19.07.2011

Au service des objets trouvés : la sélection ciné du mois

trophee.jpg

Une Séparation

La Séparation a beau tisser sa toile autour d’une rupture, dans un Iran actuel, la complexité est à l’image de la réalité, elle s’étale tout au long d’un scénario puissant, de manière globale, sans compartimenter son récit. Le film d’Asghar Farhadi est une œuvre qui tend à s’ouvrir, dont le sujet est un salmigondis bien rodé de situations quotidiennes, de zones d’ombres splendides, de nuances dramatiques, et d’interrogations profondes. Car après le soutien, vient l’accident puis la mise en responsabilité, une charge à la fois amoureuse, civique, familiale et religieuse, un exemple de la complexité humaine et un symbole de la perte de l’innocence.  Construit admirablement, au prisme du privé et de la perception post-dictature, le film illustre la part de chacun –mari ou femme, père ou enfant- dans une société moderne tuméfiée.

D’une intelligence et d’une psychologie rarement exploitées à l’écran, le cinéaste iranien bouscule les valeurs sociales et conjugales, interroge les vertus religieuses et politiques et paralyse toutes les certitudes. Par l’interprétation à couper le souffle de ses deux couples à double visage, qui jamais ne campe un rôle défini, par la puissance narrative, sans orientation, sans influence, par cette mise en scène quasi à huit-clos, intime et fascinante, par cette absence vertigineuse de voile moral, Une Séparation est plus passionnant et ténu qu’un drame social, il est un exemple de mesure et  de discernement, une invitation à l’interprétation et aux (re)questionnements de nos valeurs.

10/10

une separation,ashgar farhadi,leila hatami,peyman moadi

 

 

medailles.jpg

Harry Potter et les Reliques de la Mort (2ème Partie)

L’attente était telle que l’on partait déjà déçu, tristement empoisonnés par cette ultime histoire du sorcier binoclard qui prendrait bizarrement fin sur un quai de gare vingt ans plus tard. Mais parce qu’il faut parfois faire ses adieux aux symboles adolescents, le dernier volet de la croisade Potter s’est établi avec satisfaction, en forgeant la maturation et les enjeux belliqueux.
Alors oui, Harry Potter a mûri, ses amis ont grandi, le mettant désormais au défi, mais pour autant, l’éclat est intact de retour à Poudlard. Le cinéaste David Yates a ainsi réussi sa dernière trajectoire, allier enthousiasme magico-pubère à destruction idéologique. Si la marotte du réalisateur de ponctuer de répliques gentiment futiles et adolescentes tout au long d’un combat sérieux fait perdre le récit en force de conviction, le ton et le rythme, très engageant de ce dernier volet,  désormais noir et gris, fait de missions périlleuses et de dilemmes internes, profite à long terme à cet esprit bon enfant menant vers la voie adulte.

Soucieux de démontrer l’ampleur de la mythologie magique, ses allants profonds, ses quêtes torturées et ses défis fatals, David Yates s’en tient à de splendides plans d’ensemble, mêlant dénouements de la lutte bien contre mal, flashbacks explicatifs, et tunnels symboliques sur la vie des Potter, leur épopée contre Tom Jedusor, promu Voldemort. Lui, reste impeccable, tenant la dragée haute et cruelle face à Potter viril et combattif. Si l’apothéose n’est évidemment pas au rendez-vous, enjeu cinétique impossible face à la forte imagerie littéraire, l’allure effrénée et l’envie de bien faire sont toujours là, rendant un hommage vif et féroce à cette grande et belle histoire générationnelle.

7/10

harry potter et les reliques de la mort,final,david radcliff,david yates,emilie watson,ralph fiennes

 

 

Blue Valentine

L’inégalable Michelle Williams s’amourache un temps du mystérieux Ryan Gosling pour composer une fresque douce-amère sur l’amour, le délitement. Conquis dès les premières notes, dans le regard perdu d’une épouse prise au piège de la routine et du désenchantement, dans les mains délaissées d’un mari présent et maladroit qui ne sait plus comment jouer. Blue Valentine est un film humble et sensible, qui emporte par sa sincérité. Composé en deux temps, au passé-présent, par des saynètes symboliques, exprimant tantôt la rencontre, tantôt l’ennui, la colère ou bien la passion, ce film indé capte des instants volés, illustre l’ineffable et la décomposition sans en parler. Grâce à la mélancolie superbe de Michelle Williams, l’érosion devient intense, tragique dans sa terrible inéluctabilité. D’une justesse louable.

