17.04.2012
Girls (Saison 1) Etre une fille après Carrie Bradshaw

Pour HBO, il fallait bien des sacrifices (Hung, Bored to Death) pour accueillir une série de la qualité de Girls. Cette nouvelle recrue sur la vie de quatre demoiselles vingtenaires à New-York de nos jours fait enfin la transition entre le juvénile sans liant et l'amèrement réaliste. Il était temps.
Produit par Judd Apatow, -le mystère reste entier-, Girls est à des années lumière des produits ados où de jeunes beaux brillent par leur impertinence, leur ironie et leur air fringuant. A l'inverse, Girls est une photographie actuelle, un instant vrai, dans lequel évoluent quatre jeunes filles ordinaires, et même un peu vilaines. Et c'est peut-être ça la réelle différence entre les séries préfabriquées et les propositions artistiques.
Girls est créée, écrite et jouée par Lena Dunham, cette américaine juive de vingt-six ans (un parcours qui file des complexes mais c'est un risque à prendre), fraîchement diplômée, sans réelle trace artistique derrière elle, à part qu'elle est une new-yorkaise pur souche et qu'elle connaît son sujet.
Dans la série, elle interprète Hannah, une jeune fille de vingt-quatre ans qui poursuit un stage indéfini dans une petite maison d'édition en parallèle d'un manuscrit qu'elle écrit et qu'elle juge générationnel ou presque. Pour l'écriture, pour New-York, pour sa vie, elle a besoin de l'aide financière de ses parents mais ceux-là jettent l'éponge, Hannah doit se débrouiller seule.

Dans la contrainte, Hannah est consciente de la réalité. Pas d'ambition trop naïve, de discours neuneu, ni d'humour witty à la série californienne, cette jeune fille, à l'image de la série, a la tête sur les épaules et les pieds dans des godasses abîmées. Ses copines sont comme elle, pas très jolies, mais raffinées, du charme quelque part, un ton, une empreinte. Son petit-ami, idem, un ancien obèse, au corps difforme, un visage étrange, et des lubies qu'il fait appliquer cul-nu sur son canapé-récup de couleur vert bouteille.
Pour autant, Girls n'est pas excessive. Ni glamour ni garage, la série ouvre la voie à une nouvelle héroïne, la fille après Carrie, une girl next door citadine, actuelle, qui connaît le marché du travail et les petits boulots, les boutiques cheaps et les rêves têtus.
Il n'est jamais question de renier l'héritage new-yorkais flamboyant de la bande à Bradshaw mais Girls sait aussi composer avec la réalité, pas de façon in comme How To Make In America, ni même en mode hipster comme I Just Want My Pants Back. La série refuse les répliques dosées et les personnalités marquées, elle préfère jauger les expériences, questionner les incertitudes.
Girls est une série fine, imprévisible, gentiment amusante, comme une rencontre. Avec Enlightened, elle est la nouveauté de la saison.
9/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Critiques, Girls | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : girls, critique, hbo, saison 1, alisson williams, lena dunham, zosia mamet, judd apatow |
Facebook
03.02.2012
Enlightened (Saison 1) Que faut-il être pour être heureux ?

A contre-courant, HBO tente tant bien que mal de poursuivre son échappée en marge, loin des canaux. Avec Enlightened, la série la plus subtile de l’année, HBO, mis à mal par les médisants, retrouve son statut indétrônable de chaîne prête à tout, ouverte à la nouveauté.
Amy est une femme de trempe. Elle craque au cours d’une journée au bureau, le rimel dégoulinant sur les joues, les yeux gonflés par la frustration et l’aigreur du temps. Noyée par le travail, l’ambition, les romances empesées, elle se jette corps et âme dans une crise, une hystérie d’ascenseur, gros mots et gestuelle malade, qui vient tout chambouler.
C’est ainsi qu’Enlightened démarre son histoire. Mais heureusement, après l’hystérie, vient l’apaisement, dans un camp d’américains victimes de leurs nerfs mous qui en ont eu assez de se crisper. Désormais le leitmotiv d’Amy sera de forcer le calme, les sentiments, ou des tentatives désespérées de sérénité, incarnées par l’actrice merveilleuse, encore plus que l’est le personnage, Laura Dern, cette muse de Lynch qui a manqué à l’écran.
Mais derrière la machinerie ésotérico-zenito-gnangnan du personnage aux cheveux tout en boucles, se cache une fragilité, une force sensible qui donne à l’héroïne un charisme et une émotion implacables.

Torturés par les sentiments impasse, l’espoir et la tristesse, la désillusion et le cynisme qui guette, Enlightened est une série sur la modernité, les mœurs du temps. Laura Dern n’est pas qu’une femme ayant cédé à la société, elle représente ce mal actuel pétri par les contradictions, par l’égocentrisme et la générosité, l’envie éhabie d’agir et le confort de soi.
Au travail, Amy se voit malmener par une équipe de faux derches, menées par son ex-assistante lisse comme pas deux et son nouveau patron, abruti de foire, là pour contrôler un petit groupe de bras cassés vérifiant des données, jaugeant la productivité des autres, dans cette sorte de multinationale déshumanisée. Le mal est permanent mais Amy insiste, elle vise la justice, le bien-être de tous.
Chez elle, le mal est là aussi, rôdant comme un chat. Sa mère, silencieuse, froide, difficile mais là encore à l’humanité touchante (cet épisode de supermarché plus efficace qu’une thérapie). Cet ex-mari junky (Luke Wilson), attentionné mais ailleurs. Cette amie d’idéologie (Robin Wright Penn), aux méthodes douces, mais à la violence latente.
Enfin, c’est aussi la faute d’Amy, tout ça. Ces gens, ces attitudes, ces secrets autour d’elle. Amy est crispante, Amy vomit des logorrhées bien pensantes, Amy empiète, Amy envie, Amy en fait trop. Amy a beau être une nouvelle illuminée, sourire comme une écervelée, ses maux à elle sont ancrés. La façade est belle et bien retapée, brillante et peinturlurée comme il faut, ses soucis sont scellés au grenier et c’est le plus beau non-dit de la série, sa plus belle mise en scène. Finalement, que faut-il être, que faut-il faire pour être heureux ?
Un développement sourd, un questionnement profond sur le bonheur, sur la perception des autres et de soi dans ce bal pollué, une énergie joyeuse et triste à la fois. C’est le programme d’Enlightened, petit joyau télévisuel, à des années-lumière des midlife crises de Showtime et des drames de tout bord. Enlightened parle de tout, elle invoque, fédère sans jamais en dire trop, en menant le ton de l’existence, au rythme des jours, parfois doux, parfois moins.
9/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : enlightened, saison 1, critique, laura dern, hbo, luke wilson |
Facebook
27.12.2011
Hung (Saison 3) Prostitution et gros tracas

