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  • The Girlfriend Experience (S1) Celle que vous croyez

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    Après la très attendue et tout aussi décevante Flesh & Bones, Starz, souvent habituée des productions ratées, lance sa nouvelle série, The Girlfriend Experience. Adaptée du film éponyme de Soderbergh avec l'ex-actrice porno, Sacha Grey, la série pourrait être enfin la relève charismatique tant souhaitée.

     

    C'est l'histoire la plus vieille du monde, son métier bien entendu aussi, passé entre les mains perverses de tous ; de Balzac, Zola à Despentes ou Palanhiuk en passant par les écrans, de Jeune & Jolies d'Ozon à The Secret Diary of a Call Girl avec Billie Piper. La prostituée revient attirer les foules, avec son lot de mystère imprenable, de charisme et de sensualité intime. Dans The Girlfriend Experience, elle s'appelle Christine.

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    A l'image de Jeune & Jolie, Marina Vacht aussi fantastique qu'impérieuse, la série repose sur les traits intrigants de son héroïne, vamp idéale, joli minois et plastique infaillible, yeux de biche et chevelure aguicheuse. Plus qu'un physique, la jeune fille est un mystère, étudiante en droit plutôt douée, employée d'une grosse boîte juridique de Chicago, endettée par ses prêts étudiants, attirée par l'idée de la prostitution qu'elle fantasme de façon romantique et branchée. Indépendante, dont la froideur est palpable, Christine Reade, jouée par Riley Keough, petite fille d'Elvis Presley, est une fille contradictoire. Jeune fille de trempe, libre et rude, pratiquant une sexualité décomplexée, souvent anonyme, Christine cherche pourtant la soumission, ce jeu de pouvoir infime qui se niche dans chaque rapport à l'autre, soucieuse de plaire, de répéter les bonnes phrases aux bonnes personnes, dictée par son amie qu'elle croit, elle, sur paroles. Epoustouflée par le monde des affaires, les figures de poigne, Christine va accepter de basculer dans un monde assommant de cruauté dirigée par la main -perverse, encore- de l'homme. Ce qui lui plaît, à Christine, c'est de pouvoir gravir les échelons, gagner en stature, en poids. Très peu une question d'argent, bien que cela contribue au confort et au nouvel appartement spacieux en plein Chicago, mais une façon cynique et désabusée de se faire confiance parmi les requins afin de pouvoir un jour, elle aussi, jouer aux grands prédateurs.

    Dans un style aussi sec que froid, The Girlfriend Experience est une immersion pure dans une société ultramécanisée, ultradétachée, dominée par la hiérarchie et l'appât du gain où chacun tente de faire sa place, de grignoter du capital. La narration est aussi dénouée, lente que son héroïne, désabusée et chancelante, dont l'ambiance implacable rappelle les meilleurs romans de Bret Easton Ellis. Aussi contemplative que son héroïne, la série ne juge pas, ne condamne jamais son héroïne qui ne fait qu'écouter les autres, ses clients, noter qui ils sont sur des fiches mémos d'Iphone. La série fait la même chose, manifeste dans son goût pour l'épure et de sa liberté créative. Comme un soutien, la série, jamais racoleuse, jamais sous ou surécrite, tient son personnage féminin comme une cheville dans ses choix périlleux, ses dérives, ses laissez-passer, elle la suit perpétuellement à quelques mètres, derrière elle, toujours, dans ses couloirs d'hôtels indissociables, sans visage, sans empreinte, où Christine suit des inconnus, montée sur ses talons de luxe.

    9/10

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  • Boss (Saison 1) Un Damages mafieux vu par Gus Van Sant

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    Starz, la chaîne à péage qui ne compte pas, enchaînant les programmes fastidieux a décidé de surprendre avec sa grille de rentrée. Son nouveau drama, Boss, avec Kelsey Grammer dans le rôle d’un maire puissant et véreux de Chicago, passionne les critiques et captive l’intérêt. L’heure de donner à Starz une minute de gloire bien méritée.

     

    Si les séries n’ont jamais été le fort de Starz, actuellement seuls Spartacus et son spin-off plus ensanglanté errent en prime-time,  Boss pourrait effectivement changer la donne et donner enfin à la chaîne très câblée, Starz (et son patron, Chris Albrecht, ex-CEO de HBO), ses (nouvelles) lettres de noblesse. Profonde, intelligente, intrigante, les louanges médiatiques se sont avérées nombreuses depuis la diffusion du pilote, à tel point que la série fascine avant s grande première.

    D’ailleurs, aux commandes de Boss, une surprise : le réalisateur Gus Van Sant, qui contrairement à ses confrères hollywoodiens, ne s’est jamais vraiment  attardé sur le cas plateaux-télé. Un choix surprenant mais plutôt judicieux puisque la série est empruntée tout au long de ce chapitre introductif de cette esthétique academico-artistique propre au cinéaste à mèche longue. A l’image notamment de ces scènes au ralenti, une jeune fille dans un escalier, un coït sans bavure dans un sous-sol.

    D’entrée de jeu, les débuts de Boss prennent donc le téléspectateur à contre-pied. En plan fixe, la série s’ouvre via une scène prenante où le politicien héros (Kelsey Grammer, ancien Frasier) apprend qu’il est atteint d’une maladie incurable, mélange vicieux entre Alzheimer et Parkinson. A partir de là, tout s’enchaine avec une maîtrise scénaristique et une connaissance sérielle des enjeux narratifs impeccables.

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    Plusieurs pistes sont menées de front au cours de l’inauguration de Boss. Outre l’histoire personnelle de Tom Kane, le maire de Chicago, la série offre une vision noire de la politique américaine (manipulation des foules, interviews piégées, réunion des élus  sous haute tension, guerre des élections, équipe municipale malveillante), veillant à contourner les formes de fiction politique actuelle pour cogner plus fort.

    Surprenante par sa violence latente, son extrémisme de ton (on se demanderait presque si Boss n’est pas en fait une série d’espionnage archi-stylisée), Boss, à l’image du personnage principal, sans cesse avide de contrôle, de pouvoir et de domination, frôlerait presque le registre du mafieux. D’autres storylines sont déployées autour de la femme du maire, une épouse publiquement parfaite, au sourire resplendissant de faux-semblants, reflète le malaise d’un clan politique, et la fille du maire, une jeune fille des ordres aux tendances junky pour parachever ce portrait du cynisme postmoderne.

     

    Bien écrite, bien construite, parfois trop, Boss est un exercice de style impeccable, qui sait dramatiser ses enjeux, donner matière à la pourriture politique, en misant tout sur Kelsey Grammer, figure monstrueuse, frappant dans ce rôle dramatique. Un bel exemple de tragédie moderne, 100% corrompue, 100% alléchante.

    8/10

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