22.01.2010

Whip It / Bliss (Critique) Roulez jeunesse

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Drew Barrymore, l’enfant terrible d’Hollywood a fait du chemin. En patins à roulette, elle s’auto-érige désormais cinéaste. Avec une envie débonnaire, loin du tout-Hollywood.

 

 

Juno parmi d’autres

D’emblée, dans le sujet, le décor, l’allure, Whip It a des airs de Friday Night Lights. Sauf que dans Bliss, les jeunes espoirs ne sont pas de jeunes joueurs de football avides de bourses d’étude. Mais des jeunes filles pleines de vie, qui décident de se créer un contre-courant sur roulettes. Le roller derby, un sujet foncièrement original, jusque là inexploité.
Les mêmes cul-terreux, le même Texas post-industriel, la même volonté de partir du trou perdu parental pour l’héroïne font en tout cas penser à cette série dont la sueur est la plus émouvante actuellement à la télévision.

 

Face au casting féminin du film, impossible de ne pas céder à l’envie irrésistible de se réfugier deux heures dans une salle obscure pour retrouver ces pointures qu’on apprécie tant.

Drew Barrymore, Juliette Lewis, trop rare au cinéma (mais tout aussi géniale derrière un micro), Kristen Wiig abonnée aux rôles attachants, la jeune Alia Shawkat, culte dans Arrested Development, Zoë Bell, la cascadeuse la plus connue sur Terre et Marcia Gay Harden, qui n’a plus besoin qu’on la qualifie.

Et puis, surtout il y a Ellen Page (Bliss). Sa frimousse aussi attendrissante depuis Juno (et Hard Candy), sa fragilité adolescente, sa douce masculinité. Il n’y a rien chez actrice qui ne soit pas démonstratif ou touchant. D’autant que Drew Barrymore a su brillamment éviter la redite Juno, en la dirigeant avec plus de délicatesse et le résultat gagne en distinction. Ellen Page a quitté les traits malicieux parfois cabotins de Juno pour retrouver un rôle d’adolescente sans prétention ni air supérieur. L’actrice sait autant désarmer avec l’humour subtil d’une jeune rebelle qu’avec la joie de vivre naturelle d’une ado lambda.

Toutes ces filles timbrées, qui forment l’équipe de roller la plus underdog du Texas, les Hurl Scouts, à la hargne communicative et l’esprit de famille louftingue attachant, s’avèrent être le plus bel atout du film. Le plus ambitieux.

 

A la force de la roulette

Whip It est une oeuvre perchée mais sincère, même pas féministe, un écueil pourtant incontournable du genre « girl powaa ».
Ici, l’univers féminin est utilisé comme échappatoire juvénile. Glisser sur la piste, esquisser les coups et riposter en croche-pattes fourbes et uppercuts est un exutoire pour une ado qui manque d’oxygène.

A aucun moment, le pouvoir et la femme sont deux valeurs qu’on brandit en étendard. Jamais, non plus, l’héroïne reporte un mal-être adolescent sur un modèle en devenir.
Il n’y a pas d’étude dans Bliss, aucune tentative de morale, de barricader son propos. La simplicité est maître du jeu. Et Drew Barrymore, éternelle ravagée, utilise la posture de la femme, de l’adolescente, pour mieux la déglinguer, à l’image du personnage qu’elle incarne et qui finit d’une façon ou d’une autre le nez en sang.

 

Gentiment underground, mais sans cool attitude revendiquée, Whip It est un film profondément simple. Castagne et amitié. Bien loin des films alternatifs poseurs à la séduction affamée.
Sa bande son très rock (efficace mais pas surprenant : Drew est une fan notoire), des plans joliment pensés, quelques idées inventives ça et là, autant dire que Barrymore s’en sort bien aux manettes. L’actrice prouve que sa très longue expérience au cinéma (depuis E.T à cinq ans, on le rappelle) a finit par payer. Drew Barrymore peut être fière d’elle : son essai ciné se révèle exaltant.

 

Whip It, film qui recueille avant tout la sympathie, répand une bonne humeur ambiante. Non exempt de passages répétitifs et de détails perfectibles, le film sort gagnant du round glissant grâce à son authenticité et sa rage persévérante de créer sa propre sauce.
Sans air introverti ou peur du regard. A l’image de la débutante Babe Ruthless qui détale de la piste mieux que personne.

7/10

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