13.12.2011

Once Upon a Time (Saison 1) Le conte de fée format feuilleton

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Il faudra bien l’avouer un jour ou l’autre : la rentrée publique des séries est parvenu à un niveau de médiocrité rarement atteint sauf dans les plaines mexicaines. Le bilan est tel que les sitcoms en carton pâte gagnent le premier plan tandis que les séries moyennes (Pan Am, Revenge, Person of Interest) sont promues petites surprises de l’année. C’est le syndrome Once Upon A Time, série supposée évènement, mais plus vraiment.



 

L’idée était originale, du moins surprenante, consacrer les contes de fée et autres légendes enfantines dans une série moderne fantastique. Storybrook, la ville où habite le jeune héros, regorge en effet de personnages aux similarités inouïes avec des héros tels que Blanche Neige  et son prince charmant, la Belle au Bois Dormant, Jiminy Cricket, ou encore la reine noire.


Mais rien n’est rose à Storybrook, dans cette ville, les habitants n’ont aucune idée de leur identité, le temps s’est arrêté et les frontières se sont scellées à jamais. Le jeune garçon en question, adopté par la maire de la ville, qui s’avère être la reine noire de l’autre côté, comprendre le sortilège et décide de retrouver Emma, sa mère biologique, fille selon lui de Blanche Neige et Prince Charmant, l’élue pour rompre ce mauvais sort.


Si ce concept est saugrenu, il est à ce point alambiqué qu’il finit intriguant. D’ailleurs, aux manettes, ce sont les scénaristes de Lost qui assurent la machinerie. Bonne ou mauvaise nouvelle ? A l’image des rebondissements parfois hésitants de la grande série mystère de ABC, Once Upon A Time a de quoi cultiver un mythe ultra-notoire et le faire miroiter à la sauce contemporaine, à savoir petite ville étrange et rumeurs insidieuses.

 

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Scindée en deux histoires, toujours parallèles, l’arc mythique sur les héros littéraires renvoyant toujours à l’histoire moderne vécue par les habitants de Storybrook, Once Upon A Time est une série qui se veut dense, à tiroirs. Les personnages merveilleux pullulent d’aventures et de facéties, si bien qu’Once Upon A Time et ses héros aux identités doubles (la maîtresse d’école-Blanche Neige, incarnée par Ginnifer Goodwin, la reine/maire, l’antiquaire, joué par Robert Carlyle, épatant dans son rôle maléfique) ont ce défi majeur de regrouper tout un pan de la littérature enfantine dans une seule histoire actuelle. Du pain sur la planche donc, les premiers épisodes prouvant la quantité ingérable pesant sur cette mythologie à double face.



Mais consciencieuse, notamment à l’égard du récit fantastique, Once Upon A Time maîtrise son concept créatif. Au risque d’avancer lentement. Et hasardement. Les débuts de la saison, plus introductifs et gentillets qu’autre chose, démontrent l’envergure du scénario, mais sans en borner les enjeux. Epique, intrigante, la série manque malheureusement de terrain passionnant pour convaincre totalement.

 

6/10

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20.04.2011

Big Love (Saison 5) Tristes adieux hivernaux

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Envisager la fin d’une série adulée, c’est comme un mantra à apprendre, comme un livre dans lequel chaque page est une menace, c’est une gageure artistique. Avec la saison cinq de Big Love, la joie des retrouvailles et la tristesse de la fin ultime s’entremêlaient, à l’image des deux niveaux de lecture de cette série tragique et humaine. Retour sur l’ultime saison de la meilleure série spirituelle jamais créée.

 

Pour cette dernière année, Big Love ne nous a pas épargnés. Hivernale, grise, emportée comme un vent froid et indolent, le chapitre final de la grande saga des Henrickson s’est présenté sans faux air joyeux, avec la conscience d’une fin qui doucement s’approche.  Après le coming-out de la famille polygame, le monde de chaque membre de la tribu s’est écroulé et depuis, tout est plus instable, plus piquant, plus tourmenté que jamais.