Hung, la production sans histoires de HBO, poursuit sa route sur les voies de la chaîne à péages. Après deux saisons simples convaincantes, la série bien montée a voulu compliquer son paysage. Moralité, la série perd légèrement en sex appeal et en force réaliste.
Il y a toujours eu quelque chose de touchant dans Hung. De par l’acteur star jouant ce prof de sport gigolo, Thomas Jane, qui avant la gloire hollywoodienne, connut lui aussi ses heures d’escort et de petits trottoirs pour gagner sa vie à Los Angeles. De par sa vision contemporaine, aussi, Hung, ayant toujours eu un regard désenchantée, post-industriel, sur la crise, le logement et la situation des familles et des petites bourgades américaines.
Mais Hung n’en est plus à ça. Si la précarité a fichu le camp, c’est pour voir évoluer son personnage principal, Ray, qui désormais est un play-boy demandé, une catin de luxe. Avec sa partenaire, Tanya, toujours aussi loufoque et attachante, désormais guide de vie derrière son comptoir (à la tête d’une entreprise sur le ton de l’orgasme féminin, Happiness Consultant), l’ex-joueur de base-ball accumule les rendez-vous et les attentes des femmes qui en veulent pour leur argent.

Cette saison, les (bons) personnages restent les mêmes mais les dynamiques changent. Le gros défaut de cette saison, c’est de s’être embarrassé de tics de jeu et de personnages secondaires irritants. Notamment ce couple de jeunes opportunistes recrutés par Lénore pour concurrencer le petit business de Ray et Tanya. La concurrence était au départ alléchante (cette thématique de la prostitution homosexuelle) mais la série s’est contentée d’un triangle anecdotique d’égos sans action, ni parti-pris.
Du côté des clientes, la série change également de cap. Finies les femmes désoeuvrées, douces ou chagrinées qui faisait les joies du charisme de Ray, davantage chargé de réconfort, d’écoute que de performances dignes d’un super héros, cette troisième saison ne fait plus d’étude de cas. A l’exception d’une transsexuelle émouvante, les rares personnages n’auront été que des figures académiques ou des rôles agaçants venues compliquer le quotidien des héros, notamment cette ancienne écolière, faite de lieux communs et d’attendu et cette flic violente (Ana Ortiz) qui commettra le crime sériel le plus horripilant : le bon vieux chantage.
Même chose du côté de Tanya. La pauvre maquerelle s’est vue accompagnée tout au long de la saison par son ami mac, fourbe et menteur, qui par ses actions, rendra la vie de Tanya encore plus misérable. Heureusement, pour rendre l’équilibre drame/comédie plus solide, on pouvait toujours compter sur les prestations d’Anne Heche, toujours vibrante et touchante dans son rôle de femme perdue, mère négligée désireuse d’indépendance et de considération. Idem pour Lenore (Rebecca Creskoff). Si son personnage incarne tout le mal de Hung, ses histoires tarabiscotées, ses enjeux parfois pénibles, le jeu de l’actrice, ses moues, ses grands airs, sont impayables.

Une légère évolution pour Hung qui dévoilera les secrets de tous mais qui perdra en équilibre. La série maintient la psychologie de ses personnages, sa rythmique comique à part, mais se perd parfois en détails crispants.
7/10
Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Critiques, Hung | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : hung, hbo, thomas jane, jane adams, rebecca creskoff, anne heche, critique, saison 3 |
Facebook
06.12.2011
Bored to Death (Saison 3) La suite dans les idées

Bored to Death, la petite série de HBO dont personne ne parle (il en faut toujours plus aux new-yorkais de HTMIIA) revient nous délecter pour un troisième cru. L’écrivain et anti-héros, Jonathan Ames, virevolte avec le même entrain dandy et la même énergie caustique parmi les aventures épiques et les répliques subtiles. Toujours aussi charmant.
Tout recommence par une sombre histoire de meurtre dont Jonathan est le principal suspect. Sur deux épisodes, l’affaire a de quoi mettre en branle le nouvel équilibre du héros, après une publication désespérée de son second livre et une presse attentive (surtout de la part de blogs) qu’il n’attendait plus. Grâce à son flair inouï, Ames élucide ce nouveau mystère avec brio mais retrouve très vite la perplexité des intrigues qui jadis égayaient son quotidien.
A partir de là, tout s’enchaîne. Jonathan découvre qu’il est issu d’une donation de sperme, dans les années 70 et part à la recherche de son père, thème qui circulera tout au long de cette saison. Avec cette quête en tête, ce héros aussi affriolant qu’un animal Disney réussira à mener la danse, toujours en compagnie de ses amis loufoques indispensables au bien-être du show.
En ce qui les concerne, peu de changement à l’horizon. A la personnalité intacte, Ray et George voguent sur les mêmes courants décalés et gentiment drolatiques. Ray réussit à vivre quelques moments avec son enfant, encore une question de donation de sperme et de retrouvailles tardives (avec une lesbienne) mais toujours en cumulant les maladresses dont il a le secret, notamment mener une relation avec une sexagénaire sortie de nulle part. Mais cette fois, ses petites manies dignes du personnage balourd qu’il incarne n’énervent pas.

