Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

netflix

  • Love (Saisons 1 et 2) Amour et égarements

    love,saison 1,netflix,gillian jacobs,judd apatow,paul rust,critique

    Love est une série aussi simple que son titre. Une histoire d'amour entre deux personnages que tout oppose. Son plus ? L'esprit Judd Apatow.

     

    On en attendait beaucoup de Love, la troisième comédie de Netflix qui continue son succès auprès de l'hilarant Kimmy Schmidt et l'intelligent Master of None. Après Tina Fey et Aziz Ansari, il faut à Netflix une pointure comme Judd Apatow. Le cinéaste est ici accompagné de Paul Rust (et sa femme, Lesley Arfin), ensemble ils racontent l'histoire entre Mickey, une programmatrice de radio désabusée, aux addictions alcooliques et sexuelles, et Gus, un professeur particulier d'une jeune actrice de série télé, un type riche en bonhomie, drôle et maladroit, passionné par les bandes originales de films qui n'en ont pas et que lui compose avec sa bande de copains, tout aussi dork que lui.

    love,saison 1,netflix,gillian jacobs,judd apatow,paul rust,critique

    La série reprend là où Hello Ladies s'était malheureusement arrêtée sur HBO. Quand le célibataire ringard parvient enfin à conquérir la jeune fille populaire. Sauf qu'entre Hello Ladies et Love, il y a un monde. Pas de cruauté chez Love, de cynisme féroce, de désenchantement acharné. Seulement cette peur tenace de l'engagement.

    Ici, dans les rues de Los Angeles, tout est vif et sincère. De ces deux personnages qui ne s'aiment pas au même moment, Mickey qui s'indiffère de ce pauvre type, Gus qui s'accroche, qui accepte de sortir avec la colocataire candide, qui arrive toujours trop tôt aux rendez-vous donnés, qui abîme toujours plus son amour-propre. Et puis tout à coup l'inverse. La redistribution des rôles. C'est ce qu'il y a de plus beau dans Love, cette façon d'être dans les deux camps, cette quête impossible et désavouée de la relation amoureuse, quand l'autre n'est plus là. Quand l'intensité disparaît sous terre. Mickey (Gillian Jacobs, tout aussi sarcastique que dans Community, l'air froncé et le fond tragique en plus) méprise de façon détestable Gus, elle a un réseau, une popularité intouchable, une façon de se frayer un chemin, de s'engueuler avec n'importe qui, de se moquer du premier venu et, pourtant, tout bascule sous nos yeux.

    Après des débuts assez indigents, Love a réussi à mener son rythme. Ses personnages s'étoffent au fil des épisodes, le gentil garçon moche prend de l'ampleur, un peu d'égo, du caractère et beaucoup de dérision, tandis que la belle montre sa fragilité. Si parfois la série s'encombre d'historiettes et de personnages inutiles (les collègues ou les voisins complètement ratés), la série excelle dans l'art du personnage principal. Ses deux héros sont des individus aussi ordinaires qu'imprévisibles. Leur ambivalence s'accroche avec allure au style Apatow dont la musique est sans cesse désillusionnée et mélancolique.

    D'une saison à l'autre, Love décrit ainsi cette histoire tumultueuse qui se construit, se perd, se retrouve, entre des rendez-vous vains, des personnages en double-file, des occasions manquées et puis quelque fois, cette promesse au loin. L'ensemble n'a pas la profondeur des meilleurs épisodes de Girls ni l'ambition comique d'Hello Ladies mais elle reste une dramédie habile aux personnages sincères. Ces héros gentiment banals, en proie à la solitude, festonnés de failles, de démons intérieurs et de carences affectives. On les soutient et on les juge, parce qu'ils nous ressemblent.

    8/10

    love,saison 1,netflix,gillian jacobs,judd apatow,paul rust,critique

    Lien permanent Catégories : Critiques, Love Imprimer Pin it!
  • Sense8 (Saison 1) Les Wachowskis à la télé

    sense8,heroes,matrix,critique,netflix,wachowskis

    Après quelques navets ou oeuvres incomprises, les Wachowskis prennent les manettes de leur première série chez Netflix. Budget colossal pour une série tout aussi imposante.

