29.08.2009
Cinéma : en juillet, on rit, on pleure. Et jamais poliment.
Bruno **
Sasha Baron Cohen a retiré son string de Kazak pour le troquer pour la panoplie du parfait cliché homosexuel, godemichets compris, minaudant au doux nom de Brüno.
Plus qu’un prénom autrichien über-fashion, Brüno est un concept. Celui du mockumentaire gras-graveleux à la sauce Cohen, prétexte à engraisser la plus pédale des pédales incongrues. Pour la cause homosexuelle ? Le fun ? Rien de tout ça, Brüno penchant plutôt vers la caricature nauséeuse qui tourne vite court.
En assénant l’esprit avec remarques tendancieuses et scènes scato-prout, Brüno surprend, mais ne cogne jamais, ne fait jamais sens. L’homophobie de l’américain moyen qu’il désigne du doigt relève le plus souvent de la connerie générale du texan bouseux ou de l’attitude insupportable du bonhomme (difficile de ne pas perdre ses moyens lorsqu’un étranger s’exécute dans un spectacle narcissico- porno improbable).
Blockbuster déguisé (la scène avec les représentants israéliens et palestiniens fait penser à une fausse caméra embarquée) ou véritable pied de nez indie, le film laisse aussi perplexe quant à sa démarche et ses méthodes. Mais Brüno, l’imbuvable homo épilé, maquillé, effilé, tiré à quatre épingles pailletées, tour à tour en velcro, cuir, ou résille demeure un personnage. Un élément de one-man-show de splendeur, haut en couleurs fluos que l’on observe d’un œil amusé.
(5/10)

Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé ***
A Poudlard, les élèves sorciers sont en proie à un nouveau fléau : la puberté.
Maléfices hormonaux, apparitions de rougeurs, potions de baisers volés, tours de jalousie et tapes du pied. Ron, Hermione, Harry : les sorciers fabuleux ne sont plus. Les adolescents en crise demeurent.
Ou comment le registre fantastique bêbête s’accapare d’une ambiance teen-movie relaxante sans jamais se compromettre ?
Poursuivant l’aventure du messie Potter, mais en lui ajoutant humeurs amoureuses et flatteries, ce volet conçu comme une transition légère, non sans efficacité, vers un destin funèbre (Les Reliques de la Mort) a su pimenter la saga Harry. En l’agrémentant de réalisme et de sentiments, en la désinhibant, en lui retirant sa pudibonderie innocemment lisse et ridicule. En rendant des personnages devenus caricatures d’eux-mêmes en trois ans, drôles, vaillants, enfin légitimes.
Comme quoi, se caler un temps sur Gossip Girl peut s’avérer fructueux.
(7/10)

The Reader ***
On était sans nouvelles de Stephen Daldry depuis le majestueux The Hours, sorti en 2002. Avec The Reader, Daldry prouve qu’il aime s’entourer d’actrices de poigne (troquer Streep pour Winslet, c’est comme passer de la soie au cachemire). Il démontre surtout qu’il n’a rien perdu de sa superbe éloquence ni de son obstination à exposer les aspects psychodramatiques d’une histoire férocement tragique.
Celle d’Hannah Schmitz (incroyable Kate Winslet), une allemande illettrée qui s’amourache d’un jeune puceau, entre lectures et coucheries, avant d’être jugée pour son passé nazi.
The Reader prend son temps pour développer cette lourde histoire à tiroirs, où les rouages judiciaires évoquent les œuvres politiques des seventies, où l’émotion équivaut aux plus belles romances américaines déchues. Mais il le fait remarquablement. A l’image de cette héroïne au ban de la société, méprisée mais toujours haute.
Fidèle à l’establishment rigoriste (l’emploi bien malheureux de l’anglais dans un contexte entièrement germanique) et à l’académisme de ton (des allers-retours temporels et sentimentaux aurait donné davantage de profusion et de chaleur au propos), The Reader en vient à frôler à certains égards un trop-plein de sobriété. Au risque toujours imminent de perdre en authenticité et en émotion attrape-gorge. Mais tel est le parti-pris de ce film à l’ambiance quasi-clinique, qui se sauve toujours, en ne sauvant jamais son héroïne.
En ayant l’audace de condamner une héroïne dont la culpabilité est absolue, incontestée, le film, toujours digne, ne vire jamais manichéen, malgré le regard dérobé, implorant du jeune amant écoeuré mais encore amoureux. Parce que les crimes nazis dans The Reader ne sont qu’une toile de fond, c’est l’amour d’Hannah et Joseph, l’histoire. Leur destin, cette tragédie.
(8/10)

