10.09.2011

Sélection cinéma : les films (ou pas) de l’été

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La Guerre est Déclarée

Il aurait fallu bien sûr être aveugle, ou vivre reclus avec des jacquards poisseux et des compagnons poissons rouge pour ne pas avoir entendu parler de la Guerre est Déclarée, qualifiée de tout un catalogue miel allant du merveilleux au bouleversant. Mais Valerie Donzelli mérite bien cet acharnement positif puisque la Guerre est Déclarée, son véritable bébé, est une décharge puissante, un hymne à la joie, au courage et à toutes ces qualités stupéfiantes propre aux grandes tragédies. Une énergie furieuse, une générosité euphorique, dont les prémices déjà palpables dans la Reine des Pommes, son premier long, un brin maladroit mais tout plein de bonne volonté, permettent à cette narration autobiographique d’atteindre un stade lyrique et lumineux qui se fait rare et doublement précieux au cinéma français. On remercie l’artisanal.

9.5/10

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Mes Meilleures Amies

Les mâles de la bande à Apatow sont devenus ringards. Las Vegas n’est plus qu’un terrain de jeu sableux sans originalité, les blagues de cul, qu’une redite sclérosée. A présent, il s’agit de saluer Milwaukee, Wisconsin et son duo comique adorable, Maya Rudolph et Kristen Wiig, aussi singulières qu’une prestation croisée entre Amy Poehler et Tina Fey. Bridesmaids est bien entendu un film de filles, pour filles mais sa spiritualité, son esprit mutin, sa polyvalence comique rend le film global et hautement jubilatoire. Mes Meilleures Amies doit beaucoup à la prestation de Kristen Wiig, récente recrue du SNL en 2005. Son faire-valoir comique, garanti sans hystérie, sans excès gestuel, assure au film et à cette fausse bande d’amies un plaisir plus que coupable. Rose Byrne (Damages), dans le rôle de la bourgeoise parfaite et Melissa McCarthy déguisée en femme-armoire brutale (Gilmore Girls) étonnent par leu jeu radicalement différent teinté d’une extrême drôlerie.  Une comédie sans fausse note, sans écueil, où tout est emprunt d’un humour simple et décapant, et d’une bonne humeur contagieuse.

9.5/10

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Melancholia

Lars Von Trier a réussi le pari fou voire impossible de concilier poésie et fatalité avec une aisance créatrice vertigineuse. Scindée en deux parties, passionnante pour l’une, fascinante pour l’autre, Melancholia est un opéra archi-contemporain où tout est sujet à dilemme et à déconstruction. Charlotte Gainsbourg et Kirsten Dunst, aussi remarquables l’une que l’autre attendent l’apocalypse avec une émotion sans pareil, chacune à leur façon. Les deux actrices offrent toute la puissance moderne et dramatique, son aspect lumineux, cette réflexion amère sur le désespoir et la résilience à ce film dense et contemplatif. Une belle œuvre indicible.

8/10

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The Future

Horripilant ou formidable, l’art de Miranda July fait discuter. Mais chez elle, la poésie existentialiste fonctionne à merveille, tantôt loufoque, décalée ou simplement délicate, l’écriture de Miranda July est brillante et permet d’offrir une trame intrigante à ses films. Dans The Future, sa plume s’en prend à ce couple uni, gentils loosers aux bonnes intentions –elle est professeur de danse dans une association pour enfants, lui est réparation informatique et ose le drame en allant jusqu’à l’usure sentimentale, l’impression d’impuissance et la mort. Pas de vraie tragédie néanmoins, le film étant traversé d’éclairs divins, d’interventions oraux d’un chat abandonné qui narre les actions de ses maîtres déchus. The Future est un festival de sentiments, souvent contradictoires, de la simple tristesse à la propulsion onirique sous des lunes rondes. Plutôt singulier.

7/10

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Super 8

Le blockbuster de l’été se voulait un hommage inspiré au cinéma hollywoodien des années 80, celui de Carpenter, Spielberg, Dante. Derrière cette mission, J.J Abrams, le maître mégalo sériel qui n’en est plus à ses premières armes. En inventant une sorte de créature extraterrestre traumatisée par la conduite des hommes et sa vengeance sur une petite bourgade américaine, en particulier une jeune bande d’ados débrouillards en plein tournage de film, le geek binoclard met tout le monde d’accord. Il y a l’humour, la magie et l’action dense du cinéma des Gremlins, des Goonies, de E.T et de Jurassik Park. Comme un esperanto atemporel, Super 8 retrouve l’esprit vivifiant de tout un genre oublié. Parfaitement calibré, à la fois impressionnant dans son contexte fantastique, et émouvant par ses petites touches d’amitié, de famille brisée, d’amour juvénile, le film naïf et puissant de JJ Abrams est une ode à la jeunesse et à la tendresse d’une époque.

8/10

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La Planète des Singes

La mode est au recommencement, aux fondamentaux, à la nécessité de déceler une origine, un départ. X-Men l’a très bien réalisé en juin dernier et méchamment, on pensait que la Planète des Singes allait quant à elle se casser les dents. Mais à tort, puisque les origines de cette grande saga fantastique ont été brillamment conçues, à la fois intelligentes, spectaculaires et humaines. Une histoire prenante, qui en ne frôlant jamais le cliché expérimental animalier, a une force certaine pour décrire l’aliénation par la distance, par le biaisement du langage. Malin et efficace.

7/10

 

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Comment Tuer Son Boss ?

Le cinéma comique américain fonctionne à plein régime. Comment Tuer Son Boss pourrait être cette année être son chef de file, à force de rouages à la mode. Mais il s’agit d’une bonne comédie, avec ce qu’il faut d’irrévérencieux, de vulgaire, de scabreux pour plaire au plus grand échantillon. Drôle et décapante, cette idée de se débarrasser des patrons de tout un chacun porte le film à son apogée intriguant. Kevin Spacey, en psychopathe manipulateur et bipolaire, Jennifer Aniston en dentiste nymphomane hystérique et (à moindre échelle) Colin Farrell en homme de pouvoir mesquin sans charisme sont les grands piliers de ce film « bromance », offrant quelques belles scènes ahuries et des dialogues tirés au cordeau. Mais le dénouement simpliste, le propos vindicatif noyé dans quelques états d’âmes et rebondissements peu attirants, condamne sur sa fin le film au genre comique limité. Amusant, divertissant mais pas vraiment assumé.

6.5/10

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Un Amour de Jeunesse

Mia Handsen-Love est une réalisatrice douée, ses premiers films, Tout est pardonné, Le Père de mes Enfants, l’avaient sensiblement distinguée de son rang de jeune cinéaste ex-étudiante brillante, amourachée d’un grand réal (Olivier Assayas). Si Un Amour de Jeunesse garde cette essence propre à son « œuvre », la tendresse du jeune âge, la légèreté, la frénésie sentimentale, la jeune cinéaste se perd légèrement dans cette relation adolescente –entre Camille et Sullivan- à force d’ellipses et de rebondissements amoureux systématiques. Davantage balisé, un peu moins naturel, que ses précédents films,  Un Amour de Jeunesse, procure néanmoins l’illusion et la naïveté d’un amour-brasier, en particulier ces sentiments exaltants propres aux jeunes filles emportées, et réussit à capturer ces passions d’étés, modestes, vibrantes, mélancoliques, comme une madeleine de Proust.

