05.06.2010

Sex & the City 2 (Critique) Retrouvailles ultraléchées

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La fashionista Carrie Bradshaw et ses copines sont de retour. Après un passage à vide fait premier volet ciné, ou une version cellophanée nœud-nœud d’une série féminine générationnelle dans laquelle Carrie et sa clique ont brassé de l’air sur une thématique mélo (le mariage) et tape à l’œil (la réussite élitiste s’appelle Dior, encore !), le second chapitre de la saga sexuello-urbaine corrige le tir. Tout autant de minauderie et d’esbroufe, mais plus d’humour et de cynisme à oestrogènes. Cerise sur la chic pièce montée : une ébauche de réflexion sur l’évolution des rôles de la femme pas si imbécile que ça.



A coup de matraque publicitaire pailletée bling bling, Sex & the City s’est imposé d’emblée comme l’évènement cinéma annonçant l’été : Carrie Bradshaw dans une robe outrageuse s’improvise reine des sables (le Prince of Persia n’a qu’à bien se tenir), vue sur les hauteurs désertiques, pour nous en mettre encore et toujours … plein la vue.

Alors que le premier film Sex & the City procurait l’envie de baffer férocement notre sociologue du sexe préférée dont l’absence cruelle de discernement et de profondeur lui donnait un air tarte,  Sex & the City 2 nous rabiboche avec Carrie Bradshaw en renouant avant tout avec l’esprit foutraque de la série. Il faut dire que celle-là même connue pour avoir osé la célébration de la femme, l’ode à son indépendance, l’affirmation brute et crue de sa liberté sexuelle, financière et même un peu mentale n’a jamais trouvé successeur sur le marché. Six ans après son annulation sur la chaîne à péages HBO, Sex & the City reste la référence absolue en matière de femmes et d’esprit d’émancipation.



Parce que Carrie, Samantha, Charlotte et Miranda sont d’abord le symbole du personnage féminin nouveau : une femme affranchie capable d’inventer ses propres codes et son ordre amoureux. Si le premier film avait écarté ce postulat faute de place (les dressing indécents sont encombrants à New York), celui-là s’appuie de nouveau sur cette idée (Carrie réinvente son mariage avec Big) et propose en filigrane une réflexion sur la place de la femme dans la société (voilée ou non), l’évolution de son rôle (ex, épouse, amie, quinqua).

Entre Miranda qui privilégie sa carrière, Samantha en proie au vieillissement (et aux bouffées de chaleur adéquates) ou Charlotte qui peine à trouver la sérénité auprès de ses deux filles, le film permet l’évolution de ces personnages devenus sacrés. Ce regard porté sur la vieillesse, le mariage, les enfants bien plus consensuel et grand public que le fond subtil de la série conserve un intérêt de fond et nous offre une vraie évolution narrative, avec des scènes posées, gentiment étudiées dans lesquelles, entre autre, Charlotte, débordée, pleure en cachette ou Miranda ose l’affrontement psychologique à coup de gorgée thérapeutique.

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Mais c’est dans la forme, toujours, que le film se soigne le mieux. Pour oublier les doutes matrimoniaux ou les crises familiales, quoi de mieux qu’un défilé de tenues toutes plus excentriques les unes que les autres et d’accessoires cliquetants superposés ?
Avec un budget de 10 millions d’euros pour les seuls costumes, le contrat design sustentera les amatrices de choses qui brillent. Entre la première partie new-yorkaise et la seconde, très ampoulée à Abu Dhabi, ou une immersion dans le désert, Louboutin au pied et sac Birkin sous le bras, la folie des grandeurs de Carrie et sa clique est toujours plus vorace avec le temps. Mais celle-ci frôle parfois l’indigestion visuelle, surtout lorsque la bande de copines s’organise un trek dans le désert en robe de gala ou s’extasie devant l’immensité du palace. Si la modestie vestimentaire ou décorative n’a jamais été le fort de la série, la surenchère est ici pénible. Heureusement, pour palier ce niveau de parade ostentatoire, le film puise ses ressources dans son humour, formidablement renouvelé et toujours exquis.

 

Entre les afféteries savoureuses de Carrie, les remarques cyniques de Miranda, l’attitude bouleversée de Charlotte mais surtout le parlé coquin et les habitudes toujours dévergondées d’une Samantha en plein bouleversement hormonal, l’esprit d’émancipation féminine retrouve son terrain de conquête d’antan. Le ton guilleret de nos personnages adulés et la bonne humeur du film nous font oublier l’élitisme visuel de la saga, ses clichés ambiants (sur l’Orient, entre autres) et nous régalent même avec de nombreuses scènes drolatiques, parfois volontairement caricaturales (mariage gay tout de blanc vêtu, avec une Liza qui se prend pour Beyonce), parfois génialement inspirées (la confrontation Samantha avec le monde machiste du « nouveau » Moyen-Orient).

 

Gonflé à bloc, le nouveau produit Sex & the City est aussi clinquant que le précédent. Mais fort d’une cadence narrative et d’un rythme humoristique étonnamment soutenu, ce second volet signe de jolies retrouvailles avec notre équipe féminine de choc. Une remise à niveau grandiloquente dont le plus grand mérite est de procurer l’envie d’une nouvelle intégrale HBO.

