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critique

  • Love (Saisons 1 et 2) Amour et égarements

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    Love est une série aussi simple que son titre. Une histoire d'amour entre deux personnages que tout oppose. Son plus ? L'esprit Judd Apatow.

     

    On en attendait beaucoup de Love, la troisième comédie de Netflix qui continue son succès auprès de l'hilarant Kimmy Schmidt et l'intelligent Master of None. Après Tina Fey et Aziz Ansari, il faut à Netflix une pointure comme Judd Apatow. Le cinéaste est ici accompagné de Paul Rust (et sa femme, Lesley Arfin), ensemble ils racontent l'histoire entre Mickey, une programmatrice de radio désabusée, aux addictions alcooliques et sexuelles, et Gus, un professeur particulier d'une jeune actrice de série télé, un type riche en bonhomie, drôle et maladroit, passionné par les bandes originales de films qui n'en ont pas et que lui compose avec sa bande de copains, tout aussi dork que lui.

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    La série reprend là où Hello Ladies s'était malheureusement arrêtée sur HBO. Quand le célibataire ringard parvient enfin à conquérir la jeune fille populaire. Sauf qu'entre Hello Ladies et Love, il y a un monde. Pas de cruauté chez Love, de cynisme féroce, de désenchantement acharné. Seulement cette peur tenace de l'engagement.

    Ici, dans les rues de Los Angeles, tout est vif et sincère. De ces deux personnages qui ne s'aiment pas au même moment, Mickey qui s'indiffère de ce pauvre type, Gus qui s'accroche, qui accepte de sortir avec la colocataire candide, qui arrive toujours trop tôt aux rendez-vous donnés, qui abîme toujours plus son amour-propre. Et puis tout à coup l'inverse. La redistribution des rôles. C'est ce qu'il y a de plus beau dans Love, cette façon d'être dans les deux camps, cette quête impossible et désavouée de la relation amoureuse, quand l'autre n'est plus là. Quand l'intensité disparaît sous terre. Mickey (Gillian Jacobs, tout aussi sarcastique que dans Community, l'air froncé et le fond tragique en plus) méprise de façon détestable Gus, elle a un réseau, une popularité intouchable, une façon de se frayer un chemin, de s'engueuler avec n'importe qui, de se moquer du premier venu et, pourtant, tout bascule sous nos yeux.

    Après des débuts assez indigents, Love a réussi à mener son rythme. Ses personnages s'étoffent au fil des épisodes, le gentil garçon moche prend de l'ampleur, un peu d'égo, du caractère et beaucoup de dérision, tandis que la belle montre sa fragilité. Si parfois la série s'encombre d'historiettes et de personnages inutiles (les collègues ou les voisins complètement ratés), la série excelle dans l'art du personnage principal. Ses deux héros sont des individus aussi ordinaires qu'imprévisibles. Leur ambivalence s'accroche avec allure au style Apatow dont la musique est sans cesse désillusionnée et mélancolique.

    D'une saison à l'autre, Love décrit ainsi cette histoire tumultueuse qui se construit, se perd, se retrouve, entre des rendez-vous vains, des personnages en double-file, des occasions manquées et puis quelque fois, cette promesse au loin. L'ensemble n'a pas la profondeur des meilleurs épisodes de Girls ni l'ambition comique d'Hello Ladies mais elle reste une dramédie habile aux personnages sincères. Ces héros gentiment banals, en proie à la solitude, festonnés de failles, de démons intérieurs et de carences affectives. On les soutient et on les juge, parce qu'ils nous ressemblent.

    8/10

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  • The Good Fight (Saison 1) L’art exquis du spin-off

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    Quand on parle de spin-off, on pense à une suite de ratages industriels produits par des chaînes en manque d’idée, qui prolongent, étirent, rebootent même, mais ne créent plus. Dans cette mer de mauvais choix, The Good Fight brille par sa singularité.

     

    Dérivé de la sublimissime The Good Wife, The Good Fight est un spin-off cas d’école. Au delà d’une paronomase bien trouvée, la série-fille hérite amplement des traits de la série-mère. On oublie  l’héroïne Alicia, son clan, ses obsessions pour offrir la part belle à Diane, l’associée charismatique du cabinet juridique. Le reste est là, identique ou presque. La réalisation inspirée, la qualité d’écriture, l’art minutieux du personnage.