6.5/10

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La Piel que Habito

Pour le nouveau Almodovar, pas d’histoire de femmes, de caractère, de passions ardentes, on nous promettait une histoire sombre et fantastique à la fois, un brin déroutante. Mais La Piel Que Habito rate légèrement la tentative de Pedro Almodovar de concocter autre chose que ses compositions florales attendues. Adapté du livre Mygale, de Thierry Jonquet, La Piel que Habito renoue avec la noirceur et le ton sec qu’aimait le réalisateur ibérique à ses débuts. Malgré tout le potentiel cinétique du film -le schéma mécanique d’un docteur en plein tourment, les lieux cliniques de cette grande maison inquiétante, la lumière porté au visage de la poupée Elena Anaya-, le film se perd rapidement en prétexte malade. Ni viscéral ni fiévreux, le film interminable manque d’aplomb et de consistance pour donner une crédibilité à cette étrange histoire dont les atouts esthétiques restent (eux-aussi) prisonniers de l’écran. De beaux thèmes défilent toutefois devant nos yeux, l’obsession, l’identité, l’art, la filiation, mais sans convaincre.

5/10

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Les Biens Aimés

Honoré est un cinéaste prolixe qui pourrait cadrer des heures une scène sans mordant. C’est un peu l’idée générale de ces Biens-Aimés qui sous leurs bonnes intentions, leurs envies dramatiques, cachent un certain ennui, une morosité de leur propre sort qui jamais n’est mis en avant dans ce film interminable et laborieux. Façonné en plusieurs parties chronologies, le film s’étend sur chacune d’elles, en espérant convaincre de son intensité, son potentiel tragique. Une bonne première partie, dans laquelle Ludivine Sagnier aime, séduit, pleurniche sans trop en faire, mais qui très vite cède sa place à Deneuve et progéniture pour un récit sur la culpabilité et l’espoir d’amour un brin surfait. En dépit des chansons souvent inspirées d’Alex Beaupain, les Biens-Aimés nous emmènent dans les tréfonds du faux-drame, de l’irritant et du complaignant. Histoire parfois saugrenue, parfois répétitive, tant et si bien que même les personnages chers à Honoré en deviennent archétypaux (la violence de Louis Garrel, l’acharnement romantique de Chiara Mastroianni) sans explication, sans décor émotif.

4.5/10

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L’Art de Séduire

Casting alléchant (Valerie Donzelli, Mathieu Demy, Julie Gayet), idée de départ originale et intrigante, l’Art de Séduire aurait pu être la promenade de l’été, légère, enlevée, joliment écrite. Mais cette promesse parisienne s’est vite envolée sous le jeu fade de ces acteurs qui bien contre leur gré compose avec un scénario anémique et sans saveur. Le tout est truffé d’idées reçues, de situations convenues, de dialogues non inspirés. Bâclé à l’envi, ce film sur la séduction et la solitude, penche très vite du côté de la comédie bouffonne, irritante et sans attrait, particulièrement creuse à la fois à l’égard de la psychologie que de la séduction, que du film d’auteur bien pensé auquel de droit on s’attendait.

2/10

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19.07.2011

Au service des objets trouvés : la sélection ciné du mois

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Une Séparation

La Séparation a beau tisser sa toile autour d’une rupture, dans un Iran actuel, la complexité est à l’image de la réalité, elle s’étale tout au long d’un scénario puissant, de manière globale, sans compartimenter son récit. Le film d’Asghar Farhadi est une œuvre qui tend à s’ouvrir, dont le sujet est un salmigondis bien rodé de situations quotidiennes, de zones d’ombres splendides, de nuances dramatiques, et d’interrogations profondes. Car après le soutien, vient l’accident puis la mise en responsabilité, une charge à la fois amoureuse, civique, familiale et religieuse, un exemple de la complexité humaine et un symbole de la perte de l’innocence.  Construit admirablement, au prisme du privé et de la perception post-dictature, le film illustre la part de chacun –mari ou femme, père ou enfant- dans une société moderne tuméfiée.

D’une intelligence et d’une psychologie rarement exploitées à l’écran, le cinéaste iranien bouscule les valeurs sociales et conjugales, interroge les vertus religieuses et politiques et paralyse toutes les certitudes. Par l’interprétation à couper le souffle de ses deux couples à double visage, qui jamais ne campe un rôle défini, par la puissance narrative, sans orientation, sans influence, par cette mise en scène quasi à huit-clos, intime et fascinante, par cette absence vertigineuse de voile moral, Une Séparation est plus passionnant et ténu qu’un drame social, il est un exemple de mesure et  de discernement, une invitation à l’interprétation et aux (re)questionnements de nos valeurs.

10/10

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Harry Potter et les Reliques de la Mort (2ème Partie)

L’attente était telle que l’on partait déjà déçu, tristement empoisonnés par cette ultime histoire du sorcier binoclard qui prendrait bizarrement fin sur un quai de gare vingt ans plus tard. Mais parce qu’il faut parfois faire ses adieux aux symboles adolescents, le dernier volet de la croisade Potter s’est établi avec satisfaction, en forgeant la maturation et les enjeux belliqueux.
Alors oui, Harry Potter a mûri, ses amis ont grandi, le mettant désormais au défi, mais pour autant, l’éclat est intact de retour à Poudlard. Le cinéaste David Yates a ainsi réussi sa dernière trajectoire, allier enthousiasme magico-pubère à destruction idéologique. Si la marotte du réalisateur de ponctuer de répliques gentiment futiles et adolescentes tout au long d’un combat sérieux fait perdre le récit en force de conviction, le ton et le rythme, très engageant de ce dernier volet,  désormais noir et gris, fait de missions périlleuses et de dilemmes internes, profite à long terme à cet esprit bon enfant menant vers la voie adulte.

Soucieux de démontrer l’ampleur de la mythologie magique, ses allants profonds, ses quêtes torturées et ses défis fatals, David Yates s’en tient à de splendides plans d’ensemble, mêlant dénouements de la lutte bien contre mal, flashbacks explicatifs, et tunnels symboliques sur la vie des Potter, leur épopée contre Tom Jedusor, promu Voldemort. Lui, reste impeccable, tenant la dragée haute et cruelle face à Potter viril et combattif. Si l’apothéose n’est évidemment pas au rendez-vous, enjeu cinétique impossible face à la forte imagerie littéraire, l’allure effrénée et l’envie de bien faire sont toujours là, rendant un hommage vif et féroce à cette grande et belle histoire générationnelle.

7/10

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Blue Valentine

L’inégalable Michelle Williams s’amourache un temps du mystérieux Ryan Gosling pour composer une fresque douce-amère sur l’amour, le délitement. Conquis dès les premières notes, dans le regard perdu d’une épouse prise au piège de la routine et du désenchantement, dans les mains délaissées d’un mari présent et maladroit qui ne sait plus comment jouer. Blue Valentine est un film humble et sensible, qui emporte par sa sincérité. Composé en deux temps, au passé-présent, par des saynètes symboliques, exprimant tantôt la rencontre, tantôt l’ennui, la colère ou bien la passion, ce film indé capte des instants volés, illustre l’ineffable et la décomposition sans en parler. Grâce à la mélancolie superbe de Michelle Williams, l’érosion devient intense, tragique dans sa terrible inéluctabilité. D’une justesse louable.