     

    Sense8 a du cran. Une ambition digne du célèbre duo américain. Un projet un peu fou digne de leur rang mystique. Une sorte d'état des lieux du monde, un bilan humain et politique qui prolonge Cloud Atlas, cette œuvre générique qui traversait les âmes et les siècles. Déconcertante ou bien géniale.

    Là encore, on s'interroge. Chaque épisode de Sense8 est une remise en cause. Chaque réplique au cordeau. Dans Sense8, il y a tout. Une volonté humaniste de cartographier nos cultures et nos consciences, à travers huit destins d'hommes et de femmes inextricablement liés par leur sensibilité. Huit héros du monde entier qui résonnent ensemble, qui se projettent, se retrouvent, malgré les kilomètres, et par l'entremise de témoins presque divins (Daryl Hannah). Londres, Berlin, Nairobi, Mexico, Séoul, l'Islande, l'Inde, Chicago, la série tournée en ces lieux veut réunir le monde et les individus, tout en évoquant cette toute-puissance chère aux anciens papas de Matrix. Cela pourrait laisser de marbre mais on se laisse volontiers hypnotiser.

    sense8,heroes,matrix,critique,netflix,wachowskis

    Au delà d'un pilot raté, trop démonstratif, Sense8 se reprend par la suite, plus affûtée, plus soucieuse de chacun de ses héros perdus aux quatre coins du monde. La série aime répandre les mythes et récolter les réponses. Tantôt mièvre, tantôt new-age, souvent sincère ou métaphysique, la série transcende notre époque à travers des personnages clés. Des conducteurs de bus africains, des DJ européens, des lesbiennes-trans à SF, des japonais financiers, des flics américains, des acteurs mexicains de telenovela, des chercheurs indiens, autant de cartes d'identité peu inspirées mais faciles à suivre. Et bien sûr, tout y passe. Le transsexualisme bien sûr, l'homosexualité, la famille, la corruption, la maladie, la mélancolie, des pistes vues comme des des gangrènes contemporaines qui agissent ici comme le dioxyde de carbone de cette bible.

    Certaines trames  fonctionnent efficacement, à la façon d'une machinerie lancée par JJ Abrams, grâce aux hommages à Lost (le personnage de Sun ou l'acteur Sayid) ou bien Heroes, même Twin Peaks ou Soderbergh en cherchant bien. Mais la série profondément divertissement vise à l'excès une noblesse qu'elle ne peut atteindre, malhabile souvent, éclatée dans le monde entier à la façon d'un mauvais Game of Thrones.

     

    Sense8 est bien loin du best-viewer d'HBO, de sa superbe surtout et des ponts scénaristiques qu'elle bâtit entre ses univers. Plus triviale dans ses cheminements, souvent maladroite et démagogique, et sans enjeu intense. Malgré tous ces défauts pèle-mêle, Sense8 est une oeuvre ambitieuse dans son récit mondialiste, agréablement bordélique et sirupeuse.

    6/10

    sense8,heroes,matrix,critique,netflix,wachowskis

     

    Lien permanent Catégories : Critiques, Sense8 Imprimer Pin it!
  • Grace & Frankie (Saison 1 et 2) La vie des septuagénaires

    Grace & Frankie,saison 1,netflix,martha kauffman,jane fonda,lili tomlin

    La vie de deux femmes d'âge avancé après une rupture brutale. Un pari mélo pour Netflix qui forge une série touchante.

     

    Grace et Frankie sont deux femmes, âgées entre 70 et 77 ans. Bien sûr, tout les oppose. L'une est bourgeoise, familière des brunchs en famille, des sorties au country club et des séances shopping chez Michael Kors. L'autre bohème, presque new-age, peintre excentrique habituée aux rites et aux incantations psychédéliques sous la pleine lune, entourée de statuettes africaines et d'objets vert-de-gris. Leur mari respectif sont associés dans un gros cabinet d'avocat mais les deux femmes se détestent. Leur vie s'effondre le jour où leur mari les quitte pour le conjoint de l'autre.