7/10

09.05.2010

Cinéma : sélection française du mois

 

La Comtesse ****

Il y a les fans de Julie Delpy et les autres. Ceux qui acclament au génie caustique devant 2 Days in Paris et ceux qui restent désespérément de marbre.


Telle une Sofia Coppola en pleine reconversion artistique, la géniale Julie Delpy (on aura ainsi compris mon parti pris envers la cinéaste) a troqué la chronique trentenaire amère et funky pour un film d’époque avec corsets et postiches à la clé. Mais contrairement à Marie-Antoinette qui avait su conserver la fraîcheur juvénile incandescente de la patte abrasive Coppola, le nouveau film de la grande Delpy a pris un virage brutal, poignard à la main.

A côté d’Erzébeth Bàthory, comtesse hongroise surnommée « la sanglante » ou « Dracula », la reine de France Marie Antoinette est une figure défectible de pacotille. Du trash de bac à sable. Du superficiel oisif pour midinettes effarouchées. Erzébeth, elle, n’a pas une personnalité gentillette, cousue de soie blanche. Par amour pour un jeune et vaillant noble, la comtesse éconduite a fait sacrifier une centaine de jeunes vierges afin de baigner dans leur sang pur et supposé miraculeux. Le but de la manœuvre macabre ? Bénéficier de la jeunesse éternelle, bien sûr.


Entre thriller d’époque et chronique sur la folie amoureuse, Julie Delpy nous coupe véritablement le souffle. Assurée derrière la caméra tout en transperçant l’écran par sa prestance sadique, cruelle mais aussi émouvante de sincérité, Julie Delpy compose avec l’ambition des plus grands sur cette histoire épouvantable, tellement cinématographique.
Le récit s’avère sobre mais emporté, la mise en scène digne et époustouflante. Le fond, une torpeur visuelle insoutenable, un mélange des genres savamment dosé sur l’espoir, le temps qui s’écoule, l’assassinat, le pouvoir des femmes. Le tout placé sous le signe de l’amour a des allures de tâche de sang indélébile, repoussant et esthétique à la fois.

8/10

 

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Mammuth ***

Création originale signée deux larrons grolandais, Delépine et Kervern, Mammuth est une immersion à moto dans une France moche et procédurière, tignasse blonde peroxydée au vent. Avec Gérard Depardieu, incommensurable, dans le rôle du retraité parachuté, à la recherche désespérée des « papelards » qui lui assureront une totale retraite.

 

Le film ne stigmatise pas une France d’en bas, qui n’existe que dans un médium d’en haut. Il s’accapare d’un mythe socialement construit pour composer une fresque de vie volontairement terne, entre les petits hôtels miteux où hommes de basses affaires pleurent à chaudes larmes, les boîtes de nuits de campagne, aussi branchées qu’une chanson de Gilbert Montagné, les services administratifs corrompus, les églises peu catholiques, les fêtes foraines, les supermarchés tristement abondants ou les pots d’adieux d’une froideur consternante.

Parmi tous ces lieux, ces vérités institutionnelles qui hérissent l’épiderme, Serge Pilardosse erre comme une âme en peine. A la fois largué par un système moderne compliqué, (retraite, téléphone portable, caddie, entretien professionnel) et encombrant péniblement les autres, leur paix de façade, leur routine à part.


Malgré un état des lieux âpre et sans concession sur la vieillesse, le regard des autres, tous ces autres, bien placés ou cul-terreux, Mammuth offre un espoir subreptice. Forte de la nostalgie d’une amourette passée (Isabelle Adjani, vénéneuse et évanescente), Mammuth dessine à la craie une liberté de route, de direction, qui laisse entrevoir de nouveaux horizons. Une chronique finalement bigarrée, à la fois grave et joyeuse, qui cogne, désespère et amuse honteusement.

6.5/10

 

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Les Invités de mon Père ***

Un clan bourgeois parisien, à sa tête, un patriarche veuf, médecin retraité, tourné vers les droits de l’homme et le sort de son prochain. Deux enfants, un avocat quinquagénaire cynique et une docteure gentille, mais effacée, sœur sourire, un brin forcé. La mécanique familiale de cette tribu ordinaire va gentiment se dérailler lorsque une mère sans-papier aguicheuse et sa fillette vont débarquer.

 

Au potentiel vaudevillesque subtil, le dernier film d’Anne Le Ny placé sous le signe de la vraie comédie, nous ferait presque aussi la nostalgie âpre de son premier essai ciné, pourtant des plus réussis (Ceux qui Restent). Avec les Invités de mon Père, Anne Le Ny explore un registre du cinéma français qui s’était vu coincé sous les décombres du genre, mis à mal par les films graveleux en vogue.

Evidemment, la comédie est teintée sociale, s’inscrivant dans la lignée des pamphlets sucrés de Bacri et Jaoui. Le long-métrage s’empare du thème très actuel de la misère identitaire et de l’immigration pour tenter l’impossible : séduire nos zygomatiques. Mais cela, sans jamais dénoncer le parisianisme embourgeoisé ou soutenir cœur battant les crève la faim.
En ne prenant jamais parti, à force de neutralité comique et fort d’une narration légère à la profondeur dissimulée, le film regorge aussi d’émotions et de drôleries mi-caustiques mi-touchantes qui lorgnent parfois du côté de la pure et simple sincérité sur la nature humaine.