Plus délicat, plus nuancé, le personnage de George explorera lui aussi du côté familiale, en acceptant l’idée d’un mariage saugrenu entre sa fille avec qui il renoue à peine et un homme de son âge, dont elle aime qu’il incarne son chien-chien. Fantaisiste, forcément, le personnage gagnera en humanité dans son rôle de père symbolique pour Jonathan et Ray, désormais, dont il aime s’occuper avec générosité.
Si ces trois mâles conservent l’essentiel, les guest stars féminines ont été à l’honneur cette année, Bored to Death ayant accueillie la femme à la ville de Ted Danson, Mary Steenburgen, ainsi qu’ Isla Fisher, plus comique qu’à l’accoutumée aux côtés du détective Ames et celle qui assure les rires hebdomadaires dans Happy Endings, Calsey Wilson, dans un rôle de femme schizo hystérique qui lui va évidemment comme un gant.
Toujours aussi succincte (huit petits épisodes), la dernière saison de Bored to Death met toutefois les bouchées doubles pour entretenir sa vivacité et son parti-pris marginal. Moins d’intrigues isolées, de rentre-dedans à formule pour un arc plus corrélé, Bored to Death réussit à maintenant cet état d’esprit ancré dans son petit groupe de personnages, devenus attachants avec le temps et évoluer avec les modes et les lubies actuelles.
En bref, un déploiement d’humour et de fantaisies dans cette nouvelle saison de Bored to Death. Plus concentrée sur ses personnages et leurs histoires personnelles, la série de HBO réussit à fidéliser le téléspectateur et créer une dynamique bien à elle à laquelle on finit par adhérer plus qu’on le pensait.
8/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Bored to Death, Critiques | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : bored to death, critique, hbo, saison 3, jason schwartzman, ted danson, zach galifianakis |
Facebook
17.09.2011
Entourage (Saison 8) Showbiz et fin calamiteuse

La fin d’une série, c’est toute une histoire. On pleure, on regrette, on parle de façon amère ou alors on fait ses adieux bien contents de ne plus avoir un énième fardeau à inscrire sur la grille des programmes. Au vu de la qualité de sa saison finale, Entourage ne nous a pas laissé le choix. Ceci est un adieu teinté d’ignorance et de déception.
On s’en doutait depuis bien plusieurs années : Entourage, ce n’est plus ce que c’était. Si la saison finale a été revue à la baisse (huit épisodes seulement), la fin particulièrement mitigée de cette série masculine pourtant bien appréciée par ses débuts hauts en couleurs et irrévérencieux a laissé de marbre. Pire, elle a réussi à irriter.
Il y avait beaucoup à conclure sur cette grande saga hollywoodienne, sa bande de potes, son symbole de réussite et de défaillance moderne. Mais la clique des scénaristes d’Entourage l’a joué paresseuse, en produisant le minimum, quitte même à déshonorer la série de son label HBO.
On avait quitté Vince en pleine remise en question existentielle, après une saison bordeline de déboires amoureux, d’excès illicites en tout genre. Ce sentiment de ras-le-bol général qui traverser souvent la vie des stars et permet à la presse people de se maintenir à flot était une idée facile mais plutôt utile à Entourage qui aurait pu verser dans la profondeur, les coulisses sombres sans détonner. Mais la série n’a pas été en mesure de prendre le pouls de la réalité parfois difficile des célébrités et du monde paillettes.
La ressurection de Vince s’est faite facilement, sans grande crise identitaire, avec une simple rédemption intérieuse qui caractérise l’ordinaire et creux Vincent Chase (Adrian Grenier). Soit, on espérait que le reste de la tribu, bien plus intéressante depuis le tout début, joue leurs cartes et permette une fin digne de cette dramédie.

Mais là encore, ça coince. D’abord, avec le mariage menacé d’Ari qui perd de son verbe haut, de ses vices désopilants, à force de pleurnicheries et de désespoir irritant dans les bras de Dana, le personnage perd de sa prestance et de son intérêt. Bien sûr, le divorce n’aura pas lieu (l’idée de réunir l’agent numéro 1 d’Hollywood et la boss de la Warner était pourtant une idée solide, idéale pour une fin inattendue) et l’histoire débouche sur un happy ending un peu lisse.
Du happy ending, Entourage en aura fait jusqu’au bout. Avec le mariage de Vince, complètement soudain, venu de nulle part, la série a fait fort, osé le coup du soap de longue date qui se veut larmoyant. Les séries qui s’entendent finir sur un mariage ou sur une grossesse sont de très mauvaises séries. Alors que penser d’Entourage qui en plus de réunir tout à trac son héros à une journaliste jolie mais insipide au possible ose le coup du bébé inopiné, moyen idéal de réunir un autre couple en crise, E et Sloan dont on connaît les difficultés depuis trop d’années ? Si l’épisode avec Melinda Clarke a rehaussé le ton, cette histoire morne a confirmé cette saison finale dans son statut de série en voie d’extinction.
De cette saison, il restera alors (non pas Johnny Galecki, plus insupportable ici qu’en geek sidekick) Turtle et son envie rabâchée de business (et puisqu’il devient soudainement riche, l’ex bouboule finit par s’en ficher) et Drama qui toujours rattrape le coup. Son histoire de série animée n’est pas celle qui aura été la plus digne de lui mais celle-là aura permis au moins de contribuer au sujet hollywoodien et de revoir un personnage fort en gueule dans son dernier acte.