Conclure un feuilleton à tiroirs de l’acabit de Big Love n’est jamais chose aisée. Alors, pour rendre à chacun ses lettres de noblesse, le traitement s’est fait de façon individuelle quitte à parfois survoler certains portraits, ceux de Juniper Creek notamment. Soucieuse de la fragilité de chaque personnage, de ses contradictions, de ses failles, la dernière saison a opéré une évolution tantôt brute tantôt nécessaire des protagonistes. Toujours très portée sur l’aspect générationnel de la série, Big Love a conclu les portraits de Bill, le héros politicien qui finit par demander la légalisation de la polygamie, de Loïs, la grande matriarche qui malheureusement finit vaincue par la folie, et de Ben, le fils aîné, désireux de suivre les traces du père polygame lumineux, mais bientôt amoureux. Ce traitement scénaristique familial et générationnel  a ainsi porté la polygamie au pinacle, la formidable clé de voute de cette série, à travers ce héros battu par ses propres convictions, cette mère de famille, symbole de la mormone dévouée à vie à la cause du pater familias, et ce fils prometteur.

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Mais malgré la force du symbole, c’est le portrait des femmes Henrickson qui demeure l’essence spirituelle de cette série. Cette année, beaucoup de choses se sont produites dans la vie de ces trois femmes, des évènements importants, d’autres anecdotiques qui ont permis d’achever le portrait de ces femmes généreuses et admirables. Margene, la figure de l’émancipation, de l’altruisme et du don de soi, finit par être celle qu’elle a toujours rêvé d’incarner, une femme et mère de famille libre mais unie aux siens. Malgré la méchanceté, les coups bas, la manipulation (notamment envers sa fille), Nicki reste celle qui pêche par maladresse, son envie de bien faire est intact -Nicki sauve désormais les femmes de Juniper Creek-, son amour mal exprimé des siens, de sa fille, d’un mari officiel est ce qui la rend si fragile et attachante, la scène finale avec Margene et Barb, désarmante à souhaite le prouve bien.

Pour Barb, depuis la seconde saison, la rage d’indépendance et la soif de spiritualité sont prégnantes à sa personnalité,  comme une conduite que la sisterwive se donne d’entretenir pour elle et sa famille. Si sa quête finale (celle de devenir prêtresse) met à mal son mariage avec Bill, Barb reste l’intégrité même, le symbole de la famille, du compromis, de la spiritualité. Ces portraits différents mais tellement fougueux donne à cet ensemble familial une rugosité, une âme, une richesse belle et âpre à la fois. Dans cette famille instable, vive et aimante, rien n’est jamais sûr. Mais pourtant, malgré les vices des uns, les trahisons des autres, le sens de la famille l’emporte toujours. C’est ce que nous aura appris la fresque qu’est Big Love durant ces cinq années.

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Aussi, Big Love se devait de conclure l’histoire de Juniper Creek. C’est le cas avec la mission nouvelle de Nicki. Mais c’est surtout entre Albert Grant, le prophète autoproclamé et Bill, que les conflits font rage. Une lutte entre la communauté mormone traditionnelle, exilée de tous et entachée de vices, et la polygamie moderne, incarnée par Bill et ses principes politiques était nécessaire voire vitale à l’exploration conceptuelle de Big Love.

Voilà pourquoi la série a opéré un tournant dramatique dans cette saison (et quelque peu elliptique et dommageable pour ses enjeux), en opposant ainsi les deux chefs de file polygames, soulignant les risques de glissade et les menaces mortelles (celle de Don d’abord, celle de Nicky, angoissante à souhait et celle de Bill, en conclusion). La violence religieuse a toujours été une menace à l’horizon, une toile de fond de Big Love mais cette façon finale de dramatiser les enjeux a rendu Big Love plus facile, mais aussi plus spectaculaire.

