26.09.2011

Weeds (Saison 7) New-York et rédemption

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Il  y a bien des choses que l’on pourrait reprocher à Weeds, la série foutraque de Showtime qui enchaîne les scènes désolantes sur fond de répliques brillantes, mais certainement pas sa constante évolution et sa manière à rebondir avec génie. Cette septième saison confirme l’art de Jenji Kohan de faire rimer drogues et farfelu, toujours de façon si unique.

 

 

Weeds n’a pas toujours été une bonne série, qui assume ses décisions, fait de ses personnages des éléments de cohérence et d’identité. Mais la dramédie est devenue si confortable, si symbolique qu’on se demanderait presque si Weeds n’est pas la série la plus phare de Showtime.

Trois ans se sont écoulés depuis le season finale de l’an passé. Trois longues années pour Nancy Botwin qui s’est vue mettre derrière les barreaux, lui court-circuitant l’accès au petit-business vert et à ses énormes gobelets de soda. La série reprend d’un geste, sans trop prévenir le téléspectateur des des bourrasques de changements. Nancy, en prison, amourachée non d’un maton, mais de sa compagnonne de cellule, une russe pyromane transie d’amour pour la belle brune. Le lesbianisme revient en force pour la chaîne à l’étiquette gay-friendly et rappelle d’ailleurs les penchants homosexuels d’Isabelle, la fille d’Helia, qui manque beaucoup.

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De leur côté, les mâles Botwin ont réalisé leur projet : s’installer au Danemark. Silas est devenu pseudo-mannequin pour des campagnes évènementielles, Shane, un amant d’une danoise quadra passionnée par les marionnettes. Quant à Doug et Andy, leur duo reprend de la force comique, en se laissant vivre selon le train de vie local, entre péripéties bromance et fumette.

Evidemment, la famille est ce qu’il y a de plus primordial dans Weeds. Et lorsque Nancy réussit à sortir du trou, coup majestueux des scénaristes laissant croire la mort d’Esteban Reyes entre deux unités carcérales, toute la bande Botwin revient aux Etats-Unis pour reprendre leur petite affaire (impératif de Nancy pour récupérer la garde de son bébé, placé entre les mains d’une sœur épouvantable (Jennifer Jason Leigh)). Et c’est à New-York que Nancy s’implante, d’abord dans un foyer de transition étroitement surveillé, et donc à New-York que débarquera  la joyeuse troupe.

Il est toujours bon de changer d’air. Weeds le sait, elle est la série qui en format vingt-huit minutes à le plus écumer de paysages et de destinations. Mais New-York est une décision judicieuse pour la série, le décor urbain de la ville, le loft désaffecté, l’ambiance fashion et trahison, en bref, son potentiel fantaisiste lui sied au teint, comme à celui de Nancy.

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Avec la même dextérité, le même effort, la même concentration pour se sortir des situations les plus ténues, Jenji Kohan et sa clique d’auteurs parviennent à donner à Weeds ce même air candide des débuts, malgré les difficultés et les coups du sort. Cette année, outre la dangereuse pyromane et la surveillance du système judiciaire sur Nancy, ce sont des étudiants dealers de marijuana (dont la boss n’est autre que la délicieuse Michelle Trachtenberg), un flic rustre dont s’entiche Shane,  un CEO mal intentionné que devront tromper la famille Botwin.

Mais malgré ces trop nombreux enjeux,  la série n’en perd pas son naturel et son mordant. Un épisode « retour aux fondamentaux » dans la campagne en compagnie de Heylia et même de Dean vient satisfaire les plus mélancoliques. Et les personnages qui depuis longtemps ont gagné en lisibilité, Nancy et Andy en tête, gardent une part de fraîcheur et de charisme, de génie verbeux et de tragédie gestuelle, qui donne beaucoup au programme.

 

 

Enième saison réussie pour Weeds qui s’installe à New-York et ainsi prouve son art de se réinventer constamment. Intrigues juteuses et quotidien décalé, manque de sérieux et instants profonds, les affaires des Botwin continuent de nous amadouer, de concilier les paradoxes, malgré l’agitation hystérique dont Weeds sort toujours plus victorieuse.

8/10

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16.03.2011

The Real L Word VS The L Word - Une communauté qui convainc

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Les fans de la feue The L Word, annulée violemment il y a deux ans et amèrement regrettée depuis la fausse bonne nouvelle d’un spin-off mort-né centré sur le personnage d’Alice Pieszecki (peut-être le personnage le plus mignon du monde) se sont légèrement consolés depuis quelques mois avec le lancement de la télé-réalité, The Real L Word. Comme son nom l’indique, une émission sur Bette, Shane, Tina, Jenny plus vraies que nature, ou presque. Petite étude comparée.

