31.01.2010

Up in The Air (Critique) Dans les nuages, même ennui

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Après un premier essai tabagique de premier ordre, Thank You For Smoking, où Jason Reitman avait imposé ce ton caustique sans compromis, retrouvé ça et là dans sa chronique adolescente plus acidulée, Juno, le cinéaste, désormais attendu, revient l’air triomphant avec un produit volant piloté par George Clooney.

Plus classe éco que vraie première classe.


Après deux films de très bon cru, le troisième film d’un cinéaste en devenir s’avère être toujours une véritable gageure. A plus forte raison quand le film en question noue avec un thème particulier, pas clairement identifiable -l’amour, la solitude, le voyage, la fuite, l’amour dans l’air ou rien à la fois ?, qui franchement inspire trop rien.

Et comme on le devinait, le charme d’In The Air n’a pas la même résonance atypique que celle de Juno ou TYFS. Tout bonnement parce que son substrat n’a pas la même ambition morale et qu’à aucun moment, le film aérien ne parvient à se démarquer de ce postulat barricadé, centré sur un homme seul qui imprudemment oublie ses repères formels pour croire à tâtons en l’amour.


Sans ce trio d’acteurs parfait ou presque, rien ne sauverait In The Air de la catastrophe aérienne, victime de trop nombreux passages à vide. Vera Farmiga, d’abord, sans cesse plus attachante d’œuvre en œuvre et qui assurémennt est vouée à prendre un jour la place de Cate Blanchett dans des œuvres qui comptent. Et George Clooney, dandy quadra impeccable qui dégaine les répliques affligées mieux que n’importe quel autre acteur de sa génération. De la réunion de ces deux acteurs, naît une complicité certaine, qui ne manque pas de force visuelle. Mais leurs rares rencontres, au schéma scénaristique inchangé, affadissent rapidement cet initial raffinement de jeu.

Alors, il fallait compter sur Anna Kendrick, jeune diplômée aux dents longues, prête à en découdre pour défendre un système impitoyable. Mais l’héroïne incarne péniblement le seul véritable travail d’écriture au cordeau (pourtant notoire chez Reitman) que le cinéaste a daigné offrir à cette œuvre. Un cynisme maigre et anecdotique, finalement à l’image du personnage de Kendrick : inégal et expédié.


Une éloge du rien

Si l’intimité des protagonistes peine à être explorée, c’est aussi le cas du monde du travail, qui manque d’approfondissement. Ryan est un professionnel du licenciement industriel payé pour voir défiler devant ses yeux des visages tuméfiés par la rupture professionnelle et la peur de s’engouffrer.

Parce que c’est la crise, le film le dit à un moment au cas où ce constat est archivé pour le spectateur. Et pourtant, cet état critique n’est pas vraiment au rendez-vous. Outre deux trois argumentaires faisant figure de mode d’emploi pour le citoyen lambda abasourdi par les factures étatiques, In The Air ne s’intéresse que vénalement au mal social de notre époque.

Ainsi, en naviguant entre deux genres distincts, pourtant conciliables (d’autres s’en étaient sortis), Jason Reitman loupe, lui, le coche de la chronique acerbe.
La disette de l’emploi abordée, le confort d’un cadre sup célibattant également, mais il manque à l’œuvre cet objectif primordial : une véritable approche sociale criante de vérité ou à défaut une démonstration cruciale de la solitude. Trop conciliant avec l’ère du temps, tout en voulant profiter des écueils de notre époque sans trop les épuiser, In The Air en vient souvent à frôler l’artifice un peu racoleur.

Comme si finalement le film n’avait aucune vraie ambition. L’emballage est lucratif, illusoire et nonchalant, surfant férocement sur la mode des miles à collectionner ou des cartes de fidélité pour bobo en manque de lubies modernes et reluisantes. Pour le fond, parce qu’il en faut, d’une certaine mesure, on se contentera alors d’un croisement amoureux et d’une plongée timide dans un univers familial standard sur fond économique. Et tant pis si ce tout mal imbriqué sonne terriblement creux.

 

In The Air est finalement une oeuvre qui manque de finesse et de direction. Un film charter, donc : emballé, c’est pesé.

 

4/10