05.06.2010
Sex & the City 2 (Critique) Retrouvailles ultraléchées

La fashionista Carrie Bradshaw et ses copines sont de retour. Après un passage à vide fait premier volet ciné, ou une version cellophanée nœud-nœud d’une série féminine générationnelle dans laquelle Carrie et sa clique ont brassé de l’air sur une thématique mélo (le mariage) et tape à l’œil (la réussite élitiste s’appelle Dior, encore !), le second chapitre de la saga sexuello-urbaine corrige le tir. Tout autant de minauderie et d’esbroufe, mais plus d’humour et de cynisme à oestrogènes. Cerise sur la chic pièce montée : une ébauche de réflexion sur l’évolution des rôles de la femme pas si imbécile que ça.
A coup de matraque publicitaire pailletée bling bling, Sex & the City s’est imposé d’emblée comme l’évènement cinéma annonçant l’été : Carrie Bradshaw dans une robe outrageuse s’improvise reine des sables (le Prince of Persia n’a qu’à bien se tenir), vue sur les hauteurs désertiques, pour nous en mettre encore et toujours … plein la vue.
Alors que le premier film Sex & the City procurait l’envie de baffer férocement notre sociologue du sexe préférée dont l’absence cruelle de discernement et de profondeur lui donnait un air tarte, Sex & the City 2 nous rabiboche avec Carrie Bradshaw en renouant avant tout avec l’esprit foutraque de la série. Il faut dire que celle-là même connue pour avoir osé la célébration de la femme, l’ode à son indépendance, l’affirmation brute et crue de sa liberté sexuelle, financière et même un peu mentale n’a jamais trouvé successeur sur le marché. Six ans après son annulation sur la chaîne à péages HBO, Sex & the City reste la référence absolue en matière de femmes et d’esprit d’émancipation.
Parce que Carrie, Samantha, Charlotte et Miranda sont d’abord le symbole du personnage féminin nouveau : une femme affranchie capable d’inventer ses propres codes et son ordre amoureux. Si le premier film avait écarté ce postulat faute de place (les dressing indécents sont encombrants à New York), celui-là s’appuie de nouveau sur cette idée (Carrie réinvente son mariage avec Big) et propose en filigrane une réflexion sur la place de la femme dans la société (voilée ou non), l’évolution de son rôle (ex, épouse, amie, quinqua).
Entre Miranda qui privilégie sa carrière, Samantha en proie au vieillissement (et aux bouffées de chaleur adéquates) ou Charlotte qui peine à trouver la sérénité auprès de ses deux filles, le film permet l’évolution de ces personnages devenus sacrés. Ce regard porté sur la vieillesse, le mariage, les enfants bien plus consensuel et grand public que le fond subtil de la série conserve un intérêt de fond et nous offre une vraie évolution narrative, avec des scènes posées, gentiment étudiées dans lesquelles, entre autre, Charlotte, débordée, pleure en cachette ou Miranda ose l’affrontement psychologique à coup de gorgée thérapeutique.

Mais c’est dans la forme, toujours, que le film se soigne le mieux. Pour oublier les doutes matrimoniaux ou les crises familiales, quoi de mieux qu’un défilé de tenues toutes plus excentriques les unes que les autres et d’accessoires cliquetants superposés ?
Avec un budget de 10 millions d’euros pour les seuls costumes, le contrat design sustentera les amatrices de choses qui brillent. Entre la première partie new-yorkaise et la seconde, très ampoulée à Abu Dhabi, ou une immersion dans le désert, Louboutin au pied et sac Birkin sous le bras, la folie des grandeurs de Carrie et sa clique est toujours plus vorace avec le temps. Mais celle-ci frôle parfois l’indigestion visuelle, surtout lorsque la bande de copines s’organise un trek dans le désert en robe de gala ou s’extasie devant l’immensité du palace. Si la modestie vestimentaire ou décorative n’a jamais été le fort de la série, la surenchère est ici pénible. Heureusement, pour palier ce niveau de parade ostentatoire, le film puise ses ressources dans son humour, formidablement renouvelé et toujours exquis.
Entre les afféteries savoureuses de Carrie, les remarques cyniques de Miranda, l’attitude bouleversée de Charlotte mais surtout le parlé coquin et les habitudes toujours dévergondées d’une Samantha en plein bouleversement hormonal, l’esprit d’émancipation féminine retrouve son terrain de conquête d’antan. Le ton guilleret de nos personnages adulés et la bonne humeur du film nous font oublier l’élitisme visuel de la saga, ses clichés ambiants (sur l’Orient, entre autres) et nous régalent même avec de nombreuses scènes drolatiques, parfois volontairement caricaturales (mariage gay tout de blanc vêtu, avec une Liza qui se prend pour Beyonce), parfois génialement inspirées (la confrontation Samantha avec le monde machiste du « nouveau » Moyen-Orient).
Gonflé à bloc, le nouveau produit Sex & the City est aussi clinquant que le précédent. Mais fort d’une cadence narrative et d’un rythme humoristique étonnamment soutenu, ce second volet signe de jolies retrouvailles avec notre équipe féminine de choc. Une remise à niveau grandiloquente dont le plus grand mérite est de procurer l’envie d’une nouvelle intégrale HBO.
7/10
Écrit par J.D.L (Webmaster) dans xCritiques Cinéx | Lien permanent | Commentaires (22) | Tags : sex and the city 2, critique, sarah jessica parker, cynthia nixon, kim cattrall, film |
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