05.07.2010

Huge (Saison 1) Au royaume amer de l’adipeux

HUGE_jpg-550x413.jpg

 

Hello I Must Be Going – 1.01 (diffusé le 28.06.10)

Enorme … paradoxe venant dynamiser la ligne éditoriale de ABC Family. La chaîne familiale nœud-nœud du paysage télévisuel U.S vient de lancer ce qui pourrait être ses deux nouveaux programmes identitaires. Pretty Little Liars, show gentiment efficace sur les secrets de jeunes filles un peu idiotes. Et Huge, une série grande taille qui rompt avec poids avec les codes (anorexiques) des programmes ados.

 


Et si le bourrelet était sur le point de remplacer les hanches étroites garanties sans vergeture de toutes ces fillettes symboles des programmes jeunes des networks ? Avec Huge en tout cas, le risque est imminent et la nouvelle tendance, absolument affriolante ; n’en déplaise à la brindille Serena Van Der Woodsen.

Avec le succès de la Fat TV en général (The Biggest Loser, Drop Dead Diva, Fat Actress et la sitcom à venir Molly & Mike, dernier bébé de Chuck Lorre), Huge pourrait en effet surfer sur une vague annoncée : la mode du gras ballant. Pourtant, diffusée sur ABC Family, on pouvait facilement craindre un énième programme paternaliste ou racoleur, comme la petite sœur de l’Alphabet a su le faire avec Greek, American Teenager ou Make it or Break It. Etonnamment, la chaîne ne verse pas dans un registre freaky dans lequel la grosse adolescente serait une parodie morbide sur pattes empâtées (c’est le rôle de Mariah Carey). A l’inverse, Huge excelle dans sa modestie et son authenticité et prend même à bras le corps le problème plus actuel que jamais de l’obésité croissante aux Etats-Unis.


Signée Winnie Holzman, auteure de la meilleure série jamais réalisée sur l’adolescence, My So-Called Life, Huge use de ce même bagage amer et spirituel pour évoquer le problème du surpoids morbide, avec toujours un regard dénué de moral ou d’hauteur. Sans complaisance ou ton potache, Huge suit avec proximité le quotidien d’un groupe d’ados en surpoids, mené par Willamina (Nikky Blonsky, encore plus épatante que dans Hairspray). Ce thème fort de l’obésité, qui devait nécessairement voir le jour à la télé, subtilement imbriqué à la problématique générale de l’adolescence, aboutit naturellement à un résultat solide et teinté d’émotion.


Les storylines, diverses et simples, mais à l’effet sensé sur l’univers éducatif US et la jeunesse américaine (la diabolisation de la nourriture dans les camps d’amaigrissement, la vie sportive drastique, les consignes en tout genre) sont habilement représentées dans un cadre narratif où métaphores (le camp et la nourriture marchandée illustrent les réunions d’addict et le deal de drogues) enjeux existentiels et conflits adolescents procurent à l’ensemble une touche bigarrée et véridique.

Par exemple, alors que la jeune et jolie Amber (Hayley Hasselhoff, fille de David) voit dans ce camp un monde parallèle où tout est possible, la rebelle Will est bien décidée à grossir de plus bel pour dire merde à ses parents (et s’assumer dans le rejet). Huge ne cède ainsi pas à des pré-construits bêtes et méchants, exploite la diversité de son thème et montre surtout qu’elle sait de quoi elle parle.



D’emblée, Huge n’avait rien d’un teen-show comme un autre. Les formes de cette série étant plus généreuses que celles d’un autre teen show, habituellement squelettique et avide de paillettes sur figurantes emballées dans un linceul à la mode. Après visionnage du pilot, il est de même pour son contenu : d’une qualité (ABC Family) rare.

7.5/10

Raven-Goodwin-and-Nikki-Blonsky-in-HUGE_jpg-550x366.jpg