06.03.2010

A Single Man (Critique) Le repli en chagrin sophistiqué

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En troquant sa paire de ciseaux et ses luxueux porte manteaux pour des pellicules bon marché, le créateur de mode Tom Ford a flatté le diable. Espérant une première œuvre de cinéma surprise, narcissique, absolument parfaite, donc foncièrement flatteuse.

 

Solitude unisexe

George, professeur émérite de faculté, perd soudainement son petit ami Jim dans un accident de voiture. Une tragédie ordinaire qui résonne pour une foule hétérosexuelle comme un simple aléa sonore sur un chemin de vie tortueux, donc torturé. Pour le héros, c’est le point d’une chute sans fin, le signe de sa complète résignation.


Si ce Single Man est donc un film sur le néant d’être après la mort, une œuvre de solitude, c’est avant tout pour plaider la cause homosexuelle. Ici, la solitude a un sexe, se coupe de l’universalité, il y a une défense claire à prôner pour Tom Ford : c’est l’amour de l’homme et sa perte indicible. Des nombreux plans sur ces corps virils qui exultent, aux évocations subtiles de l’homosexualité des seventies, le parti pro-gay est évident, louable, émouvant. On croit même apercevoir l’amant du designer, le journaliste de mode Richard Buckley, assis sur un banc de la faculté de l’endeuillé George. Et les fox terriers du héros sont en réalité ceux de Ford. Pour une quête de soi mêlant narcissisme et autoanalyse.

 

Form-idable

Couleurs rousses, ambiances chair, vintage chic, décor d’archi, tout est mis en œuvre pour conférer au film la forme la plus visuelle possible. Les couleurs se neutralisent puis se ravivent nettes au gré des sentiments, des allusions. Les iris sont grossis à la loupe, les plans sont saccadés, désaturés, retouchés, les scènes paradent se voulant vintage à la James Dean, les acteurs secondaires, un brin inutiles, cabotinent, menés toutefois par une reine de cabaret truculente nommée Julianne Moore, le seul point de vertige de l’œuvre.

A trop vouloir en faire, la surenchère se contente d’esbroufe pudique. Léchant et surléchant sa forme à l’envi, Tom Ford met au placard des thèmes majeurs laissés en l’état, pour se complaire dans le maniérisme absolu, l’œuvre de pose du débutant, qui sous airs tirés à quatre épingle, ne cache pas grand chagrin.
Parce que sans la douleur indélébile d’un Colin Firth tout à fait désarmant, le film aurait pu n’être qu’un manifesto plastique, une publicité Chanel améliorée, « luxurisée » sur la vie gay et l’art d’être chic, riche mais triste sous la peau.

 

Chez Ford, le deuil est en velours, soyeux comme du tweed repiqué. Inaccessible comme une chouette alerte sur une branche, éclairée par la pleine lune. Lisse comme le front du minet amouraché que le héros suicidaire daigne prendre sous son aile avant le grand départ.
Les métaphores colorées pleuvent et se noient alors avec le héros sous la houle. Des tourments et de la douleur physique palpable, annihilante, colérique, il n’en est jamais question. A Single Man manque de chaleur saignante, de larmes grises, de terne, pour faire sens.

 

C’est toute l’ironie blafarde de ce premier essai cinématographique, aux airs profonds mais trop éclatants pour être vrais.

6/10

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