    Pensée par Martha Kauffman, l'une des créatrices de Friends, rien que ça, la comédie se paie le luxe de Jane Fonda et de Lili Tomlin dans les rôles titre. Les deux comédiennes sont fidèles à elles-mêmes, elles nuancent leur jeu et s'avèrent épisode après épisode toujours aussi admirables. Dans les rôles secondaires, Martin Scheen, June Diane Raphael, Sam Waterston, des personnages aux alentours moins bien dessinés (le personnage de la fille hystérique irrite un peu) mais un beau casting marketing. Peu importe puisque le principal réside entre les mains de ces deux héroïnes centrales, Jane Fonda, qui renouvelle son talent comique depuis dix ans, et Lili Tomlin, émouvante dans sa profondeur (très remarquée dans Damages). 

    Grace & Frankie,saison 1,netflix,martha kauffman,jane fonda,lili tomlin

    Malheureusement, les premiers épisodes de Grace et Frankie manquaient profondément de fond. Tout y était appuyé, mal géré, expédié. Dans leur logis, chez leurs amis, chez leur famille, dans leurs façons d'être, ces deux femmes hautes en couleurs peinaient à être attachantes. La faute à la série. Caricaturale à l'extrême, la série grossissait chaque réplique, gageure pour les comédiennes de jouer sans caricature. Mais la série s'est vite reconstruite. Les derniers épisodes de la première saison ont su relever le niveau. En dépassant la série grimaçante et gentiment attendue, Grace & Frankie est devenue une série familiale, de plus en plus vraisemblable, distinguée par des rapports de personnages très forts. Outre la belle histoire qui relie ces deux femmes que tout oppose, la série rend hommage à de belles amitiés, des parts de vie intenses, cette amitié que partage Frankie et son ex-mari Sol est un atout majeur de la série, une facette émouvante qui rend plus vivants encore ces deux personnages fragiles et gentiment délurés qui s'aiment toujours.

    La série confirme sa réussite avec une seconde saison de bonne facture. En s'ouvrant par l'arrêt cardiaque de Robert, le quatuor se retrouve, affecté. Et alors les nouvelles priorités s'établissent. Mariage, vérité, éducation des petits-enfants, grossesses inattendues, opportunités, les deux héroïnes reprennent les rennes de leurs existences. La série parvient à explorer la psychologie de ses personnages fantasques et offre de beaux épisodes. Celui de Grace face à ses petits-enfants est un bijou de vérité, cette grand-mère bourgeoise qui ne sait pas comment se comporter avec les siens nous montre ici une part d'elle qui nous échappait. Même chose pour Sol et Robert qui avancent ensemble, timidement, découvrant subitement cette identité gay qui les unit et qu'ils doivent désormais gérer en public. Par là, la série progresse en intimité, elle nuance, tapisse et ose dévoiler les failles de chacun sans jamais négliger sa part comique. Un beau moment.

    8/10

    Grace & Frankie,saison 1,netflix,martha kauffman,jane fonda,lili tomlin

    Lien permanent Catégories : Critiques, Grace & Frankie Imprimer Pin it!
  • Jessica Jones (S1) Le marvel du futur ?

    Oubliés les superhéros lustrés au déguisement de satin, Jessica Jones, la nouvelle série de Netflix, n'a rien d'une belle icone. A l'inverse, elle est une héroïne bourrue et vulnérable, plus proche du polar suédois que de l'entreprise hollywoodienne.

     

    L'histoire de Jessica est une histoire à demi-mot. Une histoire qui remonte au début de la décennie, dans la série Alias où Jessica Jones prend vie, incarnant une superhéroïne à la force démentielle après un accident de voiture. Aujourd'hui, Netflix reprend son histoire, en corrigeant la trajectoire. Jessica Jones est devenue une détective à son compte chargée d'élucider les affaires de moeurs et de petites coucheries. Pourtant, elle n'a rien d'une Veronica Mars. Habits noirs, moue boudeuse, maquillage sombre, répliques mornes, Jessica Jones (Kristen Rytter) est une héroïne trouble, en colère, hantée par la drogue et ses démons. Son démon à elle s'appelle Kilgrave. Un vilain au pouvoir de persuasion total qui a amadouée Jessica jusqu'au crime.