    La série débute début 2017. Au moment du discours d’investiture de Donald Trump. Diane est seule, face à sa télévision, dans un vaste appartement plongé dans l’obscurité. Elle écoute les mots répétés du nouveau président américain, la mine défaite, sans un mot. Puis elle se lève. Elle éteint tout. Cette introduction est une image. Diane est prête à changer de vie. Elle part en Provence acheter une villa en vue de sa retraite anticipée. Elle investit, informe sa firme de son départ, organise une soirée d’adieu. Elle passe même le relai à sa filleule chérie, Maia, riche héritière du clan Rindell, qui, fraichement diplômée du barreau, rejoint le grand cabinet de The Good Wife, Lockhart & Gardner. Ici rien n’a changé. Le mauvais caractère de David Lee, la bizarrerie du vieux Lyman. Tout, à l’exception d’une dizaine d’associés et du nom à rallonge de la société. Diane a réussi à créer un empire. Elle s’apprête à le quitter mais un scandale financier éclate. Elle perd tout. Son meilleur ami, le père de Maia, est poursuivi pour être l’auteur d’une immense chaîne Ponzi, à la Madoff. Elle est seule, lâchée par ses pairs et son entourage. Diane doit recommencer. Rester dans la loi.

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    L’introduction de The Good Fight est doublement grandiose. Toujours chez Robert et Michelle King, on retrouve cette intelligence au cordeau, sans esbroufe, aux antipodes du babillage rasoir de la prêtresse Shonda Rhimes. Comme The Good Wife et Braindead, The Good Fight montre tout plutôt qu’elle ne dit. Elle ne souligne rien, elle excelle dans l’art du personnage. Vite oubliés les pontes de The Good Wife, les protagonistes ici sont aussi remarquables, toujours forts, authentiques, jamais manichéens, comme Maia (Rose Leslie, bien plus épatante que Game of Thrones) ou encore Lucca, l’ex-stagiaire charismatique de Diane.

    En deux heures, The Good Fight montre son habileté à repartir de zéro, à créer un nouvel univers, pourtant inextricablement lié à son modèle passé. Ici, les anciens personnages errent comme des fantômes, on les évoque comme des souvenirs, ils existent, ils ne sont pas des créations. The Good Fight brille par sa confrontation avec le réel. Une entrée en matière hyperréaliste, où le fond est mené, malmené, tambour battant, par la misère et la méfiance qui règne, les extrémismes qui gagnent, les crises communautés. La fin de l’insouciance. Diane se retrouve comme Alicia, aux grands débuts de The Good Wife. Elle recommence. Elle doit faire face à un milieu qu’elle ne connaît pas (une firme d’avocats afro-américains).

    Plus engagée encore, The Good Fight s’exprime aussi par un féminisme  exquis, une tête d’affiche de trois femmes puissantes, d’origine et d’âge différents, unique dans l’industrie des séries. Et cette élégance, toujours. Le style King que l’on devine à chaque air, chaque mouvement étudié de caméra, dans un raffinement total. A commencer par ce générique frappant. Une séquence pendant deux longues minutes durant laquelle des objets éclatent, explosent, finissent en mille morceaux sur des notes belliqueuses, à l’image du monde. C’est en cela que The Good Fight est magnifique, comme la série-mère. Elle démontre sa maîtrise haletante, son énergie implacable, son scénario si ficelé qu’il prouve une bonne fois pour toutes qu’un spin-off peut être une idée de génie. Plus qu’une idée, une série immanquable.

    10/10

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  • The Girlfriend Experience (S1) Celle que vous croyez

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    Après la très attendue et tout aussi décevante Flesh & Bones, Starz, souvent habituée des productions ratées, lance sa nouvelle série, The Girlfriend Experience. Adaptée du film éponyme de Soderbergh avec l'ex-actrice porno, Sacha Grey, la série pourrait être enfin la relève charismatique tant souhaitée.

