31.08.2010

Dexter (Bilan) De l’art terrifié d’être un père de famille meurtrier

Saison 4 – Critique

L’an passé, la série nous avait offert un break intellectuel en faisant n’importe quoi avec le concept papier du serial killer fréquentable, et s’était achevée sur un mariage heureux. Cette année, la série nous a cogné douze semaines et s’est finie brutalement. Sur une touche de noirceur macabre, le leitmotiv plastique de cette saison.

 


Famille ou Scalpel ?

Plus qu’une page qui se tourne avec la fin de cette quatrième saison. C’est un rituel anéanti. Une existence choisie qui résonne comme un échec pour un héros malmené dans ses conceptions multicartes.

En respectant les propres lois de son héros sociopathe, la série impose une logique jusqu’au-boutiste, effrénée et puissante. Comme un code en péril, elle ne se contente plus de placer Dexter sur la corde raide pour l’en sauver in extremis. Avec cette saison, la série confronte son héros à ses propres erreurs, ses propres choix. Par l’entremise de Trinity dont l’effet impactant n’a jamais été aussi important dans le psyché de Dexter.

Alors père de famille, Dexter apprend à s’adapter à son nouvel environnement, lui et ses lubies macabres. Une vraie évolution situationnelle, où Dexter passe de célibataire propret impeccable à père débordé, négligé, aux multiples responsabilités. Dexter se trouve alors de nouvelles problématiques de vie, noue avec d’autres discours intérieurs et s’éloigne des éternelles tirades sur la solitude et le savoir-être du mal dont le spectateur abreuve l’essence depuis quatre ans.

Peu à peu, la série met en exergue la difficulté pour le héros de jongler entre ses différentes étiquettes et l’a finalement opposé au choix crucial. Famille ou scalpel ? Une réflexion dont le spectateur a été témoin et qui symbolise parfaitement l’impasse psychologique du héros, maîtrisée par cette saison.

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L’onirisme par l’Horreur

La saison 4 est plus qu’une loi du talion. Plus qu’une traque bête et méchante conduite par un tueur de tueurs, à l’encontre d’un original sociopathe fripé. Il y a plus chez Dexter (plus aussi chez Trinity). Le psychopathe y a mis, cette année, de sa personne, de ses considérations. Le parallèle avec sa nouvelle vie familiale, ses responsabilités de père et mari ont alors été toujours le point d’accroche de Dexter à l’encontre du Trinity Killer.
Un sentiment vertigineux naît alors très tôt chez le héros et hors de l’écran, et permet d’opposer alors deux monstres, deux conceptions de l’horreur insérée dans une banalité du réel et dont la source sadique puise directement dans le traumatisme de l’enfance.

Pareille à l’évolution de l’histoire, l’évolution de l’anti-héros se fait par étapes. Au départ timide et traumatisé, le Trinity devient ensuite une figure sage et maîtrisée, sereine et brillante. Pour finir homme écoeurant, sadique et incarner l’Horreur.
En scène, le Trinity Killer offrait plus d’ampleur quand il n’était alors qu’un monstre sexagénaire pusillanime et monomaniaque. Mais il se devait d’évoluer et d’apporter à Dexter la schématisation d’une vie familiale ambivalente vers laquelle ses rites et lui se dirigeaient.

Plus abject, bien moins samaritain que Dexter, Trinity a été une pièce scénaristique indispensable à l’univers étouffé, qui étranglait visuellement, à chacune des scènes où la famille Mitchell se réunissait, elle martyre, terrorisée par la figure d’un père violent et fou à lier.
La découverte du vice par Dexter s’est faite sous nos yeux, au même moment. Au moment aussi où Christine n’est plus apparue comme la seule journaliste avide de sensationnalisme. En gentille fille dévouée à un père trop pleutre pour s’en soucier, Christine est devenue une figure fascinante, de torpeur, symbole d’une dévotion filiale qui lui a coûté la vie.