Saison finale médiocre pour Entourage qui s’achève dans l’agacement le plus complet. A force de trop en faire, trop polir les angles, la série a fini par être un ramassis de clichés faciles sur les célébrités et leurs petites contrariétés. Que tout le monde se rassure, Entourage est l’antithèse de la vraie vie.
4/10
Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Critiques, Entourage | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : entourage, saison finale, hbo, adrian grenier, kevin dillon, critique |
Facebook
26.07.2011
Entourage (Saison 7) Le Temps des Dispersions

Pour leur septième année de mauvais et déloyaux services sur HBO (parmi les plus longs de l’histoire de la chaîne), les garçons mal peignés de L.A continuent de se la couler douce, quitte à se faire eux-mêmes de l’ombre. Entre absence d’évolution et dispersions mal gérées, la bande à Vinnie gigote sur place, mais n’ennuie jamais.
Parmi les séries actuelles HBO, Entourage est sans doute celle qui bénéficie aujourd’hui le moins de contenu. A l’image du héros, Vincent Chase, devenu le sidekick de ses propres sidekicks, notamment Drama, son vieux frérot, la série Entourage se contente d’incarner un décor et une ambiance en arrière plan.
A ce niveau, la série réussit toujours à maintenir une bonne humeur et son capital sympathie intact la sauve du précipice éculé. Remercions ici la riche et éclectique distribution de la série (Entourage est une série qui tourne avec minimum une douzaine de personnages secondaires réguliers), des principaux mentors qui ont fait leurs preuves depuis belle lurette (Piven, Dillon) aux rôles secondaires féminins devenus quasiment indispensables à une nouvelle mécanique de la série.
Debi Mazar, garante du cynisme farfelu de la série, malheureusement trop absente, Perrey Reeves, alias Madame Gold, Beverly d’Angelo, Constance Zimmer, Emmanuelle Chriqui, mais surtout récemment Dania Ramirez, compagnonne de Turtle et la très convaincante, Autumn Reeser, sublime agent aux longues dents et au discours affirmé qui donne du fil à retordre au machisme d’Ari.
Sans l’énergie amenée par ces nouvelles têtes aiguisées qui en disent long sur la prise de pouvoir d’Hollywood par les femmes, la série signerait désormais des chapitres convenus qui n’apporteraient rien à cet univers show-bizz dont on a fait le tour depuis des années.
Les guest stars ennuient, les défilés de jolies filles aussi. Alors quand Vince la joue garconniere, n’en fait qu’à sa tête au point de se la raser (le syndrome Britney Spears, de mauvais augure) et ne jure plus que par l’associé bêta et inconséquent de E., le téléspectateur tire la sonnette d’alarme : l’histoire de l'ascension d’une coqueluche n’est plus, il n’y a plus que lun enrobage superficiel sur fond devenu tout autant guimauve.

Alors, il reste l’évolution d’Ari, toujours à la conquête d’un empire plus grand, de E., qui décide de se ranger pour l’amour, ou de Turtle, bien décidé à faire sa place quelque part, mais leur histoire manque de mordant ou d’inattendu. Les premiers épisodes, maladroits dans le fond, peinent à rendre l’histoire du petit commerce de Turtle et son avenir dans la Tequila d’un quelconque intérêt.
Même topo pour Ari, qui malgré son envie mégalo d’acquérir sa propre équipe NFL et ses discours toujours si impertinents, commence à flirter avec les frontières de l’imprévisible et seul l’atout Lizzie lui permet de sortir de sa stature jamais plus méconnaissable.
Heureusement, pour assurer les scènes les plus typiques d’Entourage, Johnny Drama veille au grain. Lui n’évolue jamais, toujours avide de succès, d’un projet qui cartonne, d’une reconnaissance ultime. Drama s’essaie désormais à la comédie, avec en partenaire "l’éphèbe" John Stamos.
S’il réalise que l’échec et le manque de considération des autres lui sourient toujours, Drama découvre enfin son potentiel comique et pourrait à l’écran devenir son propre rôle désopilant. L’avenir de la série reposerait peut-être bien sur ses épaules voûtées. Pour Vince comme pour la série, il ne leur manque plus qu’à réaliser que les succès paresseux et sans surprise, cela ne suffit plus.
6.5/10
Écrit par J.D.L (Webmaster) | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : entourage, saison 7, critique, jeremy piven, adrien grenier, hbo |
Facebook
27.04.2011
Mildred Pierce (Mini-série) Kate Winslet en mère courage

Chaque année, les mini-séries printanières de HBO insufflent du renouveau dans le paysage télévisuel, en accueillant le temps d’une fresque de quelques épisodes des histoires d’envergure et le gratin du 7e art. Cette année, plus que jamais, avec Mildred Pierce, adaptée de l’œuvre éponyme de James M. Cain, incarnée par la lumineuse Kate Winslet et réalisée par l’un des plus grands cinéastes actuels, Todd Haynes. Les séries long format n’ont qu’à bien se tenir.
L’an passé, il y a eu Temple Grandin, interprétée avec force et esprit par une Claire Danes méconnaissable, HBO poursuit cette année les portraits poignants de femme, avec Kate Winslet dans le rôle de Mildred Pierce. Mildred est une femme de classe moyenne et mère de famille dévouée. Après le départ d’un mari amouraché d’une autre, en pleine crise économique des années 30, Mildred se retrouve seule pour élever ses deux filles. Exigeante et orgueilleuse, Mildred cèdera à ses hauts principes pour prendre le torchon et commencer une vie d’employée, jusqu’au succès inopiné et sa perte.
En six heures, l’impeccable cinéaste Todd Haynes réussit cette immersion profonde dans l’époque des années 30 (comme les années 50 pour Far From Heaven), en donnant vie à cette Mildred Pierce en plein dilemme. Si Kate Winslet s’est toujours avérée épatante, autant dans les rôles rétro que les interprétations modernes, son incarnation de Mildred Pierce sonne plus juste et plus contemporain que jamais.

Sans jamais nous guider, nous prendre par la main, Todd Haynes filme avec une lenteur désarmante et un goût acharné du détail ce portrait de femme d’époque, qui vise le sacrifice pour les siens. Si le tout est teinté d’académisme léché, de décors grandioses, de musique sirupeuse et de dialogues sur travelling, la mise en scène de Mildred Pierce rend grâce à ce personnage de vie à la fois authentique et très actuel. Dans son verbe maternel, ses gestes doux, sa figure apaisante, ses yeux inquiets, cette mère généreuse et brave prend sens à l’écran, quitte à éclipser tout le reste, tout cet esthétisme offert sur un plateau.
Outre la thématique symbolique du sacrifice, l’enjeu de Mildred Pierce réside dans la relation entre cette femme et sa fille aînée, un amour débonnaire et tourmenté, propice aux menaces. Veda (Evan Rachel Wood) est une jeune fille dédaigneuse et manipulatrice qui malmène sa mère et la pousse aux mauvaises décisions. Forcément elliptique (mais maîtrisée), la série survole ainsi la vie de cette fillette arrogante et capricieuse, de ses onze ans à sa vingtième année, en peignant toujours un portrait cruel voire sordide de la jeune Pierce.