     

    C'est l'histoire la plus vieille du monde, son métier bien entendu aussi, passé entre les mains perverses de tous ; de Balzac, Zola à Despentes ou Palanhiuk en passant par les écrans, de Jeune & Jolies d'Ozon à The Secret Diary of a Call Girl avec Billie Piper. La prostituée revient attirer les foules, avec son lot de mystère imprenable, de charisme et de sensualité intime. Dans The Girlfriend Experience, elle s'appelle Christine.

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    A l'image de Jeune & Jolie, Marina Vacht aussi fantastique qu'impérieuse, la série repose sur les traits intrigants de son héroïne, vamp idéale, joli minois et plastique infaillible, yeux de biche et chevelure aguicheuse. Plus qu'un physique, la jeune fille est un mystère, étudiante en droit plutôt douée, employée d'une grosse boîte juridique de Chicago, endettée par ses prêts étudiants, attirée par l'idée de la prostitution qu'elle fantasme de façon romantique et branchée. Indépendante, dont la froideur est palpable, Christine Reade, jouée par Riley Keough, petite fille d'Elvis Presley, est une fille contradictoire. Jeune fille de trempe, libre et rude, pratiquant une sexualité décomplexée, souvent anonyme, Christine cherche pourtant la soumission, ce jeu de pouvoir infime qui se niche dans chaque rapport à l'autre, soucieuse de plaire, de répéter les bonnes phrases aux bonnes personnes, dictée par son amie qu'elle croit, elle, sur paroles. Epoustouflée par le monde des affaires, les figures de poigne, Christine va accepter de basculer dans un monde assommant de cruauté dirigée par la main -perverse, encore- de l'homme. Ce qui lui plaît, à Christine, c'est de pouvoir gravir les échelons, gagner en stature, en poids. Très peu une question d'argent, bien que cela contribue au confort et au nouvel appartement spacieux en plein Chicago, mais une façon cynique et désabusée de se faire confiance parmi les requins afin de pouvoir un jour, elle aussi, jouer aux grands prédateurs.

    Dans un style aussi sec que froid, The Girlfriend Experience est une immersion pure dans une société ultramécanisée, ultradétachée, dominée par la hiérarchie et l'appât du gain où chacun tente de faire sa place, de grignoter du capital. La narration est aussi dénouée, lente que son héroïne, désabusée et chancelante, dont l'ambiance implacable rappelle les meilleurs romans de Bret Easton Ellis. Aussi contemplative que son héroïne, la série ne juge pas, ne condamne jamais son héroïne qui ne fait qu'écouter les autres, ses clients, noter qui ils sont sur des fiches mémos d'Iphone. La série fait la même chose, manifeste dans son goût pour l'épure et de sa liberté créative. Comme un soutien, la série, jamais racoleuse, jamais sous ou surécrite, tient son personnage féminin comme une cheville dans ses choix périlleux, ses dérives, ses laissez-passer, elle la suit perpétuellement à quelques mètres, derrière elle, toujours, dans ses couloirs d'hôtels indissociables, sans visage, sans empreinte, où Christine suit des inconnus, montée sur ses talons de luxe.

    9/10

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  • Divorce (Saison 1) Les dents dures

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    Sarah Jessica Parker divorce. Celle qui a été l’éternelle amoureuse, Carrie Bradshaw, la romantique transie pendant six ans sur HBO, joue de l’autre de côté du miroir. Une femme infidèle bien décidée (ou non) à rompre tout lien conjugal avec son mari.

     

    Cette nouvelle production de HBO avait l’allure idéale pour le retour de la dramédie HBO. Après des essais ratés, Looking ou bien Togetherness, le succès n’est pas encore au rendez-vous. Parce que Divorce, série domestique par excellence, souffre de cette image de comeback tant attendue collée à son héroïne. Divorce raconte la trajectoire de plusieurs couples. Au contre, celui de Frances et Robert Dufresne mariés depuis toujours, deux ados, une maison en banlieue, portrait de famille ordinaire. Mais le portrait s’abîme lorsque Robert apprend l’infidélité de sa femme galeriste avec un faux-français. C’est ainsi que les ennuis commencent. Avec eux, les défauts de la série.

