09.01.2011

Somewhere (de S. Coppola) Désespérément attachant

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Sofia, on l’avait quittée, après l’escapade vaine d’une petite Reine frivole, perdue au milieu d’une cour frustrée de vaniteux. On la retrouve ici, loin de son Tokyo confus, ou de son Versailles nacré, quelque part, sur les traces moins empourprées d’un héros tout aussi désorienté et touchant que ses jolies blondes laissé-pour-compte. Comme une synthèse du vide qui toujours s’exalte à l’écran.


 

Quelque part à LA, en plein été. Un acteur superstar, Johnny Marco (Stephen Dorff), qui roule des mécaniques à l’écran, mais qui dans la vie n’est que l’ombre d’un figurant. Petites fêtes minables, dans des chambres d’hôtels trop connues, quelques rentre-dedans, des coïts sans goût avec Shannya, à moins que ce ne soit Shannon, un train-train désorienté, plâtré, bien confortable au Château Marmont, c’est la vie sans allure que mène sans comprendre Johnny. Ce personnage, tout droit sorti d’un roman désœuvré de Bret Easton Ellis, en proie à la paresse, en proie à la parano, à force de messages hystériques sur son portable et de 4x4 suspects qui pullulent sur les larges routes de L.A, est surtout victime du vide. Vidée de sens, l’existence de Johnny se résume à peu. A des tournages de blockbuster, des promos téléguidées et des visites périodiques de sa fillette, Cleo (Elle Fanning), une douce ingénue symbole de lucidité.

Chez Coppola, la grâce confine à la fissure. Avec elle, les mondes intérieurs vides des individus ont l’allure des grandes tragédies grecques. Tout en nuances, en flottement, en suggestions discrètes, Sofia Coppola capte ce temps errant, qui échappe aux protagonistes, comme un poème accablant qui accepte le sort. Comme dans Lost In Translation, l’hôtel est un refuge, à l’abri des autres, mettant ce bel héros, à mi-chemin entre une sœur Lisbon et l’autrichienne couronnée, face à sa solitude, sans éprouver désespoir ni chagrin.

 

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L’ennui, l’abandon, l’égarement, la contemplation, la mélancolie sont des thèmes chers à Sofia Coppola, qui toujours les entremêle, les atténue, pour composer une frénésie douce-amère, pessimiste, immobile, mais chaleureuse. Reine du plan fixe silencieux, Sofia réussit encore une fois à convoiter une atmosphère dense, ténue, à l’esthétique parfaite, faite de petits riens granuleux, qui conduisent à la contemplation autant qu’à la réflexion. A l’image de cet instant suspendu où cet acteur idolâtré finit couvert de plâtre, en attendant que ça se passe, respirant faiblement sans comprendre l’intérêt d’un tel emmurement.

Sans jamais s’empeser de dialogues tièdes, de situations prétextes, de moues surfaites, Somewhere est une œuvre sincère et brute, dénuée d’enjeux, de fioritures hollywoodiennes (pourtant évoquées à l’horizon), au risque même de passer pour un script en jachère, simpliste, sans rigueur dramatique. Pourtant, les temps morts de Somewhere sont ses nerfs les plus robustes ; cet immobilisme de fond, cette perception de l’insignifiant qui s’embourbe devant nos yeux, actionnant comme une mécanique désespérante, qui d’un coup s’efface, soulage la gravité du vide lorsque Cleo arrive dans la vie du père, avec ses jeux vidéos et son gros appétit. Dans Somewhere, la douceur familiale succède ainsi à la solitude d’un homme, en s’alternant humblement, et simplement, sans passage niais, ni rédemption heureuse, en se contentant surtout d’ennoblir une relation filiale aussi innocente que lumineuse.



Conclusion d’une trilogie placée sous le signe du vide lymphatique ou quatrième œuvre qui lorgne davantage du côté de l’autoportrait, Somewhere est une signature sensible d’une réalisatrice fidèle à elle-même. Jamais en porte à faux avec son univers, la réalisatrice puise à la source même de son répertoire thématique pour nous offrir cet instant suspendu, sa propre contemplation du monde dans ce quelque part si touchant.

7.5/10

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