8/10

blue valentine,michelle williams,ryan gosling

 

 

X-Men :  Le Commencement

Oeuvre complexe, parfois cérébrale, X-Men est plus qu’un film de super-héros. En recyclant sa galerie d’acteurs (Halle Berry, James Marsden, Hugh Jackman, un peu fades) pour des talents actuels (McAvoy, Fassbender, Byrne) et en déterrant une époque, celle des origines sixties de l’homme mutant, le quatrième volet des X-Men est l’histoire de la légitimité, celle qui finit par rendre passionnante une saga de bonne facture mais ternie par les codes du genre. Décrire l’opposition centrale entre Magneto et Professeur X, avec psychologie et trait d’esprit, et en usant aussi du mouvement pop culture et des enjeux de la Guerre Froide a permis au cinéaste Matthew Vaughn de prouver que l’adaptation des comics américains peut aussi chercher du côté de l’inventivité et de l’intelligence. Avec de vrais questionnements, en vrac, sur la marginalisation, l’affirmation et la tolérance des autres, X-Men : First Class dépasse le registre de l’histoire de bon aloie, et parvient à être une aventure haletante et créative, sur fond de récit intéressant et enlevé.

7/10

x-men le commencement,rose byrne,january jones,michael fassbender,james mcavoy

 

 

Hanna

Si Joe Wright nous épate encore, ce n’est pas pour son faciès mélo qu’il fait convoler sur toute sa filmo, c’est bel bien pour son art esthétique de la mise en scène, qu’il parvient même à insuffler dans son essai d’action à vocation de divertissement. Entre les romances tragiques et les productions d’espionnage, il n’existe pas de transition pour le cinéaste anglais, qui jongle avec le blockbuster, le fantastique et le puéril avec la même sensibilité. Tant par le casting savamment mesuré (opposé le diaphane Eric Bana à la lumineuse Cate Blanchett est une idée rare) que par ses effets profonds, sa musique infernale implacable, ses scènes d’action plus délicates que les vingt dernières bobines hollywoodiennes. Fort de son rythme, de sa mélodie singulière, Hanna est un thriller vertigineux, frôlant le registre malade et le genre poétique. Dans cet esprit, Saoirse Ronan et Cate Blanchett sont admirables de conviction, l’une en adolescente froide et intrigante, l’autre, en diablesse rugissante de malfaisance délicieuse.

7/10

hanna,joe wright,saoirse ronan,eric bana,cate blanchett

 

 

 

bibelots.jpg


Derrière les Murs

On a beau dire, les films d’horreur français sont condamnés au terrain glissant. Dernier exemple en date, l’ennuyant à pourrir, Derrière Les Murs, creux et vain de bout en bout. A force de gratter la moelle des Autres, de voir du côté des productions ibériques et de simuler des ambiances fantastiques asiatiques, Derrière Les Murs, premier film horrifique français en 3D, devient un produit lénifiant, une gabégie pauvre en matière, qui oublie le frisson pour appuyer sa cartouche provinciale façon mauvais Pagnol en trois dimensions. Dans ce marasme sans teint, ce scénario aussi lisse que nos malencontreuses lunettes lourdes, Laetitia Casta essaie de trembler à la surface. En jouant une écrivaine et mère endeuillée par la perte de sa fille, la belle actrice paumée à la campagne, finit par jouer les hystériques de série Z. Des cris, des hallucinations, des visions terribles, Casta s’essaie à la possession comme elle peut, en clignant brutalement des paupières devant sa machine à écrire. Du cliché, évidemment, mais surtout un fond méchamment inoffensif.

2/10

derriere les murs,laetitia casta,thierry

 

 

 

rebut.jpg


My Little Princess

Trop, bien trop d’effets et de fausses notes dans ce film quasi autobiographique mais totalement ampoulé d’Eva Ionesco.  Isabelle Huppert, dans le rôle d’une mère-artiste maudite exploitant sa progéniture, frôle le registre du médiocre, l’auto-caricature, en poussant l’interprétation à son paroxysme parodique, en s’évertuant dans le cabotinage et les excès de bourgeoise glaçante.  Sa fille à l’écran, Hannah, a beau faire peau neuve, elle est une version miniature d’un même constat de grande actrice qui s’entend jouer. En devenant une égérie glamour pseudo-érotique d’un milieu pervers, la nymphette perd son innocence, mais en oubliant la détresse, la sensibilité. Sorte de petite peste sortie d’un teen-show américain, la jeune héroïne nous enflamme les tympans par ses répliques hurlées contre sa mère. Irritant, embarrassant, ennuyant, le film gonflé aux surdoses mélodramatiques, passe par toutes les étapes, en oubliant toute notion de justesse, en prenant racines aux défauts. Scénario présomptueux, photographie hideuse, interprétation plus que sordide, et psychologie insalubre qui dévie toute sensibilité à l’image de ses décors grotesques, le film est un malaise pernicieux à faire détester les premières œuvres.

0/10

my little princess,eva ionesco,isabelle huppert