Si Mildred Pierce est une femme dévouée à la cause de sa fille (la cadette décédant tragiquement au plus jeune âge), l’ingratitude qu’inspire la série est la partie prenante de l’oeuvre. L’histoire de cette fresque, conçue telle une descente aux enfers (à en croire la réplique finale), symbolise cette relation féminine massive fait de ressentiments et de rancunes, comme un amour pourri de l’intérieur. A aucun moment, Veda, devenue l’espoir du chant lyrique, retrouve une sensibilité à nos yeux, peut-être aussi en raison de la dévotion quasi-maladive de Mildred à son égard, qui sacrifie sa vie et son business pour retrouver les bonnes grâces d’une fille insolente et vaniteuse qui sait amadouer ses sentiments.
Egalement flanqué d’un amant-époux volage et menteur (Guy Pierce) qui finira par commettre l’irréparable, Mildred Pierce touche vite le fond (et la série, un brin d’excès).Tous les enjeux dramatiques de la série découlent ainsi naturellement, parfois sans grande retenue, la mécanique parfaite (et un peu prévisible) de Todd Haynes visant constamment à magnifier et balafrer cette héroïne qui toujours fait face à la rupture, qui toujours contemple le vide sans tomber. A croire que la grandeur d’âme se mesure au nombre d’écorchures et de trahisons.
Si la série perd en pudeur (et en tact) au rythme des coups bas infligés à l’héroïne, Mildred Pierce, entourée de personnages voraces et avilissant (à l’exception d’une voisine (Melissa Leo) et d’un ex-mari, symboles de soutien) est l’effigie de l’honneur et de la dévotion, de l’amour et de la désillusion. A la fois sobre et étouffante, cette œuvre en cinq parties est une tragédie familiale qui redore le blason des fresques d’époque qui s’immobilisent dans la poussière.
7.5/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Critiques, Mildred Pierce | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : mildred pierce, kate winslet, evan rachel wood, guy pierce, melissa leo, critique, hbo |
Facebook
20.04.2011
Big Love (Saison 5) Tristes adieux hivernaux

Envisager la fin d’une série adulée, c’est comme un mantra à apprendre, comme un livre dans lequel chaque page est une menace, c’est une gageure artistique. Avec la saison cinq de Big Love, la joie des retrouvailles et la tristesse de la fin ultime s’entremêlaient, à l’image des deux niveaux de lecture de cette série tragique et humaine. Retour sur l’ultime saison de la meilleure série spirituelle jamais créée.
Pour cette dernière année, Big Love ne nous a pas épargnés. Hivernale, grise, emportée comme un vent froid et indolent, le chapitre final de la grande saga des Henrickson s’est présenté sans faux air joyeux, avec la conscience d’une fin qui doucement s’approche. Après le coming-out de la famille polygame, le monde de chaque membre de la tribu s’est écroulé et depuis, tout est plus instable, plus piquant, plus tourmenté que jamais.
Conclure un feuilleton à tiroirs de l’acabit de Big Love n’est jamais chose aisée. Alors, pour rendre à chacun ses lettres de noblesse, le traitement s’est fait de façon individuelle quitte à parfois survoler certains portraits, ceux de Juniper Creek notamment. Soucieuse de la fragilité de chaque personnage, de ses contradictions, de ses failles, la dernière saison a opéré une évolution tantôt brute tantôt nécessaire des protagonistes. Toujours très portée sur l’aspect générationnel de la série, Big Love a conclu les portraits de Bill, le héros politicien qui finit par demander la légalisation de la polygamie, de Loïs, la grande matriarche qui malheureusement finit vaincue par la folie, et de Ben, le fils aîné, désireux de suivre les traces du père polygame lumineux, mais bientôt amoureux. Ce traitement scénaristique familial et générationnel a ainsi porté la polygamie au pinacle, la formidable clé de voute de cette série, à travers ce héros battu par ses propres convictions, cette mère de famille, symbole de la mormone dévouée à vie à la cause du pater familias, et ce fils prometteur.

Mais malgré la force du symbole, c’est le portrait des femmes Henrickson qui demeure l’essence spirituelle de cette série. Cette année, beaucoup de choses se sont produites dans la vie de ces trois femmes, des évènements importants, d’autres anecdotiques qui ont permis d’achever le portrait de ces femmes généreuses et admirables. Margene, la figure de l’émancipation, de l’altruisme et du don de soi, finit par être celle qu’elle a toujours rêvé d’incarner, une femme et mère de famille libre mais unie aux siens. Malgré la méchanceté, les coups bas, la manipulation (notamment envers sa fille), Nicki reste celle qui pêche par maladresse, son envie de bien faire est intact -Nicki sauve désormais les femmes de Juniper Creek-, son amour mal exprimé des siens, de sa fille, d’un mari officiel est ce qui la rend si fragile et attachante, la scène finale avec Margene et Barb, désarmante à souhaite le prouve bien.
Pour Barb, depuis la seconde saison, la rage d’indépendance et la soif de spiritualité sont prégnantes à sa personnalité, comme une conduite que la sisterwive se donne d’entretenir pour elle et sa famille. Si sa quête finale (celle de devenir prêtresse) met à mal son mariage avec Bill, Barb reste l’intégrité même, le symbole de la famille, du compromis, de la spiritualité. Ces portraits différents mais tellement fougueux donne à cet ensemble familial une rugosité, une âme, une richesse belle et âpre à la fois. Dans cette famille instable, vive et aimante, rien n’est jamais sûr. Mais pourtant, malgré les vices des uns, les trahisons des autres, le sens de la famille l’emporte toujours. C’est ce que nous aura appris la fresque qu’est Big Love durant ces cinq années.

