03.05.2011
Au service des objets trouvés : la sélection ciné du mois
En avril, on a beau dire que c’est de saison, le cliché printanier est bien là pour conforter les cinéphiles ébranlés par une disette hivernale de films mauvais comme une soupe à l’oignon. Au diable les œuvres venteuses et les curiosités de couleur grêle, pour inaugurer cette nouvelle catégorie du 7e art sur Blabla-Series, le temps a préféré virer à l’inattendu et au varié. Au service des objets trouvés, plusieurs enfants perdus, une chorégraphe anoblie et un déguisement sanglant, on s’en frotte les mains.

Tomboy
Ecrite en un mois, tournée en un vingt jours, l’histoire de Tomboy pourrait être le brouillon pré-mâché et documentarisant sur la vie tourmentée d’une petite fille. Et pourtant, Tomboy a tout de l’œuvre achevée, celle qui s’impose à chaque situation, qui fait sens à chaque réplique, à chaque regard. Plus qu’un questionnement sur la sexualité, Tomboy est un film qui remet en cause l’existence, qui met en avant les désirs, ceux de l’enfant en quête, ceux de Laure, rêvant d’incarner Mickaël, le garçon qui joue au football, qui veille sur sa petite sœur, qui se baigne sans complexe en maillot de bain parmi les copains. Dans Naissance des Pieuvres, Céline Sciamma captait déjà le mal-être, celui de deux adolescentes, sans en rajouter, malgré la lenteur désarmante des situations, conforme aux films de fin d’études. Dans Tomboy, c’est à la fois une confirmation et une résurrection pour cette jeune cinéaste, habile scénariste, réalisatrice sans esbroufe mais profonde. Sur le genre, mais aussi le rapport de l’enfant à l’adulte (illustrée par des plans éloquents, toujours confondants de simplicité), la relation entre enfants, sur le sens des sentiments (ceux de la petite sœur, ceux de Lisa, qui tombe amoureuse du garçon « différent »), Céline Sciamma réussit un portrait troublant et poignant de l’enfance, quasi illusionniste, une démonstration pudique et férocement fouillée. Elle consacre Tomboy comme une œuvre délicate, qui donne vie à la confusion, qui saisit la violence (une simple robe, une simple présentation) sans la raconter, qui décrit l’ambiguïté et l’indifférenciation avec subtilité, avec la lucidité d’une fillette. Une réussite absolue.
10/10


Pina
Les petits gestes de Pina Bausch ont été ressuscités le temps d’un film hommage par son ami de vieille date, Wim Wenders. Loin du documentaire rigoriste, ou des récents films ratés du cinéaste allemand, Pina se libère du carcan du genre pour retrouver la force artistique et visuelle de la chorégraphe. Dès cette première scène dans la terre écrasée par ces coups violents et automatisés portés aux corps (Le Sacre du Printemps), jusqu’à cette fin où la troupe du Tanztheater reprennent sur la dune le gestuel phare des saisons de Nelken, Pina retrouve la grâce et la puissance atypique d’une chorégraphe à part. L’épuisement, la laideur, la singularité des corps, la force des éléments, l’énergie malade, autant de thèmes chers à Pina, qui retrouvent dans ce film une noblesse d’esprit, une poésie dure, froide et passionnée. Emporté et libérateur, cet hommage artistique est plus qu’un éloge pompeux et magnifié, il s’agit d’une redécouverte audacieuse et virevoltante, plus soucieuse de l’harmonie, de la scénographie, de l’art sec de Pina que d’une oraison bon marché pré-emballée. Des tableaux célèbres reproduits à l’intact, appuyés par des mises en situation inspirées dans des décors sensés (à Wuppertal notamment, ville de Pina) ou autres lieux qui dans leur force visuelle collent au maître-mot de la chorégraphe et agrémentés de témoignages pudiques et sincères d’une troupe qui loue (à juste titre) le mentor et la raison d’être faite Pina, le travail du Wim rejoint ainsi la profondeur de la feue créatrice. Avec cette œuvre aboutie, égale à elle-même, Wim Wenders ressuscite avec émotion l’existence du style Pina, la fragilité et la monstruosité émouvante de son art. Comme des retrouvailles ultimes avec l’être aimé.
9/10