 

Entre The L Word et The Real L Word, l’indice incontournable : la lesbienne dynamique enracinée à L.A,  LA ville qui est à la communauté lesbo, ce qu’est San Francisco aux artistes en crise. C’est désormais notoire, The L Word a posé la représentation médiatique de la femme gay comme aucun autre contenu, les témoignages des lesbiennes du monde entier allant en ce sens.

Si l’on regrettait parfois que The L Word enrubanne un peu trop joliment ces figures lesbiennes, toutes apprêtées, spirituelle et attirantes (où est-il le cambouis ?) sous des décors ensoleillés et frivoles de Los Angeles, on en aura appris des choses sur le mode de vie de la lesbienne ; rien qu’en terme de terminologie et de catégories (dyke ou butch, femme ou lipstick) et le fameux u-haul, notion qui en dit long sur le comportement de la femme qui en aime d’autres. Sans parler de toute la toile intellectuelle, artistique, culturelle que la série intelligente de Showtime aura su habilement tisser autour de la très pensante Betty (galeriste puis doyenne), de la coriace journaliste Alice et même de la tartignole Jenny, qui sous ses airs d’écrivaine imbue et imbuvable, avait quelques réflexions bien senties dans sa (jolie) caboche.

 

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The L Word se sera donc montrée comme une série infaillible, à l’exception d’une terriblement médiocre saison 5, symptôme d’un manque d’inspiration tenace après quatre ans de fil-rouge feuilletonnant maîtrisé et férocement précurseur (les coucheries entre filles bien sûr, mais aussi le cancer (le décès impitoyable de Dana), le rapport à la provocation et à la censure, la crise idéologique générique, l’argent). Et c’était bien dans cet ordre d’idée que l’on attendait des créateurs de The L Word une tv-real tout aussi symbolique et subtile. Présentée comme une version réaliste de la série, on espérait ainsi un programme à la fois social et foutraque, comme une récré pas si imbécile digne d’Helena Peabody.


 

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Sur les huit épisodes de The Real L Word, six lesbiennes phares, toutes emblématiques d’une certaine catégorie de lesbienne à LA. Mikey, la lesbienne carriériste, la butch aux airs de motarde tatouée un brin romantique, Rose, la bossy attirée par les jeunes plantes soumises (et attachantes, Natalie), Whitney, la Shane du groupe (option dreadlocks), autrement dit, la coureuse de jupons, Jill & Niki, le couple gay au regard hétéro-normatif bientôt mariées, et Tracy, le mannequin incomprise par sa famille, en ménage avec une maman débordée mais humoriste. De ces personnalités en avant, peu de clichés sur le papier, et beaucoup de singularités affriolantes.

Très vite, on s’attache aux candidates, à leurs modes de vie, à leurs différences, à leurs vices assumés, ceux de Whitney qui assume sa gourmandise féminine, telle une Shane en dreadlocks, au paysage de L.A qui rappelle le décor de la série originale, aux coming-out délicats. Comme toute émission de télé-réalité, The Real L Word insiste lourdement sur certains traits caricaturaux injectés dans les relations entre les candidates, fort d’un montage saccadé et d’ellipses bien étudiées. A l’image de Rose, la lesbienne habituée aux mensonges, aux tromperies et à la cruauté psychologique que l’on adore détester ou Whitney que l’on veut soutenir contre l’avis général. Chacune d’elles représente l’archétype d’une lesbienne sans réelle nuance mais qui évolue dans un quotidien montrée sans fausse timidité.

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Mais dans The Real L Word,  le trait volontairement grossi –comme cet épisode de paint-ball ou le week-end Dinah Shore, sorte de réunion gigantesque de lesbiennes prêtes à profondément fricoter- prend rapidement la forme d’un plaisir coupable chez le téléspectateur, qui alors redemande plus et plus encore en spectacle manichéen fait de situations théâtrales et de punchlines foncièrement méchantes et injustes, sensationnelles et fascinantes, en mot, digne d’un lesbianisme hautement mis en scène.

 

Face à l'indétrônable The L Word, The Real L Word échoue dans son traitement de la vie homosexuelle au quotidien, préférant consacrer ses héroïnes représentatives telles des figures endiablées, des sous-genres, des emblèmes fictifs à propos, mais le programme traite avec largeur des facettes multicartes du lesbianisme à L.A, avec humour, « trashitude », émotion et un brin de véracité parfois, dans les relations familiales, ou les interviews face caméra. En somme, The Real L Word est un condensé d’ingrédients qui a fait recette depuis Big Brother, mais sous un angle libéral peut-être communautariste, rendant hommage à la série culte d’Ilene Chaiken. Décidément, on les adore, les lesbiennes.

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09.03.2011

Episodes (Saison 1) La fausse vraie vie de Matt LeBlanc

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Pour son retour à la télévision, sept ans après la révérence de Friends sur NBC, le créateur comique, David Crane rempile avec l’un des acteurs phares de la série new-yorkaise. Dommage, ce n’est que Matt Le Blanc, le moins amusant de la bande du Central Perk. Pour autant, Episodes engendrerait-il une réussite cynique dans la lignée de The Comeback, un vrai comeback faussement raté de Lisa Kudrow qui a séduit tout le monde ... sauf HBO ?