Aussi, Big Love se devait de conclure l’histoire de Juniper Creek. C’est le cas avec la mission nouvelle de Nicki. Mais c’est surtout entre Albert Grant, le prophète autoproclamé et Bill, que les conflits font rage. Une lutte entre la communauté mormone traditionnelle, exilée de tous et entachée de vices, et la polygamie moderne, incarnée par Bill et ses principes politiques était nécessaire voire vitale à l’exploration conceptuelle de Big Love.
Voilà pourquoi la série a opéré un tournant dramatique dans cette saison (et quelque peu elliptique et dommageable pour ses enjeux), en opposant ainsi les deux chefs de file polygames, soulignant les risques de glissade et les menaces mortelles (celle de Don d’abord, celle de Nicky, angoissante à souhait et celle de Bill, en conclusion). La violence religieuse a toujours été une menace à l’horizon, une toile de fond de Big Love mais cette façon finale de dramatiser les enjeux a rendu Big Love plus facile, mais aussi plus spectaculaire.

Le final n’aurait pu été inventé que par Mark V. Olsen et Will Scheffer, les deux créateurs de la série. Impossible de deviner cette conclusion avant de la visionner, malgré cette intuition d’une chute finale, d’une rupture globale et tragique planant de manière menaçante sur la série depuis quasiment le tout début. Alors, pour ne pas en dire trop (le plaisir se doit d’être intact), peut-être se contenter de décrire une fois ultime que malgré la tragédie (qui devait arriver tôt ou tard), le divorce et l’intolérance, la spiritualité l’a emporté. En retrouvant la communauté de Juniper Creek toute réunie dans l’église de Bill, en renouant avec Sarah réconciliée avec son église, la légalisation ou non de la polygamie n’est plus ce qui compte, c’est la force du groupe, de la famille, de toute une communauté qui marque les esprits.
Il y a dix ans, il y avait la famille de Six Feet Under , ce post-patriarcat, cette union ténue. Aujourd’hui, lorsque les trois femmes polygames partent en virée voiture, le soleil devant elles, lorsque les drames surgissent, lorsque le clan se retrouve, non pas après l’enterrement mais après le baptême de l’un des leurs, Big Love apparaît comme son digne successeur, artistiquement, fondamentalement, avec sa vision nouvelle, son audace, fondées sur des principes et des valeurs propres à toutes les croyances.

Big Love s’en est allée. Avec elle, son audace, son originalité, ces portraits joyeux et austères, cette densité, cette atmosphère lourde et chaleureuse à la fois. Une série de l’acabit de Big Love n’est pas qu’une expérience télévisuelle, elle est un plaidoyer pour la différence tant la série maîtrise ses répliques, se garde de toute opinion biaisée pour exprimer, par les gestes intenses de Bill Paxton, par la retenue de Chloe Sevigny, par les regards de Jeanne Tripplehorn, l’essence. Big Love est surtout un instant de vie, un pamphlet sur les risques aliénés et les fondements de la religion, un exercice de style, de ton, un exemple familial, une ode à la croyance, à la spiritualité. Comme Six Feet Under, elle restera.
10/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Big Love, Critiques | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : big love, season 5, hbo, chloe sevigny, ginnifer goodwin, bill paxton, jeanne tripplehorn, critique |
Facebook
25.12.2010
Bored to Death (Saison 2) L’enquête fantaisiste continue

D’un ennui à mourir, Bored to Death ? Pas vraiment. Cette série à l’antenne de HBO depuis deux rentrées peut se vanter d’être la comédie policière la plus atypique du paysage audiovisuel. Entre enquêtes joliment farfelues, état des lieux psychologique mélancolique et ambiance de fond littéraire à la Fitzgerald, Bored to Death est une facétie télévisuelle inédite.
Aux manettes de Bored to Death, on trouve Jonathan Ames, écrivain et journaliste du New York Press, influencé par l’écriture de Bukowski, Kerouac et compères. Mais aussi devant la caméra, puisque le héros incarné par l’impayable Jason Schwartzman est aussi Jonathan Ames, lui aussi, petit écrivain qui se débat avec une carrière compliquée (son second roman a été rejeté par les maisons), au goût littéraire aussi très américain et à la vision personnelle des choses (un dandy à l’attitude hippie et maladroite, tendance romantique).
Nul doute alors que le personnage est créateur et inversement, et que cet homme d’écriture inspire directement les aventures facétieuses de cet Ames-héros, modèle vivant des héros écrits de Raymond Chandler, qui cette année encore, accumule les étiquettes : romancier acharné et détective privé timoré mais coriace.
Ames est donc partout, même à l’écran, dans la peau de l’amant de la femme du meilleur ami du héros, qui s’exhibe frontalement pour échapper à un Zach Galifianakis meurtri. Pas étonnant alors que Jonathan-héros s’interroge quelques scènes auparavant sur la taille de son pénis (puisque Ames-créateur en a une toute petite, épisode à l’appui). Mais plus que des thématiques priapiques fantaisistes au cœur même du concept gentiment schizophrénique de la série, Bored to Death est un repertoire à bizarreries, qui se plait à cultiver les extravagances de ton, son genre pittoresque et cet univers bigarré qui sans cesse fait mouche, tel un roman typique d’Henry James.

La première saison avait posé les bases conceptuelles de Bored to Death : aventures piquantes et quête de bonheur rassasié dans un décor d’artistes maudits de Brooklyn digne des seventies. Malgré les efforts de la saison inaugurale, la série s’était avérée un brin poussive dans son envie de fond décalée, quitte à rendre certaines des intrigues policières telles de pâles resucées de roman noir et l’ensemble, pas assez attachant.
Mais la seconde saison, en tout point enthousiasmante, a su revigorer le concept brillant de la série en recentrant avant tout ses enjeux autour des trois protagonistes de la série. Jonathan Ames (Jason Schwartzman), Ray, son meilleur ami, cartooniste (Zach Galifianakis) et George, son père spirituel, éditeur gentleman (Ted Danson) forment depuis cette année un trio exquis, garant de l’excentricité fine de la série et sa plus belle conviction.

