09.09.2010
No Ordinary Family (Saison 1) Une série familiale lambda

C’est avec les Powell, la famille faussement peu ordinaire de No Ordinary Family que le bal sériel s’ouvre en ce mois mastodonte de septembre. Récemment disponible sur la toile, le pilot de cette série, en outre diffusé le 28 septembre prochain sur ABC, donne le ton : des pouvoirs extraordinaires au sein d’une cellule familiale en crise. Deux atouts en perte de vitesse.
On se pensait définitivement débarrasser des histoires de capacité bêtes et méchantes qui ont nourri les espoirs avec Heroes pendant quatre tristes années, qui nous ont bien amusé avec Misfits, dont la saison 2 coïncidera avec notre hiver prochain, mais qui le plus souvent nous laissent de marbre, dernier exemple d’Haven en date, tant elles sont éculées. Mais ABC qui n’a jamais froid aux yeux pour répliquer une formule bien connue a décidé cette année de se lancer son produit extra-fantastique et l’assaisonner au genre familial.
Les Powell sont une famille américaine ordinaire. Le père, Jim (Michael Chlikis) est un agent de police plus habitué à la paperasse administrative qu’aux courses-poursuites haletantes, la mère, Stephanie (Julie Benz), est une scientifique débordée et leurs deux progénitures, JJ et Daphné, sont deux pré-ados sans vraie histoire. Leur vie paisible bascule à la suite d’un accident d’avion à l’issue duquel chaque Powell va se voir attribuer un don extraordinaire : force, vitesse, télépathie, intelligence. Des capacités jamais vues en somme.
Dans No Ordinary Family, le schéma est hautement attendu, les Powell sont une famille au bord de la rupture qui se voit soudée de nouveau après leur accident métaphysique. Peu à peu, en développant leurs capacités, correspondant pile à leurs besoins existentiels (l’ado est médiocre, il devient surdoué, Maman est surbookée, elle développe une rapidité hors du commun et n’en perd pas en brushing), les membres de cette famille nous assomment vite dans leur quotidien sans relief, boursouflé et sirupeux.

Très précipité, ce pilot préfère sabrer la scène clé de l’accident familial pour accentuer un côté mélo qui sied bien au visage diaphane de Julie Benz, bien décidée à régner sur la grille d’ABC.
Un accident anecdotique plus tard, forte d’une voix off irritante, la série enchaîne très vite les bons sentiments sans subtilité, nous noyant dans un flot de répliques familiales tirées faussement in, de situations familiales décompliquées terriblement clichées. S’écarter du schéma prévisible de la lutte du mal par le don extraordinaire pour se maintenir dans la chronique familiale différente, la série pensait bien faire mais No Ordinary Family a oublié de mettre à jour son concept même de la famille, des problèmes de couple et des peurs adolescentes.
En dépit d’un casting solide (à Chlikis et Benz, s’ajoutent Autumn Reeser et Romany Malco), la série exécute une succession mécanique de scènes à grosses ficelles, sans âme, sans fondement conceptuel, pour nous abrutir dans ces résolutions de conflits joyeuses et guillerettes. Un subterfuge digne d’un nanar niaiseux qui ne manquera pas d’être démasqué au fil des épisodes.
Si le créateur de cette série, Greg Berlanti, le responsable de l’assommant Eli Stone, a voulu faire priorité à l’ambiance gentillette, au détriment du genre fantastique, c’est dans une sage optique de développement familial et tant pis si No Ordinary Family finit par lorgner plus du côté de l'attraction Disney que du show mature et réfléchi.
4/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Critiques, No Ordinary Family | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : no ordinary family, michael chlikis, julie benz, greg berlanti, abc, critique |
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31.08.2010
Dexter (Bilan) De l’art terrifié d’être un père de famille meurtrier
Saison 4 – Critique
L’an passé, la série nous avait offert un break intellectuel en faisant n’importe quoi avec le concept papier du serial killer fréquentable, et s’était achevée sur un mariage heureux. Cette année, la série nous a cogné douze semaines et s’est finie brutalement. Sur une touche de noirceur macabre, le leitmotiv plastique de cette saison.
Famille ou Scalpel ?
Plus qu’une page qui se tourne avec la fin de cette quatrième saison. C’est un rituel anéanti. Une existence choisie qui résonne comme un échec pour un héros malmené dans ses conceptions multicartes.
En respectant les propres lois de son héros sociopathe, la série impose une logique jusqu’au-boutiste, effrénée et puissante. Comme un code en péril, elle ne se contente plus de placer Dexter sur la corde raide pour l’en sauver in extremis. Avec cette saison, la série confronte son héros à ses propres erreurs, ses propres choix. Par l’entremise de Trinity dont l’effet impactant n’a jamais été aussi important dans le psyché de Dexter.
Alors père de famille, Dexter apprend à s’adapter à son nouvel environnement, lui et ses lubies macabres. Une vraie évolution situationnelle, où Dexter passe de célibataire propret impeccable à père débordé, négligé, aux multiples responsabilités. Dexter se trouve alors de nouvelles problématiques de vie, noue avec d’autres discours intérieurs et s’éloigne des éternelles tirades sur la solitude et le savoir-être du mal dont le spectateur abreuve l’essence depuis quatre ans.
Peu à peu, la série met en exergue la difficulté pour le héros de jongler entre ses différentes étiquettes et l’a finalement opposé au choix crucial. Famille ou scalpel ? Une réflexion dont le spectateur a été témoin et qui symbolise parfaitement l’impasse psychologique du héros, maîtrisée par cette saison.