    On sait peu de choses sur son enfance et sa mythologie, Jessica Jones est un mystère. Et la série s'en accommode parfaitement. Une supérhéroïne désormais retraitée, dont les pouvoirs quasi-inutilisés demeurent tapis dans le secret. Volontairement sobre, la série cible ici un tout autre traitement, quotidien et obscure, à des années lumière des Avengers et même des héros lisses de Tim Kring. Pas de flashbacks commodes, de rédemption, de révélation mystique sur l'importance de l'action superhéroïque, Jessica Jones est une jeune fille de tous les jours, cynique et désabusée, rappelant Lisbeth Salander et ses pulsions autodestructrices.

    jessica jones,marvel,netflix,david tennant,kristen rytter

    Portée par une caméra lucide et une écriture mature, la série de Melissa Rosenberg (pourtant scénariste des Twilight) est une série singulière où le superhéros est un décor symbolique perdu au milieu d'un thriller moderne new-yorkais. Pour autant, la série se livre à l'habituel duel manichéen, Jessica Jones opposée à son nemesis, Kilgrave. Lui aussi n'est pas le méchant attendu, ce vilain anthologique à la peau violette connu pour ses ensorcellements inconscients devient sous l'oeil de la série un dandy anglais, bon chic bon genre, interprété par le toujours impeccable David Tennant. Les deux protagonistes vont alors s'affronter, non tels deux icônes de comics mais comme deux êtres abîmés, cette femme battue, manipulée face à cet homme abusif.

    C'est tout le parti-pris de la série, adapter en réalisme et en noirceur une fiction Marvel, en étalant son propos. Le résultat fonctionne, plus moderne, moins niche, à la vision originale et plutôt inspirée, Jessica Jones est une belle héroïne atypique, défendue avec grâce par Kristen Rytter, moins profonde que dans Breaking Bad ou Gravity mais toujours saisissante.

    7/10

    jessica jones,marvel,netflix,david tennant,kristen rytter

     

    Lien permanent Imprimer Pin it!
  • Master of None (Saison 1) Petites scènes capitales

    netflix,aziz ansari,master of none,critique,saison 1,claire danes

    Netflix raffole des humoristes et de leurs stand-up, pas toujours fameux. Parmi eux, Aziz Ansari, l'un des piliers aussi pénible que gentil dans Parks & Recreation, s'est vu offrir le saint-graal. Sa propre série. Un mélange de fiction et de réel, très new-yorkais, très humble, aussi mélancolique qu'attachant.

     

    Master of None raconte la fausse vie d'Aziz Ansari, rebaptisé Dev, avec des morceau de vrai dedans. Comédien en herbe, habitués des séries Z et des spots publicitaires pour barbecue. Dev aime jouer la comédie, New-York, le foodist, les soirées tranquilles loin du tapage désespéré des célibataires du samedi soir. Il est d'origine indienne et de confession musulmane. Comme Aziz. D'ailleurs, ses parents à l'écran sont les siens pour plus d'effet de réel. Aziz y tient. Raconter ses expériences, les sacrifices imposés par Hollywood, forcer l'accent indien pour un petit rôle minable qui sautera au montage. La série prend gentiment à bras-le-corps la question des minorités. De tous ceux dont la voix ne compte pas aujourd'hui.

    La voix des pères émigrés qui ont tout perdu pour offrir une situation à leur progéniture, celle des grands-mères laissées-pour-compte dans des maisons clôturées et réfrigérées à qui l'on rend une fois toutes les sept semaines pour se déculpabiliser. La voix des acteurs servant de chair à canon, des lesbiennes new-yorkaises, la meilleure amie de Dev, des cœurs brisés, des âmes seules, et de toute personne citadine un tant soit peu désespérée. Et Aziz le fait bien. Avec une plume subtile, le plus souvent percutante, drôle, riche en références, toujours jaillissante.

    netflix,aziz ansari,master of none,critique,saison 1,claire danes

    Pourtant, tout n'est pas réussi. La faute au fonctionnement de la série et ses concepts à chaque épisode. Si Aziz réussit à parler des oubliés avec beaucoup de justesse, à coup d'épisode doux-amer, les débuts sont plus hésitants. Des dialogues prolixes, des situations surfaites, en particulier le pilote où la question parentale est mise sur la table,  une introduction forcée et déjà-vue. Mais c'est surtout le couple qu'Aziz dépeint le mieux. Lorsque la série devient enfin fiction.