Etat des lieux familial embarrassant, les Invités de Mon Père aligne aussi sur le même horizon des sujets fâcheux : éducation, déni familial, mal-être matérialiste, existentialisme par l’autre ou méfiance individualiste. Du poil à gratter intempestif qui vient génialement malmener cette famille convenue et proprette, aux envies étouffées, au bonheur ravalé. Famille qui ne serait pas si convaincante sans les grimaces et la grandeur de Viard, Luchini et Aumont en tête.

7.5/10

 

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18.04.2010

Les extraordinaires aventures d’Adèle Blanc-Sec (Critique)

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Luc Besson l’avait dit : le ventripotent cinéaste français ne reviendrait plus derrière la caméra, préférant consacrer sa vie mégalo à la construction de sa Cité, dite du cinéma, et l’avancement d’Europacorp, pâle copie des studios d’Hollywood, qui a fait naître les plus gros blockbusters français mais aussi les plus grands navets de ces dernières années.

Mais c’est que les plateaux ont manqué au réalisateur démiurgique. Alors pour se refaire une santé numérique, rien de tel qu’un film évènement, à mi-chemin entre l’aventure essoufflée et le récit historique dynamité.



Adèle Blanc-Sec, jeune journaliste farouche, version jolie d’un Rouletabille, tout droit sortie de la tête du dessinateur Tardi, avait ce potentiel cinématographique digne des grands héros désormais prisonniers du grand écran. Son nom composé et sa personnalité bourrue, personnifiée là par l’ex Miss Météo de Canal +, Louise Bourgoin, pouvait d’ores et déjà rappeler certaines élucubrations gentiment originales d’un Jean Pierre Jeunet. D’ailleurs, la mécanique brocantique du créateur d’Amélie Poulain n’est pas étrangère au concept mis en images (et en dialogues) par Luc Besson.

D’emblée, avec la voix-off décalée d’un narrateur soucieux de présenter le décor atypique qui s’annonce à nous, on craint une version héroïco-vintage d’Amélie. Si évidemment les dialogues franchouillards (réussis) et les clins d’œil formels (assurés) ne sont pas sans évoquer Jeunet et ses méthodes, Adèle Blanc-Sec est loin d’être une adaptation plagiée. Parce que Luc Besson tente ici de concilier aventure et ton romanesque.

 

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A la fois en Egypte et à Paris de la Belle Epoque, les aventures dites extraordinaires d’Adèle voguent de genre en genre sans jamais s’enfermer dans un registre caricaturé. Si l’aventure est la règle de conduite, d‘ailleurs maîtrisée dans sa visée antiacadémique (un ptérodactyle menace le tout-Paris tandis que des momies sortent de leur caveau pour soigner une âme en catalepsie –sœur de l’héroïne), Adèle Blanc-Sec ne s’essaie pas aux péripéties d’un Indiana Jones juvénile.

Etonnamment sobre, Besson évite l’écueil de l’action mal embouchée, se gardant des coups de feus mitraillés et autres interminables courses poursuites. Avec son héroïne bigarrée, assurée par une Louise Bourgoin qui porte bien le chapeau (le plus souvent), Besson privilégie la forme et le ton au fond américanisé. Pas de danger imminent, l’humour est la clé et les décors du début du siècle, impeccablement léchés, un remède fort en œil contre l’ennui.

 

On pourrait évidemment reprocher le style parfois excessif d’un Besson qui s’éclate ici à enchaîner les bons mots poussiéreux sur fond de parure victorienne. Postiches, brodequins, hauts de forme, moues farcies, tout y est.
Certains personnages secondaires (Jean-Paul Rouve en chasseur, Gilles Lellouche en inspecteur ) frôlent malheureusement le cliché historique tandis que l’enchaînement verbal, aux allures de catalogue morphologique d’ancien français, s’allie parfois avec peine à certaines scènes d’effets spéciaux très 2010. Mais telle fut la volonté d’un réalisateur touche à tout, qui en mettant le paquet à tous les plans, a simplement voulu bien faire.

 

Entre fantasme historique délirant et récit rocambolesque, Adèle Blanc-Sec s’avère être un spectacle détonnant et riche en forme, orchestré par un Luc Besson moins badaud qu’à son habitude.

6/10

28.03.2010

L’Arnacoeur vs Tout Ce Qui Brille - Critique croisée

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Une fois n’est pas coutume, deux films passent main dans la main sous le broyeur de la critique. L’Arnacoeur de Pascal Chaumeil et Tout ce Qui Brille de Géraldine Nakache et Hervé Mimram. Entre ces deux comédies françaises, rien en commun, si ce n’est un consensus médiatique sur leur supposée bonne facture. Dans l’étude comparative du meilleur cabotinage, quel projet frenchi sortira gagnant ?


