06.12.2011

Bored to Death (Saison 3) La suite dans les idées

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Bored to Death, la petite série de HBO dont personne ne parle (il en faut toujours plus aux new-yorkais de HTMIIA) revient nous délecter pour un troisième cru. L’écrivain et anti-héros, Jonathan Ames, virevolte avec le même entrain dandy et la même énergie caustique parmi les aventures épiques et les répliques subtiles. Toujours aussi charmant.

 

Tout recommence par une sombre histoire de meurtre dont Jonathan est le principal suspect. Sur deux épisodes, l’affaire a de quoi mettre en branle le nouvel équilibre du héros, après une publication désespérée de son second livre et une presse attentive (surtout de la part de blogs) qu’il n’attendait plus. Grâce à son flair inouï, Ames élucide ce nouveau mystère avec brio mais retrouve très vite la perplexité des intrigues qui jadis égayaient son quotidien.

A partir de là, tout s’enchaîne. Jonathan découvre qu’il est issu d’une donation de sperme, dans les années 70 et part à la recherche de son père, thème qui circulera tout au long de cette saison. Avec cette quête en tête, ce héros aussi affriolant qu’un animal Disney réussira à mener la danse, toujours en compagnie de  ses amis loufoques indispensables au bien-être du show.

 

 

En ce qui les concerne, peu de changement à l’horizon. A la personnalité intacte, Ray et George voguent sur les mêmes courants décalés et gentiment drolatiques. Ray réussit à vivre quelques moments avec son enfant, encore une question de donation de sperme et de retrouvailles tardives (avec une lesbienne) mais toujours en cumulant les maladresses dont il a le secret, notamment mener une relation avec une sexagénaire sortie de nulle part. Mais cette fois, ses petites manies dignes du personnage balourd qu’il incarne n’énervent pas.

 

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Plus délicat, plus nuancé, le personnage de George explorera lui aussi du côté familiale, en acceptant l’idée d’un mariage saugrenu entre sa fille avec qui il renoue à peine et un homme de son âge, dont elle aime qu’il incarne son chien-chien. Fantaisiste, forcément, le personnage gagnera en humanité dans son rôle de père symbolique pour Jonathan et Ray, désormais, dont il aime s’occuper avec générosité.

 

Si ces trois mâles conservent l’essentiel, les guest stars féminines ont été à l’honneur cette année, Bored to Death ayant accueillie la femme à la ville de Ted Danson, Mary Steenburgen, ainsi qu’ Isla Fisher, plus comique qu’à l’accoutumée aux côtés du détective Ames et  celle qui assure les rires hebdomadaires dans Happy Endings, Calsey Wilson, dans un rôle de femme schizo hystérique qui lui va évidemment comme un gant.

Toujours aussi succincte (huit petits épisodes), la dernière saison de Bored to Death met toutefois les bouchées doubles pour entretenir sa vivacité et son parti-pris marginal. Moins d’intrigues isolées, de rentre-dedans à formule pour un arc plus corrélé, Bored to Death réussit à maintenant cet état d’esprit ancré dans son petit groupe de personnages, devenus attachants avec le temps et évoluer avec les modes et les lubies actuelles.

 

En bref, un déploiement d’humour et de fantaisies dans cette nouvelle saison de Bored to Death. Plus concentrée sur ses personnages et leurs histoires personnelles, la série de HBO réussit à fidéliser le téléspectateur et créer une dynamique bien à elle à laquelle on finit par adhérer plus qu’on le pensait.

8/10

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25.12.2010

Bored to Death (Saison 2) L’enquête fantaisiste continue

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D’un ennui à mourir, Bored to Death ? Pas vraiment. Cette série à l’antenne de HBO depuis deux rentrées peut se vanter d’être la comédie policière la plus atypique du paysage audiovisuel. Entre enquêtes joliment farfelues, état des lieux psychologique mélancolique et ambiance de fond littéraire à la Fitzgerald, Bored to Death est une facétie télévisuelle inédite.