 

 

En inaugurant la case de la comédie à single camera, encore inédite sur Showtime abonnée aux dramédies inoffensives, Episodes suscitait les attentes. En tête, découvrir un grisonnant Matt Le Blanc, de retour et prêt à en découdre et se ravir d’un nouveau concept abyssal ou presque qui sur le papier frise l’insolent en s’attaquant comme il faut à l’industrie hollywoodienne.

Si le concept d'Episodes était donc alléchant, et l’histoire, encore plus : deux scénaristes en chef gentiment décalés et caustiques, en un mot, foncièrement anglais, d’un show U.K de renom se voient de force embarqués dans une aventure sérielle américanisée et un brin dictée (notamment par l’embauche de Matt LeBlanc dans le rôle-titre) pour un remake U.S-, Episodes se dévoile avec déception, faute d’intrigues d’envergure visant à parodier les remakes navrants.

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En voulant se moquer de la loi du remake qui s’abat paresseusement sur le tout-Hollywood, la série a vu juste. Puisqu’entre les séries étrangères adaptées au plan près (Skins, Shameless), les films de genre asiatiques ou ibériques, les productions américaines lorgnent effectivement plus du côté du papier calque à modèle grossier que de l’inventivité pure.  Mais la première saison d'Episodes en surlignant la contrefaçon sérielle se vautrent gaiement dans la caricature.

Le problème d’Episodes, ce sont ses protagonistes mal esquissés et déjà irritants. Du côté des méchants de symboles de l’entertainment creux, mis en images sans subtilité ou attrait, un John Pankow en directeur de chaîne hypocrite et grossièrement vile (il trompe sa femme aveugle), comme du côté des victimes créatives, l’héroïne scénariste, Tamsing Greig est un cliché de l’anglaise dédaigneuse et sèche, les personnages excèdent à coup de répliques excessives ou moralistes et bien rangées.

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Si Episodes manque de finesse (ou d’originalité) pour s’exécuter dans la parodie bien avisée, demeure de jolis personnages secondaires (en directrice des programmes, Daisy Haggard, une potiche qui s’assume), malheureusement sous-exploités et cette envie louable de se moquer de l’univers télé les pieds enracinés à L.A. L’ambiance légère, anecdotique mais rythmée permet ainsi à Episodes d’attirer à chaque nouvel épisode, mais sans jamais nous duper. Puisqu’Entourage et The Comeback ont depuis longtemps percé les mystères ironiques de l’industrie paillettes, Episodes, lui, se contente de brasser de l’air sans conviction.

 

En ces temps de remakes mornes,  jouer les séries perturbatrices , c’est de bonne guerre. Mais le ton d’Episodes, sympathique mais jamais engageant, ni irrévérencieux, la condamne à une simple façade cynique et poseuse, qui ne se moque de peu sinon d’elle-même.

5.5/10

 

28.02.2011

United States of Tara (Saison 2) Le traumatisme est ailleurs

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From This Day Forward – 2.12 (diffusé le 06.06.10)

Et si rien ne sera plus comme avant dans la vie des Gregson ? Avec ce final et son lot de révélations, United States of Tara explore le passé de notre héroïne tout en éradiquant le futur de sa sœur chérie. La conclusion est âpre, en forme de doléance mais apporte une once de compréhension à cet ensemble sériel bigarré.



D’abord dubitatif sur les fondements de la maladie de Tara, cette fin de seconde saison nous a rassuré. Finalement, l’explication faite fin de saison inaugurale n’avait été qu’une simple piste accessoire. Les vrais raisons touchées du doigt par Tara concernant son comportement multifacette ont été seulement abordés en seconde saison, alors évidemment, si l’impression que la première saison repose sur du vide est bien là, on pardonne facilement à ce personnage attachant, tellement désireux de comprendre de quoi il est fait.


Les évènements s’imbriquent toujours mal chez les Gregson. Comme pour cette journée post-tempête où un agent social débarque pour un contrôle parental, ce final allie révélations familiales et mariage de Charmaine. Celui-ci a des airs de tragédie annoncée et le dénouement dramatique n’a pas manqué. Charmaine, enceinte et abandonnée à l’autel, bouleverse le temps de deux scènes esseulées et d’un discours sur l’envie d’être autre, ou d’être simplement normale.
On pourrait même reprocher à Tara d’avoir saboté cette journée si spéciale pour sa sœur, Charmaine qui étant son soutien le plus indéfectible, le mérite à n’en pas douter. Mais Chicken émeut autant qu’elle effraie, ce nouveau alter de Tara est le symbole d’une enfance déchue.