    Lorsque Dev, touchant et généreux, rencontre Rachel, une fille attendrissante, amusante et pleine de vie, et que leur histoire débute. Ici, le regard d'Aziz est plus concret, plus cruel aussi, les deux personnages  amoureux dépassent le cadre empirique de l'esquisse et offre une romance digne de ce nom, loin des comédies nunuches. Des moments uniques, de la complicité et cette brisure invisible qui s'insinue au fil du temps. Avec Nashville, Mornings et l'épisode final, l'auteur propose à la façon d'un Louie ou d'une Lena Dunham sa vision du couple aussi intense qu'élégiaque. Alors, la série devient plus qu'une simple allégorie bien faite, elle devient une histoire. Une belle intention où la fiction reprend ses droits.

    8/10

    netflix,aziz ansari,master of none,critique,saison 1,claire danes

    Lien permanent Catégories : Critiques, Master of None Imprimer Pin it!
  • Daredevil (Saison 1) L'ennui du super-héros

    daredevil,charlie cox,netflix,marvel,vincent d'onofrio,rosario dawson

    En choisissant de faire renaître Daredevil, Netflix réalise un gros coup. L'espoir de fédérer les fans des franchises Marvel, de ceux qui n'aiment ni les séries carcérales ni les séries politiques. Malheureusement là, les autres abonnés pourraient trouver le temps long.

     

    Daredevil est une marque connue, surtout distinguée par l'échec en 2003 du film avec Ben Affleck. La série promettait de rectifier le tir. Et elle y met du sien. Plus de rythme, de noirceur, de précision incarnée par un casting plutôt bon, en tête, Charlie Cox dans le rôle titre de l'avocat aveugle et justicier. Pourtant rien n'y fait.

    Daredevil est coupable de ses résolutions. De sa pertinence policée, de sa sagesse lancinante qui parcourt chaque épisode, faisant de ce binge-watching un marathon souffreteux. La série essaie de bien faire, elle réussit ses scènes de divertissement, lorsque Matt Murdock, allure branchée, lunettes rouge teintée et serties d'argent, cabotine gentiment avec son associé, Foggy, et leur secrétaire (Deborak Ann Woll, toujours pimpante depuis True Blood). La série plaît aussi quand ses épisodes se nouent entre eux, évitant de près ou loin la production à formules qui bouche les trous narratifs. Daredevil agit comme une bonne élève. Consciencieuse, visuelle, mais profondément insipide.

    daredevil,charlie cox,netflix,marvel,vincent d'onofrio,rosario dawson

    Après quelques épisodes ennuyeux sur l'enfance du héros, son accident, son père boxeur, la série démarre au troisième épisode, à la présentation du grand méchant, Fisk (Vincent D'Onofrio), un magnat voulant posséder Hell's Kitchen. Le moment enfin de cristalliser les passions. Mais le vilain, comme le reste, peine à convaincre. Ce mafieux romantique et collectionneur d'art, trop proche des grands monstres sensibles façon Hannibal Lecter, trop facile, trop attendu aussi dans son jeu massif, simplement massif. A l'image de la série, simplifiée à l'envi dans ses historiettes, sa corruption policière, ses clans d'immigrés, sa violence, lisible à des kilomètres, incohérente aussi parfois, dont les liens surfaits et évidents entre les personnages irritent souvent.

    Pas assez manichéenne pour exalter ou un peu trop pour intriguer. La série ne choisit jamais. Le résultat manque d'une voix, les bagarres sont des bagarres. Les russes et les chinois se comportent comme des russes et des chinois. Les sidekicks comme des sidekicks. Les filtres grisâtres ont beau obscurcir l'image, la rendre cinématographique pour la distinguer des productions publiques à la Arrow, cela reste trop vain. Parce que la série manque avant tout de chair. D'intensité. D'une tragédie qui par-dessous le sol viendrait nourrir l'ambiance, la ville et les personnages. La série se voudrait une âme à la Dark Knight, une inspiration malade, propice à tourmenter les esprits, profondément humaine. Mais trop prudente, trop balisée, dénuée de toute ampleur, la série se réduit elle-même.