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Le final n’aurait pu été inventé que par Mark V. Olsen et Will Scheffer, les deux créateurs de la série. Impossible de deviner cette conclusion avant de la visionner, malgré cette intuition d’une chute finale, d’une rupture globale et tragique planant de manière menaçante sur la série depuis quasiment le tout début. Alors, pour ne pas en dire trop (le plaisir se doit d’être intact), peut-être se contenter de décrire une fois ultime que malgré la tragédie (qui devait arriver tôt ou tard), le divorce et l’intolérance, la spiritualité l’a emporté. En retrouvant la communauté de Juniper Creek toute réunie dans l’église de Bill, en renouant avec Sarah réconciliée avec son église, la légalisation ou non de la polygamie n’est plus ce qui compte, c’est la force du groupe, de la famille, de toute une communauté qui marque les esprits.

 Il y a dix ans, il y avait la famille de Six Feet Under , ce post-patriarcat, cette union ténue. Aujourd’hui, lorsque les trois femmes polygames partent en virée voiture, le soleil devant elles, lorsque les drames surgissent, lorsque le clan se retrouve, non pas après l’enterrement mais après le baptême de l’un des leurs, Big Love apparaît comme son digne successeur, artistiquement, fondamentalement, avec sa vision nouvelle, son audace, fondées sur des principes et des valeurs propres à toutes les croyances.

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Big Love s’en est allée. Avec elle, son audace, son originalité, ces portraits joyeux et austères, cette densité, cette atmosphère lourde et chaleureuse à la fois. Une série de l’acabit de Big Love n’est pas qu’une expérience télévisuelle, elle est un plaidoyer pour la différence tant la série maîtrise ses répliques, se garde de toute opinion biaisée pour exprimer,  par les gestes intenses de Bill Paxton, par la retenue de Chloe Sevigny, par les regards de Jeanne Tripplehorn, l’essence. Big Love est surtout un instant de vie, un pamphlet sur les risques aliénés et les fondements de la religion, un exercice de style, de ton, un exemple familial, une ode à la croyance, à la spiritualité. Comme Six Feet Under, elle restera.

10/10

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06.12.2010

Big Love (Saison 4 - Bilan) La croyance dans tous ses états

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Un grand moment de série, unique et intense que nous a offert en guise d’épisode final, et chaque dimanche pendant neuf semaines, l’inégalable Big Love. Avec une saison parfaite de bout en bout, un exemple de maîtrise, à tout niveau, de spiritualité, d’écriture, d’émotion, Big Love s’achève sur une note plus qu’aboutie, le summum de l’évolution, de l’ambition d’une série qui toujours va plus loin, qui après quatre ans d’antenne, nous émeut, nous cogne, nous surprend toujours. Sans jamais nous éconduire.

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Chemin de fer électrique

On aurait vraiment pu penser que cette année, Big Love avait multiplié les histoires, en quête de direction et d’étoffe. Pourtant, à en juger par le chemin de fer de ce season finale, difficile de voir autre chose que l’assemblement méthodique et naturel de chaque élément déployé au cours de la saison, du plus insignifiant au plus frappant.

Du plus insignifiant donc, on commence par la nouvelle vie d’Alby qui n’a plus de sens depuis la découverte puis perte de son amant et qui pour oublier, se venge sur sa femme chef, en oublie sa sœur, sa foi et même son ambition dirigé vers Juniper Creek. Plus rien n’importe, Alby devient l’ombre de lui-même, cet épisode finale le rappelle subtilement, sans s’attarder, sans se draper dans de grandes zou mélodramatiques.

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On retrouve cette même pudeur de fond, qui ne souligne que mieux l’émotion de la série dans les trop rares scènes de retour de Don. Lui aussi, sa vie est détruite depuis la dénonciation honteuse et égoïste de Bill soucieux de protéger sa seule famille, et non sa religion. La scène du fils vengeur était surprenante, nous rappelant avant tout que la série ne laisse rien au destin, ne mettant jamais ses histoires secondaires sur le bas-côté.