Electriques et stupéfiants, ces moments d’intense vileté ont permis à la série de retrouver son emprise psychologique, d’une certaine manière onirique.

 

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Séquelles et apostrophe

Les véritables enjeux de cette saison ne sont pas les quelques scènes finales, où d’une manière ou d’une autre, le serial killer de l’année finit dans des sacs de poubelle, au fin fond de l’océan. Les enjeux-ci sont inhérents à Dexter, à ses choix, aux conséquences inéluctables. Parce que le jeu du chat et de la souris, du monstre et du monstre a, cette année, débouché sur l’impensable.

Le choix d’une famille ou d’une pulsion n’a pas suffi à assurer les questionnements de la série. Ajoutés à la relation terrifiante de Dexter et Trinity, ils ont pris une autre dimension : inéluctable. En se débarrassant (rapidement, toujours) du tueur récalcitrant, Dexter accomplit sa tâche. Mais avant de finir sur la table chirurgicale de l’expert sanguin, Trinity (on le suppose) a débuté son nouveau cycle meurtrier et s’en est pris à Rita, l’épouse.
Mise en scène écoeurante, qui rappelle celle de Dexter enfant, le meurtre de Rita est la conséquence ultime d’une saison entière. L’exemple paroxystique du suspense à couper au couteau de cette saison, les parfaites représailles des actes de Dexter, qui n’est plus impuni, plus intouchable. Et ce lugubre assassinat, au demeurant très émouvant pour le spectateur habitué au cadre familial idéal, ouvrira la voie à une autre ère pour le héros, un code à modifier, une manière de vivre, aussi.

Aussi, la quête d’abord farfelue de Debra (Jennifer Carpenter, toujours impeccable) a fini par gagner une légitimité de terrain indéniable. En enquêtant sur le passé professionnel et sentimental de son père mentor, Debra a voulu démystifier une figure sacralisée. Peu à peu, elle a mis les fondations du fonctionnement codé de son frère, en péril, en découvrant la réalité sur son enfance, ou son lien de parenté avec le Ice Truck Killer. Mais cette année, l’enjeu de fond est resté en suspens. Peut-être l’année prochaine.

 

En attendant le deuil, le doute, ou la solitude re-embrassée de Dexter, la mort de Rita, et sa mise en scène sanglante, restera gravée dans les mémoires. Comme la marque d’une fin sordide. La fin des quatre plus grandes années révolues d’un sombre serial killer socialement réhabilité mais dont la complexité n’a jamais été vraiment mise à jour.

 

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Note globale : 8/10

Les critiques épisode par épisode sont à lire ici.

24.08.2010

The Big C (Saison 1) Faussement cancérigène

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Qui a dit que toutes les séries de Showtime se suivent et se ressemblent tellement ? Avec The Big C, la chaîne câblée pourrait bien confirmer son créneau sériel unique de la femme chef de famille à la vie apparemment paisible mais foncièrement compliquée. Si Cathy Jamison a des airs à Tara Gregson, dissimule ses secrets comme Jackie Peyton mais épate la galerie telle Nancy Botwin, cette nouvelle héroïne pourrait bien toutes leur tenir la dragée haute, avec son sens caustique de la désillusion et son sourire émouvant.

 

Lorsqu’une mère de famille banlieusarde se découvre un cancer en phase quasi-terminale, elle décide de reprendre sa fin de vie en main…

D’emblée, dans son sujet et son rapport ténu à l’héroïne, The Big C rend perplexe, à la manière des prémices pessimistes de Breaking Bad qui depuis nous fascine à coup de grisaille et d’amertume. Mais Showtime n’est pas de celle à pondre des dramas d’envergure (ça demande trop de créativité). Au lieu d’une version rêvée du film sublime d’Isabel Coixet, My Life Without Me, la chaîne préfère cantonner son sujet au registre de la dramédie, plus simple d’accès et heureusement plus tendance, pour faire du pathos une boîte à (sou)rires.