 

Le mystère sur Tara et son enfance se dévoile prudemment, à mesure de quelques scènes indicatives. Tara et Charmaine et leur passage dans un foyer d’accueil, l’existence d’un demi-frère apparemment dangereux, les prémices d’explications sont là mais pourtant, rien n’a encore été vraiment révélé. Mais, quand Tara, effondrée, se console dans les bras des siens, la famille Gregson personnifie soutien et amour, dans une ambiance nuancée plutôt fidèlement retranscrite, on s’en contente, avec l’impression d’un épisode final simple et plutôt bien amené.



Avec cette fin de seconde saison, il semble que la direction explicative de la série soit enfin la bonne mais l’art du teasing aidant, le spectateur devra attendre le troisième chapitre pour sustenter son insatiable curiosité. Ce qui en soi, avec les interventions toujours impeccables de Marsh et Kate, la relation de Tara et Charmaine ou le rôle solide de Max, ne sera que des retrouvailles plaisantes.

8/10

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18.01.2011

Secret Diary of a Call Girl (Saison 3) Belle, élue reine de la plume

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Secret Diary of a Call Girl est l’une des séries protégées de Blabla-Séries. Parce que cette pépite anglaise, à la modernité du récit épatante et au ton unique affiché, réussit à tempérer et dynamiser un univers salace tout en étant très lucide sur la vie d’escort de luxe. Définitivement à l’image de Billie Piper, celle qui lui rend vie, SDoaCG est une série atypique et attachante. Et Dieu soit loué, elle est de retour.

 

Dans la saison 2, le tournant avait été mélodramatique. La vérité scabreuse avait finit par éclater aux yeux de l’amoureux éperdu. Hannah en avait payé le prix fort mais sans renoncer à son mode de vie dual et désiré. Après un an et demi d’attente, Belle et Hannah reviennent à l’antenne. Prêtes à en découdre.

Cette saison, sauvée par Showtime ou presque, confirme le trait dessiné par la seconde saison tout en allégeant le propos. Plus mature que la saison inaugurale mais moins tragique que la précédente, le mot d’ordre de cette année sera ambition et fidélité. 


En effet, Hannah brille par son succès littéraire tout en gardant la cote auprès de ses clients privilégiés. Les aspirations de l’héroïne sont nouvelles et légitimes, Hannah grandit et rêve de plus. Mais la jeune femme consciente de ce qui a été son tremplin ne troque pas de mode de vie.

Résolument ironique et terre à terre, Hannah continue d’explorer sa réussite avec un détachement presque profond.

 

« The first thing you should know about me is that I’m a whore ».

Evoluée, la série n’en oublie pas ses premiers atouts. Le décor coquin de Belle, qui enchaîne les hommes et les anecdotes diverses et variées. Et les seconds rôles atypiques. Bambi, en tête, toujours aussi savoureuse dans les répliques et les situations.
La vie d’Hannah continue à être semée d’embûches. L’héroïne collectionne les bévues avec classe et ses poses toujours ironiques lui donnent fière allure. C’est encore le cas avec l’arrivée de sa sœur dans sa vie ou les représailles occasionnées par la sortie de son bouquin.

 

Toujours très courte, imposant alors une ligne narrative brève et survolée mais composée de situations piquantes, la troisième saison guillerete et coquine, renoue avec l’esprit original de la série. Le ton donné est plus libre, sans retenue et dérisoire que jamais, ce qui sied follement à notre héroïne libertine et cynique.

8/10

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12.01.2011

Shameless (Saison 1) La crasse, c’est de famille

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D’un côté, il y a les nombreux amateurs de trasheries juvéniles, attendant impatiemment la redite par la reine du clip, MTV. De l’autre, un petit groupe ayant adoré les frasques déglinguées de la famille Gallagher. Entre Skins et Shameless, rien en commun, si ce n’est ce ton férocement décomplexé qui a fédéré les férus de bloody hell et l’annonce d’un remake impactant. Alors à l’aube de leur diffusion, le public américain s’en pourléchait les babines, à la manière d’un The Office jadis. Et avec le début de Shameless dimanche dernier, les foyers US ont eu raison de croire en leur salive.

 


On en parlait depuis des lustres, la série culte anglaise, Shameless, allait être adaptée. Showtime, la chaîne qui s’associe déjà avec des homologues anglais pour la production d’une grille moderne (Secret Diary of a Call Girl), remet le couvert du remake, comme à l’époque des gays de Pittsburgh. Avec Shameless, Showtime ne quitte pas sa ligne de prédilection, à savoir le sacrosaint sujet familial, mais en montrant à tous qu’elle ne compte plus seulement sur ses succès (Dexter, Weeds, Californication) qui aujourd’hui prennent un peu la poussière.