Personnalité

D’abord, pour les deux films français printaniers, l’Arnacoeur et Tout ce qui Brille, deux têtes d’affiche diamétralement opposées. Romain Duris et Vanessa Paradis sur le retour dans le premier, ou un choix d’acteurs caviars, méticuleusement sélectionnés pour appâter le grand public. Alors que dans Tout ce Qui Brille, la part belle est faite à Géraldine Nakache et Leila Bekthi, deux actrices montantes et sympathiques mais pas bien solides en matière d’attrait marketing. Plus osé, Tout ce qui Brille relègue farouchement au rang d’accessoire chic et choc, deux comédiennes plutôt bankables, Virginie Ledoyen et Linh-Dan Pham en lesbiennes socialites, pour un parti pris contraire au concept de son titre.


Pourtant, autant dans l’Arnacoeur que dans Tout ce qui Brille, ce sont bel et bien les seconds rôles loufoques qui parviennent à tenir la dragée haute face aux héros protagonistes. D’un côté, Julie Ferrier et François Damiens impeccables en époux espions malgré eux. De l’autre, Audrey Lamy, sœur cadette d’Alexandra qui interprète une fille banlieusarde prof de sport avec étincelle et bagou. Deux trajectoires foutraques qui contrastent au paysage lisse et joli des deux œuvres, en apportant une touche d’humour enlevé et de franc-parler fort en bouche.

Avantage quand même au film grande gueule de Géraldine Nakache, héroïne plus dynamique qu’une Vanessa à peine alerte.


Histoire de charme

D’emblée, le sujet de Tout Ce Qui Brille sur le quotidien menteur de deux jeunes filles de cité avait des airs de présentoir populiste. Loin d’être démago, le film s’est emparé d’un thème teinté social pour composer humblement une odelette branchée sur l’amitié, traitée avec simplicité et sérieux. Stigmatisant l’air de rien la distinction sociale à qui mieux mieux, l’apparat sur fond de parisianisme d’une France d’en bas qui ne s’ignore plus, cette première œuvre, superbement écrit, étonne autant qu’elle désopile.

Honnêtement perfectible mais débordant d’humour et d’énergie communicative, Tout Ce Qui Brille est la promesse d’une nouvelle génération sans prétention de comédies, décidée à dépoussiérer ce genre sinistré.


Dans l’Arnacoeur, comédie gentiment cynique, le fond est loin des allusions réalistes de Tout ce qui Brille. Mêlant grotesque à la hâte et subtile filouterie, sa mécanique démarre sous les chapeaux de roues, mais peine à maintenir ce rythme sur la durée. Alternant scènes de chassé-croisé amoureux et gags soufflés parfois réussis, parfois en toc, la cadence et le charme du film en pâtissent rapidement.

D’autant plus que le souci permanent de polir les angles et de viser l’happy end mélo général condamne l’Arnacoeur à du déjà-vu sentimentalo-frileux, façon Hors de Prix ou comédie weberienne. On espérait plus d’une comédie dite enlevée, qui mêlait romance et action, Paradis et Duris.


Si l’Arnacoeur peine à tenir le haut du pavé dans le genre de la comédie française renouvelée, victime de sa romance à toute épreuve et de son duo de stars qui n‘a rien de l’alchimie promise, la dramédie plus actuelle et bien plus attachante de Tout ce qui Brille, réussit elle, entre émotion authentique et situations drolatiques irrésistibles, à complètement s’imposer dans un courant casse-gueule, génialement maîtrisé. Une victoire humble et sincère, qui s’assume telle quelle.

 

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L’Arnacoeur : 5.5/10

Tout Ce Qui Brille : 8.5/10

26.03.2010

Alice au pays des Merveilles (Critique) A pétard maniéré

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Revisiter un classique, pire un monument littéraire, un état d’esprit, n’est jamais une mince affaire. Même lorsqu’on a fait des adaptations épico-gothiques son mot d’ordre moderne, imperturbable dans une carrière de cinéaste pourtant jalonnée d’œuvres originales diaboliquement ingénieuses. Mais aussi de ratés dupliqués (Sweeney Todd).

A croire que Tim Burton ne s’épanouit réellement dans son art qu’en reprenant le matériau des autres. La teinte or de la chevelure d’Alice en aurait-t-elle été délavée ?

 

L’heure du geste

Chef d’œuvres parmi les plus aboutis et matures que le monde de la littérature ait porté, Alice au pays des Merveilles est une histoire à tiroirs sans limite imaginaire, où la fantaisie fréquente la déraison, l’onirisme prend à bras-le-corps la barbarie, tous s’épuisant aussi dans la douce impertinence d’une fillette.

Alors qui mieux que Tim Burton, chef de file du conte néo-baroque, pour adapter telle basilique ? Mais voilà qu’étonnamment, le réalisateur excentrique a oublié sur le chemin de l’appropriation éhontée, une empreinte personnelle, de celle qui avait consacré la poésie du cinéaste.

 

Alice du studio Disney 2010 ne s’encombre donc pas de fioriture spirituelle, l’accent est mis sur le divertissement. A cet égard, un contrat à moitié rempli, Tim Burton établit avec conviction sa vision formelle de l’œuvre en question, injectant aux personnages clés un maniérisme hilarant. Sans vraiment pourtant instaurer une esthétique propre, une imagerie gothique qui aurait donné à Alice et son pays, une modernité plastique, un regard nouvellement biscornu.