8/10

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X-Men :  Le Commencement

Oeuvre complexe, parfois cérébrale, X-Men est plus qu’un film de super-héros. En recyclant sa galerie d’acteurs (Halle Berry, James Marsden, Hugh Jackman, un peu fades) pour des talents actuels (McAvoy, Fassbender, Byrne) et en déterrant une époque, celle des origines sixties de l’homme mutant, le quatrième volet des X-Men est l’histoire de la légitimité, celle qui finit par rendre passionnante une saga de bonne facture mais ternie par les codes du genre. Décrire l’opposition centrale entre Magneto et Professeur X, avec psychologie et trait d’esprit, et en usant aussi du mouvement pop culture et des enjeux de la Guerre Froide a permis au cinéaste Matthew Vaughn de prouver que l’adaptation des comics américains peut aussi chercher du côté de l’inventivité et de l’intelligence. Avec de vrais questionnements, en vrac, sur la marginalisation, l’affirmation et la tolérance des autres, X-Men : First Class dépasse le registre de l’histoire de bon aloie, et parvient à être une aventure haletante et créative, sur fond de récit intéressant et enlevé.

7/10

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Hanna

Si Joe Wright nous épate encore, ce n’est pas pour son faciès mélo qu’il fait convoler sur toute sa filmo, c’est bel bien pour son art esthétique de la mise en scène, qu’il parvient même à insuffler dans son essai d’action à vocation de divertissement. Entre les romances tragiques et les productions d’espionnage, il n’existe pas de transition pour le cinéaste anglais, qui jongle avec le blockbuster, le fantastique et le puéril avec la même sensibilité. Tant par le casting savamment mesuré (opposé le diaphane Eric Bana à la lumineuse Cate Blanchett est une idée rare) que par ses effets profonds, sa musique infernale implacable, ses scènes d’action plus délicates que les vingt dernières bobines hollywoodiennes. Fort de son rythme, de sa mélodie singulière, Hanna est un thriller vertigineux, frôlant le registre malade et le genre poétique. Dans cet esprit, Saoirse Ronan et Cate Blanchett sont admirables de conviction, l’une en adolescente froide et intrigante, l’autre, en diablesse rugissante de malfaisance délicieuse.

7/10

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Derrière les Murs

On a beau dire, les films d’horreur français sont condamnés au terrain glissant. Dernier exemple en date, l’ennuyant à pourrir, Derrière Les Murs, creux et vain de bout en bout. A force de gratter la moelle des Autres, de voir du côté des productions ibériques et de simuler des ambiances fantastiques asiatiques, Derrière Les Murs, premier film horrifique français en 3D, devient un produit lénifiant, une gabégie pauvre en matière, qui oublie le frisson pour appuyer sa cartouche provinciale façon mauvais Pagnol en trois dimensions. Dans ce marasme sans teint, ce scénario aussi lisse que nos malencontreuses lunettes lourdes, Laetitia Casta essaie de trembler à la surface. En jouant une écrivaine et mère endeuillée par la perte de sa fille, la belle actrice paumée à la campagne, finit par jouer les hystériques de série Z. Des cris, des hallucinations, des visions terribles, Casta s’essaie à la possession comme elle peut, en clignant brutalement des paupières devant sa machine à écrire. Du cliché, évidemment, mais surtout un fond méchamment inoffensif.

2/10

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My Little Princess

Trop, bien trop d’effets et de fausses notes dans ce film quasi autobiographique mais totalement ampoulé d’Eva Ionesco.  Isabelle Huppert, dans le rôle d’une mère-artiste maudite exploitant sa progéniture, frôle le registre du médiocre, l’auto-caricature, en poussant l’interprétation à son paroxysme parodique, en s’évertuant dans le cabotinage et les excès de bourgeoise glaçante.  Sa fille à l’écran, Hannah, a beau faire peau neuve, elle est une version miniature d’un même constat de grande actrice qui s’entend jouer. En devenant une égérie glamour pseudo-érotique d’un milieu pervers, la nymphette perd son innocence, mais en oubliant la détresse, la sensibilité. Sorte de petite peste sortie d’un teen-show américain, la jeune héroïne nous enflamme les tympans par ses répliques hurlées contre sa mère. Irritant, embarrassant, ennuyant, le film gonflé aux surdoses mélodramatiques, passe par toutes les étapes, en oubliant toute notion de justesse, en prenant racines aux défauts. Scénario présomptueux, photographie hideuse, interprétation plus que sordide, et psychologie insalubre qui dévie toute sensibilité à l’image de ses décors grotesques, le film est un malaise pernicieux à faire détester les premières œuvres.

0/10

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12.07.2011

Harry Potter et les Reliques de la Mort - partie 1 (Critique)

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Le 23 novembre 2010, l’horloge nationale pointant sur l’heure du crime, tous pour Harry Potter. La date des retrouvailles était apprise par les fans comme un mantra. A minuit tapantes, la partie finale de la saga Potter s’est projetée sur tous les écrans français, annonçant en grande pompe la première partie d’un dyptique final d’une fresque pas comme les autres.

 

En guise d’amuse-gueule, une bande-annonce redoutable qui circule depuis des mois et quelques bribes de films, « les premières minutes exclusives » filtrant plus ou moins légalement sur le net pour appâter un public déjà hameçonné à la cause Potter. Pour autant, l’impatience des uns et l’énervement des autres n’a pas faibli pour ce moment quasi-religieux dévoilé ce mardi.

Puisque la partie finale s’annonce mortifère, le réalisateur David Yates a injecté les formes, abyssales et mornes, dans cet épisode ultime. Depuis le Prisonnier d’Azkaban, la rupture était consumée entre le doux onirique Harry Potter se plaisant à faire des tours de passe-passe à Poudlard, entre deux tournois de quidditch et le nouveau guerrier du bien, l’Elu idéologique, mèche coupé, regard torve, des opus suivants également bien plus ténébreux. D’emblée, la scène introductive de ce chapitre final resitue ce décor sérieux de dénuement, d’une noirceur dense presque étouffante, au milieu de l’errance magique.

 

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Fort d’enjeux plus impactant que jamais, à savoir cette course poursuite entre le bien et le mal, Harry d’un côté, Voldemort de l’autre, pour s’équiper comme il faut pour le combat ultime, le septième film de la saga converge vers un point noir culminant impérial, sorte de climax dramatico-magique, où il n’est plus question que de quêtes matérielles et de finalités idéologiques. Alors, les personnages secondaires s’effacent, et les facettes humoristiques et légères avec eux. Oubliés les historiettes accessoires et les flirts adolescents, le film se recadre avec un académisme de fond louable et efficace sur le trio original en partance pour la bataille.

En prenant son temps, la saga Harry se détache enfin de son image de feuilleton blockbuster grandiloquent, ce chapitre, plus pusillanime et claudiquant, met l’accent sur une bande de jeunes sorciers braves mais fragilisés, épuisés mais lucides. Des scènes de remise en cause au long repli dans les bois, la firme Harry apparaît plus sincère et déconcertante que jamais. Dans la réalisation, grise et monotone, les dialogues, d’une résignation intimiste, la désillusion générale l’emporte sur la force juvénile et l’action avant tout.
D’une efficacité redoutable pour augurer d’une seconde partie ultime, aussi attendue dans le fond que dans la forme, ce chapitre inaugural prend le pouls d’une situation dramatique coûteuse, tire le bilan des péripéties effectuées jusque là au prisme d’épreuves difficiles, faites de colères intérieurs, de jalousies réprouvées et de questionnements incertains. A l’image d’Harry, ce héros binoclard confus, rattrapé par les traumatismes enfouis et l’ignorance d’un monde maléfique qui lui échappe.