Bien moins balourd que dans les films de Todd Phillips, le rouquin meilleur ami toujours présent pour son copain détective amateur, incarne un personnage gentiment en marge, mais qui cette année, entre dans une phase d’intégration, en essayant, comme Jonathan l’an passé, de reconquérir le cœur de l’attachante Leah, gentille demoiselle qui en a assez de l’attitude perchée de son compagnon loufoque. Ted Danson, aussi, toujours impeccable, qu’il soit homme d’affaires véreux dans Damages ou sidekick comique sur HBO (Curb Your Enthusiasm), s’allie aussi à merveille avec Jason Schwartzman. Le regard de cette seconde saison se porte donc avec justesse sur ces trois personnages hauts en couleur, sans faire la part belle à l’un d’entre eux.
Ajouté à cet équilibre scénaristique plus harmonieux eu égard au concept rétro de la série, la série a revu sa copie formula en devenant plus feuilletonnante, permettant aux héros d’être suivis dans leur quotidienneté (et donc plus attachants), de gérer leurs affaires personnelles souvent irrésistibles (le faux cancer de la prostate pour George, le succès comic de Ray) tout en réduisant les affaires déconnectées du privé au strict nécessaire, le détective héros retrouve ainsi une vraie cohérence à l’écran, entouré de ses amis décalés et son avenir joyeusement incertain.
Avec un sens aigu de la billevesée désillusionnée et de la situation loufoque raffinée, la seconde saison de Bored to Death s’est avérée être un petit bijou inventif et fantasque, emprunt d’un certain mouvement romanesque au cœur même des intrigues, à la fois policières, mélo et ironiques. Comme un polar prenant et classy, le retour de la bande de Jonathan Ames est prévu pour la rentrée littéraire 2011.
8/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Bored to Death, Critiques | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : bored to death, saison 2, critique, jason schwartzman, ted danson, zach galifianakis, hbo, ames |
Facebook
06.12.2010
Big Love (Saison 4 - Bilan) La croyance dans tous ses états

Un grand moment de série, unique et intense que nous a offert en guise d’épisode final, et chaque dimanche pendant neuf semaines, l’inégalable Big Love. Avec une saison parfaite de bout en bout, un exemple de maîtrise, à tout niveau, de spiritualité, d’écriture, d’émotion, Big Love s’achève sur une note plus qu’aboutie, le summum de l’évolution, de l’ambition d’une série qui toujours va plus loin, qui après quatre ans d’antenne, nous émeut, nous cogne, nous surprend toujours. Sans jamais nous éconduire.
_______________________________________________________________
Chemin de fer électrique
On aurait vraiment pu penser que cette année, Big Love avait multiplié les histoires, en quête de direction et d’étoffe. Pourtant, à en juger par le chemin de fer de ce season finale, difficile de voir autre chose que l’assemblement méthodique et naturel de chaque élément déployé au cours de la saison, du plus insignifiant au plus frappant.
Du plus insignifiant donc, on commence par la nouvelle vie d’Alby qui n’a plus de sens depuis la découverte puis perte de son amant et qui pour oublier, se venge sur sa femme chef, en oublie sa sœur, sa foi et même son ambition dirigé vers Juniper Creek. Plus rien n’importe, Alby devient l’ombre de lui-même, cet épisode finale le rappelle subtilement, sans s’attarder, sans se draper dans de grandes zou mélodramatiques.

On retrouve cette même pudeur de fond, qui ne souligne que mieux l’émotion de la série dans les trop rares scènes de retour de Don. Lui aussi, sa vie est détruite depuis la dénonciation honteuse et égoïste de Bill soucieux de protéger sa seule famille, et non sa religion. La scène du fils vengeur était surprenante, nous rappelant avant tout que la série ne laisse rien au destin, ne mettant jamais ses histoires secondaires sur le bas-côté.
En début de saison, Bill devient à la co-tête d’un casino d’Etat. L’histoire n’avait au départ qu’un potentiel limité en raison du rapide intérêt pour la politique du nouveau patron à sous. Pourtant, la série poursuivait d’approfondir les relations des Indiens avec Barb et l’arrivée de Marylin n’a fait que rendre indispensable cette facette du jeu pour la suite. Formidablement menée, digne d’un thriller politique haletant, la carte Marylin a été jouée avec efficacité, faisant précipiter les évènements de la série telle une avalanche incontrôlable et montrant la force des lobbyings et de la mesquinerie politique dans la société américaine.
Tandis que le sort de la réserve indienne a non seulement ajouté une pierre non négligeable à l’édifice final, il a en outre eu un impact incommensurable sur l’équilibre de la femme de Bill, qui décide d’une vendetta personnelle sous forme de test de paternité.

Et puis, il y a Ana dont l’histoire va rapidement s’entremêler à celle des sister-wives héroïnes. Mais d’abord, le retour de l’immigrée signe une fois de plus la constante maîtrise de la série, qui, contrairement à beaucoup d’autres, ne compose pas ses idées de manière isolée en espérant au bout du compte y voir un constat de globalité. La série ne prend pas ses marques a posteriori, elle les crée elle-même en amont, en jaugeant son édifice passé et sa potentialité. La série aurait-elle été aussi époustouflante de réussite sans l’ingérence d’Ana dans l’équilibre familial, sans celle de Marylin dans la sphère de Bill, sans la trame homosexuelle sublime d’Alby, sans ces détails secondaires souvent métaphoriques (on y revient vite) ?
Une trame noire
Cette année, la série semblait vouloir faire la part belle à la quotidienneté de la famille Henrickson, l’ambition politique d’une tribu fondamentalement apolitique poussée par un chef de clan qui n’aspire qu’à la reconnaissance publique. A la mi-saison, avec en point d’orgue l’épisode noirâtre au Mexique, la série est venue corriger ce parti pris standardisé en reprenant les ingrédients dérangeants qui ont fait son succès les deux premières années.