    A commencer par ce couple, un duo amorphe et vite antipathique. Un binôme gentiment vachard mais sans profondeur et dont les tactiques de guerre laissent de marbre le spectateur. Malgré la dynamique autour du divorce, sujet éminemment profond et drolatique, ce couple est d'autant plus insipide qu’il est entouré d’une galerie d’amis simplement nulle, des personnages secondaires sans fond et excessivement poussifs (ou la grande déception faite Molly Shannon). La série est à l’image de cette scène d’anniversaire inaugurale, scène où les couples se vautrent tous dans l’hystérie, option arme à feu et cadeau canin. Résultat, d'épisode en épisode, la série rate son équilibre, trop souvent jouée, jamais laissée à l’air libre comme si elle craignait de s’orchestrer seule.

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    Parker, l’actrice qui a ouvert la voie à un nouveau genre d’héroïne à la fin des années 90, avait pourtant raison de se réjouir. Aux commandes de cette série, Sharon Horgan, inconnue ou presque outre-atlantique, est pourtant une showrunner hors-pair et une actrice-scénaristique maligne en Grande Bretagne. Après Pulling, la créatrice s’est faite doublement encensée par sa brillante série anglaise, Catastrophe, toujours en diffusion,  qui raconte une histoire sans lendemain devenir sérieuse à coup de grossesse inattendue.

    Le crédeau, ici, est le même. Les relations amoureuses, les petites frustrations du couple, la solitude et les mesquineries. Autant d’obsessions quotidiennes chez Horgan qui jubile lorsqu’il s’agit de montrer les petites faiblesses de l’homme -et de la femme qui toujours en prend pour son grade-, bien loin des archétypes comiques de Sex & the City. Mais Divorce est une recette plate, un monde sans monde. Une histoire de famille banale et faible, plombée par ses deux protagonistes. Lui, est ronchon, renfrogné, boudeur. Il porte une moustache sans ironie. Il parle en grommelant. Elle, est éteinte. Le teint gris, comme les paysages de la série, l’allure défaite, la petite vengeance au bout des lèvres et la petite malice de Bradshaw à des années lumière.

    Si l’ensemble est terriblement fade et insipide, Divorce agace bien plus. Parce que la série est trop souvent cantonnée à des scènes ménagères caricaturales mais dont le potentiel est là, implicite, enfoui dans la neige de Staten Island. Un potentiel parfois révélé au détour de quelques répliques domestiques bien senties, de moments choisis, fins et astucieux, dont Sharon Horgan a habituellement le secret. Un début peu augural pour la géniale anglaise.

    5/10

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  • The Good Place (Saison 1) Le sens de la morale

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    Dans The Good Place, le paradis n’existe pas. Non. Mais le bon endroit, oui. Un lieu pacifique et merveilleux où les altruistes, les bienveillants, les généreux, les humanistes se retrouvent après la mort.  Un endroit haut en couleurs, fleuri comme une ville olympique, faste et peuplé de petits commerces de yaourts glacés -dessert élu préféré par les bonnes personnes.

     

    Parmi eux, Eleanor Shellstrop (Kristen Bell) vient d’arriver, tout juste décédée. Elle découvre ce bon endroit par l’entremise de Michael, un architecte à qui l’on vient de confier le design de ce village. Eleanor visite les lieux, sa maison à la décoration minimaliste islandaise et ornée de tableaux de clowns et découvre son âme-sœur, un professeur d’université d’origine sénégalaise qui a le cœur sur la main, comme tous les autres ici. Parce que seuls les Prix Nobel de la Paix sont admis au Bon Endroit. Pourtant, avec Eleanor, l’administration a fait une erreur. Elle n’est pas l’avocate du couloir de la mort que l’on croit, elle n’a pas effectué de mission humanitaire en Ukraine. Il y a erreur sur la personne. A l’inverse, Eleanor est une égoïste doublée d’une alcoolique notoire, vulgaire et malhonnête, qui gagnait sa vie en refourguant des médicaments placebo à des troisièmes âge.