 

Magistrale dans John Adams, l’actrice Laura Linney a voulu retenter l’essai télévisuel en s’auto-attribuant ce rôle lymphatique. L’actrice, à la filmographie pourtant chaotique, est de celles qui usent de leur fragilité apparente pour nous intercepter dans l’intimité, provoquer chez nous une vraie empathie mêlée d’inspiration.
Alors, pas étonnant que Laura dans la peau de Cathy, nous interpelle avec sa justesse, sa nuance et cette émotion subreptice. Laura Linney donne à cette nouvelle série son charme le plus authentique, sorte d’empreinte lisse chargée en émoi.


Mais cette maturité existentielle propre aux dramas spirituels de HBO et aux sujets tabous n’a pas encore son pendant humoristique sur Showtime et comme chacun de ses programmes incrédules, The Big C manque de modération et d’à propos. Tout ici est amplifié, conjugué à l’humour apathique pour déréaliser son sujet et verser dans la sympathique fresque ironique inconséquente.

Des personnages secondaires loufoques -du fils taquin au frère marginal en passant par l’élève obèse (Gabourey Sidibe, toujours mono-expressive), une trame narrative dénuée d’impact sur des dialogues indisciplinés : le portrait fait de cette banlieue ordinaire et de son héroïne, la chef de file de cet ordre gentiment malmené, est commun ; il séduit dans l’éphémère mais n’emballe pas, la faute aux tentatives de profondeur (comme cette scène finale presque réussie), souvent vaines, à ces envies foutraques restées lettre-morte.

 

The Big C mérite bien qu’on s’y arrête, qu’on l’ausculte encore quelques temps pour savourer la prestation parfaite de Laura Linney, pour repérer les alchimies naissantes et le bon casting (Liam Neeson et Cynthia Nixon débarquent bientôt). Mais le thème de « la mort, on s’en moque un peu, on s’en écarte par ironie » et son traitement par-dessus-la-jambe nous anesthésie.

6/10

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11.08.2010

Weeds (Saison 6) L’art déraisonné de la fuite

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En six années de deal, Weeds est devenue une série atypique, à la fois inaccessible et profondément dérangeante. Si cette année, l’accent est mis sur le renouveau et le tragique, le téléspectateur n’est pas dupe : la famille Botwin continue de se donner gentiment en spectacle. Un décalage un peu assommant.



Chaque année, c’est la même chose. La matriarche Botwin, forte de ses activités peu catholiques, se met dans un pétrin tel qu’elle fuit en courant, cheveux frisés au vent, adolescents sous le bras, avec le petit mot bien senti au coin des lèvres. Alors depuis quatre ans, la série n’a jamais réussi à créer une vraie stabilité de situation, et créneau désiré ou non, cette imperméabilité permanente a contribué à la déconstruction du mythe de Weeds.

Parce que la série n’a jamais été aussi bonne que durant la saison inaugurale, lorsque la drogue rimait avec banlieue et rumeurs de quartier. Il y avait quelque chose de profondément intéressant et conceptuel dans ce regard porté sur la drogue et sa consommation domestique par des foyers aux apparences proprettes, Breaking Bad et The Wire étant là pour assurer la représentation à des niveaux plus importants, aux enjeux plus conséquents. Mais Weeds s’est sentie investie d’une mission dramatique et depuis quatre ans, enchaîne les péripéties et les déconvenues.

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Cette année, après avoir pataugé dans l’univers mexicain, épousé du mafieux, fondé une famille recomposée, avec bébé bilingue à la clé, Nancy Botwin, ses enfants et fidèle Andy décident de quitter Ren Mar. Sur ce point, c’est un soulagement, l’univers frontalier commençait à faire suffoquer le téléspectateur et à tourner férocement en rond. Alors, pour la sixième saison, on parlerait encore volontiers de nouveau départ, d’intrigues refaites à neuf et d’esprit passé au karcher. Mais parce que Shane a tué de sang-froid la puissante Pilar, la famille est au tournant d’une tragédie nouvelle et inédite.