En début de saison, Bill devient à la co-tête d’un casino d’Etat. L’histoire n’avait au départ qu’un potentiel limité en raison du rapide intérêt pour la politique du nouveau patron à sous. Pourtant, la série poursuivait d’approfondir les relations des Indiens avec Barb et l’arrivée de Marylin n’a fait que rendre indispensable cette facette du jeu pour la suite. Formidablement menée, digne d’un thriller politique haletant, la carte Marylin a été jouée avec efficacité, faisant précipiter les évènements de la série telle une avalanche incontrôlable et montrant la force des lobbyings et de la mesquinerie politique dans la société américaine.
Tandis que le sort de la réserve indienne a non seulement ajouté une pierre non négligeable à l’édifice final, il a en outre eu un impact incommensurable sur l’équilibre de la femme de Bill, qui décide d’une vendetta personnelle sous forme de test de paternité.

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Et puis, il y a Ana dont l’histoire va rapidement s’entremêler à celle des sister-wives héroïnes. Mais d’abord, le retour de l’immigrée signe une fois de plus la constante maîtrise de la série, qui, contrairement à beaucoup d’autres, ne compose pas ses idées de manière isolée en espérant au bout du compte y voir un constat de globalité. La série ne prend pas ses marques a posteriori, elle les crée elle-même en amont, en jaugeant son édifice passé et sa potentialité. La série aurait-elle été aussi époustouflante de réussite sans l’ingérence d’Ana dans l’équilibre familial, sans celle de Marylin dans la sphère de Bill, sans la trame homosexuelle sublime d’Alby, sans ces détails secondaires souvent métaphoriques (on y revient vite) ?

 

Une trame noire

Cette année, la série semblait vouloir faire la part belle à la quotidienneté de la famille Henrickson, l’ambition politique d’une tribu fondamentalement apolitique poussée par un chef de clan qui n’aspire qu’à la reconnaissance publique. A la mi-saison, avec en point d’orgue l’épisode noirâtre au Mexique, la série est venue corriger ce parti pris standardisé en reprenant les ingrédients dérangeants qui ont fait son succès les deux premières années.

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Moins de Juniper Creek, et d’éventuelle course à la prophétie (un regret), la série préfère consacrer la venue d’un nouvel ancien, JJ un fervent polygame du Kansas, aux dents longues, à l’air plus qu’inquiétant et l’arrivée avec lui, de sa compagnie, aussi carnivàlesque que la communauté du prophète toute entière. La série a pris son temps pour distiller les éléments de l’arc annuel. Privilégiant la mise en scène d’un caractère dangereux pendant de longues semaines, pour dévoiler en toute fin les véritables tenants de cette histoire eugéniste –dont la dimension sordide fait écho à cette mise en scène, initiée par Zeljko Ivanek, dont le jeu est encore plus féroce que dans Damages.

Pour certains, dévoiler le contenu du mystère qui entourait ce personnage (et qui concernait tout le clan de Bill, à travers Nicky, l’ex-femme de JJ et mère de sa fille, Cara Lynn) et le résoudre dans le même temps pourrait être un brin risqué, mettant à mal tout le potentiel dramatique de l’histoire. Ce fut pile le contraire, l’intrigue de JJ et d’Adaleen, à l’effet démontré (no spoiler), permit de bâtir une conclusion majestueuse à la série, la justification de tant de malaise injecté tacitement tout au long de saison (via l’ex-mariage de Nicky, Wanda et son noyau familial pourri), tout en étant un clin d’œil de noirceur fait aux adeptes de Big Love qui leur rappelle à bien des égards que la série reste sur les mêmes bases HBOesques de ses débuts.

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Famille : la matière inextinguible de la série

Si le paysage de la série est dense, sans limite, il ne serait qu’un terrain vague sans allure sans la tribu réduite des Henrickson. Comme chaque année, les trois épouses formidables de Bill ont bénéficié d’une attention particulière, d’une évolution manifeste, signant çà et là des moments forts servis sur des répliques dont la justesse n’a pas d’égal, même dans Big Love.

Entre la première saison et celle-ci, le bouleversement dans l’ordre familial établi est impressionnant. Margene s’émancipe, aspire à une indépendance et un regard, s’offre même une soupape de sécurité. La business woman se marie avec Goran pour assurer à lui, Ana et son enfant de rester sur le sol américain. En filigrane, c’est la peur de s’engager dans un mariage polygame connu de tous qui effraie Margene, peut-être la peur tout court de l’engagement alors que le succès et l’argent lui tendent les bras.

