10.09.2011

Sélection cinéma : les films (ou pas) de l’été

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La Guerre est Déclarée

Il aurait fallu bien sûr être aveugle, ou vivre reclus avec des jacquards poisseux et des compagnons poissons rouge pour ne pas avoir entendu parler de la Guerre est Déclarée, qualifiée de tout un catalogue miel allant du merveilleux au bouleversant. Mais Valerie Donzelli mérite bien cet acharnement positif puisque la Guerre est Déclarée, son véritable bébé, est une décharge puissante, un hymne à la joie, au courage et à toutes ces qualités stupéfiantes propre aux grandes tragédies. Une énergie furieuse, une générosité euphorique, dont les prémices déjà palpables dans la Reine des Pommes, son premier long, un brin maladroit mais tout plein de bonne volonté, permettent à cette narration autobiographique d’atteindre un stade lyrique et lumineux qui se fait rare et doublement précieux au cinéma français. On remercie l’artisanal.

9.5/10

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Mes Meilleures Amies

Les mâles de la bande à Apatow sont devenus ringards. Las Vegas n’est plus qu’un terrain de jeu sableux sans originalité, les blagues de cul, qu’une redite sclérosée. A présent, il s’agit de saluer Milwaukee, Wisconsin et son duo comique adorable, Maya Rudolph et Kristen Wiig, aussi singulières qu’une prestation croisée entre Amy Poehler et Tina Fey. Bridesmaids est bien entendu un film de filles, pour filles mais sa spiritualité, son esprit mutin, sa polyvalence comique rend le film global et hautement jubilatoire. Mes Meilleures Amies doit beaucoup à la prestation de Kristen Wiig, récente recrue du SNL en 2005. Son faire-valoir comique, garanti sans hystérie, sans excès gestuel, assure au film et à cette fausse bande d’amies un plaisir plus que coupable. Rose Byrne (Damages), dans le rôle de la bourgeoise parfaite et Melissa McCarthy déguisée en femme-armoire brutale (Gilmore Girls) étonnent par leu jeu radicalement différent teinté d’une extrême drôlerie.  Une comédie sans fausse note, sans écueil, où tout est emprunt d’un humour simple et décapant, et d’une bonne humeur contagieuse.

9.5/10

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Melancholia

Lars Von Trier a réussi le pari fou voire impossible de concilier poésie et fatalité avec une aisance créatrice vertigineuse. Scindée en deux parties, passionnante pour l’une, fascinante pour l’autre, Melancholia est un opéra archi-contemporain où tout est sujet à dilemme et à déconstruction. Charlotte Gainsbourg et Kirsten Dunst, aussi remarquables l’une que l’autre attendent l’apocalypse avec une émotion sans pareil, chacune à leur façon. Les deux actrices offrent toute la puissance moderne et dramatique, son aspect lumineux, cette réflexion amère sur le désespoir et la résilience à ce film dense et contemplatif. Une belle œuvre indicible.

8/10

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The Future

Horripilant ou formidable, l’art de Miranda July fait discuter. Mais chez elle, la poésie existentialiste fonctionne à merveille, tantôt loufoque, décalée ou simplement délicate, l’écriture de Miranda July est brillante et permet d’offrir une trame intrigante à ses films. Dans The Future, sa plume s’en prend à ce couple uni, gentils loosers aux bonnes intentions –elle est professeur de danse dans une association pour enfants, lui est réparation informatique et ose le drame en allant jusqu’à l’usure sentimentale, l’impression d’impuissance et la mort. Pas de vraie tragédie néanmoins, le film étant traversé d’éclairs divins, d’interventions oraux d’un chat abandonné qui narre les actions de ses maîtres déchus. The Future est un festival de sentiments, souvent contradictoires, de la simple tristesse à la propulsion onirique sous des lunes rondes. Plutôt singulier.

7/10

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Super 8

Le blockbuster de l’été se voulait un hommage inspiré au cinéma hollywoodien des années 80, celui de Carpenter, Spielberg, Dante. Derrière cette mission, J.J Abrams, le maître mégalo sériel qui n’en est plus à ses premières armes. En inventant une sorte de créature extraterrestre traumatisée par la conduite des hommes et sa vengeance sur une petite bourgade américaine, en particulier une jeune bande d’ados débrouillards en plein tournage de film, le geek binoclard met tout le monde d’accord. Il y a l’humour, la magie et l’action dense du cinéma des Gremlins, des Goonies, de E.T et de Jurassik Park. Comme un esperanto atemporel, Super 8 retrouve l’esprit vivifiant de tout un genre oublié. Parfaitement calibré, à la fois impressionnant dans son contexte fantastique, et émouvant par ses petites touches d’amitié, de famille brisée, d’amour juvénile, le film naïf et puissant de JJ Abrams est une ode à la jeunesse et à la tendresse d’une époque.

8/10

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La Planète des Singes

La mode est au recommencement, aux fondamentaux, à la nécessité de déceler une origine, un départ. X-Men l’a très bien réalisé en juin dernier et méchamment, on pensait que la Planète des Singes allait quant à elle se casser les dents. Mais à tort, puisque les origines de cette grande saga fantastique ont été brillamment conçues, à la fois intelligentes, spectaculaires et humaines. Une histoire prenante, qui en ne frôlant jamais le cliché expérimental animalier, a une force certaine pour décrire l’aliénation par la distance, par le biaisement du langage. Malin et efficace.

