03.07.2011

Grey’s Anatomy (Saison 7) La saison des traumatismes

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Personnel du Seattle Grace Hospital comme spectateurs ont été marqués à vif par l’épisode final clôturant la sixième saison de bon aloie de Grey’s Anatomy (à lire ici). Si certains effets étaient indécents, le recours à un tel procédé, une telle violence de fond fut incontestablement source de traumatisme. Le sujet de cette nouvelle saison fut alors tout trouvé. Pour Grey’s Anatomy, il s’agit désormais de se convoiter le nombril avec une douleur traumatique intérieure plus noble.

 

Un soulagement. Le retour de Grey’s Anatomy s’est fait sans heurt, en traduisant plutôt subtilement cet état post-apocalyptique des chirurgiens traumatisés. A coup de flashbacks brefs, les premiers épisodes de cette dernière saison ont crée un pont avec les évènements de la saison dernière. Fort d’un rythme lancinant, de répliques tragiques et sans ellipse fâcheuse, a contrario de Desperate Housewives toujours inconséquente suite à ses épisodes catastrophiques, la production de Shonda Rhimes prend en compte ses précédents rebondissements, quitte à en faire beaucoup pour l’avenir. Mais parce qu’il s’agit de Grey’s Anatomy, le show qui aime faire de ses états d’âmes ampoulés une priorité, on pardonne facilement, convaincus par le moral en berne d’une Lexie en pleine confusion, la perte de repères de Miranda, et des autres.

Parmi ce troupeau de beaux jeunes et talentueux chirurgiens plissés par la vie, c’est sur Meredith que s’établit un recentrage, bien mérité depuis que l’héroïne phare devenait celle qui complémentait les storylines des autres. Après cette fausse couche, Meredith a eu l’occasion de renouer avec son caractère dark et twisty anciennement archivé pour le bien-être de son couple. Avec Derek, en pleine remise en cause existentielle, nouvel habitué des moments d’adrénaline et des gardes à vue (cliché mais pas dérangeant), les deux amoureux phares du SGH nous ont servi une relation incertaine fait de complications mélo et de projets scientifiques ennuyants.

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Même si un mariage n’est pas forcément le meilleur pas en avant pour se reconstruire, la renaissance de Grey’s Anatomy post-assassinat se fait grâce à l’union de Cristina et d’Owen. Yeux ébahis, cérémonie chaleureuse, échange de vœux éternels. A partir de l’évènement, la sobriété de la saison s’est noyée dans un torrent de larmes trop convenu.

Adoption, grossesse, mariages puis ruptures en pagaille, querelles et acharnement, la seconde partie de saison aura davantage parié sur des rebondissements dignes d’une télé-novela que d’une réelle évolution. Meredith et Derek, en pleine processus d’adoption, vont se déchirer à propos d’un projet médical, Owen et Cristina à propos d’un enfant, idem pour Callie, Arizona, Mark et Lexie. Quant aux autres, Karev et les petits nouveaux, on restera dans un registre amoureux et superficiellement professionnel. Comme toujours, dans Grey’s Anatomy, les émois, la compétition faussement joyeuse et les états d’âme prennent le premier rang. Mais après six ans de fréquentation, contempler le désastre amoureux de Cristina ou découvrir une nouvelle attitude orgueilleuse de Alex ou Shepard n’est pas tellement gage d’une bonne saison.

 

 

Après le carnage, voici venu l’heure de la saison de la dépression. Si Grey’s Anatomy s’est donné à cœur joie dans la dramatisation de son programme en forçant l’inventivité (un épisode musical, un épisode documentaire), les fondements du Seattle Grace sont les mêmes qu’il y a cinq ans : beaucoup de situations tourne-en-rond et de pleurnichages pour très peu d’émotions.