 

Fort de ce chamboulement malsain, on espérait alors un retour au calme dans l’univers foutraque de Weeds, une prise de conscience pour la matriarche délinquante, qui s’avère nécessaire depuis belle lurette. Mais cet épisode, avant tout transitionnel, ne semble pas diriger la série vers ce schéma de maturation. Au lieu de revoir ses intentions, Weeds conserve son apathie de façade, qui amuse certains et font râler les autres.

Avec quelques situations gentiment décalées (une prise d’otage avec Alanis Morissette, un plongeon près du cadavre de Pilar), Weeds essaie là de maintenir son humour et le caractère de ses personnages (mère débordée, ados blasés, oncle loyal). Mais parce que Shane vire dangereusement du côté de la psychopathie pure et simple (son regard indiscipliné est pétrifiant), parce que la tragédie a chez Weeds une teneur ironique, presque dérisoire, on se demande bien si la série n’est pas qu’une grosse supercherie, une fiction inconséquente et irréfléchie qui jamais ne prend la responsabilité de ses arcs.

 

Si la question est d’emblée posée par cet épisode grossièrement malavisé, seule la globalité de cette sixième saison diffusée pour les prochaines semaines d’Aout sur Showtime apportera une vraie réponse. Il en va en tout cas de l’intérêt premier de cette série entre-deux.

5/10

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07.07.2010

United States of Tara (Saison 2) Le traumatisme est ailleurs

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From This Day Forward – 2.12 (diffusé le 06.06.10)

Et si rien ne sera plus comme avant dans la vie des Gregson ? Avec ce final et son lot de révélations, United States of Tara explore le passé de notre héroïne tout en éradiquant le futur de sa sœur chérie. La conclusion est âpre, en forme de doléance mais apporte une once de compréhension à cet ensemble sériel bigarré.



D’abord dubitatif sur les fondements de la maladie de Tara, cette fin de seconde saison nous a rassuré. Finalement, l’explication faite fin de saison inaugurale n’avait été qu’une simple piste accessoire. Les vrais raisons touchées du doigt par Tara concernant son comportement multifacette ont été seulement abordés en seconde saison, alors évidemment, si l’impression que la première saison repose sur du vide est bien là, on pardonne facilement à ce personnage attachant, tellement désireux de comprendre de quoi il est fait.


Les évènements s’imbriquent toujours mal chez les Gregson. Comme pour cette journée post-tempête où un agent social débarque pour un contrôle parental, ce final allie révélations familiales et mariage de Charmaine. Celui-ci a des airs de tragédie annoncée et le dénouement dramatique n’a pas manqué. Charmaine, enceinte et abandonnée à l’autel, bouleverse le temps de deux scènes esseulées et d’un discours sur l’envie d’être autre, ou d’être simplement normale.
On pourrait même reprocher à Tara d’avoir saboté cette journée si spéciale pour sa sœur, Charmaine qui étant son soutien le plus indéfectible, le mérite à n’en pas douter. Mais Chicken émeut autant qu’elle effraie, ce nouveau alter de Tara est le symbole d’une enfance déchue.

 

Le mystère sur Tara et son enfance se dévoile prudemment, à mesure de quelques scènes indicatives. Tara et Charmaine et leur passage dans un foyer d’accueil, l’existence d’un demi-frère apparemment dangereux, les prémices d’explications sont là mais pourtant, rien n’a encore été vraiment révélé. Mais, quand Tara, effondrée, se console dans les bras des siens, la famille Gregson personnifie soutien et amour, dans une ambiance nuancée plutôt fidèlement retranscrite, on s’en contente, avec l’impression d’un épisode final simple et plutôt bien amené.



Avec cette fin de seconde saison, il semble que la direction explicative de la série soit enfin la bonne mais l’art du teasing aidant, le spectateur devra attendre le troisième chapitre pour sustenter son insatiable curiosité. Ce qui en soi, avec les interventions toujours impeccables de Marsh et Kate, la relation de Tara et Charmaine ou le rôle solide de Max, ne sera que des retrouvailles plaisantes.

