06.02.2011
Le Discours d’un Roi (de Tom Hooper) Les langues se délient

Les biopic et l’Histoire, ça connaît à Tom Hooper qui après Elizabeth I, The Damned United et la mini-série John Adams sur HBO continue sur sa lancée didactique avec l’histoire de George VI, roi charismatique mais férocement bègue. Un sujet visuel, bouillonnant et apte au vertige verbal de l’écran.
Au départ, le Discours d’un Roi, pensé par l’auteur David Seidler il y a trente ans devait être une pièce de théâtre, mais la Reine Mère, épouse du roi mal-communiquant, avait fait jurer au créateur d’attendre sa propre mort pour révéler l’intimité royale dans une œuvre de théâtre. Malheureusement pour lui, la Reine Mort est décédée à l’âge de 101 ans, condamnant le projet sur le roi bègue à l’oubli amer.
Mais grâce à Tom Hooper, l’histoire vraie de George VI s’est vu renaître de ses cendres. Oubliés les décors en carton et les soliloques pompeux, Le Discours d’Un Roi s’écarte d’emblée du genre théâtre filmé en se fondant sur les codes visuels (décors authentiques, pièces splendides, garde-robes d’époque) du cinéma.
Dans la peau du roi bègue, rattrapé par le pouvoir malgré un handicap tenace, Colin Firth, qui après l'esthétisant A Single Man procure à nouveau prodige et charisme à un personnage affecté par lui-même. Ce roi, père de l’actuelle reine d’Angleterre, Elizabeth II, vu comme un esclave consentant, Colin Firth l’interprète avec une force frénétique et tempétueuse, entre humour pincé et colère frustrée, qui pour sûr lui vaudra la statuette américaine à la fin du mois.
Cette interprétation dentelée d’un Colin Firth qui s’emmêle la langue avec conviction ne serait pas si vertigineuse sans la performance valorisante de sa femme à l’écran, Helena Bonham Carter, épouse-modèle guillerette et drôlement maniérée et celle de Geoffrey Rush, vigoureux et dense dans le rôle de Lionel Logue, l’orthophoniste-comédien raté aux méthodes fantaisistes. Mais si cette distribution fine, incarnant à merveille l’esprit so british et subtile du film –au sommet, les confrontations entre le roi et son professeur malin faits de bons et de gros mots, les rouages du Discours de Roi n’échappent pas aux facilités du genre, à la fois biopic académique et œuvre d’apprentissage didactique.
Engoncé dans une ambiance intime, proche du portrait, le Discours d’un Roi perd en contexte historique et en force analytique pour insister sur le combat de la prononciation, entre tentatives vaines, espoir, et réussite finale majestueuse. La lutte linguale est ainsi appuyée, voire sur-démontrée sur fond de Beethoven tempéré, cantonnant l’œuvre à un rythme tranquille, parfois monotone et terne. A aucun moment, le film ne sort de cet unique sentier formel, schéma fiévreux mais un peu triste d’une amitié entre deux hommes désespérés mais déconnectée d’un ensemble pourtant voué à vibrer (montée du nazisme, pression politique, sombre mécanique familiale).
Délicat, fin et chiadé, Le Discours d’un Roi est une leçon historique d’apprentissage, améliorant son contexte et poétisant ses détails, pour ressembler au plus près à une œuvre doucereuse et savoureuse. Comme une hagiographie mélodique qui d’emblée sonne juste, mais qui au loin, est incapable de résonner.
6/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans xCritiques Cinéx | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : le discours d'un roi, critique, tom hooper, colin firth, helena boham carter, geoffrey rush |
Facebook
08.03.2010
Oscars 2010 : Nominations, estimations, exultations
Hier soir, les Oscars ont signé un bouleversement dans l'ordre établi. En primant pour la première fois une femme meilleure cinéaste (Kathryn Bigelow), et faisant vaincre le modeste film d'action féminin sur le blockbuster bleuté à 500 millions de dollars (The Hurt Locker sur Avatar).
Résultat : Blabla-Series est ravi, ses estimations concernant Precious, Inglorious Basterds, The Hurt Locker, The Blind Side et Up se sont avérées justes. Seul Jeff Bridges s'est hissé au vrai palmarès, évincant Colin de la statuette.
Par ordre de préférence, du fétiche au moins aimé, les nommés pour les Oscars 2010 & le palmarès :
Meilleur film
The Hurt Locker
Inglorious Basterds
Precious
Up
The Blind Side
District 9
An education
A Serious Man
In the Air
Avatar
Gagnant : The Hurt Locker

Meilleur réalisateur
Kathryn Bigelow
Quentin Tarantino
James Cameron
Lee Daniels
Jason Reitman
Gagnant : Kathryn Bigelow
Meilleur acteur
Colin Firth - A Single Man
Jeremy Renner – The Hurt Locker
Jeff Bridges - Crazy Heart
Morgan Freeman –Invictus
George Clooney - In the Air
Gagnant : Jeff Bridges