     

    Avec Daredevil, on espérait une modernité, une série habitée, majestueuse, comme un bel opéra. A l'inverse, elle n'est qu'un saga vaine, à peine indulgente.

    3/10

    daredevil,charlie cox,netflix,marvel,vincent d'onofrio,rosario dawson

    Lien permanent Catégories : Critiques, Daredevil Imprimer Pin it!
  • House of Cards (Saison 1) La machinerie politique

    house of cards,david fincher,netflix,kevin spacey,robin wright

    Attendue en ferveur par la masse, House of Cards était la promesse d'un nouveau genre sériel. Une percée politique en treize épisodes diffusée par Netflix, un service VOD en essor. Une promesse largement tenue.

     

    Dans ses formes, House of Cards n'est pas véritablement une série ni une proposition câblée, diffusée sur une plateforme nouvelle dans le monde des télécommunications, House of Cards est d'abord une proposition osée : une oeuvre immédiate, en treize parties livrée clé en main sur le site Netflix à date établie. Le site misant sur l'intérêt des utilisateurs du service et leur abonnement global.

    Pour une première oeuvre hybride, House of Cards bénéficie d'un décor parfait. Casting, direction, écriture, scénario, la série brille par sa matière d'une finition et d'une ambition rare. Souvent décrite par ces médias crétins comme la série du cinéaste David Fincher (à l'image de Gus Van Sant pour Boss) qui n'est en fait que le producteur et le réalisateur du pilot, House of Cards est surtout l'oeuvre de Beau Willimon (scénariste des Marches du pouvoir), qui plus est, adaptée d'une mini-série anglaise du début 90 et d'un roman éponyme de Michael Dobbs.

     

    house of cards,david fincher,netflix,kevin spacey,robin wright

     

    En treize épisodes, Beau Willimon fait naître une oeuvre créative et visuelle haletante, au prisme du politicien Frank Underwood, incarné par Kevin Spacey. Frank Underwood est un député et le chef du parti démocrate ayant oeuvré pour l'élection du président en place. Mais lorsque ce dernier ne le nomine pas au poste de Secrétaire d’Etat comme promis, Frank Undewood décide de ruiner la carrière des responsables et ce, avec l'aide d'une jeune journaliste aux dents longues, jouée par Kate Mara (American Horror Story). Plus qu'une petite vengeance à l'eau salée, House of Cards est un feuilleton politique d'une extrême finesse, où bien sûr, la minorité dominante exerce une manipulation quotidienne sur l'intérêt commun, mais surtout, où chaque relation politique, chaque enjeu est apparat.

    Toute la mécanique de la série est vue par les yeux Kevin Spacey, qui n'hésite pas à commenter ses actes contestables et ses stratagèmes face caméra, comme le fait Don Cheadle, dans House of Lies. Si le côté manipulateur se montre ainsi un peu appuyé, la série s'en accommode, grâce un personnage central convaincant, à la fois fort, attachant et redoutable.  A mesure des épisodes, de mieux en mieux construits et mobilisants, House of Cards fustige une sphère connue mais toujours théâtrale et attirante, chaque épisode explorant un peu plus la politique politicienne, les petits accords de couloir, les bluffs, les conflits d'intérêt, les pressions des lobbies et les moyens mis en œuvre pour étouffer les scandales. Rarement manichéenne, toujours feuilletonnante (bien plus que Borgen), la série trouve un bel équilibre grâce à la multitude convaincante des seconds rôles  (et leurs apports progressifs) et grâce au couple phare, un couple étrange et passionnant. Robin Wright joue l'épouse Underwood, machiavélique, glaciale, sublime, une femme de pouvoir à la tête d'un empire dévoué à la charité. Une thématique fascinante qui mériterait qu'on s'y attarde. Pour une nouvelle série.

     

    Conçue comme une descente aux enfers pour certains ou une montée au pouvoir pour d'autres, House of Cards est une série sur l'ascension et l'enjeu décisionnel. Une série impeccable, implacable, d'une ressource scénaristique futée et d'une interprétation dense, à faire frémir ces chaines à péage chefs de file.

    9/10

    house of cards,david fincher,netflix,kevin spacey,robin wright

    Lien permanent Catégories : Critiques, House of Cards Imprimer Pin it!