Loi du remake oblige, Shameless U.S reprend les pistes narratives et les codes de la série anglaise. Un clan dysfonctionnel, les Gallagher, qui agite son monde foutraque aux yeux des autres, non plus à Manchester, mais à Chicago, la ville du sans foi ni loi. Un chef de tribu malade (William H. Macy), qui vit collé à la bouteille, une mère partie, et de nombreux marmots (Ian, Liam, Carl, Debbie, et Lip) qui ne peuvent compter que sur Fiona, l’aînée responsable du clan, pour vivre leur enfance bancale.

 

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Moins de voix-off que dans la série originale, ni de plans saccadés, le Shameless américain essuie avec brio le risque de l’adaptation sans âme, en conservant toutefois une identité de fond qui sied à l’univers de Paul Abbott, le créateur. Pas étonnant puisque John Wells (The West Wing) assure l’adaptation outre-atlantique. Pour autant, le style visuel plus lissé et le fond moins arraché du remake ne donne pas l’impression d’une redite sans goût, comme de coutume avec les maudites habitudes U.S.

Outre une étude comparative, pertinente ou non, qui donnerait probablement quelques points au remake 2011, la série de Showtime force déjà la satisfaction. De ce clan à la fois désoeuvré et  funky, une vraie énergie d’ensemble, servie par un humour relevé sur fond scénaristique sans ombre au tableau. Le début de la série a beau imiter l’originale, à la situation près, Shameless US emporte la conviction, avant tout grâce à ses personnages, bien adaptés (William H. Macy en ivrogne déculpabilisé et Emmy Rossum en chef de rang) et attirants dans leur histoire respective.

Des pistes vulgaires (des adolescentes nympho, des revues pornos et une maison en ruine) pour calibrer son sujet, et copiner avec la très bonne Raising Hope dans un registre du clinquant grossier, Shameless U.S s’avère tout aussi convaincant, comme le traitement de l'histoire homosexuelle, (l'un des cadets de la tribu couche secrètement avec son patron épicier), et cette histoire d’amour, forcément, entre l’héroïne aînée et un beau premier, qui pourtant nous soulage lorsqu’il quitte son costume fringuant pour finir voleur de voitures assuré.

 


Pas d’ennui donc devant Shameless U.S, mais une bonne humeur grandissante et un attachement rapide. En définitive, une belle promesse pour les dimanches de Showtime qui enfin commence à remédier au cas terrible de Hank Moody.

7/10

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21.11.2010

Weeds (Saison 6) L’art de la fuite et du sacrifice maternel

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Bilan de saison.

Sacrée Nancy Botwin. La matriarche dealeuse que l’on croyait finie, tout juste bonne à épousailler de dangereux gaillards légèrement psychotiques et à garder son allure narquoise, soda à la main, dans les situations les plus insurmontables nous a finalement pris de court, en retrouvant son ancien rôle fascinant. Retour sur cette sixième saison inédite et maîtrisée, ayant amené la série et son concept sur des sentiers jamais arpentés auparavant. On peut dire qu’elle aura été belle la fuite délinquante.

 

Après quatre saisons en dents de scie, chacune apportant son lot de désillusions, d’incohérences et de situations poussives au mythe mis à mal de Weeds, Jenji Kohan et son équipe d’auteurs acharnés viennent tout juste de mettre fin à toute une épopée dérangeante et foutraque, qui sur le fond, n’avait aucun intérêt, si ce n’était de mettre en mettre en spectacle une clique de héros perdus tel des animaux de foire confus. Ce sixième chapitre de Weeds pourrait bien être le plus réussi de la saga hippie, juste après un volet inaugural impeccable.

Tout s’est assombri très vite dans la vie des Botwin, mariage avec un agent de la DEA, traques mafieuses, gangs revanchards aux fesses, voisine plus qu’intrusive. Et pourtant, le sentiment de péril n’a jamais été aussi juste et prenant qu’aux prémisses de cette saison. La série aurait pu faire comme elle s’est toujours amusée à entretenir : nous racoler à coup de propos gentiment désillusionnés et absolument inconséquents dans un décor tragique plombant le paysage familial. Mais cette année, la rupture avec le faussement inquiétant s’est enfin opérée. Comme ce changement d’identité efficace pour l’emperruquée Nancy et sa famille, cette saison s’est voulue bien plus libératrice et dense, mêlant à la fois des histoires de pure comédie et des intrigues d’une rare émotion.

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La fuite d’une famille recherchée pour meurtre aura été l’élément déclencheur à la base du changement de registre pour la série. Traversant les Etats-Unis dans une voiture, puis dans un camping-car, la série a montré patte blanche, en vue de l’unité famille soudée de nouveau et de l’esprit retrouvé du show. Le point de départ du renouveau ? Cette halte jubilatoire dans un hôtel où chaque membre de la famille Botwin y a trouvé son compte, entre tâches ménagères, lectures érotiques, révélation culinaire sur fond récurrent de trafic secret. Le clan Botwin a forcé le changement, à raison.

