16.04.2011
Scream 4 (de Wes Craven) J’égorge, je filme, je tue, donc je suis

La sortie inespérée du quatrième volet de la plus grande franchise horrifique que le monde cinéphile ait porté, Scream, était une date religieuse à apprendre tel une formule de maths, à guetter nerveusement tel un juvénile boutonneux son premier rencard arrangé. Et le film en lui-même était à savourer intensément, nous forçant par dévotion à décupler les émotions, les espoirs et les joyeusetés à l’idée de retrouver à l’écran ce trio de héros qui ont forgé nos nuits et nos attitudes (en citant à tout va des « Tu ne seras jamais le héros et tu ne te feras jamais l’héroïne »). Et si le 4e film est forcément moins satisfaisant que ses précédents (en cause, le temps qui passe), il n’en reste pas moins maîtrisé et savoureux.
Critique garantie no spoiler
Sydney Prescott, la chair à poignard de tous les psychopathes américains depuis vingt ans, va bien. Elle a sorti un bouquin (Out of Darkness, titre aussi douteux que ses tailleurs) et en assure la promotion dans chaque bourgade U.S. Elle arrive donc, avec son envie marketing sous le bras, à Woodsboro et retrouve un brin de famille et son ami sheriff (et sa femme engluée), mais voilà que très vite, elle aimante de nouveau les fans de déguisement et leurs geekeries sanglantes.
Si Scream 4, en signant des retrouvailles avec Sydney Prescott, l’effigie même de l’héroïne (mais aussi avec Gale Weathers (Courtney Cox) et Dewey (David Arquette), mariés depuis dix ans (divorcés IRL depuis le tournage ; l’ironie de la mise en abyme sûrement)) était déjà un bonheur en soi, le spectateur avide d’hémoglobine et de situations téléphoniques tarabiscotés en voulait davantage.
Ce que le spectateur voulait, c’était l’actualisation d’un film culte, entre remake et continuité (malgré les rides), et ce, de façon subtile, drôle et décomplexée. Et Scream 4 l’a joliment compris. A l’image de la scène introductive qui pastiche avec brio la scène introductive des trois originaux (une jolie fille, blonde ou d’origine afro se fait éventrer après un dialogue de sourds), le ton de Scream 4 est donné : il y aura cette année une folle mise en abyme en lieu et place des théories.
Depuis quinze ans, Scream a roulé sa bosse, si bien que le quatrième volet, toujours écrit par le maître Kevin Williamson, sait en 2011 ce qu’il retourne : pour plaire, il faut deux choses : un retour aux sources flanqué d’une envie d’innover. Alors, Ghostface (et ses victimes) de nouveau à Woodsboro ont repris les codes du genre tout en prouvant que le mode a évolué. Alors les répliques référencées fusent de plus belle (tous les personnages sont fans du genre gore, malgré leurs lacunes en films nippons, et autres ibériques) et les situations sont nettement plus tournées vers l’ironie et le sarcasme. Humoristiquement, le film se montre sensé et particulièrement brillant (c’est un film dans un film, entre slasher et snuff movie) et l’écriture fonctionne magistralement, malgré un écueil inévitable : la perte d’ambiance.

En appuyant délibérément sur l’atout abyssal du film et son côté moderne connecté, Scream 4 en pâtit niveau réalisme horrifique et ambiance terrifiante. Il manque au film une bonne dose de suspense : contrairement aux précédents Scream, tous ancrés dans l’histoire de Syd, ses relations, son passé, rien dans Scream 4 n’attache et n’interpelle le spectateur, aucun enjeu véritable découle de l’histoire principale -celle de Jill Roberts, cousine de Sydney et ses amis, quitte à symboliser les personnages tels des pions là pour un bain de sang prévu à l’avance. Qui meurt, qui survit ? Outre le trio de départ, on s’en fiche un peu. D’ailleurs, les scènes de meurtre souvent réalisées à la va-comme-je-te-pousse (ou à la va-comme-je-te-tue, c’est selon) vont dans ce sens.
Malgré ce gros manque de sensibilité, le nouvel volet de Scream se révèle épatant sur sa construction, son envie tenace de justification. La bonne vieille vengeance n’est plus, la criminalisation du cinéma non plus, cette année, il se pourrait que la starification soit mère de tous les vices. Toujours très habile avec les soliloques et autres tirades bien bâties, Scream se penche désormais sur l’héroïsation du présent, l’importance du héros et de l’héritage dans la sphère médiatique. Parce que Scream est plus qu’un film dans un film emboité lui-même dans d’autres films, il se situe au dessus du lot.

La preuve, sept Stab conçus et tous les acteurs de séries populaires défilent les uns après les autres à l’écran de Scream 4, même la tête à claque invincible d’Heroes (qui s’offre elle-même une réplique hommage) sont là pour enfoncer le clou théorique. Et surtout comment ne pas voir dans le personnage d’Emma Roberts (nièce de Julia dans la vie et cousine de Sydney à l’écran) un symbole proche de l’actrice qu’elle est (une débutante avide de paillettes qui bénéficie et souffre de la couverture de l’aînée ultra-notoire) ? Alors, dans tout ce maelstrom médiatico-narcissique, qui est victime, qui est coupable?
Un plaisir visuel et référencé, un divertissement pop-corn (qui brûle bruyamment sur le feu), une échappée ensanglantée, Scream est plus que ça. Une fondation, une institution, une piqure douloureuse de cinéma, en appliquant ses mêmes nouvelles règles à l’écran, retrouver+innover, son nouvel volet prouve que derrière une tuerie massive de têtes blondes, le fil à penser de Scream est à peine effiloché. Déjanté et actuel, Scream 4 s’auto-consacre original sans égaler ses aînés.
7.5/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans xCritiques Cinéx | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : scream 4, critique, wes craven, neve campbell, courtney cox, david arquette, emma roberts, hayden panettiere |
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