8/10

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23.06.2010

Nurse Jackie (Saison 2) Diagnostic d’un chemin anticroix

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Years of Service – 2.12 (diffusé le 07.06.10) (finale)

Coup d’accélérateur soudain pour la mécanique globale de Nurse Jackie. Avant de passer la troisième, la série s’assure là d’une vraie évolution, à la Breaking Bad. Résultat : le niveau général passe d’un cran et le show se bonifie, fort d’une inattendue dramatisation.



Après une première saison sympathique, qui a su poser les bases de la série, entre art médical absurde et secrets d’un personnage central, la seconde saison de Nurse Jackie prend à bras le corps l’intrigue de son concept de départ. Malgré un début relativement complaisant, à travers lequel les auteurs se sont contentés de reprendre l’univers de la saison inaugurale, cette seconde saison n’a pas dégonflé à mesure des épisodes. Mieux, cette année, les scénaristes se sont amusés à faire tomber Jackie de son piédestal fait d’acquis et de confiance en soi pour finalement précipiter notre héroïne dans une impasse, un vrai-non retour qui nous rappellerait d’autres séries focalisées sur le secret du héros (Breaking Bad, Dexter). Parce que la vérité finit toujours rejaillir à la surface narrative, Walter White peut durement en témoigner.

 

Avec l’avant dernier épisode et à plus forte raison avec cet épisode conclusif, Jackie est dos au mur. Déjà, avec l’infirmier addict qui connaît sa tendance médicamenteuse forte et l’ex-amant qui revient dépité pour désarmer l’héroïne, Jackie avait commencé à goûter aux joies de l’existence compliquée. Mais trop sage, ce danger qui planait au dessus de la tête de l’infirmière laissait un goût faux-jeton dans la bouche.
Cet épisode final vient établir un contrecoup inattendu, en alarmant la meilleure amie O’Hara, (ainsi qu’un rescapé dealer mécontent) et le fidèle mari des mensonges et des cachotteries de Jackie. Scénaristiquement, l’intensité est au rendez-vous, le téléspectateur attendant le moment des révélations depuis le tout début, surtout lorsque la série se bâtit sur l’histoire d’un mensonge quotidien du héros.


Outre cette histoire principale qui prend un tournant dramatique essentiel, la série peaufine son ambiance loufoque, en misant comme à son habitude sur Zooey, qui découvre enfin l’amour public dans les bras de Lenny. Plus anecdotique, l’intrigue réservée à Gloria et au patient christique. Si l’attitude de la patronne est toujours impeccable, entre moue irrésistible et tendance cheftaine, cette parade accessoire n’avait pas le fond des storylines simplement décalées qui font la nuance et le charme de Nurse Jackie.

 

Si la seconde saison ne s’était pas finie sur une révélation de taille sur la vraie identité de notre héroïne, Nurse Jackie aurait cruellement perdu en intérêt, ayant plutôt standardisé en quelques épisodes son ton original et ses ambiances clinico-ironiques. Mais la série évolue, se frotte à des risques majeurs et nous interpelle alors de plus bel.

 

7/10

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01.02.2010

La La Land (Saison 1) Débandades et inepties à la Borat

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Pilot - 1.01 (diffusé le 25.01.10)

Pour 2010, Showtime adopte une nouvelle sorte de comédie. Avec La La Land, la chaîne à péage américaine se met à la mode Borat, en s’inspirant fortement du Da Ali G Show (du même Sasha Baron Cohen) et des séries anglaises satiriques de la trempe de Little Britain.


La La Land raconte l’arrivée de trois anglais à LA, tous incarnés par le performer Marc Woottom. Comme Toni Colette mais avec moins de classe, le comédien anglais donne vie à trois personnages à la personnalité opposée. Une sorte de parodie bêta de Michael Moore, Brendan Allen, un réalisateur de documentaire un peu altermondialiste qui manque de moyens.

