22.11.2009
Misfits (Saison 1) Pouvoirs et probation : du Skins dérouillé

Pilot & Episode 2 – 1.0/1.02 (diffusé le 12 & 19.11.09)
Misfit signifie littéralement, à part, isolé, marginal. Plus que représentatif des personnalités des cinq jeunes héros, c’est l’étiquette même de cette nouvelle série de Channel 4, destinée à ces ados décomplexés, pour qui les aventures d’Effy et Freddie ne sont plus que du pipi de chaton (non sevré).
Et si de vrais loosers devenaient de vrais super freaks ?
D’emblée la question patauge dans le trivial sériel, le public étant autant habitué à la série SF sur le don extraordinaire que le programme social sur les pathétiques cul-terreux. Et pourtant, lier les deux genres est d’une subtilité inouïe.
Il ne s’agit pas de Tony, sa belle gueule et ses actions sans conséquence. Il ne s’agit pas non plus de Claire Benett, invincible et investie d’une mission pacifico-colonisatrice. Avec Misfit, on s’écarte du mieux qu’on peut des représentations et des clichés sériels, pour faire du jamais-vu. Du vrai avec du faux, du paranormal par réalisme amadoué, jusqu'au registre gore. Et sa dérision conséquente.
Nathan, Kelly, Curtis, Alisha et Simon sont les cinq adolescents en marge. Purgeant avec indiscipline et colère jamais étouffée leur peine de TIG pour leur délit respectif.
L’un est pyromane, l’autre violente, quand les autres abusent globalement de stupéfiants en tout genre. Ces petits malfrats de bas étage, futurs ratés british, contraints à l’intégration sociale par l’art de peindre un banc public ou récurer un trône, donnent à Misfit son caractère actuel, ancré dans une société véridique. A l’image de Skins, en moins poétique, plus coupant, davantage pénal.
Socialement, alors, c’est intéressant. Jamais boursouflé et plutôt juste (merci à la réalisation soignée et séquences visuelles maîtrisées). Les personnalités qui constituent cette bande sont tranchées, hautes en couleur ou ternies, toutes inadaptées. Un portrait plutôt réaliste de l’ado anglais entre deux eaux : le verbe haut, le poignée nerveux, la tignasse folle.
Mais ce n’est pas tant le regard social en lui-même la série qui apporte à la qualité. C’est imbriqué à sa sphère fantastique que le registre produit un maximum de sens.
D’abord simples marginaux, ces ados, victimes d’une étrange tempête de grêles taillées comme des météorites, se découvrent alors des pouvoirs insoupçonnés.
Des dons préfabriqués, l’invisibilité et la télépathie, qu’ils parodient eux-mêmes « il y a toujours un mec qui sait voler », observent-ils ; aux pouvoirs ubuesques férocement contemporains –la jeune nymphette a le don de rendre la gente masculine en rute, une sorte d’invitation tactile au viol ; cette panoplie de compétences hors du commun est la pierre fondatrice de la série.
Au service de l’existence de ces ados dont on n’épargne pas la vie familiale difficile ou la solitude précoce, ces transformations ajoutent à leur isolement social, exagère leur fardeau tragique, en injectant simultanément du fun (zombie), de la dérision (pornographie) et du bon mot.
Misfits donc ne raconte pas le devenir d’ados rebelles convertis sur-humains. C’est une série sur l’anti-héros et sa malédiction, paranormale et sacrément sociale.
(8/10)

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Episodes, Misfits | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : misfit, saison 1, channel 4, critique, skins |
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