18.04.2010

Les extraordinaires aventures d’Adèle Blanc-Sec (Critique)

19323312.jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20100317_031853.jpg

 

Luc Besson l’avait dit : le ventripotent cinéaste français ne reviendrait plus derrière la caméra, préférant consacrer sa vie mégalo à la construction de sa Cité, dite du cinéma, et l’avancement d’Europacorp, pâle copie des studios d’Hollywood, qui a fait naître les plus gros blockbusters français mais aussi les plus grands navets de ces dernières années.

Mais c’est que les plateaux ont manqué au réalisateur démiurgique. Alors pour se refaire une santé numérique, rien de tel qu’un film évènement, à mi-chemin entre l’aventure essoufflée et le récit historique dynamité.



Adèle Blanc-Sec, jeune journaliste farouche, version jolie d’un Rouletabille, tout droit sortie de la tête du dessinateur Tardi, avait ce potentiel cinématographique digne des grands héros désormais prisonniers du grand écran. Son nom composé et sa personnalité bourrue, personnifiée là par l’ex Miss Météo de Canal +, Louise Bourgoin, pouvait d’ores et déjà rappeler certaines élucubrations gentiment originales d’un Jean Pierre Jeunet. D’ailleurs, la mécanique brocantique du créateur d’Amélie Poulain n’est pas étrangère au concept mis en images (et en dialogues) par Luc Besson.

D’emblée, avec la voix-off décalée d’un narrateur soucieux de présenter le décor atypique qui s’annonce à nous, on craint une version héroïco-vintage d’Amélie. Si évidemment les dialogues franchouillards (réussis) et les clins d’œil formels (assurés) ne sont pas sans évoquer Jeunet et ses méthodes, Adèle Blanc-Sec est loin d’être une adaptation plagiée. Parce que Luc Besson tente ici de concilier aventure et ton romanesque.

 

19323297.jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20100317_031806.jpg

 

A la fois en Egypte et à Paris de la Belle Epoque, les aventures dites extraordinaires d’Adèle voguent de genre en genre sans jamais s’enfermer dans un registre caricaturé. Si l’aventure est la règle de conduite, d‘ailleurs maîtrisée dans sa visée antiacadémique (un ptérodactyle menace le tout-Paris tandis que des momies sortent de leur caveau pour soigner une âme en catalepsie –sœur de l’héroïne), Adèle Blanc-Sec ne s’essaie pas aux péripéties d’un Indiana Jones juvénile.

Etonnamment sobre, Besson évite l’écueil de l’action mal embouchée, se gardant des coups de feus mitraillés et autres interminables courses poursuites. Avec son héroïne bigarrée, assurée par une Louise Bourgoin qui porte bien le chapeau (le plus souvent), Besson privilégie la forme et le ton au fond américanisé. Pas de danger imminent, l’humour est la clé et les décors du début du siècle, impeccablement léchés, un remède fort en œil contre l’ennui.

 

On pourrait évidemment reprocher le style parfois excessif d’un Besson qui s’éclate ici à enchaîner les bons mots poussiéreux sur fond de parure victorienne. Postiches, brodequins, hauts de forme, moues farcies, tout y est.
Certains personnages secondaires (Jean-Paul Rouve en chasseur, Gilles Lellouche en inspecteur ) frôlent malheureusement le cliché historique tandis que l’enchaînement verbal, aux allures de catalogue morphologique d’ancien français, s’allie parfois avec peine à certaines scènes d’effets spéciaux très 2010. Mais telle fut la volonté d’un réalisateur touche à tout, qui en mettant le paquet à tous les plans, a simplement voulu bien faire.

 

Entre fantasme historique délirant et récit rocambolesque, Adèle Blanc-Sec s’avère être un spectacle détonnant et riche en forme, orchestré par un Luc Besson moins badaud qu’à son habitude.

6/10