Un faux médium travesti définitivement gay, Shirley Ghostman, que le comique incarnait déjà au théâtre. Et Gary Garner, un anglais vieux garçon qui veut percer dans le cinéma, convaincu par son talent, et poussé par sa mère, actrice porno, qui lui a confié vouloir le voir acteur avant de passer l’arme à gauche sur un lieu de tournage exhib’.


Ces trois excentricités vivantes débarquent ainsi à Los Angeles, prêtes à en découdre. D’emblée, il faut saluer la prestation de Marc Wootom, qui réussit à interpréter avec conviction et agacement ces trois héros antipathiques. Bien que courtes et saccadées, ces scènes où l’homme enchaîne les casquettes donnent fière allure au comédien qu’il est. Mais le scénariste qu’il est également est quant à lui très perfectible.

Parce qu’à la différence d’un Sasha davantage mesuré, la comédie mené par Wootom manque foncièrement de nuance. L’ensemble à l’ambition hautement sarcastique est délibérément bête et méchant. Les répliques volontairement idiotes sont seulement idiotes. L’ineptie n’est pas un crédo pour stigmatiser un comportement politique ou dénoncer socialement un mal actuel.


Contrairement à Borat ou même Brüno qui possèdent un fond, maigre mais existant, La La Land se contente de patauger gaiement dans la surenchère burlesque en se moquant des situations gênées. L’interlocuteur de Marc Wootom est voué à ne jamais tenir le beau rôle, pris en grippe, il est condamné à demeurer dans l’embarras et la frustration sans comprendre ce qui lui arrive.


25 minutes plus tard, les bases lancées, le pilot ne relève le niveau. La série préfère miser sur un genre cruel répétitif et acharné sans vouloir évoluer ou même apporter un peu de bon sens à cette mécanique scénaristique de la connerie assumée, un peu trop exploitée dernièrement.

4.5/10

 

30.01.2010

Secret Diary of a Call Girl (Saison 3) Belle, élue reine de la plume

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Episode 1 (diffusé le 27.01.10)

Hannah a fait publier son premier roman, Belle de Jour. Le succès est fulgurant, ce qui étonne la jeune femme. Mais Belle n’a pas fait une croix sur son choix de vie libertin. Ca tombe bien : son éditeur lui commande un second opus littéraire. Pour ça, Belle doit remettre le pied à l’étrier.

Episode 2 (diffusé le 27.01.10)

La vie schizophrénique d’Hannah, entre écriture et prostitution, est mise à mal lorsque sa très chère sœur débarque chez elle. Celle-ci découvre les accessoires coquins d’Hannah et reste dubitative. Hannah décide de lui faire croire qu’elle mène une vie coquine assumée. Et l’emmène dans un club échangiste.

 

Secret Diary of a Call Girl est l’une des séries protégées de Blabla-Séries. Parce que cette pépite anglaise, à la modernité du récit épatante et au ton unique affiché, réussit à tempérer et dynamiser un univers salace tout en étant très lucide sur la vie d’escort de luxe. Définitivement à l’image de Billie Piper, celle qui lui rend vie, SDoaCG est une série atypique et attachante. Et Dieu soit loué, elle est de retour.

 

Dans la saison 2, le tournant avait été mélodramatique. La vérité scabreuse avait finit par éclater aux yeux de l’amoureux éperdu. Hannah en avait payé le prix fort mais sans renoncer à son mode de vie dual et désiré.
Après un an et demi d’attente, Belle et Hannah reviennent à l’antenne. Prêtes à en découdre.

Les deux premiers épisodes de cette saison, sauvée par Showtime ou presque, confirment le trait dessiné par la seconde saison tout en allégeant le propos. Plus mature que la saison inaugurale mais actuellement moins tragique que la précédente, le mot d’ordre de cette année sera ambition et fidélité.
En effet, Hannah brille par son succès littéraire tout en gardant la cote auprès de ses clients privilégiés. Les aspirations de l’héroïne sont nouvelles et légitimes, Hannah grandit et rêve de plus. Mais la jeune femme consciente de ce qui a été son tremplin ne troque pas de mode de vie.