Moins de Juniper Creek, et d’éventuelle course à la prophétie (un regret), la série préfère consacrer la venue d’un nouvel ancien, JJ un fervent polygame du Kansas, aux dents longues, à l’air plus qu’inquiétant et l’arrivée avec lui, de sa compagnie, aussi carnivàlesque que la communauté du prophète toute entière. La série a pris son temps pour distiller les éléments de l’arc annuel. Privilégiant la mise en scène d’un caractère dangereux pendant de longues semaines, pour dévoiler en toute fin les véritables tenants de cette histoire eugéniste –dont la dimension sordide fait écho à cette mise en scène, initiée par Zeljko Ivanek, dont le jeu est encore plus féroce que dans Damages.
Pour certains, dévoiler le contenu du mystère qui entourait ce personnage (et qui concernait tout le clan de Bill, à travers Nicky, l’ex-femme de JJ et mère de sa fille, Cara Lynn) et le résoudre dans le même temps pourrait être un brin risqué, mettant à mal tout le potentiel dramatique de l’histoire. Ce fut pile le contraire, l’intrigue de JJ et d’Adaleen, à l’effet démontré (no spoiler), permit de bâtir une conclusion majestueuse à la série, la justification de tant de malaise injecté tacitement tout au long de saison (via l’ex-mariage de Nicky, Wanda et son noyau familial pourri), tout en étant un clin d’œil de noirceur fait aux adeptes de Big Love qui leur rappelle à bien des égards que la série reste sur les mêmes bases HBOesques de ses débuts.

Famille : la matière inextinguible de la série
Si le paysage de la série est dense, sans limite, il ne serait qu’un terrain vague sans allure sans la tribu réduite des Henrickson. Comme chaque année, les trois épouses formidables de Bill ont bénéficié d’une attention particulière, d’une évolution manifeste, signant çà et là des moments forts servis sur des répliques dont la justesse n’a pas d’égal, même dans Big Love.
Entre la première saison et celle-ci, le bouleversement dans l’ordre familial établi est impressionnant. Margene s’émancipe, aspire à une indépendance et un regard, s’offre même une soupape de sécurité. La business woman se marie avec Goran pour assurer à lui, Ana et son enfant de rester sur le sol américain. En filigrane, c’est la peur de s’engager dans un mariage polygame connu de tous qui effraie Margene, peut-être la peur tout court de l’engagement alors que le succès et l’argent lui tendent les bras.

A l’inverse, Barb qui était la plus fidèle de toutes, devient l’opposant attitré de Bill. Des choix, des positions, des priorités jusque dans les conceptions de Bill, Barb n’est plus. La femme a appris à ses dépends que l’illusion de son mariage résonnait que trop bien dans chaque facette de la vie de son mari. En apprenant que Bill avait couché avec Ana avant leur mariage éclair, Barb a réalisé que la fumisterie avait la taille de son toit (la femme ne rejetterait-elle pas carrément la polygamie en toute fin ?). Par amour pour Bill et son rêve, par amour pour ses sister-wives aussi, Barb reste à leurs côtés et affronte le monde. Il n’empêche que sa vision des choses a radicalement changé et que ces choses seront bien vite biaisées pour elle.
Quant à Nicky, la mormone s’attache plus que de raison, se libère de ses anciens carcans religieux pour se jeter, paupières aimantes, dans l’amour d’un mari et d’une fille, donc d’un modèle, quitte à souffrir d’exclusivisme et de vision (presque) judéo-chrétienne de la familia. L’arrivée de JJ et son mariage arrangé avec Adaleen permit de revenir un temps sur l’enfance difficile de la jeune femme (mariée de force à ce même vieillard à l’âge prépubère) et pourrait même expliquer ce retour désiré à la normalité. Débarrassée de ses idéaux mormons et de ses habits traditionnels, la transformation de Nicky a été incroyable. Fondamentalement émouvante. Le symbole du potentiel inextinguible de la série.

Avec Marylin, Barb, Don ou Ben, Bill a cette année enchaîné les bévues. Orgueilleux jusqu’à la moelle, Bill se mord rarement les doigts. Pro-sister-wives cette année, la série a donné du fil à retordre à Bill et l’a souvent mis en difficulté, professionnelle, politique, privée jusqu’au point de non retour. Jamais Bill n’avait montré signe de faiblesse, c’est chose faite
Cela dit, le chemin du patriarche antipathique a aussi été semé d’héroïsme (au Mexique), de courage politique, de passion et d’amour à toute épreuve, laissant intact la réputation de Bill le sauveur. De ses erreurs commises, Bill les a transformés en leçons, notamment lorsque le père autorise sa fille Sarah à prendre le large pour un au revoir dans l’esprit de la série. Ou lorsqu’au final, Bill avoue qu’en effet, la noirceur est présent en lui aussi.
L’aveuglément permanent de Bill aura-t-il alors eu raison de sa famille ? Entre Nicky qui aspire à un mariage exclusif, Margene mariée à un autre, au business indépendant et Barb prête à s’opposer à son partenaire de vingt ans et à toute une conception qu’elle rejette, Bill semble être le seul véritable prêcheur pour son église.
C’est ce qu’on appelle : une croyance dans tous ses états.

_______________________________________________________________
Big Love n’est pas un chef d’œuvre à proprement parler, il ne fait pas état d’un record, d’une ascension dans un art cinématographique. Big Love est l’exemple illustre de l’art de la mécanique sérielle, de ce caractère feuilletonnant passionnant qui là est justifiée dans sa longueur et son déploiement cloisonné grâce à la vertigineuse profondeur de l’histoire, son concept alambiqué, son ton unique en son genre et forcément, ses personnages clefs, qui se transmuent, évoluent, s’enracinent au gré des épisodes, au fil du temps et des bouleversements.
C’est donc bel et bien un chef d’œuvre de série. La raison sine que non d’allumer une bonne fois pour toutes sa télé, histoire de voir le monde.
Note de saison : 10/10
Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Big Love | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : big love, saison 4, hbo, chloe sevigny, ginnifer goodwin, jeanne tripplehorn, bill paxton |
Facebook











