05.03.2012
Boardwalk Empire (Saison 1) L'ivresse au temps de la Prohibition

A l'occasion de la sortie en DVD de la première saison de Boardwalk Empire, son packaging impeccable et son livret photo des plus léchés, il est bon de revenir sur la nouvelle certitude de HBO.
Du HBO tout craché
Depuis le début, Boardwalk Empire ne s'en cache pas : elle est une fresque complexe, parfois déroutante. Au potentiel HBO-esque, la série bébé de Scorsese se situe entre fidélité historique d’une époque à la manière d’un Carnivàle ou d’un Rome bouillonnants et réinvention fictionnelle en roue-libre.
Rien qu’à la lecture du pitch, Boardwalk Empire, adaptation libre du livre de Nelson Johnson, Boardwalk Empire: The Birth, High Times, and Corruption of Atlantic City, en impose. Tout commence véritablement le 16 janvier 1920. Au jour de la ratification par une grande majorité des Etats Unis du traité de Prohibition, réglementant la vente d’alcool. Pour en profiter, un clan mafieux en devenir, à l’origine de la Pègre américaine, à sa tête, Enoch Thompson, le trésorier d’Atlantic City (Steve Buscemi) qui tire les ficelles de la ville et de ses pratiques souterraines, son homme à tout faire, Jimmy Damordy (Michael Pitt), un rescapé de la Grande Guerre aux séquelles prononcées ainsi que plusieurs hommes de l’ombre, notamment deux certains Al Capone et Lucky Luciano qui taperont dans l’oeil des historiens.
Cette première saison se veut passionnante et alambiquée. Tout est mis en oeuvre pour nous plonger dans l’authenticité léchée des années 20, cette ère post-guerre caractérisée par une libération des moeurs, une société en mutation, et des effusions en forme d’abus dans les salons privés ou bien les cabarets, les casinos et les brunchs. Sans trop d’esbroufe de style (quoique), Boardwalk Empire est d’abord une invitation formelle dans ce décor historique ultra-léché (20 millions de dollars pour 1h20 de pilot, ça fait quand même 285.000 dollars par minute de visionnage, alors autant écarquiller les yeux). Décor dans lequel gravitent de nombreux personnages, un atout complexe et assumé qui donne à la série des airs choraux.

Tiré au cordeau
Symbole des plus grandes séries, à commencer par celles de la chaîne à péage, la vaste galerie de la série est tout autant d’acteurs de poigne, Steve Buscemi, Michael Pitt, Kelly McDonald, Michael Shannon -éblouissant dans Take Shelter, que de personnages fictifs travaillés, jamais dessinés au trait facile.
A la hauteur des personnages et leur complexité, les pistes développées au cours de la saison inaugurale sont nombreuses et hautes. Au point que la radiographie s’avère volontairement brouillée : échafaudage narratif férocement alambiqué, intrigues à tiroirs, personnages inaccessibles, voyages temporels, montage frénétique, écriture dense, tout est conçu de manière grandiloquente, antididactique par des scénaristes conscients du potentiel dramatique de la série.
Pourtant, si la série atteste bel et bien d’un académisme de fond, la saison inaugurale se voit comme une récompense. Comme une intro de Six Feet Under ou de Carnivàle, elle s'appréhende. Des moments légers, moins mafieux, permettent d'ancrer la situation, notamment grâce aux personnages féminins rafraîchissants, gages de storylines familiales et sociales revigorantes, et accessoires indispensables des grands hommes d'Atlantic City.
Enchevêtrée à la complexité voulue des histoires principales et des intrigues isolées, la première saison de Boardwalk Epire s'avère flegmatique, pompeuse presque indifférente aux primes abords. Mais il s'agit d'une entrée en matière profonde et impressionnante qui rappelle peut-être les plus grandes séries de la décennie.
Si la première saison de Boardwalk Empire témoigne d’une ambition démesurée, probablement à la hauteur de son substrat et de ses grands airs dramatiques, la série s'est vite imposée en valeur HBO, typique certes, mais jamais dénuée d'envergure.
7.5/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Boardwalk Empire, Critiques | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : boardwalk empire, martin scorsese, michael pitt, steve buscemi, michael shannon, critique, saison 1, dvd |
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