11.01.2010

Gigantic (Critique) L’ennui branché

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Une nouvelle robe, un serre-tête autrement coloré, une même manière désillusionnée.

On dirait bien que Zooey Deschanel et ses yeux ronds sont sur le point de devenir la marque vivante des comédies indépendantes désabusées, elles-mêmes tendant à incarner un mème du cinéma tendance.
Mais de cette mémétique voulue, découlent souvent des principes d’usage bancals auxquels la plupart de ces œuvres en vue abritent chaleureusement en leur sein. Résultat, avec Gigantic, la forme irrite, le fond s’amenuise.


Ambiance maussade pour absence de passion

Les histoires d’amour déchues ont bon dos. Sous convert du romantique moderne, la fantaisie du couple, ses ponts, est vite devenue morne et tiraillée. Avec Gigantic en point d’orgue, le paradigme de la relation amoureuse transite désormais par un détachement et une non-passion chronique. On retrouve cette fameuse indifférence dans le couple, que Zooey elle-même a symbolisé dans 500 Jours Ensemble. Pas de scène larmoyante, d’égard électrisant ou d’étreinte épidermique, la mode est au détachement.

Gigantic offre ainsi cette vision désenchantée des relations. Mais procure la désagréable sensation de forcer le trait sur quelque chose qui officie dans le non-dit. Pour être bien certain de démontrer que le dépit est la nouvelle fantaisie, la grisaille le nouveau cliquant, Gigantic assoit son incohérence, calcule son ton décalé et finit par rendre perplexe.

Par souci de réalisme (ou de branchitude), le coup de foudre est réduit ici à tirer son coup dans la voiture du patriarche, sans foudre. Les rendez-vous galants cèdent le pas à des visites à l’arrachée où la gêne est reine. Et l’engagement devient un consensus silencieux à la « whatever ».

 

 

Une expédition inachevée

Trop fidèle au genre automnal de la comédie hyppie, les feuilles se décolorent et tombent sans esbrouffe, Gigantic en néglige sa ligne de conduite.
Sans jamais s’approprier de ton apparent, en voguant entre des passages à vide sans résonance ou des moments volontairement loufoques sans portée, Gigantic attire la superficialité. Et vient à malmener ses thèmes conducteurs (famille, amour et adoption) à la maturité pourtant prouvée, réduits ici à des subterfuges narratifs.

Mais quand les dialogues de Gigantic ne versent pas dans le registre du désabusé chic, certaines répliques excellent en esprit et gagnent en subtilité. Souvent dévolues aux personnages de second rang –John Goodman l’adiposité friquée et les autres, ces répliques apportent une once de sens dans un univers amoureux supposé innovant mais vite banalisé.
L’art de Matt Aselton, un cinéaste américain à surveiller, c’est peut-être de superposer ses envies duales, consacrer de jolies séquences mélancoliques et de décompliquer son propos, qui sans cet enrobage dépressif, aurait pu frôler la justesse.


Décalé, mais à côté.

4/10