Pour autant, Weeds n’a, à aucun moment, posé ses valises. Des épisodes road trip, une visite de courtoisie, une virée dans une ville fantôme où l’américain paumé vit sans broncher, une intrigue-kidnapping caustique, une reconversion au christianisme puis le retour aux sources, dans la ville natale de Nancy, et le début des nombreuses révélations familiales.

Le catalogue établi par les auteurs n’a jamais été aussi farfelu et pertinent, comme ancré dans le mythe vrai de la série. Weeds a ainsi retrouvé un équilibre parfait entre la comédie caustique au cœur de son concept, dans son dysfonctionnement, ses mœurs en vrac et sa vision du monde, et la tragédie familiale, traquée par un passé coriace et nocif. Malgré les erreurs et les déboires, ou le danger qui assène, la série, comme ce noyau familial, toujours plus solidaire et touchant dans les épreuves, a fait face à l’adversité avec une force narrative et une ironie jouissive. Et a ainsi pu retrouver une sincérité de ton globale : entre Nanc’ et Andy, entre la mère et ses rejetons, et Shane surtout, qui quitte enfin son déguisement enflé de psychopathe.

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Pour parachever cette fresque routière et spirituelle dans la même intensité, la saison s’est finie en beauté, et toujours en roue libre, sur le sacrifice de la matriarche pour le bien-être de ses fils, malgré la peur de la mort dans ses pupilles humides. Elle que l’on pensait mère indigne nous a comme coupé le souffle.

 

En un mot, une saison réfléchie et oxygénée, qui a balayé d’un revers de la manche tout ce qui dans le passé avait pu faire défaut à Weeds et ses intrigues. En un mot, une rééducation proche de la perfection musculaire.

8/10

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03.10.2010

Dexter (Saison 5) Quand l’oraison funèbre sonne le glas du secret

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La mort de Rita, la gentille et jolie épouse de Dexter, est dans tous les esprits. Au moins de ceux qui n’ont pas enchaîné avec la fin de Grey’s Anatomy, autrement surprenante. Manière de boucler la boucle, anéantir les rituels de Dexter, sa logique meurtrière, la quatrième saison s’était achevée dans l’effroi le plus total, poils hérissés, torpeur faciale et lourdes afflictions psychiques pour le public. La reprise de Dexter a-t-elle su être à la hauteur d’un tel chaos sériel ?

 

Après ce monstre cliffhanger, les fans de Dexter, et forcément admirateurs de la douce et innocente Rita, ont rivalisé de superlatifs pour évoquer cette impeccable quatrième saison (bilan, à lire ici). Un terreau formidable mais risqué pour une saison qui s’annonçait d’emblée compliquée, entre deuil d’un serial killer insensible, perte des repères et reprise des formules meurtrières.

Mais le début de cette saison est parvenu à créer une transition parfaite entre cet épisode sanguinaire final et ce renouveau. En choisissant de reprendre l’histoire pile là où elle s’était achevée sous nos yeux ébahis l’an passé, la série a choisi le parti-pris de la cohérence. Bien malgré nos traumatismes, on retrouve ainsi cette salle de bains, scène morbide impeccable, dans laquelle Rita gît sans vie dans une baignoire tandis qu’Harrison pleure dans le sang de sa mère, à l’image du père meurtrier, trente ans plus tôt.

 

De cette situation hautement ignoble jusqu’aux funérailles finales, Dexter affiche cette mine décomposée. Sans effusion lacrymale, ou simple moment de tristesse, que le psychopathe qualifierait d’humain, Dexter est fidèle au personnage qu’on connaît et qu’il dissimule aux autres : cet être impassible et indolent. Quitte à le rendre suspect aux yeux de quelques uns, notamment de Quinn, bien décidé à mettre son grain de sel dans l’enquête du FBI (on espère une suite à cette histoire menaçant directement le secret du héros tueur).

Pour autant, malgré l’apparent détachement de Dexter, mais bien anéanti, l’épisode a su habilement mettre en place une ambiance tragique et émouvante, sujette à investissement pour le spectateur. Dexter se déresponsabilisant, évitant heureusement les questionnements que l’on attendait trop, le spectateur injecte également sa propre empathie dans cette perte, à l’image même de la mécanique secrète de la série. A l’annonce de la triste nouvelle aux enfants de Rita par Dexter, il y a une prise en charge émotionnelle de la part du spectateur, informé de l’assassinat et des raisons au cœur de la culpabilité de Dexter. Avec d’autres scènes tout aussi poignantes (le soutien sans borne d’une Debra forte et fragile à la fois, le flashback rencontre entre Dexter et Rita, ou la scène du déversement de colère du veuf), ce season premiere n’a pas démérité, en offrant un regard sur le deuil typique du héros sans émotion –apparente.

 

La reprise veuve de Dexter s’est faite avec une maîtrise scénaristique et une solidité des personnages (Dexter et Debra, toujours aussi sublimes) caractéristiques de la série. A l’image du héros : sobre mais bouleversant.

