24.08.2010

The Big C (Saison 1) Faussement cancérigène

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Qui a dit que toutes les séries de Showtime se suivent et se ressemblent tellement ? Avec The Big C, la chaîne câblée pourrait bien confirmer son créneau sériel unique de la femme chef de famille à la vie apparemment paisible mais foncièrement compliquée. Si Cathy Jamison a des airs à Tara Gregson, dissimule ses secrets comme Jackie Peyton mais épate la galerie telle Nancy Botwin, cette nouvelle héroïne pourrait bien toutes leur tenir la dragée haute, avec son sens caustique de la désillusion et son sourire émouvant.

 

Lorsqu’une mère de famille banlieusarde se découvre un cancer en phase quasi-terminale, elle décide de reprendre sa fin de vie en main…

D’emblée, dans son sujet et son rapport ténu à l’héroïne, The Big C rend perplexe, à la manière des prémices pessimistes de Breaking Bad qui depuis nous fascine à coup de grisaille et d’amertume. Mais Showtime n’est pas de celle à pondre des dramas d’envergure (ça demande trop de créativité). Au lieu d’une version rêvée du film sublime d’Isabel Coixet, My Life Without Me, la chaîne préfère cantonner son sujet au registre de la dramédie, plus simple d’accès et heureusement plus tendance, pour faire du pathos une boîte à (sou)rires.

 

Magistrale dans John Adams, l’actrice Laura Linney a voulu retenter l’essai télévisuel en s’auto-attribuant ce rôle lymphatique. L’actrice, à la filmographie pourtant chaotique, est de celles qui usent de leur fragilité apparente pour nous intercepter dans l’intimité, provoquer chez nous une vraie empathie mêlée d’inspiration.
Alors, pas étonnant que Laura dans la peau de Cathy, nous interpelle avec sa justesse, sa nuance et cette émotion subreptice. Laura Linney donne à cette nouvelle série son charme le plus authentique, sorte d’empreinte lisse chargée en émoi.


Mais cette maturité existentielle propre aux dramas spirituels de HBO et aux sujets tabous n’a pas encore son pendant humoristique sur Showtime et comme chacun de ses programmes incrédules, The Big C manque de modération et d’à propos. Tout ici est amplifié, conjugué à l’humour apathique pour déréaliser son sujet et verser dans la sympathique fresque ironique inconséquente.

Des personnages secondaires loufoques -du fils taquin au frère marginal en passant par l’élève obèse (Gabourey Sidibe, toujours mono-expressive), une trame narrative dénuée d’impact sur des dialogues indisciplinés : le portrait fait de cette banlieue ordinaire et de son héroïne, la chef de file de cet ordre gentiment malmené, est commun ; il séduit dans l’éphémère mais n’emballe pas, la faute aux tentatives de profondeur (comme cette scène finale presque réussie), souvent vaines, à ces envies foutraques restées lettre-morte.

 

The Big C mérite bien qu’on s’y arrête, qu’on l’ausculte encore quelques temps pour savourer la prestation parfaite de Laura Linney, pour repérer les alchimies naissantes et le bon casting (Liam Neeson et Cynthia Nixon débarquent bientôt). Mais le thème de « la mort, on s’en moque un peu, on s’en écarte par ironie » et son traitement par-dessus-la-jambe nous anesthésie.

6/10

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09.03.2010

Precious (Critique) Au summum du pire, une existence précieuse

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Au cinéma, il existe une hiérarchie du malheur, allant des humiliations quotidiennes, des crises sociales, des revers, jusqu’à l’ineffable du sordide. Au summum du pire, il y a Precious. Une existence condensée du mal, ébranlant chaque seconde le spectateur. Si Precious dérange et émeut à la fois, c’est parce qu’il cogne là où la plaie n’est pas refermée.

 

 

Sous le gouffre, le gouffre encore

Clareece, surnommée Precious (Gabourey Sidibe), est une adolescente obèse. Violée par son père, sous les yeux d’une mère tyrannique et persécutrice, qui la déteste pour lui avoir volé son homme. De ces incestes, est née sa première fille, un enfant trisomique dont elle ne peut s’occuper. Un garçon par la suite, normal cette fois, dont la naissance fait malencontreusement apprendre à Precious qu’elle est atteinte du SIDA.

De cette hiérarchie du malheur donc, Precious atteint son sommet. Imbattable sur le terrain de l’épouvantable, de l’immondice, de cette cruauté totale, perpétuelle, harassante, qui cogne l’héroïne à coup de viols et de pots de fleurs, le film est d’abord une épreuve humaine qui surnage dans la douleur sans se noyer, assumée et vertigineuse.


D’abord, Precious est une héroïne timide dont la retenue délicate puise dans le spectaculaire, le physique colossal de l’actrice oeuvrant en ce sens (une claque par elle, c’est un coup de massue). Et puis, il y a cette scène où  Precious révèle sa puissance dans les larmes. Révélant sa tristesse au grand jour, autour de l’atelier d’écriture auquel elle assiste assidûment, son fardeau infernal dans ces mots qui glissent enfin.

Sur cette pente de la survie (et de l’instruction, une condition) vers lequel l’héroïne semble vouloir discrètement se hisser, Precious rencontre une institutrice lesbienne (Paula Patton, radieuse) et une assistante sociale courageuse (Mariah Carey, exagérément surprenante). Le film ne lorgne alors plus du côté de la torpeur sociale, il est question de s’en sortir malgré les bâfres et les cicatrices.

 

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Sans regard, sans façon

Parce que Precious n’est aucunement un cahier de doléances, une vitrine du malheur, c’est une œuvre forte, sans concessions. Si évidemment certaines mines attendries de travailleurs sociaux sont là en face de cette héroïne qui voûte sous le poids de l’affreux, le film refuse ardemment le maniérisme.

Souvent inexpressive, l’héroïne même pas attachante, ne plaide pas la souffrance. Son entourage est inerte, sans remord (à l’exception d’une scène maternelle finale qui nous prend littéralement à la gorge). Même ses camarades de classe ricanent de voir le nourrisson de trois jours de leur copine enveloppé dans une layette couverte de sang.

 

C’est cette entièreté lucide qui finit par tordre les boyaux, déjà bien malmenés par cette affliction de départ (le film s’ouvre quasiment sur le viol de la jeune fille). A aucun moment, l’oeuvre se pose, se complait dans ses successifs coups du sort, sans chagrin affiché, sans détresse proclamée. Pas de tension, juste un état piteux.

Vierge de tout désir pleurard, le film justifie ainsi et avec force son absence de mise en scène, voire ses allures amatrices.
Brute, Precious livre ainsi son sujet tout aussi rudement, sans pincette, comme une insulte maternelle ignoble lancée au visage, mais délicatement sur la durée ou le fond. A l’image de ces pensées qui trottent dans la tête de l’héroïne illettrée, des discours mal conjugués mais intacts dans ce désir de gloire pailletée, cette envie féroce de s’extirper du calvaire.

 

Precious, traumatisante, déstabilisante, éprouvante, au fardeau social très lourd, est un film sur la résilience. In fine, une ode modeste à la reconstruction.

8/10