Du lot, outre Mia Wasikoswka (révélée par In Treatment), dans le rôle-titre – mais limité, ce sont les trois héros secondaires et leur tare caractéristique (le despotisme adipeux fait Reine rouge, l’afféterie gestuelle d’une Reine Blanche et l’air grimaçant du Chapelier) qui assurent un spectacle amusé. Dommage que le décor, les milles détails animés –l’essentiel ou presque de l’œuvre-, là cantonnés à un catalogue de références survolées, ne rejoignent pas ce maniérisme à la drôlerie originale.


Tout au contraire

Dans l’oeuvre de Caroll, pas de morale bien pensante, de lecture juvénile soulignée. Alice est d’abord une œuvre de maturité qui excelle à rendre compte que la liberté et le possible sont inextricablement liés. Alors d’emblée, ce qui frappe ici, c’est l’absence totale de symbolique, de laisser-faire, substitués à une aventure-attraction.
On salue évidemment la tentative de Burton de trouver un autre écho à cette histoire sur-instituée. Toutefois un brin simplette et tristement manichéenne, à l’image de l’échiquier grandeur nature.

Plus lisse, plus sécurisé, le fond du film s’organise avec célérité.  Péripéties ultraminutées, dénouement linéaire, complaisant, aventure globale surdémontrée : l’histoire se banalise à mesure qu’elle déploie son imagerie et va à l’encontre totale de l’incohérence prônée par l’œuvre. Ses jeux de mots, sa langue mystérieuse, ses casse-tête interminables, son absurdité expérimentale. Rien de tout ça chez Burton, qui lui préfère les scenarii d’aventure de jeux vidéos. Même le guinguendélire final du Chapelier lorgne plus de l’essai ridicule que de l’incarnation poétique.

 

Si l’univers burtonien ne décevra pas les plus fervents admirateurs du cinéaste, qui a ici réussi à procurer une autre forme farfelue à l’œuvre, les puristes du conte de Carroll pourraient bien crier à la supercherie face à cette gabegie narrative. Une question épineuse d’angle de vue.

5.5/10

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09.03.2010

Precious (Critique) Au summum du pire, une existence précieuse

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Au cinéma, il existe une hiérarchie du malheur, allant des humiliations quotidiennes, des crises sociales, des revers, jusqu’à l’ineffable du sordide. Au summum du pire, il y a Precious. Une existence condensée du mal, ébranlant chaque seconde le spectateur. Si Precious dérange et émeut à la fois, c’est parce qu’il cogne là où la plaie n’est pas refermée.

 

 

Sous le gouffre, le gouffre encore

Clareece, surnommée Precious (Gabourey Sidibe), est une adolescente obèse. Violée par son père, sous les yeux d’une mère tyrannique et persécutrice, qui la déteste pour lui avoir volé son homme. De ces incestes, est née sa première fille, un enfant trisomique dont elle ne peut s’occuper. Un garçon par la suite, normal cette fois, dont la naissance fait malencontreusement apprendre à Precious qu’elle est atteinte du SIDA.

De cette hiérarchie du malheur donc, Precious atteint son sommet. Imbattable sur le terrain de l’épouvantable, de l’immondice, de cette cruauté totale, perpétuelle, harassante, qui cogne l’héroïne à coup de viols et de pots de fleurs, le film est d’abord une épreuve humaine qui surnage dans la douleur sans se noyer, assumée et vertigineuse.


D’abord, Precious est une héroïne timide dont la retenue délicate puise dans le spectaculaire, le physique colossal de l’actrice oeuvrant en ce sens (une claque par elle, c’est un coup de massue). Et puis, il y a cette scène où  Precious révèle sa puissance dans les larmes. Révélant sa tristesse au grand jour, autour de l’atelier d’écriture auquel elle assiste assidûment, son fardeau infernal dans ces mots qui glissent enfin.

Sur cette pente de la survie (et de l’instruction, une condition) vers lequel l’héroïne semble vouloir discrètement se hisser, Precious rencontre une institutrice lesbienne (Paula Patton, radieuse) et une assistante sociale courageuse (Mariah Carey, exagérément surprenante). Le film ne lorgne alors plus du côté de la torpeur sociale, il est question de s’en sortir malgré les bâfres et les cicatrices.

 

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Sans regard, sans façon

Parce que Precious n’est aucunement un cahier de doléances, une vitrine du malheur, c’est une œuvre forte, sans concessions. Si évidemment certaines mines attendries de travailleurs sociaux sont là en face de cette héroïne qui voûte sous le poids de l’affreux, le film refuse ardemment le maniérisme.

Souvent inexpressive, l’héroïne même pas attachante, ne plaide pas la souffrance. Son entourage est inerte, sans remord (à l’exception d’une scène maternelle finale qui nous prend littéralement à la gorge). Même ses camarades de classe ricanent de voir le nourrisson de trois jours de leur copine enveloppé dans une layette couverte de sang.

 

C’est cette entièreté lucide qui finit par tordre les boyaux, déjà bien malmenés par cette affliction de départ (le film s’ouvre quasiment sur le viol de la jeune fille). A aucun moment, l’oeuvre se pose, se complait dans ses successifs coups du sort, sans chagrin affiché, sans détresse proclamée. Pas de tension, juste un état piteux.