8/10

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31.08.2010

Dexter (Bilan) De l’art terrifié d’être un père de famille meurtrier

Saison 4 – Critique

L’an passé, la série nous avait offert un break intellectuel en faisant n’importe quoi avec le concept papier du serial killer fréquentable, et s’était achevée sur un mariage heureux. Cette année, la série nous a cogné douze semaines et s’est finie brutalement. Sur une touche de noirceur macabre, le leitmotiv plastique de cette saison.

 


Famille ou Scalpel ?

Plus qu’une page qui se tourne avec la fin de cette quatrième saison. C’est un rituel anéanti. Une existence choisie qui résonne comme un échec pour un héros malmené dans ses conceptions multicartes.

En respectant les propres lois de son héros sociopathe, la série impose une logique jusqu’au-boutiste, effrénée et puissante. Comme un code en péril, elle ne se contente plus de placer Dexter sur la corde raide pour l’en sauver in extremis. Avec cette saison, la série confronte son héros à ses propres erreurs, ses propres choix. Par l’entremise de Trinity dont l’effet impactant n’a jamais été aussi important dans le psyché de Dexter.

Alors père de famille, Dexter apprend à s’adapter à son nouvel environnement, lui et ses lubies macabres. Une vraie évolution situationnelle, où Dexter passe de célibataire propret impeccable à père débordé, négligé, aux multiples responsabilités. Dexter se trouve alors de nouvelles problématiques de vie, noue avec d’autres discours intérieurs et s’éloigne des éternelles tirades sur la solitude et le savoir-être du mal dont le spectateur abreuve l’essence depuis quatre ans.

Peu à peu, la série met en exergue la difficulté pour le héros de jongler entre ses différentes étiquettes et l’a finalement opposé au choix crucial. Famille ou scalpel ? Une réflexion dont le spectateur a été témoin et qui symbolise parfaitement l’impasse psychologique du héros, maîtrisée par cette saison.

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L’onirisme par l’Horreur

La saison 4 est plus qu’une loi du talion. Plus qu’une traque bête et méchante conduite par un tueur de tueurs, à l’encontre d’un original sociopathe fripé. Il y a plus chez Dexter (plus aussi chez Trinity). Le psychopathe y a mis, cette année, de sa personne, de ses considérations. Le parallèle avec sa nouvelle vie familiale, ses responsabilités de père et mari ont alors été toujours le point d’accroche de Dexter à l’encontre du Trinity Killer.
Un sentiment vertigineux naît alors très tôt chez le héros et hors de l’écran, et permet d’opposer alors deux monstres, deux conceptions de l’horreur insérée dans une banalité du réel et dont la source sadique puise directement dans le traumatisme de l’enfance.

Pareille à l’évolution de l’histoire, l’évolution de l’anti-héros se fait par étapes. Au départ timide et traumatisé, le Trinity devient ensuite une figure sage et maîtrisée, sereine et brillante. Pour finir homme écoeurant, sadique et incarner l’Horreur.
En scène, le Trinity Killer offrait plus d’ampleur quand il n’était alors qu’un monstre sexagénaire pusillanime et monomaniaque. Mais il se devait d’évoluer et d’apporter à Dexter la schématisation d’une vie familiale ambivalente vers laquelle ses rites et lui se dirigeaient.

Plus abject, bien moins samaritain que Dexter, Trinity a été une pièce scénaristique indispensable à l’univers étouffé, qui étranglait visuellement, à chacune des scènes où la famille Mitchell se réunissait, elle martyre, terrorisée par la figure d’un père violent et fou à lier.
La découverte du vice par Dexter s’est faite sous nos yeux, au même moment. Au moment aussi où Christine n’est plus apparue comme la seule journaliste avide de sensationnalisme. En gentille fille dévouée à un père trop pleutre pour s’en soucier, Christine est devenue une figure fascinante, de torpeur, symbole d’une dévotion filiale qui lui a coûté la vie.

Electriques et stupéfiants, ces moments d’intense vileté ont permis à la série de retrouver son emprise psychologique, d’une certaine manière onirique.

 

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Séquelles et apostrophe

Les véritables enjeux de cette saison ne sont pas les quelques scènes finales, où d’une manière ou d’une autre, le serial killer de l’année finit dans des sacs de poubelle, au fin fond de l’océan. Les enjeux-ci sont inhérents à Dexter, à ses choix, aux conséquences inéluctables. Parce que le jeu du chat et de la souris, du monstre et du monstre a, cette année, débouché sur l’impensable.