Rabbit Hole
A l’initiative de Nicole Kidman, toujours gracieuse et poignante à l’écran malgré les pommettes botoxées et le front légèrement gonflé, Rabbit Hole est un essai pudique et profond sur la vie d’un couple après la mort de leur garçon. Sensible et juste, à l’image de ses parents endeuillés, Aaron Eckhart et Nicole Kidman, touchants dans leur complexité, leur refus de céder au moindre pathos, leur rage frustrée, leurs quêtes intérieures, l’œuvre de John Cameron Mitchell (Shortbus) est une tragédie délicate sur l’absence et la retenue. En s’allégeant du poids hip et sur-écrit de la machinerie indépendante estampillée Sundance, Rabbit Hole préfère la sobriété de ton, la pâleur du décor et le cynisme d’un humour occasionnel mais cathartique pour ciseler avec force ce portrait de famille chamboulé parmi les autres. Ainsi, en voguant efficacement entre le léger et l’affect, la souffrance et la libération, Rabbit Hole prouve que le deuil et la reconstruction demeurent un sujet rare et puissant, qui ne nécessitent ni des clichés coriaces ni des situations tire-larmes pour émouvoir.
9/10

Scream 4 (voir critique) 8/10

The Company Men
Pour le premier film de John Wells (scénariste et réalisateur d’Urgences, The West Wing et de Shameless), tous les vieux de la vieille du ciné U.S sont là (Tommy Lee Jones, Chris Cooper, Craig T. Nelson, même Kevin Costner a réussi le casting). Ideal pour rendre authentique ce film sur l’âge d’or déchu de l’entrepreneuriat américain et la chape de précarité qui s’abat sur ces foyers sans défense. Si le propos de départ est intense, voire culotté (le cadre Ben Affleck refuse par orgueil de mener une vie à la baisse), The Company Men reste un film sur la crise typique, illustré par des profils d’hommes sans aspérité, sans grande cause, sans péril. En veillant aux destins de ces cadres supra-aisés sur le carreau, par pudeur ou par lâcheté, le film fait fi d’une réalité économique plus impitoyable, d’un propos social plus sévère, se contentant seulement d’un portrait familial (assez juste grâce l’actrice Rosemary Dewitt) pour témoigner des sacrifices. Si la morale ne chahute pas trop un récit globalement bien mené (mais toutefois conclue par un happy ending, il ne faudrait pas déprimer les femmes et les enfants), The Company Men conserve tout au long de son développement cette étiquette propre sur soi qui rend le tout un peu naïf et déconnecté.
6/10

Mon père est femme de ménage
On s’attendait à une œuvre dégoulinant de bons sentiments, un dicton politico-social plombant et des acteurs à côté, pourtant Mon père est femme de ménage est un film neutre et juste qui s’efforce à prouver le contraire. Ni social ni familial, le film préfère survoler les cases pour ne pas tomber dans la caricature. Malgré les ellipses, et quelques bonnes ficèles, le film de Saphoa Azzeddine se montre sensible et drolatique, grâce à une Nanou Garcia hilarante en femme au foyer immigrée et un Francois Cluzet épatant en bon père de famille aimant et sincère. Un joli portrait de famille actuelle, sans fioriture ni excès de pathos.
6/10
Thor
Au royaume Marvel, Thor est plus qu’un super héros, il est l’héritier, le roi en devenir, massif et tout puissant. En s’entichant de Natalie Portman dans le rôle de l’humaine geek et attachante, Thor devient un cœur sur pattes, capable de loyauté et de courage. Combats entre planètes, conflit familial, trahisons et répliques amusées, scènes intenses et costumes volontairement kitsch, récit sans passages à vide, Thor est une super-production prévisible et migraineuse mais qui ne déçoit pas.
6/10

