02.06.2009
Cinéma : en mars, ça repart ? ***
Trois mois de retard, c’est impardonnable ? C’est un peu long. C’est un peu décalé. C’est aussi un temps de gestation nécessaire pour écrire sur Jaime Rosales ou sur Isabelle Adjani. Qui le méritent, à n’en pas douter.
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La Journée de la Jupe **
Il fallait oser. Choisir une diva française empoussiérée et boursouflée pour camper le rôle d’une jeune prof maghrébine surmenée apparemment féministe. Et faire un film bousculé où une enseignante prend en otages ses élèves dissipés et leur inculque du Molière à coup de flingue pressé sur la tempe.
C’est pourtant cet art de l’inattendu qui procure à la Journée de la Jupe sa saveur et sa puissance. Singulièrement mis en scène, royalement interprété par une Adjani incommensurable, l’œuvre du réalisateur Jean-Paul Lilienfeld surprend par son culot et son postulat symbolique dissonant.
Mais pas assez outrancière ou trop manichéenne, la Journée de la Jupe délaisse peu à peu sa démarche irrévérencieuse et préfère s’écarter d’une logique jusqu’au-boutiste pour renouer rapidement avec un registre convenu. Elle s’en tire alors avec une poignée d’explications socio-familiales tire-larmes, en pensant (espérant) avoir sustenté les esprits polémiques avec un plot accrocheur. A tort.
(6.5/10)

Tiro en la Cabeza ***
Du cinéaste espagnol passionnant, Jaime Rosales, Tiro en la Cabeza est une proposition artistique risquée et inédite. L’œuvre est sans dialogue, faite uniquement de bruits urbains, sourds, lointains. Rien de très étonnant pour Jaime Rosales, habitué à la recherche permanente de qualités artistiques, visuelles et graphiques d’ampleur.
Dans la droite lignée du tout aussi impressionnant La Soledad, Tiro en la Cabeza se veut néanmoins plus tranchant, plus transcendant, en témoignant avec silence (quelle douce ironie) de l’éclatement terroriste et de sa trivialisation.
Et si les essais artistiques occupent une place prépondérante dans la jeune filmographie de l’espagnol, on prend aussi conscience avec Tiro en la Cabeza que la cause politico-humaine est l’autre pôle qui aimante le travail de ce cinéaste grandiose.
Réalisateur, psychologue ou visionnaire, Jaime Rosales possède une étiquette indéterminée. De cette même indétermination qui préside au moment de qualifier le genre du film au générique final. Film politique ? Pamphlet ? Œuvre artistique ? Récit humain ? Il y a de tout ça dans l’œuvre de Rosales.
Manifestement artistique. Subtilement politique. Mais surtout sans esbrouffe et criant de sincérité.
(9/10)

Watchmen **
A trop vouloir en faire, Snyder, auteur du monstrueux 300, perd en grandeur.
Dès l’ouverture du film, la voix-off assommante de cette hyper-production de super-héros décadents, en s’efforçant de démontrer la magnificence et la noblesse de son histoire volontairement alambiquée, nous anéantit. Et rend son propos faussement sombre et trop obligeant.
Trop soucieux de procurer fascination visuelle et satiété spirituelle, le cinéaste manque de tact (et de mesure) dans son approche déliquescente du monde et se contredit lui-même dans son usage abusif d’outils américanisés florissants. A l’exemple de cette musique volumineuse et harassante, surlignant avec dégoût chaque effet pompeux du film.
Watchmen se voulait être une œuvre malade, un peu folle, produit de notre monde. Elle s’avère finalement n’être qu’un salmigondis ampoulé, esthétiquement abîmé et fâcheusement surexploité.
(5.5/10)

Duplicity ***
Comme il est parfois jubilatoire d’être détrompé. Un produit gentillet d’espionnage avec une Julia Roberts -clinquante mais encore gonflée- pouvait enthousiasmer le club des médisants tout prêts à signer son arrêt de mort (artistique). Mais voilà que le film redonne une seconde carrière (et légitimité) à l’actrice (trop) pulpeuse, tant celui-ci se révèle finaud et formidablement bien construit.
La construction principalement en flashbacks, puisque c’est de cela dont il s’agit, est un atout de choix dont ce film d’espionnage industriel use et abuse mais toujours avec ruse et utilité, permettant au film de berner avec malice le spectateur jusque dans ses derniers soubresauts.
Le fin mot de l’histoire, vous ne la connaîtrez qu’en fin de parcours. Et pour la vérité, c’est à vous de réfléchir.
Pour le reste, profitez des deux heures de haut divertissement, d’humour léché, d’acteurs de choix (Wilkinson et Giamatti) et d’intelligence filmique que Duplicity offre avec délicatesse et ironie sur son plateau d’argent (sûrement du faux, nous ne sommes plus Dup…es).
(8/10)

Milk ***
Une compilation d’archives sur le traitement passé de la communauté homosexuelle comme ouverture véridique et poignante : Milk apparaissait alors comme le pamphlet attendu d’un cinéaste à part (gay), maître de la contre-culture américaine, devenu plus vindicatif que jamais.
Mais l’institutionnalisme du propos a rapidement condamné l’œuvre Milk à des recours mécaniques hollywoodiens dommageables : de la voix-off un peu naïve aux scènes manichéennes (magouilles électorales et autres joyeusetés) dont la véracité fait défaut.
En s’abîmant dans cette précision académique regrettable, le film néglige la vision arty et revigorante d’une époque (les seventies) et d’une ville (un San Francisco, entre effervescence et conservatisme), ce qui déçoit pour un réalisateur toujours à la recherche de plans sensoriels.
Mais Gus Van Sant, dont on dit que l’univers à part se replie férocement sur ses acquis artistiques (la scène ou Dan tue de sang-froid Harvey Milk avait un faux-air intense et foutraque d’Elephant) ne fait pourtant pas preuve de paresse. A travers Milk, l’homme s’essaie avec succès au genre de la biopic décomplexée, amusante et généreuse. Entre plaidoyer politique et humain et témoignage émouvant d’une société marginalisée des seventies. Il réussit son pari.
(7/10)

La Fille du RER 0
A l’aune de ce fais divers rabâché (une femme s’invente une agression raciale dans le RER) sans qualité scénique, Téchiné apparaît comme un cinéaste fatigué, périclitant, qui n’a plus rien à expérimenter, et dont la vision impétueuse s’émousse au fil des années.
Son « œuvre » dénuée de psychologie et de démarche artistique, ne vaut que pour le jeu officiellement désastreux de ses acteurs (Duquenne et Duvauchelle) qui lui font perdre de son énergie et de sa substance, confirmant sa surprenante médiocrité. Avec une mise en scène saturée d’effets documentaires repoussante par-dessus le marché.
En une ligne (parce qu’elle n’en mérite guère davantage), La Fille du RER est une histoire laissée en jachère, si peu complexe (basé sur un unique argument narratif sans enjeu et maintes fois rebattu) et si peu travaillée qu’elle en devient sans intérêt, presque dolosive.
(2/10)

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans xCritiques Cinéx | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : mars, journée de la jupe, duplicity, milk, watchmen |
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