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    Créée par Michael Schur, dont le héros reprend subtilement le prénom, à qui l’on doit les meilleurs compositions comiques de ces dernières années, The Office dans l’écriture, Parks & Recreation ou encore Brooklyn 99, The Good Place avait tout pour ne pas foirer sa copie. Le résultat est à la hauteur des attendus,  The Good Place est une comédie joliment atypique et touchante, qui souvent vise juste. En décor de fond, la série remet en perspective les notions philosophiques et religieuses du bien et du mal. Ce qu’est le sens de la morale, ce qu’est aussi la rédemption. Parce qu’Eleanor compte bien rester au bon endroit, seul lieu paisible après la mort où les gens sont triés au volet selon leurs bonnes actions passées ; les autres vivant en enfer ou équivalent chaud et bruyant.

    The Good Place brille avant tout par cette écriture empruntée et son concept cathartique efficace, qui jamais ne se retourne contre lui. En brassant ces thèmes spirituels, ces concepts sur l’homme et son éthique, la série fait penser à Samantha Who ? ou à l’une des créations délirantes de Bryan Fuller dont l’univers coloré, guilleret et hautement sincère est ici clairement affiché. En prime, Kristen Bell retrouve un rôle fort, à sa hauteur de jeu, depuis l’ère Veronica Mars. Elle incarne cette héroïne aussi médisante qu’attendrissante, une héroïne qui se plaît à grimacer, pester, bouder avec tendresse, et son duo formé avec Ted Danson affriolant de dandysme est le tandem idéal pour cette petite utopie gentiment acide.

    9/10

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  • Westworld (Saison 1) Le grand théâtre des fous

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    La série-évènement, comme on aime souvent à le dire, s’appelle Westworld. Estampillée HBO, grands moyens et casting implacable, la série se veut la relève de la plus grande production de la même chaîne, Game of Thrones. A en juger par sa force scénique, elle pourrait y parvenir.

     

    Westworld est une pièce de théâtre. Elle est shakespearienne, un peu manichéenne. Il y a le bien et le mal. Au centre, une scène gigantesque. Un parc d’attraction au décor de l’Ouest américain.

    Côté jardin, les visiteurs. Les riches messieurs-tout-le-monde, ceux qui, curieux, s’aventurent dans ce parc, avides de sensations fortes. Billet d’entrée dans la poche, pour la modique somme de 40.000 dollars, les gens viennent explorer le Far West et s’adonner à leurs péchés. S’abreuver dans un saloon, coucher avec des prostituées de l’époque des pionniers, corset et regard tortueux, ou bien tuer de sang-froid des petits commerçants à l’accent du sud.

    Côté cour, il y a les hôtes. Les natifs, les gens de là-bas. En réalité, ils ne sont que des robots. Des machines humanoïdes, programmées et mises à jour selon des scénariis complexes et pensés par les ingénieurs du parc d'attraction. Ils campent des rôles attitrés, jeune fille aux abois, sheriff, bandit. Ils composent des scènes préparées répétées chaque jour, inlassablement devant les visiteurs, clament des répliques pensées par l’équipe des écrivains du parc. Jusqu’au premier pas de côté. Jusqu’aux soubresauts de leur humanité.

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    Adaptée du film Mondwest de Michael Crichton, reprise par Jonathan Nolan et Lisa Joy, Westworld est une œuvre spectaculaire et hybride associant deux antagonismes, la fantaisie ultra-moderne à l’héritage du western et de la Ruée vers l’Or. Et cette combinaison atypique fonctionne. Tant dans le divertissement du western où les coups de feux pleuvent et les répliques mièvres de l’héroïne-robot, Dolores (Evan Rachel Wood) composent une fresque fidèle aux codes du western. Tant aussi dans son concept futuriste où la direction du parc fait face à des enjeux technologiques et narratifs. A coup de bugs informatiques et de mises à jour ratées, les robots commencent en effet à changer. Ils divaguent, improvisent, prennent des initiatives. Des bugs informatiques tout simples qui permettent à la série de poser les premières questions. Celles de la conscience et de l’état de soi des robots, enjeu habituel dans une série futuriste et déjà explorée pertinemment dans Real Humans. La série pose ses bases, lentement. S’interroger sur la création. Sur le divin. Sur cette bonne vieille réalité. Celle que l’on connaît et, aussi, celle que l’on conçoit.