Le choix d’une famille ou d’une pulsion n’a pas suffi à assurer les questionnements de la série. Ajoutés à la relation terrifiante de Dexter et Trinity, ils ont pris une autre dimension : inéluctable. En se débarrassant (rapidement, toujours) du tueur récalcitrant, Dexter accomplit sa tâche. Mais avant de finir sur la table chirurgicale de l’expert sanguin, Trinity (on le suppose) a débuté son nouveau cycle meurtrier et s’en est pris à Rita, l’épouse.
Mise en scène écoeurante, qui rappelle celle de Dexter enfant, le meurtre de Rita est la conséquence ultime d’une saison entière. L’exemple paroxystique du suspense à couper au couteau de cette saison, les parfaites représailles des actes de Dexter, qui n’est plus impuni, plus intouchable. Et ce lugubre assassinat, au demeurant très émouvant pour le spectateur habitué au cadre familial idéal, ouvrira la voie à une autre ère pour le héros, un code à modifier, une manière de vivre, aussi.

Aussi, la quête d’abord farfelue de Debra (Jennifer Carpenter, toujours impeccable) a fini par gagner une légitimité de terrain indéniable. En enquêtant sur le passé professionnel et sentimental de son père mentor, Debra a voulu démystifier une figure sacralisée. Peu à peu, elle a mis les fondations du fonctionnement codé de son frère, en péril, en découvrant la réalité sur son enfance, ou son lien de parenté avec le Ice Truck Killer. Mais cette année, l’enjeu de fond est resté en suspens. Peut-être l’année prochaine.

 

En attendant le deuil, le doute, ou la solitude re-embrassée de Dexter, la mort de Rita, et sa mise en scène sanglante, restera gravée dans les mémoires. Comme la marque d’une fin sordide. La fin des quatre plus grandes années révolues d’un sombre serial killer socialement réhabilité mais dont la complexité n’a jamais été vraiment mise à jour.

 

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Note globale : 8/10

Les critiques épisode par épisode sont à lire ici.

24.08.2010

The Big C (Saison 1) Faussement cancérigène

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Qui a dit que toutes les séries de Showtime se suivent et se ressemblent tellement ? Avec The Big C, la chaîne câblée pourrait bien confirmer son créneau sériel unique de la femme chef de famille à la vie apparemment paisible mais foncièrement compliquée. Si Cathy Jamison a des airs à Tara Gregson, dissimule ses secrets comme Jackie Peyton mais épate la galerie telle Nancy Botwin, cette nouvelle héroïne pourrait bien toutes leur tenir la dragée haute, avec son sens caustique de la désillusion et son sourire émouvant.

 

Lorsqu’une mère de famille banlieusarde se découvre un cancer en phase quasi-terminale, elle décide de reprendre sa fin de vie en main…

D’emblée, dans son sujet et son rapport ténu à l’héroïne, The Big C rend perplexe, à la manière des prémices pessimistes de Breaking Bad qui depuis nous fascine à coup de grisaille et d’amertume. Mais Showtime n’est pas de celle à pondre des dramas d’envergure (ça demande trop de créativité). Au lieu d’une version rêvée du film sublime d’Isabel Coixet, My Life Without Me, la chaîne préfère cantonner son sujet au registre de la dramédie, plus simple d’accès et heureusement plus tendance, pour faire du pathos une boîte à (sou)rires.

 

Magistrale dans John Adams, l’actrice Laura Linney a voulu retenter l’essai télévisuel en s’auto-attribuant ce rôle lymphatique. L’actrice, à la filmographie pourtant chaotique, est de celles qui usent de leur fragilité apparente pour nous intercepter dans l’intimité, provoquer chez nous une vraie empathie mêlée d’inspiration.
Alors, pas étonnant que Laura dans la peau de Cathy, nous interpelle avec sa justesse, sa nuance et cette émotion subreptice. Laura Linney donne à cette nouvelle série son charme le plus authentique, sorte d’empreinte lisse chargée en émoi.


Mais cette maturité existentielle propre aux dramas spirituels de HBO et aux sujets tabous n’a pas encore son pendant humoristique sur Showtime et comme chacun de ses programmes incrédules, The Big C manque de modération et d’à propos. Tout ici est amplifié, conjugué à l’humour apathique pour déréaliser son sujet et verser dans la sympathique fresque ironique inconséquente.

Des personnages secondaires loufoques -du fils taquin au frère marginal en passant par l’élève obèse (Gabourey Sidibe, toujours mono-expressive), une trame narrative dénuée d’impact sur des dialogues indisciplinés : le portrait fait de cette banlieue ordinaire et de son héroïne, la chef de file de cet ordre gentiment malmené, est commun ; il séduit dans l’éphémère mais n’emballe pas, la faute aux tentatives de profondeur (comme cette scène finale presque réussie), souvent vaines, à ces envies foutraques restées lettre-morte.

 

The Big C mérite bien qu’on s’y arrête, qu’on l’ausculte encore quelques temps pour savourer la prestation parfaite de Laura Linney, pour repérer les alchimies naissantes et le bon casting (Liam Neeson et Cynthia Nixon débarquent bientôt). Mais le thème de « la mort, on s’en moque un peu, on s’en écarte par ironie » et son traitement par-dessus-la-jambe nous anesthésie.

6/10

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