16.03.2011
The Real L Word VS The L Word - Une communauté qui convainc

Les fans de la feue The L Word, annulée violemment il y a deux ans et amèrement regrettée depuis la fausse bonne nouvelle d’un spin-off mort-né centré sur le personnage d’Alice Pieszecki (peut-être le personnage le plus mignon du monde) se sont légèrement consolés depuis quelques mois avec le lancement de la télé-réalité, The Real L Word. Comme son nom l’indique, une émission sur Bette, Shane, Tina, Jenny plus vraies que nature, ou presque. Petite étude comparée.
Entre The L Word et The Real L Word, l’indice incontournable : la lesbienne dynamique enracinée à L.A, LA ville qui est à la communauté lesbo, ce qu’est San Francisco aux artistes en crise. C’est désormais notoire, The L Word a posé la représentation médiatique de la femme gay comme aucun autre contenu, les témoignages des lesbiennes du monde entier allant en ce sens.
Si l’on regrettait parfois que The L Word enrubanne un peu trop joliment ces figures lesbiennes, toutes apprêtées, spirituelle et attirantes (où est-il le cambouis ?) sous des décors ensoleillés et frivoles de Los Angeles, on en aura appris des choses sur le mode de vie de la lesbienne ; rien qu’en terme de terminologie et de catégories (dyke ou butch, femme ou lipstick) et le fameux u-haul, notion qui en dit long sur le comportement de la femme qui en aime d’autres. Sans parler de toute la toile intellectuelle, artistique, culturelle que la série intelligente de Showtime aura su habilement tisser autour de la très pensante Betty (galeriste puis doyenne), de la coriace journaliste Alice et même de la tartignole Jenny, qui sous ses airs d’écrivaine imbue et imbuvable, avait quelques réflexions bien senties dans sa (jolie) caboche.

The L Word se sera donc montrée comme une série infaillible, à l’exception d’une terriblement médiocre saison 5, symptôme d’un manque d’inspiration tenace après quatre ans de fil-rouge feuilletonnant maîtrisé et férocement précurseur (les coucheries entre filles bien sûr, mais aussi le cancer (le décès impitoyable de Dana), le rapport à la provocation et à la censure, la crise idéologique générique, l’argent). Et c’était bien dans cet ordre d’idée que l’on attendait des créateurs de The L Word une tv-real tout aussi symbolique et subtile. Présentée comme une version réaliste de la série, on espérait ainsi un programme à la fois social et foutraque, comme une récré pas si imbécile digne d’Helena Peabody.

Sur les huit épisodes de The Real L Word, six lesbiennes phares, toutes emblématiques d’une certaine catégorie de lesbienne à LA. Mikey, la lesbienne carriériste, la butch aux airs de motarde tatouée un brin romantique, Rose, la bossy attirée par les jeunes plantes soumises (et attachantes, Natalie), Whitney, la Shane du groupe (option dreadlocks), autrement dit, la coureuse de jupons, Jill & Niki, le couple gay au regard hétéro-normatif bientôt mariées, et Tracy, le mannequin incomprise par sa famille, en ménage avec une maman débordée mais humoriste. De ces personnalités en avant, peu de clichés sur le papier, et beaucoup de singularités affriolantes.
Très vite, on s’attache aux candidates, à leurs modes de vie, à leurs différences, à leurs vices assumés, ceux de Whitney qui assume sa gourmandise féminine, telle une Shane en dreadlocks, au paysage de L.A qui rappelle le décor de la série originale, aux coming-out délicats. Comme toute émission de télé-réalité, The Real L Word insiste lourdement sur certains traits caricaturaux injectés dans les relations entre les candidates, fort d’un montage saccadé et d’ellipses bien étudiées. A l’image de Rose, la lesbienne habituée aux mensonges, aux tromperies et à la cruauté psychologique que l’on adore détester ou Whitney que l’on veut soutenir contre l’avis général. Chacune d’elles représente l’archétype d’une lesbienne sans réelle nuance mais qui évolue dans un quotidien montrée sans fausse timidité.

Mais dans The Real L Word, le trait volontairement grossi –comme cet épisode de paint-ball ou le week-end Dinah Shore, sorte de réunion gigantesque de lesbiennes prêtes à profondément fricoter- prend rapidement la forme d’un plaisir coupable chez le téléspectateur, qui alors redemande plus et plus encore en spectacle manichéen fait de situations théâtrales et de punchlines foncièrement méchantes et injustes, sensationnelles et fascinantes, en mot, digne d’un lesbianisme hautement mis en scène.
Face à l'indétrônable The L Word, The Real L Word échoue dans son traitement de la vie homosexuelle au quotidien, préférant consacrer ses héroïnes représentatives telles des figures endiablées, des sous-genres, des emblèmes fictifs à propos, mais le programme traite avec largeur des facettes multicartes du lesbianisme à L.A, avec humour, « trashitude », émotion et un brin de véracité parfois, dans les relations familiales, ou les interviews face caméra. En somme, The Real L Word est un condensé d’ingrédients qui a fait recette depuis Big Brother, mais sous un angle libéral peut-être communautariste, rendant hommage à la série culte d’Ilene Chaiken. Décidément, on les adore, les lesbiennes.

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Critiques, The L Word, The Real L Word | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : the l word, the real l word, showtime, lesbiennes, ilene chaiken, jennifer beals, mia kirshner |
Facebook