L’onirisme par l’Horreur
La saison 4 est plus qu’une loi du talion. Plus qu’une traque bête et méchante conduite par un tueur de tueurs, à l’encontre d’un original sociopathe fripé. Il y a plus chez Dexter (plus aussi chez Trinity). Le psychopathe y a mis, cette année, de sa personne, de ses considérations. Le parallèle avec sa nouvelle vie familiale, ses responsabilités de père et mari ont alors été toujours le point d’accroche de Dexter à l’encontre du Trinity Killer.
Un sentiment vertigineux naît alors très tôt chez le héros et hors de l’écran, et permet d’opposer alors deux monstres, deux conceptions de l’horreur insérée dans une banalité du réel et dont la source sadique puise directement dans le traumatisme de l’enfance.
Pareille à l’évolution de l’histoire, l’évolution de l’anti-héros se fait par étapes. Au départ timide et traumatisé, le Trinity devient ensuite une figure sage et maîtrisée, sereine et brillante. Pour finir homme écoeurant, sadique et incarner l’Horreur.
En scène, le Trinity Killer offrait plus d’ampleur quand il n’était alors qu’un monstre sexagénaire pusillanime et monomaniaque. Mais il se devait d’évoluer et d’apporter à Dexter la schématisation d’une vie familiale ambivalente vers laquelle ses rites et lui se dirigeaient.
Plus abject, bien moins samaritain que Dexter, Trinity a été une pièce scénaristique indispensable à l’univers étouffé, qui étranglait visuellement, à chacune des scènes où la famille Mitchell se réunissait, elle martyre, terrorisée par la figure d’un père violent et fou à lier.
La découverte du vice par Dexter s’est faite sous nos yeux, au même moment. Au moment aussi où Christine n’est plus apparue comme la seule journaliste avide de sensationnalisme. En gentille fille dévouée à un père trop pleutre pour s’en soucier, Christine est devenue une figure fascinante, de torpeur, symbole d’une dévotion filiale qui lui a coûté la vie.
Electriques et stupéfiants, ces moments d’intense vileté ont permis à la série de retrouver son emprise psychologique, d’une certaine manière onirique.

Séquelles et apostrophe
Les véritables enjeux de cette saison ne sont pas les quelques scènes finales, où d’une manière ou d’une autre, le serial killer de l’année finit dans des sacs de poubelle, au fin fond de l’océan. Les enjeux-ci sont inhérents à Dexter, à ses choix, aux conséquences inéluctables. Parce que le jeu du chat et de la souris, du monstre et du monstre a, cette année, débouché sur l’impensable.
Le choix d’une famille ou d’une pulsion n’a pas suffi à assurer les questionnements de la série. Ajoutés à la relation terrifiante de Dexter et Trinity, ils ont pris une autre dimension : inéluctable. En se débarrassant (rapidement, toujours) du tueur récalcitrant, Dexter accomplit sa tâche. Mais avant de finir sur la table chirurgicale de l’expert sanguin, Trinity (on le suppose) a débuté son nouveau cycle meurtrier et s’en est pris à Rita, l’épouse.
Mise en scène écoeurante, qui rappelle celle de Dexter enfant, le meurtre de Rita est la conséquence ultime d’une saison entière. L’exemple paroxystique du suspense à couper au couteau de cette saison, les parfaites représailles des actes de Dexter, qui n’est plus impuni, plus intouchable. Et ce lugubre assassinat, au demeurant très émouvant pour le spectateur habitué au cadre familial idéal, ouvrira la voie à une autre ère pour le héros, un code à modifier, une manière de vivre, aussi.
Aussi, la quête d’abord farfelue de Debra (Jennifer Carpenter, toujours impeccable) a fini par gagner une légitimité de terrain indéniable. En enquêtant sur le passé professionnel et sentimental de son père mentor, Debra a voulu démystifier une figure sacralisée. Peu à peu, elle a mis les fondations du fonctionnement codé de son frère, en péril, en découvrant la réalité sur son enfance, ou son lien de parenté avec le Ice Truck Killer. Mais cette année, l’enjeu de fond est resté en suspens. Peut-être l’année prochaine.
En attendant le deuil, le doute, ou la solitude re-embrassée de Dexter, la mort de Rita, et sa mise en scène sanglante, restera gravée dans les mémoires. Comme la marque d’une fin sordide. La fin des quatre plus grandes années révolues d’un sombre serial killer socialement réhabilité mais dont la complexité n’a jamais été vraiment mise à jour.

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Note globale : 8/10
Les critiques épisode par épisode sont à lire ici.
Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Critiques, Dexter | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : dexter, saison 4, showtime, jennifer carpenter, julie benz, michael c. hall, bilan, critique |
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