédo-contemplative, n’apportant aucune pierre nouvelle à un postulat de départ pourtant truculent.
(5/10)

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He's Just Not That Into You **

He’s Just Not That Into You (aka Girlie Movie for Girlish Public) est un mode d’emploi vaginal sur les relations amoureuses (profondément ressentie par la gente hystérique féminine) aux apparences détachées et faussement cyniques.

Cruel mais pas trop, mélo mais pas assez mesuré, Ce que pensent les Hommes se fonde sur un propos initialement juste, calibré, aidé d’une écriture ciselée. Un atout-papier louable mais qui s’est sacrifié, en toute complaisance, dans la durée, pour aboutir rapidement sur un récit sans aspérité, sans relief, constitués de rebondissements tristement dégonflés.
Un film pourtant prometteur, crucifié sur l’autel du happy ending formaté et du bon sentiment en boîte. Usé et usant.

(5/10)

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Bride Wars **

Bride Wars, malgré son cachet belliqueux, n’est qu’une ode roucoulante à l’amitié, dénuée de mordant et d’ironie noire. Deux starlettes qui se livrent une lutte de mariées hystériques sans merci pour nous signifier à quel point le mariage est une affaire de consécration. Une quête du Graal à organiser, planifier, perfectionner (faire-parts brodés, réceptions pince-fesses, robes immaculées), au Plazza ou rien.

Servie par une Anne Hathaway charmante (elle l’est toujours) et plombée par une Kate Hudson insupportable (elle l’est toujours), Bride Wars s’avère être un petit navet satyrique qui dans l’étude supposée sarcastique du mariage, ne tient pas ses promesses.
Les plus mélos apprécieront l’effort final de romantiser une histoire hystéro-inepte, faite essentiellement de coups bas bêtes et … innocents, de crises nerveuses usées, faisant la part belle au règne des hormones hypophysaires grandement libérées.
Les autres finiront leur soirée en pestant.

(5/10)

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Doubt **

Il y a Meryl Streep bien sûr. Il y a sa voix, son jeu, son style, son humanité omniprésente dans le film. Mais John Patrick Shanley, en s’efforçant de ne pas réaliser une œuvre moralisatrice proprette, a signé un film maigre et poseur. Un film fondé sur le propos simplifié de l’intime conviction (pourtant riche en promesses), réduit finalement à néant, la faute à un script aussi fin que cisaillé.

Présenté comme une œuvre de confrontation psychologique fiévreuse et haletante, Doute se révèle finalement n’être qu’un huit-clos monacal maladroit et raté. Et ce malgré un affrontement poignant entre Streep et Seymour Hoffman comme scène-star du film. Une rencontre entre deux monstres effarants qui ne sauve en rien le film de son théâtralisme navrant et inapproprié. Ni de son bavardage appliqué, inutile et sans effet.
(5.5/10)

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LOL ***

Sans éviter de trivialiser l’adolescence, ni d’en rajouter des tonnes sur une classe sociale aisée, LOL reste une comédie ado, dévergondée mais raisonnable, avec l’avantage louable de s’inscrire dans l’air du temps.

Sous ses allures de film délibérément frivole et juvénile (jargon kiffeur à l’appui), LOL est une petite œuvre tendre et atypique qui réussit en outre à moderniser avec véracité la génération parentale et à transfigurer les relations de parents-enfants, autrefois réduites à l’écran, à un rapport unique d’autorité toute-puissante. Une mise à jour honnête et intelligente qui s’ajoute à une belle énergie d’ensemble, une écriture délicate et une cohérence globale et sérieuse dans le déroulement scénaristique d’un film travaillé, foncièrement divertissant, surtout juste.(7/10)

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Ricky ***

Dans ce singulier et troublant Ricky, François Ozon réinterprète les codes du drame en y entremêlant émotion et histoire sociale, mysticisme (l’enfant volant) et faits avérés (issu d’une famille ouvrière au train de vie modeste). Son envoûtant film fantastico-social, magnifié par la déjà grande Alexandra Lamy, procure un perpétuel plaisir. Intéressant, inattendu, sans cesse intriguant.

Une œuvre extravagante. Avant tout différente. Qui s’accompagne d’une critique sociale poignante et d’une odyssée allégorique sur la découverte de l’autre et de soi. Un pari cinématographique et humain risqué, éclipsant les apparences d’abord déconcertantes du film fantaisiste, pour aboutir à un résultat osé et prenant, hautement réussi.
(8/10)

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Bolt ***

Au-delà de la morale héroïque formatée propre aux films d’animation de son acabit, Bolt, tonique, léger et subtil à la fois, s’avère être un bijou d’humour, entre sarcasmes bien senties et punchlines d’une efficacité redoutable.

Une aventure rythmée et ludique, jamais excessive, jamais irritante, qui s’accompagne en outre de moments tendres et craquants, typique des Disney les mieux aboutis. De bon augure pour l’avenir du géant américain.
(8/10)

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The Wrestler ****

(A l’instar de Benjamin Button) Randy “The Ram” Robinson incarne la vraie Amérique. Bosselée, à l’agonie, dévouée mais fatiguée. Une Amérique des mobil-homes et des strip-clubs dépravés, des gymnases désaffectés et des supermarchés cheap. Une Amérique finalement à l’image de Randy : oublié et désoeuvré.

