06.01.2010

Tetro (de F.F Coppola avec V. Gallo) - La Sombre Résurrection

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Plus que d’un illustre réalisateur –Francis Ford Coppola, Tetro signe la résurrection d’un cinéma. D’un septième art foutraque et baroque, substantiel et somptueux.

Tetro signifie sombre. Plus qu’un surnom dont s’affuble Angelo l’écrivain mal accompli, le héros perdu, c’est le diminutif d’une famille, Tetrocini. Le synonyme d’une amputation, d’un air inachevé que le protagoniste lui-même revendique à l’envi : ne pas écrire de fin à un manuscrit autobiographique est un leitmotiv de vie.

 

Polysémique

Sombre, à l’image du visuel contrasté en noir et blanc. D’une somptueuse photographie ancrée, qui époustoufle à chaque instant. Francis Ford Coppola joue à nous emporter avec les nuances, les tons pour épaissir ou clarifier les sens. Du plan dépouillé où FFC capte un instant urbain à celui des danses enlevées, instants romanesques intenses, chaque prise, chaque plan relève de l’exploit cinématographique. Magnifique et sincère pour un Coppola qui retrouve l’éveil.

Mais sombre, c’est avant tout cette histoire familiale. Sombre rivalité, d’égo et de talent. D’amours déchus, de passions privées. Par l’entremise de deux frères.
Tetro s’est exilé à Buenos Aires pour fuir une famille compliquée, un père maestro outre-mangeur et omnipotent. Mais Bennie, son jeune frère aimant le retrouve, en costume de matelot. Et de cette réunion, rejaillit les effluves familiaux, les secrets, les incompréhensions. Bennie est en quête de savoir. Mais Tetro a brisé les chaînes.

Peu à peu, un nouveau lien se crée, se superposant aux secrets. Une création dans un autre univers. Celui de l’Argentine, où tout est exalté, festif et théâtral. L’alternance de cette vivacité à la dure vérité émergée donne à ce mélodrame sa plus grande intimité. Presque confidentielle, Tetro est un film à méandres. Magnétisant.



Un style

Evidemment, le film ne serait rien sans l’interprétation transcendante d’un Vincent Gallo authentique. Parfait, sans rien à ajouter. Ce jeune acteur aussi, Alden Ehrenreich, un pied de nez idéal, plein de vie et d’envie. La contre-mesure d’un frère en perdition.
Et bien sûr, il y a Maribel Verdu (Le Labyrinthe de Pan, Belle Epoque). Qui enchante, ensorcelle, met de la vie dans son foyer et autour d’elle. L’héroïne argentine est secondaire mais elle est une étoffe de velours aux allures maudites de son concubin, le desperado.

Le casting entier est formidable. Aboutissant à des personnages entiers, emportés. Loufoques et tragiques en même temps. Des trempes d’un autre siècle dans une modernité étonnante. Il faut souligner l’apparition angélique de Carmen Maura lunettée, chère à FFC, comme pour tirer son chapeau américain au maître espagnol de cette grande actrice, dont on ressent les lointaines allusions artistiques, ça et là.

Almodovar, mais pas que. Le film est un hommage à une génération entière de cinéastes, dont on retrouve l’héritage visuel et foncier (en particulier Les Contes d’Hoffman) et qui prouve la substance maîtrisée du film et de son créateur.

 

 

Emoussé le talent de Coppola ? Jamais. Avec Tetro, le réalisateur du Parrain signe un film sensoriel, une œuvre de chair et de désir.  Un film à dédales, visuels, symptomatiques, autobiographiques qui ne font qu’un. La liberté a rarement été aussi bien dévouée à l’écran.

(9/10)