 

Aux manettes de Bored to Death, on trouve Jonathan Ames, écrivain et journaliste du New York Press, influencé par l’écriture de Bukowski, Kerouac et compères. Mais aussi devant la caméra, puisque le héros incarné par l’impayable Jason Schwartzman est aussi Jonathan Ames, lui aussi, petit écrivain qui se débat avec une carrière compliquée (son second roman a été rejeté par les maisons), au goût littéraire aussi très américain et à la vision personnelle des choses (un dandy à l’attitude hippie et maladroite, tendance romantique).

Nul doute alors que le personnage est créateur et inversement, et que cet homme d’écriture inspire directement les aventures facétieuses de cet Ames-héros, modèle vivant des héros écrits de Raymond Chandler, qui cette année encore, accumule les étiquettes : romancier acharné et détective privé timoré mais coriace.

Ames est donc partout, même à l’écran, dans la peau de l’amant de la femme du meilleur ami du héros, qui s’exhibe frontalement pour échapper à un Zach Galifianakis meurtri. Pas étonnant alors que Jonathan-héros s’interroge quelques scènes auparavant sur la taille de son pénis (puisque Ames-créateur en a une toute petite, épisode à l’appui). Mais plus que des thématiques priapiques fantaisistes au cœur même du concept gentiment schizophrénique de la série, Bored to Death est un repertoire à bizarreries, qui se plait à cultiver les extravagances de ton, son genre pittoresque et cet univers bigarré qui sans cesse fait mouche, tel un roman typique d’Henry James.

 

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La première saison avait posé les bases conceptuelles de Bored to Death : aventures piquantes et quête de bonheur rassasié dans un décor d’artistes maudits de Brooklyn digne des seventies. Malgré les efforts de la saison inaugurale, la série s’était avérée un brin poussive dans son envie de fond décalée, quitte à rendre certaines des intrigues policières telles de pâles resucées de roman noir et l’ensemble, pas assez attachant.

Mais la seconde saison, en tout point enthousiasmante, a su revigorer le concept brillant de la série en recentrant avant tout ses enjeux autour des trois protagonistes de la série. Jonathan Ames (Jason Schwartzman), Ray, son meilleur ami, cartooniste (Zach Galifianakis) et George, son père spirituel, éditeur gentleman (Ted Danson) forment depuis cette année un trio exquis, garant de l’excentricité fine de la série et sa plus belle conviction.

 

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Bien moins balourd que dans les films de Todd Phillips, le rouquin meilleur ami toujours présent pour son copain détective amateur, incarne un personnage gentiment en marge, mais qui cette année, entre dans une phase d’intégration, en essayant, comme Jonathan l’an passé, de reconquérir le cœur de l’attachante Leah, gentille demoiselle qui en a assez de l’attitude perchée de son compagnon loufoque. Ted Danson, aussi, toujours impeccable, qu’il soit homme d’affaires véreux dans Damages ou sidekick comique sur HBO (Curb Your Enthusiasm), s’allie aussi à merveille avec Jason Schwartzman. Le regard de cette seconde saison se porte donc  avec justesse sur ces trois personnages hauts en couleur, sans faire la part belle à l’un d’entre eux.

Ajouté à cet équilibre scénaristique plus harmonieux eu égard au concept rétro de la série, la série a revu sa copie formula en devenant plus feuilletonnante, permettant aux héros d’être suivis dans leur quotidienneté (et donc plus attachants), de gérer leurs affaires personnelles souvent irrésistibles (le faux cancer de la prostate pour George, le succès comic de Ray) tout en réduisant les affaires déconnectées du privé au strict nécessaire, le détective héros retrouve ainsi une vraie cohérence à l’écran, entouré de ses amis décalés et son avenir joyeusement incertain.

 

Avec un sens aigu de la billevesée désillusionnée et de la situation loufoque raffinée, la seconde saison de Bored to Death s’est avérée être un petit bijou inventif et fantasque, emprunt d’un certain mouvement romanesque au cœur même des intrigues, à la fois policières, mélo et ironiques. Comme un polar prenant et classy, le retour de la bande de Jonathan Ames est prévu pour la rentrée littéraire 2011.

8/10

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