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A l’inverse, Barb qui était la plus fidèle de toutes, devient l’opposant attitré de Bill. Des choix, des positions, des priorités jusque dans les conceptions de Bill, Barb n’est plus. La femme a appris à ses dépends que l’illusion de son mariage résonnait que trop bien dans chaque facette de la vie de son mari. En apprenant que Bill avait couché avec Ana avant leur mariage éclair, Barb a réalisé que la fumisterie avait la taille de son toit (la femme ne rejetterait-elle pas carrément la polygamie en toute fin ?). Par amour pour Bill et son rêve, par amour pour ses sister-wives aussi, Barb reste à leurs côtés et affronte le monde. Il n’empêche que sa vision des choses a radicalement changé et que ces choses seront bien vite biaisées pour elle.

Quant à Nicky, la mormone s’attache plus que de raison, se libère de ses anciens carcans religieux pour se jeter, paupières aimantes, dans l’amour d’un mari et d’une fille, donc d’un modèle, quitte à souffrir d’exclusivisme et de vision (presque) judéo-chrétienne de la familia. L’arrivée de JJ et son mariage arrangé avec Adaleen permit de revenir un temps sur l’enfance difficile de la jeune femme (mariée de force à ce même vieillard à l’âge prépubère) et pourrait même expliquer ce retour désiré à la normalité. Débarrassée de ses idéaux mormons et de ses habits traditionnels, la transformation de Nicky a été incroyable. Fondamentalement émouvante. Le symbole du potentiel inextinguible de la série.

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Avec Marylin, Barb, Don ou Ben, Bill a cette année enchaîné les bévues. Orgueilleux jusqu’à la moelle, Bill se mord rarement les doigts. Pro-sister-wives cette année, la série a donné du fil à retordre à Bill et l’a souvent mis en difficulté, professionnelle, politique, privée jusqu’au point de non retour. Jamais Bill n’avait montré signe de faiblesse, c’est chose faite
Cela dit, le chemin du patriarche antipathique a aussi été semé d’héroïsme (au Mexique), de courage politique, de passion et d’amour à toute épreuve, laissant intact la réputation de Bill le sauveur. De ses erreurs commises, Bill les a transformés en leçons, notamment lorsque le père autorise sa fille Sarah à prendre le large pour un au revoir dans l’esprit de la série. Ou lorsqu’au final, Bill avoue qu’en effet, la noirceur est présent en lui aussi.

 

L’aveuglément permanent de Bill aura-t-il alors eu raison de sa famille ? Entre Nicky qui aspire à un mariage exclusif, Margene mariée à un autre, au business indépendant et Barb prête à s’opposer à son partenaire de vingt ans et à toute une conception qu’elle rejette, Bill semble être le seul véritable prêcheur pour son église.

C’est ce qu’on appelle : une croyance dans tous ses états.

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Big Love n’est pas un chef d’œuvre à proprement parler, il ne fait pas état d’un record, d’une ascension dans un art cinématographique. Big Love est l’exemple illustre de l’art de la mécanique sérielle, de ce caractère feuilletonnant passionnant qui là est justifiée dans sa longueur et son déploiement cloisonné grâce à la vertigineuse profondeur de l’histoire, son concept alambiqué, son ton unique en son genre et forcément, ses personnages clefs, qui se transmuent, évoluent, s’enracinent au gré des épisodes, au fil du temps et des bouleversements.

C’est donc bel et bien un chef d’œuvre de série. La raison sine que non d’allumer une bonne fois pour toutes sa télé, histoire de voir le monde.


Note de saison : 10/10

Analyse épisode par épisode.

06.03.2010

A Single Man (Critique) Le repli en chagrin sophistiqué

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En troquant sa paire de ciseaux et ses luxueux porte manteaux pour des pellicules bon marché, le créateur de mode Tom Ford a flatté le diable. Espérant une première œuvre de cinéma surprise, narcissique, absolument parfaite, donc foncièrement flatteuse.

