12.07.2011
Harry Potter et les Reliques de la Mort - partie 1 (Critique)

Le 23 novembre 2010, l’horloge nationale pointant sur l’heure du crime, tous pour Harry Potter. La date des retrouvailles était apprise par les fans comme un mantra. A minuit tapantes, la partie finale de la saga Potter s’est projetée sur tous les écrans français, annonçant en grande pompe la première partie d’un dyptique final d’une fresque pas comme les autres.
En guise d’amuse-gueule, une bande-annonce redoutable qui circule depuis des mois et quelques bribes de films, « les premières minutes exclusives » filtrant plus ou moins légalement sur le net pour appâter un public déjà hameçonné à la cause Potter. Pour autant, l’impatience des uns et l’énervement des autres n’a pas faibli pour ce moment quasi-religieux dévoilé ce mardi.
Puisque la partie finale s’annonce mortifère, le réalisateur David Yates a injecté les formes, abyssales et mornes, dans cet épisode ultime. Depuis le Prisonnier d’Azkaban, la rupture était consumée entre le doux onirique Harry Potter se plaisant à faire des tours de passe-passe à Poudlard, entre deux tournois de quidditch et le nouveau guerrier du bien, l’Elu idéologique, mèche coupé, regard torve, des opus suivants également bien plus ténébreux. D’emblée, la scène introductive de ce chapitre final resitue ce décor sérieux de dénuement, d’une noirceur dense presque étouffante, au milieu de l’errance magique.

Fort d’enjeux plus impactant que jamais, à savoir cette course poursuite entre le bien et le mal, Harry d’un côté, Voldemort de l’autre, pour s’équiper comme il faut pour le combat ultime, le septième film de la saga converge vers un point noir culminant impérial, sorte de climax dramatico-magique, où il n’est plus question que de quêtes matérielles et de finalités idéologiques. Alors, les personnages secondaires s’effacent, et les facettes humoristiques et légères avec eux. Oubliés les historiettes accessoires et les flirts adolescents, le film se recadre avec un académisme de fond louable et efficace sur le trio original en partance pour la bataille.
En prenant son temps, la saga Harry se détache enfin de son image de feuilleton blockbuster grandiloquent, ce chapitre, plus pusillanime et claudiquant, met l’accent sur une bande de jeunes sorciers braves mais fragilisés, épuisés mais lucides. Des scènes de remise en cause au long repli dans les bois, la firme Harry apparaît plus sincère et déconcertante que jamais. Dans la réalisation, grise et monotone, les dialogues, d’une résignation intimiste, la désillusion générale l’emporte sur la force juvénile et l’action avant tout.
D’une efficacité redoutable pour augurer d’une seconde partie ultime, aussi attendue dans le fond que dans la forme, ce chapitre inaugural prend le pouls d’une situation dramatique coûteuse, tire le bilan des péripéties effectuées jusque là au prisme d’épreuves difficiles, faites de colères intérieurs, de jalousies réprouvées et de questionnements incertains. A l’image d’Harry, ce héros binoclard confus, rattrapé par les traumatismes enfouis et l’ignorance d’un monde maléfique qui lui échappe.
Pour autant si la mise idéologique ne manque pas de péril creux, la franchise Potter ne perd pas sa conviction première : sa mise en scène léchée et son atout d’acting. Les trois sorciers, plus soudés et touchants que jamais, un Ron ravagé en tête, s’embarquent dans un récit plus féroce qu’eux où chaque étape mythologique emmêle fascination et torpeur, à l’image de ce court-métrage au crayon d’une beauté sublime et d’une résonnance scénaristique étourdissante.
Beau et implacable, Harry Potter et les Reliques de la Mort se met sur la piste funèbre du combat. Sans esbroufe ou parti-pris guerroyeur, le film magique et politique fouille les états d’âmes et les détails maléfiques pseudo-fascistes avec une précision et une force narrative ébouriffante. Un avant-gout de choix avant le dénouement ultime.
7/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans xCritiques Cinéx | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : harry potter et les reliques de la mort, daniel radcliff, emma watson, rupert grint, ralph fiennes, critique |
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