12.02.2010
Lovely Bones (Critique) La jolie ossature du néant

Peter Jackson aurait sans doute gagner à trépasser au fin fond du Mordor, l’air triomphant après sa trilogie joaillière. Au lieu de ça, le néo-zélandais récidive avec une bouillie poissonnière familiale des plus fades.
Entre thriller raté et traversée onirique poussive.
La mort lui va si bien
Elle s’appelle "Salmon, saumon, comme le poisson" et elle a été sauvagement assassinée un soir de rentrée d’école en décembre 73. Sauvagement, on le suppose parce que Jackson a préféré le parti pris de l’implicite, à son honneur.
Si le film s’attarde rapidement à créer un entre-deux fantasmagorique à cette jeune héroïne familialement épanouie (encore plus injuste !), avec une volonté endueillie infroissable, Lovely Bones rate malheureusement le coche de l’adaptation. La matière littéraire demeurant en jachère, le conte visuel lui, reste éloigné des grandes tragédies filmées.
Pourtant adapté du roman profond d’Alice Sebold, le fond même de Lovely Bones manque de mordant subtil. De nombreux passages à vides oraux signés par l’héroïne défunte ou sa famille entière condamnent véritablement le film à une étiquette niaise des plus indécrottables. « La mort, ça bouleverse tout » « Mon assassin a gâché beaucoup de choses ».
Certes, la narratrice est une adolescente un brin ingénue mais de là à surnager dans le larmoyant bêta avide d’existancialisme, il n’y a qu’un pas que le film a gaillardement franchi. Mais cette œuvre adorable n’est pas qu’un essai philosophico-juvénile médiocre.
Mélo défectueux mais pas que.
Dans Lovely Bones, tout est sur-écrit, sur-désigné. Les intentions, les remises en causes, les gestes effrayants d’un sociopathe clownesque ou ceux dépités d’un père théâtralisé qui manque cruellement de nuance. Mark Wahlberg devrait songer à renoncer à vie aux drames et se contenter de travailler ses gros bras pour les films à pistolet.
La famille Salmon reste, quant à elle, sauvée du gouffre de l’incrédule par Rachel Weisz, mère douleur intacte mais trop absente, ou Susan Sarandon, à la loufoquerie communicative, probablement inappropriée.
La maladresse récurrente du film réside dans sa perpétuelle succession de ses deux facettes fantastico-tragiques. Parce que la combinaison est mécanique, Jackson en vient à réduire la portée dramatique de son matériau, en effleurant à la fois (sans jamais approfondir) polar inattendu, rage familiale parachutée et traversée cabotine en direct du pays des morts innocents.
A l’imagerie des plus ringardes (pastel et grafitti de rue), ces échappées surnaturelles voulues douces-amères, maximisées par un travail d’effets spéciaux alourdissant, ne font pas honneur à ce drame adolescent, le fondement initial et louable du film.
Lovely Bones est un voyage douloureux qui a voulu reconstituer spirituellement l’épreuve du deuil familial par plusieurs chemins de traverse laborieux, férocément à la mode.
Si la douleur est bel et bien au rendez-vous, c’est davantage pour celui qui assiste impuissant à ce gloubiboulga caricatural, bâclé et vide de sens.
3/10
Écrit par J.D.L (Webmaster) dans xCritiques Cinéx | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : lovely bones, peter jackson, saoirse ronan, rachel weisz, mark whalberg |
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