20.10.2010

The Social Network (D. Fincher) Un chef d’oeuvre en mode viral

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Avant même sa sortie en salles, The Social Network rivalisait d’adjectifs et d’approches phénoménales. Puisqu’il s’agit de Facebook, les esprits clignotent et les attentes s’amplifient. Résultat ? Un joli pied de nez gouailleur fait à la toile.

 

C’est l’histoire d’une dispute ordinaire, une rupture d'étudiants un peu sèche, qui poussera un génie de l’informatique, simple geek asocial parmi tant d’autres qui pullulent sur l’énorme campus d’Harvard, à faire de ses démons sociaux une priorité virtuelle, l’apanage des intégrés, et son refuge narcissique frustré. Après s’être donc fait larguer par une demoiselle, et à juste titre au vu du mépris parfois clinique du bonhomme, le créateur de Facebook, Mark Zuckerberg, a lancé au cours de cette même soirée de clash un site de partage semblant social, où les rustres de Harvard sont amenés à noter physiquement leurs consoeurs entre elles. Cela s’appelle Facemash et le site est le prédécesseur de l’original TheFacebook.


Si, bien sûr, raconter l’histoire de l’ascension d’un geek désormais plus riche que Bill Gates et la création du réseau social virtuel le plus impactant de la planète relève du biopic pur et dur, le réalisateur Fincher, après le désastre nommé Benjamin Button, s’écarte de la mécanique hollywoodienne assommante pour accoucher d’une œuvre en roue-libre, imprégnée d’un souffle romanesque vivifiant et aiguillée par une mécanique innovante et inspirée. Avec Jesse Eisenberg, absolument parfait dans le rôle de l’informaticien démiurgique, claquettes aux pieds, l’adaptation est définitivement plus vraie que nature, impeccable, surtout vertigineuse.

Le caractère remarquable du film penche avant tout du côté de l’écriture, ce scénario tiré au cordeau et concocté avec génie par Aaron Sorkin, l’un des auteurs les plus pertinents du paysage cathodique, élevé au rang de parolier artiste et maître à penser depuis sa série-mère, The West Wing (mais aussi au travers de l’excellent Studio 60). Sans ces joutes verbales, délicieuses punchlines, répliques joliment échafaudées, et autres tirades cinglantes débitées par ces jeunes personnages dans l’air du temps, sans finalement la prose d’envergure propre à la patte Sorkin, l’allure vibrante et folle de ce biopic aurait été bafouée, anéantie dans un académisme linéaire propre au genre et dont quelques résidus sont malencontreusement injectés par le patron Fincher dans quelques scènes de batailles judiciaires légèrement tourne-en-rond.


Mais si The Social Network frôle parfois la linéarité d’un propos qui foncièrement s’y prête, ne pas louer la maîtrise de Fincher reviendrait à nier tout la profondeur technique et la capacité formelle de ce film, qui plus qu’une biopic, s’apparente à un genre avant-gardiste, sorte de blockbuster d’auteur, entre gros calibre bien rôdé et essai arty des plus majestueux. La minutie et la grandeur des plans, la poésie de certains autres, comme cette scène d’aviron déchue tournée en ralenti et arrivant tel un climax ironique  dans cette atmosphère de conquête, Fincher ne lésine pas sur les moyens pour insuffler sur le fond un élan tragique et mélo au fondement même de cette histoire de réussite par la destruction.  

 

Atmosphère dense et épaisse, ambiance singulière, The Social Network est un film romanesque, moderne et cruel, où l’art du storytelling est sublimé à l’envi pour l’empreinte visuelle et vicieuse d’une histoire d’appartenance sociale, de réussite et de trahison. Dans son parler vif, sa décadence et son allure tragique, le film de Fincher est un symbole perçant et amoral de cette e-génération connectée, trépidante et folle. A la fois figure d’espoir et portrait d’une ère malade.

8/10

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Ecrit par T.L