 

Solitude unisexe

George, professeur émérite de faculté, perd soudainement son petit ami Jim dans un accident de voiture. Une tragédie ordinaire qui résonne pour une foule hétérosexuelle comme un simple aléa sonore sur un chemin de vie tortueux, donc torturé. Pour le héros, c’est le point d’une chute sans fin, le signe de sa complète résignation.


Si ce Single Man est donc un film sur le néant d’être après la mort, une œuvre de solitude, c’est avant tout pour plaider la cause homosexuelle. Ici, la solitude a un sexe, se coupe de l’universalité, il y a une défense claire à prôner pour Tom Ford : c’est l’amour de l’homme et sa perte indicible. Des nombreux plans sur ces corps virils qui exultent, aux évocations subtiles de l’homosexualité des seventies, le parti pro-gay est évident, louable, émouvant. On croit même apercevoir l’amant du designer, le journaliste de mode Richard Buckley, assis sur un banc de la faculté de l’endeuillé George. Et les fox terriers du héros sont en réalité ceux de Ford. Pour une quête de soi mêlant narcissisme et autoanalyse.

 

Form-idable

Couleurs rousses, ambiances chair, vintage chic, décor d’archi, tout est mis en œuvre pour conférer au film la forme la plus visuelle possible. Les couleurs se neutralisent puis se ravivent nettes au gré des sentiments, des allusions. Les iris sont grossis à la loupe, les plans sont saccadés, désaturés, retouchés, les scènes paradent se voulant vintage à la James Dean, les acteurs secondaires, un brin inutiles, cabotinent, menés toutefois par une reine de cabaret truculente nommée Julianne Moore, le seul point de vertige de l’œuvre.

A trop vouloir en faire, la surenchère se contente d’esbroufe pudique. Léchant et surléchant sa forme à l’envi, Tom Ford met au placard des thèmes majeurs laissés en l’état, pour se complaire dans le maniérisme absolu, l’œuvre de pose du débutant, qui sous airs tirés à quatre épingle, ne cache pas grand chagrin.
Parce que sans la douleur indélébile d’un Colin Firth tout à fait désarmant, le film aurait pu n’être qu’un manifesto plastique, une publicité Chanel améliorée, « luxurisée » sur la vie gay et l’art d’être chic, riche mais triste sous la peau.

 

Chez Ford, le deuil est en velours, soyeux comme du tweed repiqué. Inaccessible comme une chouette alerte sur une branche, éclairée par la pleine lune. Lisse comme le front du minet amouraché que le héros suicidaire daigne prendre sous son aile avant le grand départ.
Les métaphores colorées pleuvent et se noient alors avec le héros sous la houle. Des tourments et de la douleur physique palpable, annihilante, colérique, il n’en est jamais question. A Single Man manque de chaleur saignante, de larmes grises, de terne, pour faire sens.

 

C’est toute l’ironie blafarde de ce premier essai cinématographique, aux airs profonds mais trop éclatants pour être vrais.

6/10

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04.03.2010

Big Love (Saison 4) La croyance dans tous ses états

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End of Days – 4.09 (diffusé le 07.03.10)

Voir note bilan

Our Next Ticket Out – 4.08 (diffuse le 28.02.10)


Des heures. On pourrait regarder Big Love des heures entières, sans que l’épisode hebdomadaire ne se termine jamais vraiment, aussi enthousiaste devant les trahisons familiales, la franchise de ton, le grand amour qui renaît çà et là à certains égard.
Pour cet avant dernier épisode de l’année, c’est un condensé d’émotions que la série nous offre avec humilié, passion, sans esbroufe à la Blood Atonement.