Pour autant si la mise idéologique ne manque pas de péril creux, la franchise Potter ne perd pas sa conviction première : sa mise en scène léchée et son atout d’acting. Les trois sorciers, plus soudés et touchants que jamais, un Ron ravagé en tête, s’embarquent dans un récit plus féroce qu’eux où chaque étape mythologique emmêle fascination et torpeur, à l’image de ce court-métrage au crayon d’une beauté sublime et d’une résonnance scénaristique étourdissante.

 

Beau et implacable, Harry Potter et les Reliques de la Mort se met sur la piste funèbre du combat. Sans esbroufe ou parti-pris guerroyeur, le film magique et politique fouille les états d’âmes et les détails maléfiques pseudo-fascistes avec une précision et une force narrative ébouriffante. Un avant-gout de choix avant le dénouement ultime.

7/10

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03.05.2011

Au service des objets trouvés : la sélection ciné du mois

En avril, on a beau dire que c’est de saison, le cliché printanier est bien là pour conforter les cinéphiles ébranlés par une disette hivernale de films mauvais comme une soupe à l’oignon.  Au diable les œuvres venteuses et les curiosités  de couleur grêle, pour inaugurer cette nouvelle catégorie du 7e art sur Blabla-Series, le temps a préféré virer à l’inattendu et au varié. Au service des objets trouvés, plusieurs enfants perdus, une chorégraphe anoblie et un déguisement sanglant, on s’en frotte les mains.

 

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Tomboy

Ecrite en un mois, tournée en un vingt jours, l’histoire de Tomboy pourrait être le brouillon pré-mâché et documentarisant sur la vie tourmentée d’une petite fille. Et pourtant, Tomboy a tout de l’œuvre achevée, celle qui s’impose à chaque situation, qui fait sens à chaque réplique, à chaque regard.  Plus qu’un questionnement sur la sexualité, Tomboy est un film qui remet en cause l’existence, qui met en avant les désirs, ceux de l’enfant en quête, ceux de Laure, rêvant d’incarner Mickaël, le garçon qui joue au football, qui veille sur sa petite sœur, qui se baigne sans complexe en maillot de bain parmi les copains. Dans Naissance des Pieuvres, Céline Sciamma captait déjà le mal-être, celui de deux adolescentes, sans en rajouter, malgré la lenteur désarmante des situations, conforme aux films de fin d’études.  Dans Tomboy, c’est à la fois une confirmation et une résurrection pour cette jeune cinéaste, habile scénariste, réalisatrice sans esbroufe mais profonde. Sur le genre, mais aussi le rapport de l’enfant à l’adulte (illustrée par des plans éloquents, toujours  confondants de simplicité), la relation entre enfants,  sur le sens des sentiments (ceux de la petite sœur, ceux de Lisa, qui tombe amoureuse du garçon « différent »), Céline Sciamma réussit un portrait troublant et poignant de l’enfance, quasi illusionniste, une démonstration pudique et férocement fouillée. Elle consacre Tomboy comme une œuvre délicate, qui donne vie à la confusion, qui saisit la violence (une simple robe, une simple présentation) sans la raconter, qui décrit l’ambiguïté et l’indifférenciation avec subtilité, avec la lucidité d’une fillette. Une réussite absolue.

10/10

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Pina

Les petits gestes de Pina Bausch ont été ressuscités le temps d’un film hommage par son ami de vieille date, Wim Wenders. Loin du documentaire rigoriste, ou des récents films ratés du cinéaste allemand, Pina se libère du carcan du genre pour retrouver la force artistique et visuelle de la chorégraphe. Dès cette première scène dans la terre écrasée par ces coups violents et automatisés portés aux corps (Le Sacre du Printemps), jusqu’à cette fin où la troupe du Tanztheater reprennent sur la dune le gestuel phare des saisons de Nelken, Pina retrouve la grâce et la puissance atypique d’une chorégraphe à part. L’épuisement, la laideur, la singularité des corps, la force des éléments, l’énergie malade, autant de thèmes chers à Pina, qui retrouvent dans ce film une noblesse d’esprit, une poésie dure, froide et passionnée. Emporté et libérateur, cet hommage artistique est plus qu’un éloge pompeux et magnifié, il s’agit d’une redécouverte audacieuse et virevoltante, plus soucieuse de l’harmonie, de la scénographie, de l’art sec de Pina que d’une oraison bon marché pré-emballée. Des tableaux célèbres reproduits à l’intact, appuyés par des mises en situation inspirées dans des décors sensés (à Wuppertal notamment, ville de Pina) ou autres lieux qui dans leur force visuelle collent au maître-mot de la chorégraphe et agrémentés de témoignages pudiques et sincères d’une troupe qui loue (à juste titre) le mentor et la raison d’être faite Pina, le travail du Wim rejoint ainsi la profondeur de la feue créatrice. Avec cette œuvre aboutie, égale à elle-même, Wim Wenders ressuscite avec émotion l’existence du style Pina, la fragilité et la monstruosité émouvante de son art. Comme des retrouvailles ultimes avec l’être aimé.

9/10

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Rabbit Hole

A l’initiative de Nicole Kidman, toujours gracieuse et poignante à l’écran malgré les pommettes botoxées et le front légèrement gonflé, Rabbit Hole est un essai pudique et profond sur la vie d’un couple après la mort de leur garçon. Sensible et juste, à l’image de ses parents endeuillés, Aaron Eckhart et Nicole Kidman, touchants dans leur complexité, leur refus de céder au moindre pathos, leur rage frustrée, leurs quêtes  intérieures, l’œuvre de John Cameron Mitchell  (Shortbus) est  une tragédie délicate sur l’absence et la retenue. En s’allégeant du poids hip et sur-écrit de la machinerie indépendante estampillée Sundance, Rabbit Hole préfère la sobriété de ton, la pâleur du décor et le cynisme d’un humour occasionnel mais cathartique pour ciseler avec force ce portrait de famille chamboulé parmi les autres. Ainsi, en voguant efficacement entre le léger et l’affect, la souffrance et la libération, Rabbit Hole prouve que le deuil et la reconstruction demeurent un sujet rare et puissant, qui ne nécessitent ni des clichés coriaces ni des situations tire-larmes pour émouvoir.

9/10

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Scream 4 (voir critique) 8/10

 

 

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The Company Men

Pour le premier film de John Wells (scénariste et réalisateur d’Urgences, The West Wing et de Shameless), tous les vieux de la vieille du ciné U.S sont là (Tommy Lee Jones, Chris Cooper, Craig T. Nelson, même Kevin Costner a réussi le casting). Ideal pour rendre authentique ce film sur l’âge d’or déchu de l’entrepreneuriat américain et la chape de précarité qui s’abat sur ces foyers sans défense. Si le propos de départ est intense, voire culotté (le cadre Ben Affleck refuse par orgueil  de mener une vie à la baisse), The Company Men reste un film sur la crise typique, illustré par des profils d’hommes sans aspérité, sans grande cause, sans péril.  En veillant aux destins de ces cadres supra-aisés sur le carreau, par pudeur ou par lâcheté, le film fait fi d’une réalité économique plus impitoyable, d’un propos social plus sévère, se contentant seulement d’un portrait familial (assez juste grâce l’actrice Rosemary Dewitt) pour témoigner des sacrifices. Si la morale ne chahute pas trop un récit globalement bien mené (mais toutefois conclue par un happy ending, il ne faudrait pas déprimer les femmes et les enfants), The Company Men conserve tout au long de son développement cette étiquette propre sur soi qui rend le tout un peu naïf et déconnecté.