Résolument ironique et terre à terre, Hannah continue d’explorer sa réussite avec un détachement presque profond.

 

« The first thing you should know about me is that I’m a whore ».

Evoluée, la série n’en oublie pas ses premiers atouts. Le décor coquin de Belle, qui enchaîne les hommes et les anecdotes diverses et variées. Et les seconds rôles atypiques. Bambi, en tête, toujours aussi savoureuse dans les répliques et les situations.
La vie d’Hannah continue à être semée d’embûches. L’héroïne collectionne les bévues avec classe et ses poses toujours ironiques lui donnent fière allure. C’est encore le cas avec l’arrivée de sa sœur dans sa vie ou les représailles occasionnées par la sortie de son bouquin.

Toujours très courts, imposant alors une ligne narrative brève et survolée mais composée de situations piquantes, ces deux épisodes, guillerets et coquins, renouent avec l’esprit original de la série. Le ton donné est plus libre, sans retenue et dérisoire que jamais, ce qui sied follement à notre héroïne inaccessible.

8/10

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17.12.2009

Dexter (Saison 4) Foyer, enfants, meurtres. Does it take a village ?

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The Getaway – 4.12 (diffusé le 13.12.09)

Le combat final entre Dexter et Arthur est arrivé. Debra, quant à elle, découvre la vérité sur son frère.


Il est toujours ardu de critiquer un chapitre haletant d’une saison qui a frappé par son intensité.  D’autant qu’il se finit sur un cliffhanger de taille, un rebondissement émotionnel puissant qui met à mal le spectateur dans sa quête d’équilibre étroit dans une série qui ne s’en soucie guère.

Les 50 minutes conclusives d’une traque humaine vigoureuse étalée sur douze semaines se devaient d’être à la hauteur du spectacle haletant et fort de cette saison. Mais en dent de scie, l’épisode a fait la part belle à la mollesse et à une certaine complaisance de dénouement. Comme tout season final de Dexter qui respecte son code, l’épisode prend l’arc par les rennes, monte le ton crescendo et offre une scène d’action finale à l’emporte pièce. Frustration mêlée d’inquiétude, le spectateur reste sur sa faim, malgré un spectacle sanglant et manichéen qui donne le tournis.

Mais dans cette quatrième saison, où l’intensité a rivalisé de pics record, le sentiment de vertige a été plus que jamais exploité. Une première partie moins rythmée plus tard, l’épisode s’achève sur une seconde bien plus spirituelle (la mise à mort décorée de Trinity) et sombre.
Son paroxysme évident est la scène finale de cet épisode final, où Dexter découvre sa femme assassinée. Y avait-il moins inattendu ? Y avait-il meilleur sujet à évolution pour un héros en crise existentielle ? Le doute n’est pas permis.

Les auteurs de Dexter ont rarement eu autant raison et ont su amener leur bouleversement avec une rare mesure, une rare intelligence d’écriture.  Une rare horreur, également.
Et même si la scène, à la mise en scène personnelle –un parallèle parfait avec l’histoire du héros- émouvra et choquera foncièrement le spectateur shipper, celle-ci sera avant tout un passage brillant, qui permettra à la série d’exposer encore une fois sa pièce maîtresse sous un autre angle.

Plus d’analyse dans le bilan à venir, très bientôt.

(9/10)

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19.10.2009

Californication (Saison 3) Sans Karen, Hank Moody rempile

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The Land of Rape and Honey – 3.02 (diffusé le 27.09.09)

Hank Moody débute sa carrière d’universitaire. Il se contente alors de poser ses chaussures sur la table, écouter quelques récits, notamment celui de Chris Smith, en intervenant, toujours à côté. Charlie persiste dans sa reconquête de Marcy, mais tombe des nues lorsqu’il apprend l’existence d’un nouveau petit-ami. Qui partage avec la jeune femme des fantasmes bien à part.