 

Barb enchaîne les erreurs et devient le maillon faible du clan Henrickson. De ces erreurs imprudentes, notamment celle de faire entrer Marylin dans la bergerie à sous, il n’y a que des tensions supplémentaires qui s’ajoutent à la relation déjà contrastée de Bill et Barb. Mais les nouvelles erreurs, commises pratiquement volontairement par Barb, en disent long sur cette nouvelle volonté féministe qui atteint en plein cœur cette sister-wive pas comme les autres.
De toutes, Barb est la femme qui dévisse au mieux la tête de Bill par des répliques toujours criantes de vérité. Dans cet épisode, un florilège de dialogues subtils et terriblement justes de Barb (sur le comportement volatile de Bill, les penchants dépressifs des femmes de l’Utah, de son incapacité à s’exprimer vraiment) mettent à mal la vérité d’apparence de la famille et de son cheminement.

 

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Et vraiment, non, Barb n’avait aucunement le devoir de s’excuser.


Telle mère, telle fille. Comme Barb, Sarah décide de faire comme bon lui semble. Et partir ainsi à Portland couler des jours heureux, pour éviter d’être pointée du doigt par une catholique choquée par cette famille polygame politisée. Depuis le début, cette adolescente était le contre-pied (naturel ?) de l’idéologie Henrickson. Aspirant à une normalité civile, la jeune fille décide malgré tout l’amour qu’elle porte pour les siens de faire route seule. Avec les histoires qui gravitent autour, la transition est parfaite pour l’envol de Sarah.
Et quoi de mieux vraiment qu’une scène mi-larmoyante mi-joyeuse pour consacrer ce personnage féminin et cet univers qu’elle donne autant qu’elle rejette ?


Se faire pointer du doigt, Margene n’aimerait pas trop ça non plus. Alors discrètement mais sous couvert de protéger l’enfant d’Ana (parce que Margene a appris des plus fins limiers, Bill en tête, voilà tout), Margene se programme un mariage arrangé pour bénéficier d’une assurance en cas de coming-out virant à la cata.
Jolie pirouette qui évidemment salue l’évolution notable de l’ancienne baby-sitter. Malheureusement, la vérité despotique l’a rattrape toujours. Alors que Margene décide de se rétracter pour ne pas risquer sa liberté, Bill décide que ce mariage sera la preuve qu’aucune liaison n’existe entre elle et lui (une idiotie du patriarche, encore une) pour contredire la diabolique Marylin. D’autant que Margene ne le réalise que timidement mais sa liberté a été mise sous scellé depuis sa rencontre avec Bill. Alors, pour se faire entendre, Margene joue avec le feu (dixit Barb) en invitant Goran à se joindre à la famille, ce qui aboutit à une scène virile justement à côté de la plaque. Mais terriblement jouissive pour diminuer Bill.

 

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De toutes les femmes qui entourent donc Bill, seule Nicki est véritablement à ses côtés. Parce que Nicki découvre qu’elle est amoureuse de Bill, la jeune mormone procède à une révolution. Vestimentaire, comportementale, et même religieuse (la jeune femme ne veut plus « partager »), Nicki veut aimer Bill et comme il se doit. Ce changement soudain, complètement abouti, ne restera pas longtemps imperturbable. Avec Alby pris à des hallucinations coriaces (mais émouvantes –dommage que la trame homosexualité tragique ne soit pas plus exploitée mais cela ne saurait tarder) ou Joey en meurtrier découvert, Nicki, qui sans oublier Wanda et sa mission antiJuniper Creek, retrouve alors ses démons timorés et ses pratiques isolées telle un coffre à jouets qui n’inhibe qu’elle. Heureusement, elle claque mieux que personne !

 

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En analysant Big Love, force est de constater qu’il n’y a qu’à évoquer les vies des sister-wives (et celle de Juniper Creek en bonus) pour évoquer la matière même de la série (l’antipathie persévérante de Bill étant implicite dans chacune d’elles), sa chair la plus onctueuse. Le signe d’une série féministe exemplaire ?

 

Si Big Love est la meilleure série de l’Univers, c’est assurément parce qu’elle nous rend intarissable sur le sujet. Dense et fin à la fois, cet épisode, comme tous les autres, nous plonge dans les profondeurs étroites et impensables du monde si singulier de Big Love. Difficile de vouloir ressortir la tête hors de cet océan.

10/10

 

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