6/10

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Mon père est femme de ménage

On s’attendait à une œuvre dégoulinant de bons sentiments, un dicton politico-social plombant et des acteurs à côté, pourtant Mon père est femme de ménage est un film neutre et juste qui s’efforce à prouver le contraire. Ni social ni familial, le film préfère survoler les cases pour ne pas tomber dans la caricature. Malgré les ellipses, et quelques bonnes ficèles, le film de Saphoa Azzeddine se montre sensible et drolatique, grâce à une Nanou Garcia hilarante en femme au foyer immigrée et un Francois Cluzet épatant en bon père de famille aimant et sincère. Un joli portrait de famille actuelle, sans fioriture ni excès de pathos.

6/10

 

Thor

Au royaume Marvel, Thor est plus qu’un super héros, il est l’héritier, le roi en devenir, massif et tout puissant. En s’entichant de Natalie Portman dans le rôle de l’humaine geek et attachante, Thor devient un cœur sur pattes, capable de loyauté et de courage. Combats entre planètes, conflit familial, trahisons et répliques amusées, scènes intenses et  costumes volontairement kitsch, récit sans passages à vide, Thor est une super-production prévisible et migraineuse mais qui ne déçoit pas.

6/10

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Mais aussi :

Animal Kingdom - un drame noir familial ficelé et haletant qui redynamise le cinéma australien.
6.5/10

Detective Dee : le mystère de la flamme noire - un film de genre avec des biches prêtresses qui parlent et des cascades filmées au ralenti, à la fois kitsch et exaltant.
5.5/10

Source Code - du sous-Fringe facile, mollasson et bavard.
5/10

Le Chaperon Rouge – un film froid et sexuel, aux dialogues peu inspirés, mais dont la quête permanente de « qui est le Loup ? » permet de rendre le déroulement du récit aussi mièvre que prenant, comme un bon épisode d’Arabesque.
5/10

 

 

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Morning Glory

Becky Fuller, inventive, bosseuse et loyale, a le malheur d’être productrice télé cantonnée aux matinales, à ces émissions grotesques et sidérantes, qui font danser des chihuahuas, alarment sur les dangers du Sida et conseillent l’ingrédient secret pour des pâtes au beurre réussies. A l’image du prénom caricatural de l’héroïne, son émission (et film éponyme) Morning Glory se veut ainsi agréable et accueillant comme une météo ensoleillée de bon matin. Mais en accumulant les écueils, l’énergie agaçante de l’héroïne (malgré le capital sympathie et le minois de Rachel McAadams, aussi ravissant qu’une rose trémière), les personnages secondaires pénibles (Harrisson Ford, râle autant qu’il ennuie) et le déroulement prévisible tirant vers la morale, le film finit par ressembler à ces programmes excessifs où l’humour américain et l’enchaînement des rebondissements embarrasse. Encombrée d’une storyline amoureuse inutile et de penchants moralo-familiaux irritants, cette comédie échoue dans sa mission anti-cathodique et reste condamnée à la pataugeoire des gags boursouflés propres à l’Hollywood des abrutis.

4/10

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Et soudain, tout le monde me manque

Le monde a beau s’acharner contre Mélanie Laurent, sa filmo parle pour elle. Son dernier film, Et soudain, tout le monde, est le symbole d’une carrière parvenue, de ce charisme épais comme une corde vocale. Mais Et soudain, tout le monde me manque, ressemble à s’y méprendre à son actrice phare : une envie de bien faire, s’inscrire dans la tendance, se vendre.  Le film fait alors du Sundance sur commande, musiques à la cool, répliques supposés brillantes (mais d’une inventivité désastreuse), pour livrer une chronique douce-amère sur la famille. Mission hype ratée pour ce gros navet mûr :  à défaut d’être profond et décalé, voilà un produit complaisant, faux et creux.

2/10

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Devil

Produit par Night Shyamalan, Devil est plus que ça, il est surtout une vieille idée du créateur de Sixième Sens et d’Incassable, ou plutôt du coupable de Phénomènes et du Dernier Maître de l’Air qui peine à retrouver les honneurs. Comme les films peu roublards de l’hurluberlu  américain, Devil fricote avec les esprits démoniaques et les personnages caricaturaux. Dans cet ascenseur du mal, un groupe d’individus  attend sans le savoir la faucheuse. Jamais fouillée, jamais mise sous tension, cette histoire de diable qui cueille les mauvaises âmes dans les otis de building restent d’un niveau intellectuel affligeant. Et comme dans chaque nanar de Night, la réalisation, l’absence d’enjeux et la faible écriture ne sont jamais la cause réelle du naufrage. Ce qui achève toujours le désastre, c’est cette morale ultime, dégoulinante de mysticisme à la mords-moi-le-nœud et de bondieuseries ancestrales, qui vient raviver éclats de rire et consternation.

0/10

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16.04.2011

Scream 4 (de Wes Craven) J’égorge, je filme, je tue, donc je suis

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La sortie inespérée du quatrième volet de la plus grande franchise horrifique que le monde cinéphile ait porté, Scream, était une date religieuse à apprendre tel une formule de maths, à guetter nerveusement tel un juvénile boutonneux son premier rencard arrangé.  Et le film en lui-même était à savourer intensément,  nous forçant par dévotion à décupler les émotions, les espoirs et les joyeusetés à l’idée de retrouver à l’écran ce trio de héros qui ont forgé nos nuits et nos attitudes (en citant à tout va des « Tu ne seras jamais le héros et tu ne te feras jamais l’héroïne »). Et si le 4e film est forcément moins satisfaisant que ses précédents (en cause, le temps qui passe), il n’en reste pas moins maîtrisé et savoureux.

 

Critique garantie no spoiler

Sydney Prescott, la chair à poignard de tous les psychopathes américains depuis vingt ans, va bien. Elle a sorti un bouquin (Out of Darkness, titre aussi douteux que ses tailleurs) et en assure la promotion dans chaque bourgade U.S. Elle arrive donc, avec son envie marketing sous le bras, à Woodsboro et retrouve un brin de famille et son ami sheriff (et sa femme engluée), mais voilà que très vite, elle aimante de nouveau les fans de déguisement et leurs geekeries sanglantes.

Si Scream 4, en signant des retrouvailles avec Sydney Prescott, l’effigie même de l’héroïne (mais aussi avec Gale Weathers (Courtney Cox) et Dewey (David Arquette), mariés depuis dix ans (divorcés IRL depuis le tournage ; l’ironie de la mise en abyme sûrement)) était déjà un bonheur en soi, le spectateur avide d’hémoglobine et de situations téléphoniques tarabiscotés en voulait davantage.

 

Ce que le spectateur voulait, c’était l’actualisation d’un film culte, entre remake et continuité (malgré les rides), et ce, de façon subtile, drôle et décomplexée. Et Scream 4 l’a joliment compris. A l’image de la scène introductive qui pastiche avec brio la scène introductive des trois originaux (une jolie fille, blonde ou d’origine afro se fait éventrer après un dialogue de sourds), le ton de Scream 4 est donné : il y aura cette année une folle mise en abyme en lieu et place des théories.

Depuis quinze ans, Scream a roulé sa bosse, si bien que le quatrième volet, toujours écrit par le maître Kevin Williamson, sait en 2011 ce qu’il retourne : pour plaire, il faut deux choses : un retour aux sources flanqué d’une envie d’innover. Alors, Ghostface (et ses victimes) de nouveau à Woodsboro ont repris les codes du genre tout en prouvant que le mode a évolué. Alors les  répliques référencées fusent de plus belle (tous les personnages sont fans du genre gore, malgré leurs lacunes en films nippons, et autres ibériques) et les situations sont nettement plus tournées vers l’ironie et le sarcasme. Humoristiquement, le film se montre sensé et particulièrement brillant (c’est un film dans un film, entre slasher et snuff movie) et  l’écriture fonctionne magistralement, malgré un écueil inévitable : la perte d’ambiance.