Ed Westwick a pose ses valises dans le bureau de Moody, désormais professeur. La série souvent critiquée pour son manque d’évolution semble avoir vu juste en initiant l’écrivain maudit aux joies universitaires. Pas sûr que le quadra soit un bon enseignant : à l’exception de quelques joutes apolitiques, Hank Moody ne nous a jamais ébloui de son savoir littéraire, encore moins intellectuel, mais il demeure un certain attrait à contempler un looser accro à la fumette déambuler dans les couloirs d’une faculté.

Et comme Hank Moody est le candidat rêvé pour incarner l’enseignant désiré par son corps d’élèves (sic), c’est là qu’Ed entre en jeu. Chuck (Gossip Girl) délaisse donc un temps sa contrée natale (Madison Avenue) pour imiter son camarade de jeu, Dan, supposé écrivain. Mais dans son déménagement le jeune homme a également viré gay, on se demande alors s’il n’a pas non plus emprunté les traits d’Eric Van Der Woodsen.

En tout cas, Ed, Chris ou Chuck sont convaincant en amoureux transi de Twilight et Moody et cette direction vers une réflexion sur l’homosexualité amorcée par Charlie est de bon augure. Charlie d’ailleurs, est un bien meilleur sidekick que character. Faire-valoir ou presque d’Hank, le personnage s’en tire avec de l’esprit et de l’humour. En mari de Marcy, le propos est déjà plus compliqué. Tiré par les cheveux, sexuellement inepte, et toujours à côté.
Mais la soudaine rébellion de Becca, qui meurtrit un père trop aimant, sauve le tout du misérabilisme sexuel où viol et miel s’entremêlent. C’est déjà ça de pris.

(7/10)

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26.08.2009

Dexter - Saison 3 - Critiques

Douche froide pour la série so calor de Showtime.

Entre désir familial incongru (Dexter est typiquement le genre de personnages censé ne jamais évoluer) et amitié bête et méchante frôlant l'ambigû, Dexter n'échappe pas au syndrôme de la médiocre saison 3, bâclée et infidèle à l'esprit du show. Esprit ici, crucifié sur l'autel du happy end et du bon sentiment facile, à défaut d'être cisaillé par le scalpel de rigueur.


Inégal, complaisant et souvent creux, Dexter peut donc se vanter d'être la déception de l'année. Et Reine Debra Morgan n'a rien pu faire.


Our Father (3.01) Voilà le retour du serial killer prodigue. Retrouver l’ambiance calor de Miami, ses couleurs vives, sa galerie de personnages tous si appuyés était sans conteste un excellente chose. Un épisode qui débute doucement, met en place de nouveaux enjeux et de nouvelles histoires. Du côté de l’arc de saison, cela va être difficile de faire plus palpitant que la saison passée, mais Dexter est full of ressources, il y a de l’espoir.

(6/10)

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Finding Freebo (3.02) On a beau vouloir se réjouir du retour de Dexter, difficile de se satisfaire de l’arc Freebo. On pressent des enjeux plus dramatiques inhérents à cette histoire mais en l’état, le fil n’est pas aussi prenant que ceux déployés pour les saisons précédentes. On aime encore et toujours, mentalité inébranlable de fans, pour les personnages et les dynamiques entre eux, mais où est passé le rassasiement obscur ?

(5/10)

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The Lion Sleeps Tonight (3.03) Il manque à ce nouveau chapitre la tension et la nervosité d’un Dexter électrisant, le serial killer justicier de la nuit mais ami de tous patauge dans l’eau chaude de Miami.
OK : Dexter-Daddy, nouveaux enjeux, nouveaux discours torturés sur son rôle, mais la série est incapable d’en créer un nouvel intérêt. Le fan n’a plus qu’à se contenter des personnages secondaires, et avec une Tante Debbie simplement royale, il en a un peu pour son compte.

(5/10)

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