20.12.2009

Max & les Maximonstres : L’onirisme colérique qui résonne au loin

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Spike Jonze nous avait quitté avec Adaptation, l’œuvre qui avait su associer la gracilité de Meryl Streep à la grossièreté de Nicolas Cage en nous réconciliant avec Action Man.
Six ans plus tard, l’auteur de « Dans la peau de John Malkovitch » revient avec une vraie adaptation. Celle du livre consacré de Maurice Sendak, Where the Wild Things Are, plus connu chez nous sous le titre magique de Max et le Maximonstres. Un album pour jeunes existences qui s’emploie à raconter les dures rêveries d’un enfant turbulent et entier.

 

Désincarné

Mais d’adaptation, il n’en est jamais vraiment question dans l’œuvre de Jonze. Sendak, l’auteur qui a su parler aux enfants avec véracité, a conçu un livre surtout illustré, rarement écrit (10 lignes en tout et pour tout), qui faisait la part belle à la propre interprétation du jeune lecteur, le renvoyant directement à ses propres « Maximonstres », sa propre image de lui à travers ses rapports d’identité et d’altérité. Le film est donc avant tout un tremplin imaginaire, une passerelle dont la richesse visuelle et poétique vient d’ailleurs.

Mais en reprenant le matériau indispensable de Sendak – l’hyperactivité du héros, la fidélité des portraits des monstres sauvages, la fuite fantasmée, on retrouve dans le film ce qui avait permis une rupture brutale avec la littérature enfantine.
Pas de vision angélique de l’enfant, de figure familiale embellie, d’escapade fabuleuse. Le charme réside avant tout dans sa cruciale démonstration de l’enfance, lucide, jamais arrangée, ou sirupeuse.

L’ornement de l’œuvre ne puise pas dans un visuel édulcoré, ou une morale exacerbée. Davantage dans une bataille douloureuse de boules de terre sur une île désenchantée, et dans l’inconstance d’un jeune héros égoïste déjà manipulateur. A eux seuls, aussi, les Maximonstres, ces créatures insensées aux allures embroussaillées voire diaboliques (certaines sont affublées de cornes), démontrent cette envie d’onirisme désincarné.

 

Entre réalité hirsute et imaginaire transcendé

Sans Charlie Kaufman cette fois, son scénariste fétiche, qui le vaut bien assurément, le réalisateur recrée ici un décor unique. Entre réalité hirsute et imaginaire transcendé. Max, le jeune voyageur (et acteur prodige qui hurle, piétine, mord comme personne) règne sur son propre domaine.
Roi, il y entremêle ses fantasmes familiaux, où Carol le Maximonstre serait une figure de patriarche protecteur et KW une mère plus attentionnée. Mais c’est aussi sa propre image que Max greffe à ces « Choses Sauvages », dont les traits joueurs et valeureux sont une représentation désirée, qu’il aime à concevoir comme modèle identitaire.

Mais l’île sauvage est aussi le reflet d’une réalité qui s’impose au héros, omnisciente et inextirpable. La disparition du soleil, la tragédie amoureuse, l’ordre sociétal, la perception de l’étranger, la destruction matérielle et affective, tant de thèmes matures offerts sur fond tantôt mélancolique, tantôt foutraque de Karen O (& the Kids) pour ne jamais composer qu’avec l’exutoire de l’enfant, mais aussi avec ses inquiétudes et ses consciences déjà acquises du monde.

 

Max et les Maximonstres est un voyage triste, parce qu’il est intelligent et lucide. De sa lucidité lumineuse, naît une douce-amère échappatoire. Une errance cruelle, ludique, forte, qui tambourine et cajole en même temps. Des sentiments tordus effrénés qui s’empilent, comme s’entassent sans détour ces choses sauvages, pour un résultat maxi-singulier.

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(9/10)

 

 

Une bande-annonce idéale, sur fond idéal : la majestueuse Karen O (Yeah Yeah Yeahs)