    Westworld est à l’image de son décor. Une série puissante et riche, aux niveaux de lecture amples, aussi philosophique que cinématographique. Une série qui ne laisse rien au hasard, surtout pas le casting. Anthony Hopkin joue le grand patron du parc,  Sidse Babett Knudsen, sa directrice sévère et jusqu’au-boutiste,  Jeffrey Wright l’un des concepteurs programmateurs. Alors qu’au Far West, Evan Rachel Wood, James Marsden, Thandie Newton incarnent les machines programmées aux balbutiements humains.

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    L’interprétation participe à la qualité de cette série tentaculaire mais qui, bien sûr, le sait. Scénarios astucieux, réalisations calibrées, le tout ici est fait au cordeau, soucieux de prouver que la mécanique dramatique est flamboyante. Les débuts de la série sont un exemple d’inauguration. Malgré un concept alambiqué, la série, légèrement didactique, est à l’aise avec son univers dual et sa mise en abyme permanente, à l’image de son logo publicitaire, le dessin célèbre de Leonard de Vinci, ici robotisé à l’extrême. La série invoque et relie autant d’œuvres différentes et indispensables, Blade Runner, Jurassik Park ou encore Lost, pour ne garder que l’essentiel.

    Parce que Westworld se veut être tout ça. Une série intelligente, spirituelle et colossale, ambitieuse, théâtrale et grandiloquente. Mais dont l’excessive poudre aux yeux, façon Game of Thrones, peut tout aussi bien fasciner qu’agacer.

    8/10

     

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  • This Is Us (Saison 1) La fable du groupe

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    Adoubée par le public à la mise en ligne du trailer, This Is Us, la nouvelle série de NBC, s’est imposée au fil des semaines comme la nouveauté importante de la chaîne du paon. Les débuts de la série le justifient, délicate et bien interprétée, la série a tout pour être la nouvelle série familiale du paysage américain.

     

    Cela débutait mal. Un titre un peu mièvre qui rappelle les grands succès d’Anna Gavalda, et un concept qui l’est tout autant. This Is Us expose quatre grands protagonistes nés le même jour et liés d’une façon ou d’une autre dans le grand univers. Une sorte de prédication à la facon de Sense 8 sur Netflix. Pour autant, pas de spiritualisme débordant, ici, This is Us s’emploie uniquement à suivre le destin de ses personnages le jour où de leur anniversaire, le jour où chacun d’entre eux décide d’une nouvelle page pour leur vie.

    Parmi eux, le couple amoureux transi, Jack (Milo Ventimiglia tout aussi intense depuis Gilmore Girls) et Rebecca (Mandy Moore, diva des romcoms), ce premier fête son anniversaire le jour où sa femme accouche, une procédure à risques puisque Rebecca attend des triplés. Kevin et Kate sont quant à eux jumeaux, ils fêtent leur trente-six ans malgré une immense insatisfaction personnelle. Lui est acteur d’une série potache, il refuse d’incarner l’acteur raté d’Hollywood tout juste bon à enlever  son t-shirt devant les caméras et montrer ses muscles saillants. Elle a des problèmes d’alimentation et un régime qui la hante. En surpoids, elle appartient à un groupe de soutien mais ne se sent pas à sa place. Enfin, Randall (Sterling K Brown, merveilleux dans The People vs O.J Simpson) fête aussi son anniversaire. Il est père de famille comblé, deux filles exemplaires, une femme sans failles, mais décide de retrouver son père qui l’a abandonné à la naissance.

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    Tous ces personnages ont ainsi en commun leur date de naissance. Une anecdote narrative à l’intérêt limité. Pour autant, ce qui les lie va au-delà. Privilégiant le mystère sur leurs liens, le pilote de la série offre en conclusion un twist narratif nouant définitivement les protagonistes de la série. La série créée par Dan Fogelman, responsable de The Neighbors et surtout de Crazy Stupid Love, se situe pile dans l’esprit de la dramédie aux bons sentiments. Des scènes sur fond de Damien Rice, des larmes, des doutes, This Is Us est la nouveauté fleur bleue de la saison. Pour autant, la série n’est jamais mièvre, elle s’écarte des poncifs nœud-nœuds grâce à des personnages d’emblée attachants et une intrigue ficelée et astucieuse.