The Wrestler se présente comme un film à l’image de son propos : vrai et expressif. Pourtant basé sur le catch (la pratique la plus fake que le monde ait porté), l’œuvre de Darren Aronofski ne simule pas et livre son gibier dans l’arène, avec une authenticité et une véracité foudroyantes. Exposant dans toute leur radicalité les plaies béantes, les sentiments désespérément déployés, et autres tentatives d’insertion (sociale et familiale) vouées à l’échec, Darren Aronofski filme ce wrestler décrépit sans compassion, ni faux pathos. Telle une machine à broyer défectueuse, telle une figure quasi-christique malade qui, furieusement, humainement, s’épuise jusqu’à la mort.
(9/10)

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20.12.2008

Les meilleurs péloches ne sont pas celles que l’on croit

 

Eden Lake ***

D’une sobriété effarante et d’un réalisme glaçant, Eden Lake est un bijou de terreur à l’état pur. Ce survival bristish anxiogène parvient intelligemment à terrifier, émouvoir et mettre le doute, simultanément. Il réussit de surcroît à capter un propos sociologique véridique, comme pour ajouter une réflexion élaborée à ce postulat horrifique envahissant et finalement écoeurant dans ses (épouvantables) derniers soubresauts.

(8.5/10)

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The Duchess ***

Keira Knightley, midinette anglaise tout juste bonne à prendre la pose effarouchée devant les viseurs Chanel, a pris du galon et de la complexité depuis Atonement et The Duchess.
The Duchess du Devonshire n’est finalement pas qu’une sous Marie-Antoinette académique et rigide établie durant la première partie. Le film so british parvient avec un réel sens du récit et de la mise en scène à aborder la modernité et la vivacité de son héroïne, à dépoussiérer ce destin austenien avec grâce et rage, passion et désespoir, empathie et cruauté. Un résultat multi-sentimental de haut vol.

(7.5/10)

 

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Musée Haut, Musée Bas ***

Une farce prétentieuse pour les uns, un exercice de style intelligent et maîtrisé pour les autres : le film est indiscutablement sujet à controverse tant sa singularité et son audace s’affichent dans les moindres recoins des couloirs narratifs et descriptifs pris par Ribes, impeccablement ordonnés.
Malgré une galerie de personnages caricaturale et sans nuance, les bons mots fréquentent le mauvais goût. L’art côtoie la vie. La réalité n’est plus qu’une divagation métaphysique fulgurante. Au diable les ploucs qui se voilent la face ? A bas les bourgeois-caviar avides de croûtes ? Et l’Art ? Pas de vraie réponse : on navigue en eaux troubles au milieu de cette diatribe artistique, se délectant simplement de l’esprit arty-intello, qui nous complaît agréablement dans notre image de spectateur aguerri, forcément mieux que les autres. Un triomphe narcissique à assumer.

(6.5/10)

 

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Vicky Cristina Barcelona **

Les espagnols, des épicuriens sensuels artistes dans l’âme. Les gringos, des business men pisse-froid incapables d’ouverture. Sur ce schéma tout tracé, Allen s’amuse à malmener son petit monde de bobos en gardant en tête ces deux poncifs bien établis.
Simple (mais efficace) vision glamourisante à l’extrême d’un quatro de personnages éloquents, intellectuels, bohèmes ou raffinés, Vicky Cristina Barcelona est une beauté champêtre, une espagnolade sympatoche et légère, idéale pour promouvoir Barca, son fabuleux parc Guell, ses catalan(e)s. A défaut d’être l’énième tragicomédie tranchante sur le thème amoureux du penseur à lunettes.

(6.5/10)

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Quantum of Solace **

James Blond, le coeur lourd, revient plus revanchard que jamais. La Loi du Talion en avant, James Bond à force de bévues, est seul contre tous. Profonde, la dimension nouvelle de ce James Bond, suite directe de Casino Royale (une première dans la légende), permet une introspection sensible et touchante du héros perturbé.
Pourtant, malgré un niveau de sophistication rare, Quantum of Solace se perd dans cette intrigue altermondialiste sans épaisseur, prétexte aux combats ensanglantés (mais férocement réussis) de la fabrique Bond.
(6/10)

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Blindness **

Etourdissant dans ses images et son visuel immaculé, moins dans sa construction narrative et ses effets, Blindness a défrayé lourdement la chronique à Cannes avant d’être (vainement) revu et corrigé.
Parabole ampoulée sur le genre humain aveuglé par la modernité ; allégorie poussive sur l’état bestial de l’homme en détresse ; discours pompeux sur une communication en voie d’extinction, Blindness étouffe et rend perplexe.
Filmé avec une boursouflure qui suggère l’effroi, ce huit clos sous-tension ne parvient cependant pas à entacher l’interprétation magnifique de Julianne Moore et Mark Ruffalo, au sommet de leur art.

(6/10)

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Saw V **

Schéma identique aux précédents, Saw V est une mécanique gore et redoutable, produit horrifique un brin creux et gratuit, misant une fois de plus sur l’effroi de situation. Contrairement aux premiers volets, Saw V pèche lui, par excès de linéarité : une preuve de la volonté émoussée des réalisateurs successifs à pousser le spectateur dans ses retranchements angoissés. Cependant, ce volet tire avant tout sa force de ses rebondissements finaux toujours surprenants, établissant une ambiance de fin (faussement) électrisante et (faussement) élaborée.

(5/10)

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 Changeling *

Changeling n’est pas simplement l’hommage rêvé fait à Angelina Jolie et sa collection impressionnante de chapeaux-cloches.
Changeling est une storytelling hollywoodienne à l’état pur. Une histoire mélo qui s’alanguit, se perd en longueurs superflues, se condamne en passages tire-larmes. Un ensemble de stéréotypes mordorés sur le genre humain. Une vision manichéenne si absolue, si affirmée, si honteuse qu’elle rend le film simplement étanche et insupportable.  

(4/10)

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