06.10.2010

Les Amours Imaginaires (de X. Dolan) Elu pire film de l’année

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Xavier Dolan, pauvre Xavier Dolan. Si fier d’avoir mis au monde un gentil premier film plutôt sincère (J’ai tué ma mère) unanimement salué, le jeune québécois, s’est transformé en réalisateur orgueilleux, avide d’afféterie, de style plagié et de reconnaissance. La démarche narcissique du jeune gay est telle que son film, Les Amours Imaginaires, en devient un produit médiocre, nombriliste, vide, complètement détestable.

 


Pas facile d’être un jeune et talentueux réalisateur gay qui sait parler de l’homosexualité tout en fumant une cigarette d’une main intimidée, répliquer théâtral ou poétique, établir des travelling et des ralentis artistiques, composer une B.O à base de Bach, Vive la Fête et de Fever Ray, customiser un décor férocement vintage et rester branché jusqu’au bout des ongles. La polyvalence underground de Xavier Dolan est bénie des Dieux, ou simplement de lui-même, cet artiste si modeste et peu démonstratif. L’égocentrisme affecté d’un jeune homme qui se veut l’emblème d’une génération (celle des jeunes gays cultivés, à la fois branchés et érudits) est une chose, en faire le décor de son film, tel un leitmotiv aveugle et auto-persuasif, en est une autre, une chose bien désolante et anxiogène qui a su anéantir la portée de ce second film.

Rien dans Les Amours Imaginaires n’est laissé à la discrétion du jeu, de la dynamique des personnages qui simplement se regardent dans le blanc des yeux en espérant incarner cette intensité qui n’existe que pour l’apparat branchouille. Lui, gay de son temps, romantique et perfide, elle, une Audrey Hepburn new age, écarquillent des globes oculaires pour l’heureux élu, Nicolas, l’apollon contemporain, grandes boucles blondes, mais le regard vitreux, et ce léger manque de charisme mythologique qui met en doute une telle dévotion amoureuse. Ce triangle amoureux, cause dévastatrice d’une amitié dont on ne voit rien, si ce n’est deux atomes crochus vestimentaires et bitchy, n’existe pas. Un concept crève-cœur qui à aucun moment ne prend vie, ne s’incarne dans les cœurs de ce trio de héros actuels, petits égoïstes sentimentaux convoiteux de drames auto-infligés et de grandes zou.

 

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Nostalgie pop, rythmes électro, passages à vide baroques, la forme omniprésente tente à qui mieux mieux de se convaincre dans l’allure léchée et la surenchère d’effets visuels pour oublier l’absence de propos et ce cheminement narratif bête et endolori. Des scènes majoritairement atoniques et vides comme ces symboles grossis à l’extrême (scène du parapluie, ou autre cri ridicule), sans cesses magnifiées par le petit guide du réalisateur BCBG, où Xavier et ses compagnons se convoitent le nombril, couchent, méprisent, polémiquent niaisement, ou plus grotesque, se masturbent dans les habits de l’aimé, le tout s’établit laborieusement, sans horizon scénaristique, sans jamais susciter l’émotion ou l’intérêt.

Si Les Amours Imaginaires laisse de marbre, c’est aussi la faute à Xavier, dandy putassier de bas étage, coiffeur parisien pour adolescentes embourgeoisées, au charme et talent de pacotille, au style boursouflé, à l’image de sa mèche tenue en lévitation, ou ses marinières de modeuse pédante et son envie d’incarner une figure nouvelle, une sorte de James Dean maniéré mais assumé. Ce personnage, soigné et caricatural à l’envi, dans le film comme dans la vie pailletée, pour accumuler les unes de medias branchés et s’attirer les compliments bobos, atteint son film dans sa spontanéité, à force d’amplifier les effets à outrance auto-satisfaits (filtres multicolores, plans fixes grotesques et ralentis gratuits) et de lorgner du côté de ce qui a déjà crée et mis en sublime par des noms comme ceux de la Nouvelle Vague, de Gregg Araki, Wong Kar-Waï ou Almodovar que le post-pubère plagie d’ailleurs grossièrement sans jamais connoter l’hommage, préférant se gargariser de sa fausse maîtrise technique.

 

Les Amours Imaginaires est donc le film qui a ouvert la voie à un nouveau genre cinématographique : la caricature bien-pensante et excessive du film d’auteur branché aberrante de vacuité, qui se complait dans la pose mais ne dit rien.

2/10

 

Ecrit par T.L