Meilleure actrice
Sandra Bullock - The Blind Side
Gabourey Sidibe - Precious
Meryl Streep - Julie & Julia
Carey Mulligan – An education
Helen Mirren - The Last Station (pas vu)
Gagnant : Sandra Bullock

Meilleur acteur dans un second rôle
Christoph Waltz - Inglorious Basterds
Woody Harrelson -The Messenger
Stanley Tucci -Lovely Bones
Matt Damon - Invictus
Christopher Plummer -The Last Station
Gagnant : Christoph Waltz

Meilleur actrice dans un second rôle
Mo'Nique - Precious
Maggie Gyllenhaal - Crazy Heart
Penélope Cruz - Nine
Vera Farmiga - In the Air
Anna Kendrick - In the Air
Gagnant : Mo’Nique

Meilleur scénario original
The Hurt Locker
The Messenger
Inglourious Basterds
Up
A Serious Man
Gagnant : The Hurt Locker

Meilleure adaptation
Precious
District 9
An education
In the Loop
Precious
Up in the Air
Gagnant : Precious

Meilleur film d'animation
Up
Fantastic Mr. Fox
Coraline
The Princess & the frog
The Secret of Kells
Gagnant : Up

Meilleur film étranger
Le Ruban Blanc
Un prophète
Ajami
El secreto de sus ojos
Fausta
Gagnant : El Secreto de Sus ojos

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans xCritiques Cinéx | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : oscars, absents, gagnants, avatar, the hurt locker, sandra bullock, colin firth, christoph waltz |
Facebook
06.03.2010
A Single Man (Critique) Le repli en chagrin sophistiqué

En troquant sa paire de ciseaux et ses luxueux porte manteaux pour des pellicules bon marché, le créateur de mode Tom Ford a flatté le diable. Espérant une première œuvre de cinéma surprise, narcissique, absolument parfaite, donc foncièrement flatteuse.
Solitude unisexe
George, professeur émérite de faculté, perd soudainement son petit ami Jim dans un accident de voiture. Une tragédie ordinaire qui résonne pour une foule hétérosexuelle comme un simple aléa sonore sur un chemin de vie tortueux, donc torturé. Pour le héros, c’est le point d’une chute sans fin, le signe de sa complète résignation.
Si ce Single Man est donc un film sur le néant d’être après la mort, une œuvre de solitude, c’est avant tout pour plaider la cause homosexuelle. Ici, la solitude a un sexe, se coupe de l’universalité, il y a une défense claire à prôner pour Tom Ford : c’est l’amour de l’homme et sa perte indicible. Des nombreux plans sur ces corps virils qui exultent, aux évocations subtiles de l’homosexualité des seventies, le parti pro-gay est évident, louable, émouvant. On croit même apercevoir l’amant du designer, le journaliste de mode Richard Buckley, assis sur un banc de la faculté de l’endeuillé George. Et les fox terriers du héros sont en réalité ceux de Ford. Pour une quête de soi mêlant narcissisme et autoanalyse.
Form-idable
Couleurs rousses, ambiances chair, vintage chic, décor d’archi, tout est mis en œuvre pour conférer au film la forme la plus visuelle possible. Les couleurs se neutralisent puis se ravivent nettes au gré des sentiments, des allusions. Les iris sont grossis à la loupe, les plans sont saccadés, désaturés, retouchés, les scènes paradent se voulant vintage à la James Dean, les acteurs secondaires, un brin inutiles, cabotinent, menés toutefois par une reine de cabaret truculente nommée Julianne Moore, le seul point de vertige de l’œuvre.
A trop vouloir en faire, la surenchère se contente d’esbroufe pudique. Léchant et surléchant sa forme à l’envi, Tom Ford met au placard des thèmes majeurs laissés en l’état, pour se complaire dans le maniérisme absolu, l’œuvre de pose du débutant, qui sous airs tirés à quatre épingle, ne cache pas grand chagrin.
Parce que sans la douleur indélébile d’un Colin Firth tout à fait désarmant, le film aurait pu n’être qu’un manifesto plastique, une publicité Chanel améliorée, « luxurisée » sur la vie gay et l’art d’être chic, riche mais triste sous la peau.
Chez Ford, le deuil est en velours, soyeux comme du tweed repiqué. Inaccessible comme une chouette alerte sur une branche, éclairée par la pleine lune. Lisse comme le front du minet amouraché que le héros suicidaire daigne prendre sous son aile avant le grand départ.
Les métaphores colorées pleuvent et se noient alors avec le héros sous la houle. Des tourments et de la douleur physique palpable, annihilante, colérique, il n’en est jamais question. A Single Man manque de chaleur saignante, de larmes grises, de terne, pour faire sens.
C’est toute l’ironie blafarde de ce premier essai cinématographique, aux airs profonds mais trop éclatants pour être vrais.
6/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans xCritiques Cinéx | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : a single man, colin firth, julianne moore, ginnifer goodwin, tom ford, critique |
Facebook