7/10

 

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Comment Tuer Son Boss ?

Le cinéma comique américain fonctionne à plein régime. Comment Tuer Son Boss pourrait être cette année être son chef de file, à force de rouages à la mode. Mais il s’agit d’une bonne comédie, avec ce qu’il faut d’irrévérencieux, de vulgaire, de scabreux pour plaire au plus grand échantillon. Drôle et décapante, cette idée de se débarrasser des patrons de tout un chacun porte le film à son apogée intriguant. Kevin Spacey, en psychopathe manipulateur et bipolaire, Jennifer Aniston en dentiste nymphomane hystérique et (à moindre échelle) Colin Farrell en homme de pouvoir mesquin sans charisme sont les grands piliers de ce film « bromance », offrant quelques belles scènes ahuries et des dialogues tirés au cordeau. Mais le dénouement simpliste, le propos vindicatif noyé dans quelques états d’âmes et rebondissements peu attirants, condamne sur sa fin le film au genre comique limité. Amusant, divertissant mais pas vraiment assumé.

6.5/10

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Un Amour de Jeunesse

Mia Handsen-Love est une réalisatrice douée, ses premiers films, Tout est pardonné, Le Père de mes Enfants, l’avaient sensiblement distinguée de son rang de jeune cinéaste ex-étudiante brillante, amourachée d’un grand réal (Olivier Assayas). Si Un Amour de Jeunesse garde cette essence propre à son « œuvre », la tendresse du jeune âge, la légèreté, la frénésie sentimentale, la jeune cinéaste se perd légèrement dans cette relation adolescente –entre Camille et Sullivan- à force d’ellipses et de rebondissements amoureux systématiques. Davantage balisé, un peu moins naturel, que ses précédents films,  Un Amour de Jeunesse, procure néanmoins l’illusion et la naïveté d’un amour-brasier, en particulier ces sentiments exaltants propres aux jeunes filles emportées, et réussit à capturer ces passions d’étés, modestes, vibrantes, mélancoliques, comme une madeleine de Proust.

6.5/10

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La Piel que Habito

Pour le nouveau Almodovar, pas d’histoire de femmes, de caractère, de passions ardentes, on nous promettait une histoire sombre et fantastique à la fois, un brin déroutante. Mais La Piel Que Habito rate légèrement la tentative de Pedro Almodovar de concocter autre chose que ses compositions florales attendues. Adapté du livre Mygale, de Thierry Jonquet, La Piel que Habito renoue avec la noirceur et le ton sec qu’aimait le réalisateur ibérique à ses débuts. Malgré tout le potentiel cinétique du film -le schéma mécanique d’un docteur en plein tourment, les lieux cliniques de cette grande maison inquiétante, la lumière porté au visage de la poupée Elena Anaya-, le film se perd rapidement en prétexte malade. Ni viscéral ni fiévreux, le film interminable manque d’aplomb et de consistance pour donner une crédibilité à cette étrange histoire dont les atouts esthétiques restent (eux-aussi) prisonniers de l’écran. De beaux thèmes défilent toutefois devant nos yeux, l’obsession, l’identité, l’art, la filiation, mais sans convaincre.

5/10

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Les Biens Aimés

Honoré est un cinéaste prolixe qui pourrait cadrer des heures une scène sans mordant. C’est un peu l’idée générale de ces Biens-Aimés qui sous leurs bonnes intentions, leurs envies dramatiques, cachent un certain ennui, une morosité de leur propre sort qui jamais n’est mis en avant dans ce film interminable et laborieux. Façonné en plusieurs parties chronologies, le film s’étend sur chacune d’elles, en espérant convaincre de son intensité, son potentiel tragique. Une bonne première partie, dans laquelle Ludivine Sagnier aime, séduit, pleurniche sans trop en faire, mais qui très vite cède sa place à Deneuve et progéniture pour un récit sur la culpabilité et l’espoir d’amour un brin surfait. En dépit des chansons souvent inspirées d’Alex Beaupain, les Biens-Aimés nous emmènent dans les tréfonds du faux-drame, de l’irritant et du complaignant. Histoire parfois saugrenue, parfois répétitive, tant et si bien que même les personnages chers à Honoré en deviennent archétypaux (la violence de Louis Garrel, l’acharnement romantique de Chiara Mastroianni) sans explication, sans décor émotif.

4.5/10

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L’Art de Séduire

Casting alléchant (Valerie Donzelli, Mathieu Demy, Julie Gayet), idée de départ originale et intrigante, l’Art de Séduire aurait pu être la promenade de l’été, légère, enlevée, joliment écrite. Mais cette promesse parisienne s’est vite envolée sous le jeu fade de ces acteurs qui bien contre leur gré compose avec un scénario anémique et sans saveur. Le tout est truffé d’idées reçues, de situations convenues, de dialogues non inspirés. Bâclé à l’envi, ce film sur la séduction et la solitude, penche très vite du côté de la comédie bouffonne, irritante et sans attrait, particulièrement creuse à la fois à l’égard de la psychologie que de la séduction, que du film d’auteur bien pensé auquel de droit on s’attendait.

2/10

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