02.11.2010

The Walking Dead (Saison 1) Frissons et contemplation ?

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On n’arrête pas une chaîne en pleine ascension. La machine intelligente, AMC, qui s’est emparée de l’héritage HBO en programmant Mad Men et Breaking Bad ou les deux séries dramatiques les plus louées du moment, a lancé ce dimanche, Halloween pour cause, The Walking Dead : première série américaine placée sous le signe de l’horreur et des yeux rouges. Un nouvel exemple de créativité sérielle.

 

L’ambiance zombie prend enfin pied dans le paysage télévisuel américain. A côté d’une filmographie thématique abondante, supervisée par le maître du gore George A. Romero, qui a balisé le film de zombie comme un sous-genre cinématographique à part entière, la série sur le mort vivant n’a pas fait date, le petit écran américain ayant toujours préféré aux cadavres ambulants les vampires charismatiques et autres loups garous gentleman.

Mais depuis les deux récentes séries anglaises sur le même thème : Dead Set, la fausse télé-réalité gore tendance série B et Survivors, l’exemple post-apocalyptique mou de la BBC, il semblerait que la viande rance du zombie ait enfin la cote cathodique. Pour composer une série d’envergure, la chaîne ABC et le créateur, Frank Darabont (un habitué du gore : Frankenstein, The Fly II, Freddy 3, The Mist) ont calqué leur projet sur la série de comic books du même nom de Robert Kirkman, publiée en une douzaine de tomes depuis 2003.

 

Pourtant, si le matériau original est contemporain, la modernité revendiquée du projet tient plus des qualités techniques de la série que des bases de l’histoire, typique du sujet zombie. Celle d’un flic, Rick Grimes (Andrew Lincoln, Afterlife, Love Actually), qui après une lourde opération chirurgicale et un léger coma se réveille parmi l’errance d’un monde, pris d’assaut par les morts vivants et les ossements humains, et part à la recherche de femme et enfant, disparus dans les décombres.

Pour autant, la série parvient à s’émanciper de l’héritage maudit du zombie pour aspirer à une empreinte propre. Dès le pilote, la série retranscrit une atmosphère étouffante différente des fictions post-apocalyptiques habituelles. Ici, le zombie n’est plus cette momie émaciée aux yeux dévorants et à l’allure brindezingue. La peur du zombie est ici relative (un protagoniste secondaire le dit, les zombies sont inquiétants que lorsqu’ils sont en groupe) mais s’établit de manière frontale et lancinante, les altercations sont frontales, et le dégoût se présente face à soi, sans esbroufe mais avec un souci appuyé d’un certain réalisme (la scène où Rick explose le cerveau de son ex-partenaire, gachette sur le front).

 

De ça, découle une réalisation imposante, qui témoigne de l’horreur mise en portrait, qui légitime alors la photographie sublime des plans, digne de la folle camera de Breaking Bad, la construction des dialogues, l’intelligence du vide humain parmi les morts vivants qui errent comme des âmes en peine. Au spectacle pop corn du bain de sang et des bouillies de cervelles, la série préfère effectivement la contemplation d’une horreur décente et éloquente. Si à la fin du pilot, l’histoire manque encore de matière et de ficelles plus complexes, The Walking Dead tisse d’emblée des moments forts, crée une terreur presque émouvante, à l’image de cette scène où une femme dévorée et réduite au seul tronc se traine dans l’herbe sans perdre espoir.

 

Première série zombie du câble, The Walking Dead se présente comme un show intelligent, figure nouvelle d’une sorte d’entertainment d’auteur, assimilée sur le fond et magistralement soignée dans la forme. L’horreur télévisuelle risque fort de devenir artistique.

7/10

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