5.5/10

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19.01.2011

Off The Map v. Harry’s Law (Saisons 1) Procès nul

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Pour cette rentrée de mi-saison, les networks ont misé sur ce qui électrise autant les américains qu’un best-of de Billy Joel : les séries médicales et les shows judiciaires. Depuis ER et The Practice, aucun autre genre n’a su autant s’imposer dans les audiences et les avis enlevés des habitués de télé. Alors, pour fêter la diffusion de Off the Map et Harry’s Law, deux pilotes promues relèves, c’était l’occasion d’inaugurer la critique comparée, un peu désobligeante mais tellement absorbante.

 


Entre Off The Map, série exotique centrée sur le quotidien sauvage de médecins  bons samaritains perdus dans un village au nom ridicule (La Ciudad De Estrellas) et Harry’s Law, série prétorienne qui voit évoluer une grosse avocate (Kathy Bates, tout en rondeurs) parmi les apprentis caïds, aucun point commun en apparence.

Et pourtant derrière un pitch conventionnel emprunté, deux grands showrunners qui depuis toujours tentent de dicter leur loi aux grands patrons diffuseurs : David E. Kelley et Shonda Rhimes.  L’un est depuis vingt ans un as du marteau et de la plaidoirie loufdingue, l’autre, une nouvelle experte de la cisaille et du scalpel qui chouine. D’un côté, Ally McBeal, Boston Legal, et The Practice, de l’autre, Grey’s Anatomy et Private Practice, des séries cultes ou en voie de l’être qui souvent finissent mises en trophée sur les étagères de DVD.

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Alors, devant leur nouveau projet, l’un pour NBC,  l’autre pour ABC, la chaîne-refuge de Dame Rhimes, pas étonnant que l’on se trouve directement en terrain connu. S’il est facile de décrire d’emblée Off The Map comme une série sauvage qui pue la noix de coco, on trouvera sur le fond de vraies similitudes avec les séries phares de ABC, le ton et l’ambiance médicalement désillusionné emprunté à Grey’s Anatomy et une envie de soleil déjà prégnante dans Private Practice, un spin-off-resucée en plus dramatique (mais moins réussi).

Au Seattle Grace Hospital comme dans ce village d’Amérique du Sud, le personnel soignant est jeune, beau et vigoureux, aimant son prochain, le goût du risque et les confidences apaisées une fois la nuit tombée. Caroline Dhavernas et Zach Gilford, tellement attachants dans Wonderfalls et Friday Night Lights ne parviennent pas à rendre l’ensemble du cast convaincant, encore moins attrayant. D’une fadeur terrible en tout point, le pilot de Off The Map ne parvient à aucun moment à tirer profit d’un paysage spectaculaire et préfère la jouer prudent et consensuel, en enfilant les répliques sages et les situations médicamenteuses sans saveur.

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Du côté d’Harry’s Law, même topo. On le sait, David E Kelley aime les protagonistes de poigne, le bagout et le bagage filmographique qui vont avec. Pour autant, Kathy Bates, dans la peau d’une avocate charismatique, se gratte un peu. Hormis la loufoquerie du cabinet mi-juridique mi-magasin de chaussures (tenue par une Brittany Snow encore fraîche), Harry’s Law est un show judiciaire convenu et accommodant, qui s‘arrange avec sa conscience légale pour faire du spectacle en boîte, option barre marbrée et plaidoyers sociaux larmoyants.

 

Finalement, Kelley et Rhimes sont deux créateurs qui en dépit des nouveautés et du modernisme continuent de faire ce pourquoi ils sont toujours sollicités par les studios, à savoir des shows à leur image, mais à leur image passée (garantie donc en humour éculé et en redites scénaristiques), se voulant légèrement décalé avec une forte focalisation faite sur le mélo et l’attendu. Et lorsqu’ils osent créer différemment, avec Inside The Box et The Wedding Bells, leur projet finit rapidement tué dans l’œuf. Alors, au lieu de migrer sur le câble ou de faire front, David et Shonda créent Harry’s Law et Off The Map, deux séries blêmes et déjà vieillotes mais malheureusement pas assez kitsch pour jouer les atypiques. Encore ratées.

4/10

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