22.12.2009
La Route - L’Humanité au cœur de l’Apocalypse

D’abord, survient une lumière aveuglante, acide, nucléaire. Puis, plus rien : le noir absolu, un chaos. Un chaos sur Terre, qui plonge les êtres humains, malheureusement rescapés, dans un état annihilant, sauvage, premier.
Six ans après cette terrible apocalypse dont on ne sait quasiment rien (sa nature, ses causes), un homme (Viggo Mortensen, ahurissant) et son fils (Kodi Smit-McPhee, touchant) font route vers le Sud. Plus qu’une route, il s’agit d’une errance.
Survie monochrome
Une errance spirituelle, guidée par Cormac McCarthy, l’écrivain du livre original, Pulitzer en 2007. Et la marque du romancier américain se retrouve à l’écran : son jusqu’au-boutisme ancré dans une patience lettrée mais au processus inéluctable.
C’est la fin irréversible de toute civilisation et la nécessaire survie de l’homme, parce que dans la Route, il n’est jamais question de mourir, de lâcher la main du fils. Le film consacre à satisfaire un anthropologue, un retour visuel à l’état sauvage, où les seuls besoins vitaux sont de manger, marcher et fuir l’autre. L’homme retrouve ses instincts primitifs, pire encore. Le cannibalisme est la peur qui terrasse les survivants. Plus de végétation ni d’animaux, l’homme devient le chasseur et sa proie.
Formellement, le réalisateur John Hillcoat parvient brillamment à retranscrire cet état indicible instauré par McCarthy, oppressant, sinueux. Un état monochrome où la grisaille ambiante, uniforme étouffe le monde, du ciel à la mer. Où la saleté ronge l’homme, gris, réduit en lambeaux, en homme des cavernes recyclé.
Transmission
Mais plus qu’une survie, un adieu aux mœurs, toutefois d’une humilité formelle et beauté saisissante, le questionnement foncier du film s’établit autour de l’éducation et de la transmission. D’un père à son fils.
Aller au Sud, « porter le feu », ne jamais baisser l’arme face à l’inconnu, se méfier et faire survie seul : jamais ce père ne cessera d’inculquer à son jeune fils une éducation, une humanité dans ce no man’s land sans but. « Papa », le héros, sans cesse interpellé par son enfant, apparaît alors comme une figure christique, dévouée à cette cause.
L’effort est débonnaire, quasi-divin, Viggo Mortensen coupe le souffle dans sa quête parentale, parfois violente, toujours passionnée et acharnée, d’habilitation. Et cette finalité est noble, désarmante lorsque l’adieu attend, lorsque la transmission s’effectue enfin.
Le film sublime son propos avec subtilité, autant que ce rapport d’amour de ces deux hommes, intact, magnifiant. L’innocence du garçonnet, aussi, malgré la faim, les trafics humains ou le sang vif, ébranle le cynisme du père et bouleverse l’ordre établi.
A double sens finalement, la Route défend un humanisme indéniable, résistant à l’horreur et la sauvagerie. Telle une leçon de vie, l’œuvre est une instruction, une quête de sens symbolique, qui finit par rejaillir hors de l’écran.
(7/10)

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans xCritiques Cinéx | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : la route, the road, viggo mortensen, charlize theron, molly parker, cormac mccarthy, hilcoat, critique |
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