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En appuyant délibérément sur l’atout abyssal du film et son côté moderne connecté, Scream 4 en pâtit niveau réalisme horrifique et ambiance terrifiante. Il manque au film une bonne dose de suspense : contrairement aux précédents Scream, tous ancrés dans l’histoire de Syd, ses relations, son passé, rien dans Scream 4 n’attache et n’interpelle le spectateur, aucun enjeu véritable découle de l’histoire principale -celle de Jill Roberts, cousine de Sydney et ses amis, quitte à symboliser les personnages tels des pions là pour un bain de sang prévu à l’avance. Qui meurt, qui survit ? Outre le trio de départ, on s’en fiche un peu. D’ailleurs, les scènes de meurtre souvent réalisées à la va-comme-je-te-pousse (ou à la va-comme-je-te-tue, c’est selon) vont dans ce sens.

Malgré ce gros manque de sensibilité, le nouvel volet de Scream se révèle épatant sur sa construction, son envie tenace de justification. La bonne vieille vengeance n’est plus, la criminalisation du cinéma non plus, cette année, il se pourrait que la starification soit mère de tous les vices. Toujours très habile avec les soliloques et autres tirades bien bâties,  Scream se penche désormais sur l’héroïsation du présent, l’importance du héros et de l’héritage dans la sphère médiatique. Parce que Scream est plus qu’un film dans un film emboité lui-même dans d’autres films, il se situe au dessus du lot.

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La preuve, sept Stab conçus et tous les acteurs de séries populaires défilent les uns après les autres à l’écran de Scream 4, même la tête à claque invincible d’Heroes (qui s’offre elle-même une réplique hommage) sont là pour enfoncer le clou théorique. Et surtout comment ne pas voir dans le personnage d’Emma Roberts (nièce de Julia dans la vie et cousine de Sydney à l’écran) un symbole proche de l’actrice qu’elle est (une débutante avide de paillettes qui bénéficie et souffre de la couverture de l’aînée ultra-notoire) ? Alors, dans tout ce maelstrom médiatico-narcissique, qui est victime, qui est coupable?


 

Un plaisir visuel et référencé, un divertissement pop-corn (qui brûle bruyamment sur le feu), une échappée ensanglantée, Scream est plus que ça. Une fondation, une institution, une piqure douloureuse de cinéma, en appliquant ses mêmes nouvelles règles à l’écran, retrouver+innover, son nouvel volet prouve que derrière une tuerie massive de têtes blondes, le fil à penser de Scream est à peine effiloché. Déjanté et actuel, Scream 4 s’auto-consacre original sans égaler ses aînés.

7.5/10

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08.02.2011

Black Swan (de Darren Aronofski) La troublante arabesque

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En s’emparant de l’intrigue romantique de Tchaïkovsky, Le Lac des Cygnes, le film de Darren Aronofski réécrit une tragédie. Celle de Nina Sayers, danseuse au ballet de New-York à qui l’on offre le rôle premier du cygne à deux visages. Entre schizophrénie latente et conquête de soi.

 


A l’image de Natalie Portman dans la peau de l’innocente ballerine confrontée au dilemme interne, le film de Darren Aronofski partage. Entre purée-jambon, vulgaire réchauffé d’une filmographie très thématique (la recherche identitaire de ce catcheur épuisé par la vie dans The Wrestler, l’ambiance anxiogène de Requiem for a Dream, la mère étouffante allant de paire) et œuvre mystique bien ficelée, Black Swan vogue entre deux eaux, jongle entre faveurs éblouies et critiques acerbes.

Malgré la prévisibilité du scénario, les signes indiciels formels, les quelques répliques en trop (de celles d’un chorégraphe (Vincent Cassel) qui se condamne tristement au manichéisme), Black Swan se veut une œuvre corporelle dont les traits lacunaires s’effacent face au symbole du beau. Un film qui ne convoite pas l’absolu, loin du chef d’œuvre plastique, ou du prodige bien fait. Comme son héroïne terrifiée et vulnérable qui timidement s’oriente vers l’ultime libération, Black Swan est ainsi une œuvre de première sensation, un instant vertigineux dont seule la scène a le secret.

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Dans Black Swan, l’essoufflement physique confine au délabrement, l’espoir à la démence. L’héroïne s’aliène dans chaque geste technicisé répété jusqu’à la déchirure. Rien à redire de cette interprétation ténue et vivante de la bientôt oscarisée Natalie Portman, qui ici virevolte et se transmue sous la passion.

A l’écran, la transformation est rude, l’incarnation du cygne est un étrange objet de fascination, fixant les plaies ouvertes et la pâleur des joues. Celles de la douce Nina, prudente écolière, figure diaphane, fragile et incertaine, qui rougit et mordille quand il faut, mais qui peu à peu se renverse en une reine fiévreuse et possédée, qui s’empoisonne sous ses pieds abîmés. Vénéneuse mais généreuse, sublime mais souffrante, Natalie Portman, ici dans son plus beau rôle, éblouit par sa justesse et sa percée des sens, nous envoûtant chaque instant, digne d’une héroïne captivante de Polanski qui s’enferme dans sa folie.

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Proche des peaux, celle de Natalie Portman et de Mila Kunis, deux aimants rivaux, à la fois lumineuses et sombres, la caméra unique d’Aronofski se veut au plus près des corps, de ces os qui craquent, de ces ongles qui s’arrachent, de ces changements sensitifs qui cachés derrière chaque geste, chaque posture, guette l’héroïne pour mieux l’apprivoiser.

De cette formidable mise en scène, digne du documentaire La Danse, Aronofski parvient à concilier le réalisme de la technique étourdissante de Natalie, ou la plus juste émotion du film, à cette ambiance froide et hostile propre à la tragédie, signant ce mélange inouï et dérangeant, visuellement grandiose, comme un ballet vif et lancinant où tout se noue et se dénoue devant nos yeux jusqu’à cette conclusion fuligineuse qui achève l’incarnation malade.

 


Black Swan est un film intense sur la chute mentale et l’émancipation, une œuvre hybride qui convoite la danse, exploite les corps pour mieux les obséder, les tenailler. A la fois contemplatif et élégant, tourmenté et grinçant, la singularité de Black Swan tient de sa facture classique assumée qui s’étend, s’étire et se brise tragiquement mais triomphalement dans la grâce ... parfaite.

8.5/10

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06.02.2011

Le Discours d’un Roi (de Tom Hooper) Les langues se délient

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Les biopic et l’Histoire, ça connaît à Tom Hooper qui après Elizabeth I, The Damned United et la mini-série John Adams sur HBO continue sur sa lancée didactique avec l’histoire de George VI, roi charismatique mais férocement bègue. Un sujet visuel, bouillonnant et apte au vertige verbal de l’écran.

 

 

Au départ, le Discours d’un Roi, pensé par l’auteur David Seidler il y a trente ans devait être une pièce de théâtre, mais la Reine Mère, épouse du roi mal-communiquant, avait fait jurer au créateur d’attendre sa propre mort pour révéler l’intimité royale dans une œuvre de théâtre. Malheureusement pour lui, la Reine Mort est décédée à l’âge de 101 ans, condamnant le projet sur le roi bègue à l’oubli amer.