Up ****
Est-il possible que La-Haut soit finalement le meilleur film d’animation des années 2000, surpassant les derniers Pixar, autoproclamés chefs d’œuvres à tort ?
Plus authentique, plus simple, La-Haut ne parle pas de rat gourmet au minois humanisé, encore moins de robot ménager maniaque et fleur bleue. Seulement d’un veuf grabataire et d’un jeune scout ventripotent. Avec un drôle de cabot qui leur fait la conversation. Et quand le sénile au cœur brisé rencontre la jeunesse débonnaire, cela donne un film décompliqué, un retour aux sources tendre et savoureux, bien loin des produits lisses dernière génération.
Sorte de virtuose aérien aux couleurs époustouflantes, à l’esthétique parfaite, Up est une tranche de vie poétique, douce-amère, qui rend hommage aux dessins animés d’ancienne époque. Une fable lumineuse qui ose (le film s’ouvre sur un deuil), une allégorie entre ciel et terre, ballons et déambulateur, souvenirs du passé et existence.
En misant sur ce propos sensé même pas moralisateur et sa drôlerie enfantine gentiment ciselée, le film ne tombe jamais dans l’excès moderne de gags et évite la crétitude de ton pour bambins futurs dégénérés. Parce que dans Là-Haut, les personnages sont vrais, sincères, irrésistibles. Un peu comme ce poisson clown attachant, à la nageoire atrophiée. Et si Nemo et Karl ne livrent pas tout à fait le même combat, ils obtiennent au moins la même victoire. Celle de la générosité.
(9/10)

Whatever Works ****
Dans un registre léger, Allen, le binoclard logorrhéique, n’a pas perdu la main. Après s’être égaré dans une sombre espagnolade sans portée, chaudes affaires de mœurs restées sans effet, le bon Woody a pris la sage décision de quitter un Barcelona qui lui a échappé, pour fouler à nouveau son chez-lui, New-York, afin d’évoquer ce qui perpétuellement le tracasse : l’existence. Une énième histoire à la Manhattan ? Pour dire vrai, c’est beaucoup mieux.
Se cachant derrière les traits de Boris (prêtés accessoirement par Larry David), Woody Allen affiche son apparente plus grande misanthropie, mise à rude épreuve par la jeune Melody (Evan Rachel Wood) qui s’incruste peu à peu dans son existence.
Lui, vieillard atrabilaire, failli-prix Nobel de physique, crache sur la nature de l’être humain, miteux et sans intérêt ; elle, sudiste candide et bienveillante, sourit à tout va, se réjouit et s’étale en commisérations. Plus que générationnel, c’est un combat philosophique. Où chacun se cherche, se pose, se mue en quelqu’un d’autre et troque au mieux ses valeurs au plus offrant.
Pastichant avec force les feel-good movies pompeux, Whatever Works, symbole de la comédie noire existentielle apparemment sans prétention et pourtant universelle, s’achève sur un happy ending mielleux cyniquement assumé, où candides, homosexuels et vieillards s’auto-célèbrent, comme pour faire un joli pied-de-nez aux leçons aigries du héros. Du génie déguisé en n’importe quoi gnagnan. Et croyez le ou non, « ça marche, après tout ».
(8.5/10)

Et aussi, Bancs Publics (4/10), L’Attaque du Métro 123 (4.5/10), Le Hérisson (7/10), State of Play (7/10), L’Age de Glace 3 (3/10), Hangover (7/10)
Écrit par J.D.L (Webmaster) dans xCritiques Cinéx | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : bruno, the reader, la haut, harry potter |
Facebook