Mais aussi :
Animal Kingdom - un drame noir familial ficelé et haletant qui redynamise le cinéma australien.
6.5/10
Detective Dee : le mystère de la flamme noire - un film de genre avec des biches prêtresses qui parlent et des cascades filmées au ralenti, à la fois kitsch et exaltant.
5.5/10
Source Code - du sous-Fringe facile, mollasson et bavard.
5/10
Le Chaperon Rouge – un film froid et sexuel, aux dialogues peu inspirés, mais dont la quête permanente de « qui est le Loup ? » permet de rendre le déroulement du récit aussi mièvre que prenant, comme un bon épisode d’Arabesque.
5/10

Morning Glory
Becky Fuller, inventive, bosseuse et loyale, a le malheur d’être productrice télé cantonnée aux matinales, à ces émissions grotesques et sidérantes, qui font danser des chihuahuas, alarment sur les dangers du Sida et conseillent l’ingrédient secret pour des pâtes au beurre réussies. A l’image du prénom caricatural de l’héroïne, son émission (et film éponyme) Morning Glory se veut ainsi agréable et accueillant comme une météo ensoleillée de bon matin. Mais en accumulant les écueils, l’énergie agaçante de l’héroïne (malgré le capital sympathie et le minois de Rachel McAadams, aussi ravissant qu’une rose trémière), les personnages secondaires pénibles (Harrisson Ford, râle autant qu’il ennuie) et le déroulement prévisible tirant vers la morale, le film finit par ressembler à ces programmes excessifs où l’humour américain et l’enchaînement des rebondissements embarrasse. Encombrée d’une storyline amoureuse inutile et de penchants moralo-familiaux irritants, cette comédie échoue dans sa mission anti-cathodique et reste condamnée à la pataugeoire des gags boursouflés propres à l’Hollywood des abrutis.
4/10

Et soudain, tout le monde me manque
Le monde a beau s’acharner contre Mélanie Laurent, sa filmo parle pour elle. Son dernier film, Et soudain, tout le monde, est le symbole d’une carrière parvenue, de ce charisme épais comme une corde vocale. Mais Et soudain, tout le monde me manque, ressemble à s’y méprendre à son actrice phare : une envie de bien faire, s’inscrire dans la tendance, se vendre. Le film fait alors du Sundance sur commande, musiques à la cool, répliques supposés brillantes (mais d’une inventivité désastreuse), pour livrer une chronique douce-amère sur la famille. Mission hype ratée pour ce gros navet mûr : à défaut d’être profond et décalé, voilà un produit complaisant, faux et creux.
2/10


Devil
Produit par Night Shyamalan, Devil est plus que ça, il est surtout une vieille idée du créateur de Sixième Sens et d’Incassable, ou plutôt du coupable de Phénomènes et du Dernier Maître de l’Air qui peine à retrouver les honneurs. Comme les films peu roublards de l’hurluberlu américain, Devil fricote avec les esprits démoniaques et les personnages caricaturaux. Dans cet ascenseur du mal, un groupe d’individus attend sans le savoir la faucheuse. Jamais fouillée, jamais mise sous tension, cette histoire de diable qui cueille les mauvaises âmes dans les otis de building restent d’un niveau intellectuel affligeant. Et comme dans chaque nanar de Night, la réalisation, l’absence d’enjeux et la faible écriture ne sont jamais la cause réelle du naufrage. Ce qui achève toujours le désastre, c’est cette morale ultime, dégoulinante de mysticisme à la mords-moi-le-nœud et de bondieuseries ancestrales, qui vient raviver éclats de rire et consternation.
0/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans xCritiques Cinéx | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : tomboy, scream 4, pina, animal kingdom, thor, devil, the company men, critique, cinema |
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