Mais grâce à Tom Hooper, l’histoire vraie de George VI s’est vu renaître de ses cendres. Oubliés les décors en carton et les soliloques pompeux, Le Discours d’Un Roi s’écarte d’emblée du genre théâtre filmé en se fondant sur les codes visuels (décors authentiques, pièces splendides, garde-robes d’époque) du cinéma.

Dans la peau du roi bègue, rattrapé par le pouvoir malgré un handicap tenace, Colin Firth, qui après l'esthétisant A Single Man procure à nouveau prodige et charisme à un personnage affecté par lui-même. Ce roi, père de l’actuelle reine d’Angleterre, Elizabeth II, vu comme un esclave consentant, Colin Firth l’interprète avec une force frénétique et tempétueuse, entre humour pincé et colère frustrée, qui pour sûr lui vaudra la statuette américaine à la fin du mois.

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Cette interprétation dentelée d’un Colin Firth qui s’emmêle la langue avec conviction ne serait pas si vertigineuse sans la performance valorisante de sa femme à l’écran, Helena Bonham Carter, épouse-modèle guillerette et drôlement maniérée et celle de Geoffrey Rush, vigoureux et dense dans le rôle de Lionel Logue, l’orthophoniste-comédien raté aux méthodes fantaisistes. Mais si cette distribution fine, incarnant à merveille l’esprit so british et subtile du film –au sommet, les confrontations entre le roi et son professeur malin faits de bons et de gros mots, les rouages du Discours de Roi n’échappent pas aux facilités du genre, à la fois biopic académique et œuvre d’apprentissage didactique.

Engoncé dans une ambiance intime, proche du portrait, le Discours d’un Roi perd en contexte historique et en force analytique pour insister sur le combat de la prononciation, entre tentatives vaines, espoir, et réussite finale majestueuse. La lutte linguale est ainsi appuyée, voire sur-démontrée sur fond de Beethoven tempéré, cantonnant l’œuvre à un rythme tranquille, parfois monotone et terne. A aucun moment, le film ne sort de cet unique sentier formel, schéma fiévreux mais un peu triste d’une amitié entre deux hommes désespérés mais déconnectée d’un ensemble pourtant voué à vibrer (montée du nazisme, pression politique, sombre mécanique familiale).

 


Délicat, fin et chiadé, Le Discours d’un Roi est une leçon historique d’apprentissage, améliorant son contexte et poétisant ses détails, pour ressembler au plus près à une œuvre doucereuse et savoureuse. Comme une hagiographie mélodique qui d’emblée sonne juste, mais qui au loin, est incapable de résonner.

6/10

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09.01.2011

Somewhere (de S. Coppola) Désespérément attachant

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Sofia, on l’avait quittée, après l’escapade vaine d’une petite Reine frivole, perdue au milieu d’une cour frustrée de vaniteux. On la retrouve ici, loin de son Tokyo confus, ou de son Versailles nacré, quelque part, sur les traces moins empourprées d’un héros tout aussi désorienté et touchant que ses jolies blondes laissé-pour-compte. Comme une synthèse du vide qui toujours s’exalte à l’écran.


 

Quelque part à LA, en plein été. Un acteur superstar, Johnny Marco (Stephen Dorff), qui roule des mécaniques à l’écran, mais qui dans la vie n’est que l’ombre d’un figurant. Petites fêtes minables, dans des chambres d’hôtels trop connues, quelques rentre-dedans, des coïts sans goût avec Shannya, à moins que ce ne soit Shannon, un train-train désorienté, plâtré, bien confortable au Château Marmont, c’est la vie sans allure que mène sans comprendre Johnny. Ce personnage, tout droit sorti d’un roman désœuvré de Bret Easton Ellis, en proie à la paresse, en proie à la parano, à force de messages hystériques sur son portable et de 4x4 suspects qui pullulent sur les larges routes de L.A, est surtout victime du vide. Vidée de sens, l’existence de Johnny se résume à peu. A des tournages de blockbuster, des promos téléguidées et des visites périodiques de sa fillette, Cleo (Elle Fanning), une douce ingénue symbole de lucidité.

Chez Coppola, la grâce confine à la fissure. Avec elle, les mondes intérieurs vides des individus ont l’allure des grandes tragédies grecques. Tout en nuances, en flottement, en suggestions discrètes, Sofia Coppola capte ce temps errant, qui échappe aux protagonistes, comme un poème accablant qui accepte le sort. Comme dans Lost In Translation, l’hôtel est un refuge, à l’abri des autres, mettant ce bel héros, à mi-chemin entre une sœur Lisbon et l’autrichienne couronnée, face à sa solitude, sans éprouver désespoir ni chagrin.

 

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L’ennui, l’abandon, l’égarement, la contemplation, la mélancolie sont des thèmes chers à Sofia Coppola, qui toujours les entremêle, les atténue, pour composer une frénésie douce-amère, pessimiste, immobile, mais chaleureuse. Reine du plan fixe silencieux, Sofia réussit encore une fois à convoiter une atmosphère dense, ténue, à l’esthétique parfaite, faite de petits riens granuleux, qui conduisent à la contemplation autant qu’à la réflexion. A l’image de cet instant suspendu où cet acteur idolâtré finit couvert de plâtre, en attendant que ça se passe, respirant faiblement sans comprendre l’intérêt d’un tel emmurement.

Sans jamais s’empeser de dialogues tièdes, de situations prétextes, de moues surfaites, Somewhere est une œuvre sincère et brute, dénuée d’enjeux, de fioritures hollywoodiennes (pourtant évoquées à l’horizon), au risque même de passer pour un script en jachère, simpliste, sans rigueur dramatique. Pourtant, les temps morts de Somewhere sont ses nerfs les plus robustes ; cet immobilisme de fond, cette perception de l’insignifiant qui s’embourbe devant nos yeux, actionnant comme une mécanique désespérante, qui d’un coup s’efface, soulage la gravité du vide lorsque Cleo arrive dans la vie du père, avec ses jeux vidéos et son gros appétit. Dans Somewhere, la douceur familiale succède ainsi à la solitude d’un homme, en s’alternant humblement, et simplement, sans passage niais, ni rédemption heureuse, en se contentant surtout d’ennoblir une relation filiale aussi innocente que lumineuse.



Conclusion d’une trilogie placée sous le signe du vide lymphatique ou quatrième œuvre qui lorgne davantage du côté de l’autoportrait, Somewhere est une signature sensible d’une réalisatrice fidèle à elle-même. Jamais en porte à faux avec son univers, la réalisatrice puise à la source même de son répertoire thématique pour nous offrir cet instant suspendu, sa propre contemplation du monde dans ce quelque part si touchant.

7.5/10

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20.10.2010

The Social Network (D. Fincher) Un chef d’oeuvre en mode viral

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Avant même sa sortie en salles, The Social Network rivalisait d’adjectifs et d’approches phénoménales. Puisqu’il s’agit de Facebook, les esprits clignotent et les attentes s’amplifient. Résultat ? Un joli pied de nez gouailleur fait à la toile.

 

C’est l’histoire d’une dispute ordinaire, une rupture d'étudiants un peu sèche, qui poussera un génie de l’informatique, simple geek asocial parmi tant d’autres qui pullulent sur l’énorme campus d’Harvard, à faire de ses démons sociaux une priorité virtuelle, l’apanage des intégrés, et son refuge narcissique frustré. Après s’être donc fait larguer par une demoiselle, et à juste titre au vu du mépris parfois clinique du bonhomme, le créateur de Facebook, Mark Zuckerberg, a lancé au cours de cette même soirée de clash un site de partage semblant social, où les rustres de Harvard sont amenés à noter physiquement leurs consoeurs entre elles. Cela s’appelle Facemash et le site est le prédécesseur de l’original TheFacebook.