Vierge de tout désir pleurard, le film justifie ainsi et avec force son absence de mise en scène, voire ses allures amatrices.
Brute, Precious livre ainsi son sujet tout aussi rudement, sans pincette, comme une insulte maternelle ignoble lancée au visage, mais délicatement sur la durée ou le fond. A l’image de ces pensées qui trottent dans la tête de l’héroïne illettrée, des discours mal conjugués mais intacts dans ce désir de gloire pailletée, cette envie féroce de s’extirper du calvaire.

 

Precious, traumatisante, déstabilisante, éprouvante, au fardeau social très lourd, est un film sur la résilience. In fine, une ode modeste à la reconstruction.

8/10

 

08.03.2010

Oscars 2010 : Nominations, estimations, exultations

 

Hier soir, les Oscars ont signé un bouleversement dans l'ordre établi. En primant pour la première fois une femme meilleure cinéaste (Kathryn Bigelow), et faisant vaincre le modeste film d'action féminin sur le blockbuster bleuté à 500 millions de dollars (The Hurt Locker sur Avatar).
Résultat : Blabla-Series est ravi, ses estimations concernant Precious, Inglorious Basterds, The Hurt Locker, The Blind Side et Up se sont avérées justes. Seul Jeff Bridges s'est hissé au vrai palmarès, évincant Colin de la statuette.

 

Par ordre de préférence, du fétiche au moins aimé, les nommés pour les Oscars 2010 & le palmarès :

 

Meilleur film

The Hurt Locker
Inglorious Basterds

Precious

Up

The Blind Side

District 9

An education

A Serious Man

In the Air

Avatar

 

Gagnant : The Hurt Locker

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Meilleur réalisateur

Kathryn Bigelow

Quentin Tarantino

James Cameron

Lee Daniels

Jason Reitman

 

Gagnant : Kathryn Bigelow

 


Meilleur acteur

Colin Firth - A Single Man

Jeremy Renner – The Hurt Locker

Jeff Bridges - Crazy Heart

Morgan Freeman –Invictus

George Clooney - In the Air

 

Gagnant : Jeff Bridges

 

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Meilleure actrice

Sandra Bullock - The Blind Side

Gabourey Sidibe - Precious

Meryl Streep - Julie & Julia

Carey Mulligan – An education

Helen Mirren - The Last Station (pas vu)

 

Gagnant : Sandra Bullock

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Meilleur acteur dans un second rôle

Christoph Waltz - Inglorious Basterds

Woody Harrelson -The Messenger

Stanley Tucci -Lovely Bones

Matt Damon - Invictus

Christopher Plummer -The Last Station

 

Gagnant  : Christoph Waltz

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Meilleur actrice dans un second rôle

Mo'Nique - Precious

Maggie Gyllenhaal - Crazy Heart

Penélope Cruz - Nine

Vera Farmiga - In the Air

Anna Kendrick - In the Air

 

Gagnant : Mo’Nique

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Meilleur scénario original

The Hurt Locker

The Messenger

Inglourious Basterds

Up

A Serious Man

 

Gagnant : The Hurt Locker

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Meilleure adaptation

Precious

District 9

An education

In the Loop

Precious

Up in the Air

 

Gagnant : Precious

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Meilleur film d'animation

Up

Fantastic Mr. Fox

Coraline

The Princess & the frog

The Secret of Kells

 

Gagnant : Up

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Meilleur film étranger

Le Ruban Blanc

Un prophète

Ajami

El secreto de sus ojos

Fausta


Gagnant : El Secreto de Sus ojos

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06.03.2010

A Single Man (Critique) Le repli en chagrin sophistiqué

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En troquant sa paire de ciseaux et ses luxueux porte manteaux pour des pellicules bon marché, le créateur de mode Tom Ford a flatté le diable. Espérant une première œuvre de cinéma surprise, narcissique, absolument parfaite, donc foncièrement flatteuse.

 

Solitude unisexe

George, professeur émérite de faculté, perd soudainement son petit ami Jim dans un accident de voiture. Une tragédie ordinaire qui résonne pour une foule hétérosexuelle comme un simple aléa sonore sur un chemin de vie tortueux, donc torturé. Pour le héros, c’est le point d’une chute sans fin, le signe de sa complète résignation.


Si ce Single Man est donc un film sur le néant d’être après la mort, une œuvre de solitude, c’est avant tout pour plaider la cause homosexuelle. Ici, la solitude a un sexe, se coupe de l’universalité, il y a une défense claire à prôner pour Tom Ford : c’est l’amour de l’homme et sa perte indicible. Des nombreux plans sur ces corps virils qui exultent, aux évocations subtiles de l’homosexualité des seventies, le parti pro-gay est évident, louable, émouvant. On croit même apercevoir l’amant du designer, le journaliste de mode Richard Buckley, assis sur un banc de la faculté de l’endeuillé George. Et les fox terriers du héros sont en réalité ceux de Ford. Pour une quête de soi mêlant narcissisme et autoanalyse.