    7/10

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  • Fleabag (Saison 1) L’errance féminine

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    Phoebe Waller-Bridge est une bosseuse. Après Crashing, il y a quelques mois, série communautaire joliment déjantée sur une bande de trentenaires voulant vivre différemment, l’auteure et actrice remet ici le couvert en adaptant son personnage de scène. Un coup de maître existentiel et sévèrement pessimiste.

     

    Héroïne et scénariste, Phoebe Waller-Bridge incarne Fleabag, une jeune femme dépressive aussi mal aimée que mal amoureuse. Fille cadette et orpheline de mère, Fleabag se sent seule mais ne sait pas comment apprivoiser les autres. A commencer par son petit-ami, un chic type qui lui pardonne tout, même ses actes masturbatoires face à des discours de Barack Obama. Sa sœur, rigide et autoritaire et son mari fantasque qui tirent à la couverture à eux. Ou même sa belle-mère, Olivia Coleman, une artiste tyrannique qui a envahi la vie de son père après la mort de sa mère. Face à ces gens antipathiques, Fleabag préfère se parler à elle-même.

    Sourires narquois face caméra, petits clins d’œil, moues ironiques, commentaires off, l’héroïne s’amuse avec nous de ses échecs. Mise en abyme maligne de la série, comme autant de remarques que l’on s’inflige tous, Fleabag met en perspective ses frasques, toutes les petites situations embarrassantes qu’elle crée volontairement pour mieux s’accommoder de sa morne existence. Dépressive, malhabile, cynique, oui, Fleabag l’est, mais surtout elle est lucide. Elle n’attend rien, elle n’espère plus grand-chose, Fleabag contemple ses défaites et ses vices. Elle est une femme torturée qui avance dans le noir, à l’aveugle mais elle le sait.

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    Dans le jargon anglais, fleabag signifie plusieurs choses, une personne peu plaisante, un sac à puces selon l’expression, même un animal laissé pour compte, un animal sans intérêt. A l’image du cochon d’inde que Fleabag a offert à Boo, sa meilleure amie, avec qui elle tient un salon de thé et qui, il y a peu, s’est tuée soudainement par tristesse amoureuse.

    Cet animal de basse catégorie, désormais c’est Fleabag elle-même. Une jeune femme déchue et hantée par la mort de son amie. Cette mort qu’elle refuse de qualifier de suicide alors que Boo s’est jetée sous les roues d’un bus. Depuis, tout l’équilibre de Fleabag se brise. Tous ses repères se fissurent. Traumatisée, Fleabag en est prise de souvenirs de son amie en vie, elle continue d’appeler son numéro pour entendre sa voix, une récurrence qui la malmène et qui la pousse à la résignation.  La série montre ça, cette latente dépression, une femme qui baisse les bras petit à petit, vautrée dans l’inconséquence.

    Série sur le néant existentiel, l’envie et l’amour qui décline, le féminisme  éclaté et la dépression nerveuse qui guette, Fleabag n’est pas un remède, un antidote à l’insatisfaction. C’est tout l’inverse. Pessimiste à l’envi, complaisante, la série offre des scènes de cruelle lucidité, des moments d’une poésie folle. Comme cette scène dans le métro où Fleabag imagine les gens près d’elle se mettre à danser et à hurler. Pourtant, c’est en elle que tout se joue. Dans sa tête, dans son corps. Parce que Fleabag, c’est surtout ce personnage féminin, complexe et intense, aux nœuds acérés, aux enjeux incompris, à la marche incertaine, à la culpabilité dévorante. Un travail d’inspection formidable, d’une noirceur palpable mais servi par une écriture lumineuse et un jeu ingénieux. Phoebe Waller-Bridge fait déjà partie des grands.

    9/10

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