Si, bien sûr, raconter l’histoire de l’ascension d’un geek désormais plus riche que Bill Gates et la création du réseau social virtuel le plus impactant de la planète relève du biopic pur et dur, le réalisateur Fincher, après le désastre nommé Benjamin Button, s’écarte de la mécanique hollywoodienne assommante pour accoucher d’une œuvre en roue-libre, imprégnée d’un souffle romanesque vivifiant et aiguillée par une mécanique innovante et inspirée. Avec Jesse Eisenberg, absolument parfait dans le rôle de l’informaticien démiurgique, claquettes aux pieds, l’adaptation est définitivement plus vraie que nature, impeccable, surtout vertigineuse.

Le caractère remarquable du film penche avant tout du côté de l’écriture, ce scénario tiré au cordeau et concocté avec génie par Aaron Sorkin, l’un des auteurs les plus pertinents du paysage cathodique, élevé au rang de parolier artiste et maître à penser depuis sa série-mère, The West Wing (mais aussi au travers de l’excellent Studio 60). Sans ces joutes verbales, délicieuses punchlines, répliques joliment échafaudées, et autres tirades cinglantes débitées par ces jeunes personnages dans l’air du temps, sans finalement la prose d’envergure propre à la patte Sorkin, l’allure vibrante et folle de ce biopic aurait été bafouée, anéantie dans un académisme linéaire propre au genre et dont quelques résidus sont malencontreusement injectés par le patron Fincher dans quelques scènes de batailles judiciaires légèrement tourne-en-rond.


Mais si The Social Network frôle parfois la linéarité d’un propos qui foncièrement s’y prête, ne pas louer la maîtrise de Fincher reviendrait à nier tout la profondeur technique et la capacité formelle de ce film, qui plus qu’une biopic, s’apparente à un genre avant-gardiste, sorte de blockbuster d’auteur, entre gros calibre bien rôdé et essai arty des plus majestueux. La minutie et la grandeur des plans, la poésie de certains autres, comme cette scène d’aviron déchue tournée en ralenti et arrivant tel un climax ironique  dans cette atmosphère de conquête, Fincher ne lésine pas sur les moyens pour insuffler sur le fond un élan tragique et mélo au fondement même de cette histoire de réussite par la destruction.  

 

Atmosphère dense et épaisse, ambiance singulière, The Social Network est un film romanesque, moderne et cruel, où l’art du storytelling est sublimé à l’envi pour l’empreinte visuelle et vicieuse d’une histoire d’appartenance sociale, de réussite et de trahison. Dans son parler vif, sa décadence et son allure tragique, le film de Fincher est un symbole perçant et amoral de cette e-génération connectée, trépidante et folle. A la fois figure d’espoir et portrait d’une ère malade.

8/10

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Ecrit par T.L

06.10.2010

Les Amours Imaginaires (de X. Dolan) Elu pire film de l’année

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Xavier Dolan, pauvre Xavier Dolan. Si fier d’avoir mis au monde un gentil premier film plutôt sincère (J’ai tué ma mère) unanimement salué, le jeune québécois, s’est transformé en réalisateur orgueilleux, avide d’afféterie, de style plagié et de reconnaissance. La démarche narcissique du jeune gay est telle que son film, Les Amours Imaginaires, en devient un produit médiocre, nombriliste, vide, complètement détestable.

 


Pas facile d’être un jeune et talentueux réalisateur gay qui sait parler de l’homosexualité tout en fumant une cigarette d’une main intimidée, répliquer théâtral ou poétique, établir des travelling et des ralentis artistiques, composer une B.O à base de Bach, Vive la Fête et de Fever Ray, customiser un décor férocement vintage et rester branché jusqu’au bout des ongles. La polyvalence underground de Xavier Dolan est bénie des Dieux, ou simplement de lui-même, cet artiste si modeste et peu démonstratif. L’égocentrisme affecté d’un jeune homme qui se veut l’emblème d’une génération (celle des jeunes gays cultivés, à la fois branchés et érudits) est une chose, en faire le décor de son film, tel un leitmotiv aveugle et auto-persuasif, en est une autre, une chose bien désolante et anxiogène qui a su anéantir la portée de ce second film.

Rien dans Les Amours Imaginaires n’est laissé à la discrétion du jeu, de la dynamique des personnages qui simplement se regardent dans le blanc des yeux en espérant incarner cette intensité qui n’existe que pour l’apparat branchouille. Lui, gay de son temps, romantique et perfide, elle, une Audrey Hepburn new age, écarquillent des globes oculaires pour l’heureux élu, Nicolas, l’apollon contemporain, grandes boucles blondes, mais le regard vitreux, et ce léger manque de charisme mythologique qui met en doute une telle dévotion amoureuse. Ce triangle amoureux, cause dévastatrice d’une amitié dont on ne voit rien, si ce n’est deux atomes crochus vestimentaires et bitchy, n’existe pas. Un concept crève-cœur qui à aucun moment ne prend vie, ne s’incarne dans les cœurs de ce trio de héros actuels, petits égoïstes sentimentaux convoiteux de drames auto-infligés et de grandes zou.

 

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Nostalgie pop, rythmes électro, passages à vide baroques, la forme omniprésente tente à qui mieux mieux de se convaincre dans l’allure léchée et la surenchère d’effets visuels pour oublier l’absence de propos et ce cheminement narratif bête et endolori. Des scènes majoritairement atoniques et vides comme ces symboles grossis à l’extrême (scène du parapluie, ou autre cri ridicule), sans cesses magnifiées par le petit guide du réalisateur BCBG, où Xavier et ses compagnons se convoitent le nombril, couchent, méprisent, polémiquent niaisement, ou plus grotesque, se masturbent dans les habits de l’aimé, le tout s’établit laborieusement, sans horizon scénaristique, sans jamais susciter l’émotion ou l’intérêt.

Si Les Amours Imaginaires laisse de marbre, c’est aussi la faute à Xavier, dandy putassier de bas étage, coiffeur parisien pour adolescentes embourgeoisées, au charme et talent de pacotille, au style boursouflé, à l’image de sa mèche tenue en lévitation, ou ses marinières de modeuse pédante et son envie d’incarner une figure nouvelle, une sorte de James Dean maniéré mais assumé. Ce personnage, soigné et caricatural à l’envi, dans le film comme dans la vie pailletée, pour accumuler les unes de medias branchés et s’attirer les compliments bobos, atteint son film dans sa spontanéité, à force d’amplifier les effets à outrance auto-satisfaits (filtres multicolores, plans fixes grotesques et ralentis gratuits) et de lorgner du côté de ce qui a déjà crée et mis en sublime par des noms comme ceux de la Nouvelle Vague, de Gregg Araki, Wong Kar-Waï ou Almodovar que le post-pubère plagie d’ailleurs grossièrement sans jamais connoter l’hommage, préférant se gargariser de sa fausse maîtrise technique.

 

Les Amours Imaginaires est donc le film qui a ouvert la voie à un nouveau genre cinématographique : la caricature bien-pensante et excessive du film d’auteur branché aberrante de vacuité, qui se complait dans la pose mais ne dit rien.

2/10

 

Ecrit par T.L

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