 

Form-idable

Couleurs rousses, ambiances chair, vintage chic, décor d’archi, tout est mis en œuvre pour conférer au film la forme la plus visuelle possible. Les couleurs se neutralisent puis se ravivent nettes au gré des sentiments, des allusions. Les iris sont grossis à la loupe, les plans sont saccadés, désaturés, retouchés, les scènes paradent se voulant vintage à la James Dean, les acteurs secondaires, un brin inutiles, cabotinent, menés toutefois par une reine de cabaret truculente nommée Julianne Moore, le seul point de vertige de l’œuvre.

A trop vouloir en faire, la surenchère se contente d’esbroufe pudique. Léchant et surléchant sa forme à l’envi, Tom Ford met au placard des thèmes majeurs laissés en l’état, pour se complaire dans le maniérisme absolu, l’œuvre de pose du débutant, qui sous airs tirés à quatre épingle, ne cache pas grand chagrin.
Parce que sans la douleur indélébile d’un Colin Firth tout à fait désarmant, le film aurait pu n’être qu’un manifesto plastique, une publicité Chanel améliorée, « luxurisée » sur la vie gay et l’art d’être chic, riche mais triste sous la peau.

 

Chez Ford, le deuil est en velours, soyeux comme du tweed repiqué. Inaccessible comme une chouette alerte sur une branche, éclairée par la pleine lune. Lisse comme le front du minet amouraché que le héros suicidaire daigne prendre sous son aile avant le grand départ.
Les métaphores colorées pleuvent et se noient alors avec le héros sous la houle. Des tourments et de la douleur physique palpable, annihilante, colérique, il n’en est jamais question. A Single Man manque de chaleur saignante, de larmes grises, de terne, pour faire sens.

 

C’est toute l’ironie blafarde de ce premier essai cinématographique, aux airs profonds mais trop éclatants pour être vrais.

6/10

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28.02.2010

An Education (Critique) Initiation au sentiment & mirage de l’être

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Soixante cinq ans après Lolita, cette liaison impensable entre la prépubère Dolores et le tourmenté Humbert Humbert, le mythe de l’amour sans âge ni frontière social renaît de ses cendres. Plus précisément, il s’est exilé au Royaume-Uni, implanté dans un univers sixty chic, sans Jeremy Irons. De mauvaise augure, vraiment ?

 

 

Education (senti)mentale selon Flaubert

 

D’entrée de jeu, An Education s’affranchit de la comparaison avec l’œuvre de Nabokov, puisque dénuée d’une quelconque ambition amorale. Point de similitude en effet entre l’effarouchée Dolores et l’impudente Jenny. Regrettable alors, parce que si la sulfureuse Lolita avait marqué les esprits par sa teneur dérangeante criante de vérité, An Education, vierge de toute provocation, est condamné au plat. Disons au chemin éduqué.

 

Elle (Carey Mulligan) est jeune, triomphale, en quête de déniaisement, mieux, d’élévation de soi, d’embourgeoisement probablement. Le Saint Graal par le haut. Férue d’art, de littérature, de philosophie existentialiste, cette jeune bohème chic avant l’heure, socialement inhibée, aspire à un regard, une reconnaissance mêlée d’envie.
Lui
(Peter Sarsgaard) est un dandy qui voûte sous l’avancement du temps. Trentenaire enraciné, jolie gueule, l’instruction séduisante -peut-être apparente mais qu’importe, le verbe haut, embobelineur, l’attention facile.

 

Il n’en faut pas plus pour que la jeune créature s’amourache de David, qui est en fort aise. Innocemment ou presque, le couple se forme par la force des choses. Il est sa clé pour s’extirper de son milieu et de ses obligations estudiantines. Elle est son remède au vieillissement, un sortilège narcissique qui prend de l’ampleur à mesure du conditionnement amoureux et social qu’il lui offre gracieusement, la belle âme en façade.

De ça, le film est riche. Comme une chanson de Gréco que l’héroïne écoute dans le secret de la demeure familiale, An Education se présente comme un joli morceau de vie, contrasté, une romance hésitante, originale, voulue par les allures d’une époque.

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Marasme à peine amoureux

 

Au-delà de la rencontre et de l’attachement soudain, c’est le vide.

Jamais de passion ni d’égarement libidineux, An Education prône la carte de la pudeur pour esquiver à profit l’objet de scandale qu’il aurait pu susciter. Ce qui malheureusement n’explique pas l’absence pregnante des étreintes déchirées, d’une romance du moins vécue. Triste frustration pour le spectateur qui contemple au loin l’œuvre de Lone Scherfig narrant un amour distant, comme prisonnier de l’écran, dans l’écho d’un son étouffé.

Pas d’esbroufe non plus quand retentit l’heure de la rupture au demeurant triviale, presque inachevée. A peine, un espoir qui vole en éclat sous les quelques larmes –convaincantes- de la jeune Jenny. Qui est bien seule dans ce marasme sentimental.

Le visage de l’héroïne (jouée par la nouvelle égérie du cinéma anglais, Carey Mulligan, juste, sans jamais flamboyer vraiment) se mue ainsi au gré des rebondissements sentimentaux. Ses yeux qui d’abord s’émerveillent (trop ?) d’un rien, d’un tableau d’art, d’une découverte de vie, cèdent leur place à un regard de désillusion sociale, sans jamais atteindre une teneur crève-cœur, cette perte totale d’elle-même, pourtant trahie par celui qu’elle aime. L’aime t-elle vraiment ?

 

Une fadeur de ton qui se retrouve dans l’évolution narrative du film, quasiment elliptique, alternant des scènes posées interminables et une rapide reconversion de l’héroïne qui a finalement pris le chemin de l’université.

Cette permanente déconnexion entre l’allure de cet objet de cinéma, toujours jolie, clinquante, parfois subtile, et le fond troublant viennent à laisser incompris les mouvements de l’entourage de Jenny dont le laxisme familial fait peur à voir (à l’exception de sa professeur jouée par Olivia Williams) sans jamais véritablement questionner la place/le dilemme de la femme des années 60. Incompris par ricochet ce manque cruel de féminisme pour une héroïne qui présentait une carrure moins naïve mais qui pourtant décide de faire priorité à l’arrivisme social. Son personnage était d’emblée une caricature légère, mais contraire.

 

Si le film est lisse, gentiment poseur, à peine trop contemplatif c’est parce qu’An Education partait à la recherche d’une romance d’abord ingénue, décompliquée malgré les difficultés. Mais la Jeunesse dont on excuse volontiers les erreurs de l’héroïne amoureuse, ne fait pas pardonner en revanche le manque de cohérence d’une histoire distante et malmenée, encore moins l’absence de déploiement sentimental, qui anéantit la portée intense de cette bluette.

5.5/10

 

25.02.2010

Shutter Island (Critique) Mise en scène scorsesienne

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Après un remake infiltré formidablement adapté, Scorsese retrouve son poulain à la mèche blonde (et inversement) pour une oeuvre croisée des genres, entre thriller effréné et film paranoïaque tendance encéphalique. Une course noire intense, trop intense ?

 

Sans foi ni loi

Adapté du best-seller de Dennis Lehane, Shutter Island présentait un scénario tout fait, idéal pour le cinéma fantastique tourné vers les tourments de l’homme fautif. Avec ce matériau béni des Dieux, Martin Scorsese retrouve la dimension la plus cinéaste de sa filmographie et bénéficie d’un univers emballé qu’il aime à consacrer, à peaufiner visuellement, scénaristiquement, musicalement jusqu’à l’ongle.

 

A ce niveau, Scorsese parvient brillamment à reconstituer une île asilaire des plus terrifiantes dont la noirceur et l’inquiétude latente renaît sous chaque rocher mystérieux, dans chaque chambre capitonnée. Voire à travers chaque échappée cauchemardesque qui propulse l’US Marshall en pleine guerre nazie, ou sous son toit infernal envahi par les cendres et la mort.
En prime, Scorsese établit une moiteur exotique des plus humides et progressives, catapultée par un déferlement météorologique pour consacrer toujours un peu plus la teneur anxiogène progressiste d’une œuvre sans demi-mesure.

Le casting en or massif n’est pas étranger à cette réussite d’ambiance : entre DiCaprio bouillonnant, intensifié jusqu’à l’os, Michelle Williams terriblement juste, ou la folle toute-désignée, Emily Mortimer, aussi dangereusement inquiétante que le référent de raison joué par Ben Kingsley.

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Fantasmes exilés

Si cette forme au cordeau est chez Scorsese toujours au service de l’intrigue, pour mieux ombrager ce fond impalpable dissimulé au fond du tiroir, Shutter Island reste parfois à côté de son chemin narratif.
Envie passagère de repos entre-deux ou défaut chronique d’une réalisation si chaotique qu’elle crée derrière elle quelques nids-de-poule, diverses situations à vide sans impact eu égard à la résolution finale ?

Evidemment, la traque héroïque contre un système psychiatrique présumé barbare est sans cesse reconstituée avec beaucoup de conviction. Mais Scorsese prend un malin plaisir à noyer le spectateur sous une avalanche d’indices sans liant au point d’accumuler les cartes et les enjeux confus.


Alors, quand le dénouement tardif pointe le bout de son nez éclairé et nous enlève tout le poids scénaristique de nos épaules, difficile de ne pas ressentir une once de déception. Parce qu’a contrario d’un déploiement actantiel des plus obscures -le plus souvent maîtrisé, Martin Scorsese commet l’erreur de finalement trop en dévoiler sur les fondements de son œuvre : la frontière entre réalité et représentation.

De cette ligne frêle entre fantasme et preuve, le film, étonnamment jusqu’au-boutiste, enchaîne les explications pragmatiques et anéantit le mythe du traumatisme humain sujet à fantasme. Un parti pris rationaliste qui nous confisque toute portée imaginaire, injectée à la seringue depuis les prémices de l’histoire.

 

Par sa mise en scène à tiroirs, paradoxale, abyssale, très écrite, Shutter Island sait nous emporter dans un tourbillon d’évènements cérébraux où folie, histoire et onirisme torturé s’entremêlent sans envahir.
Dommage que l’obsession narrative du génie réalisateur vienne entacher cette chute vers la folie romanesque sans retour.

6.5/10

 

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