21.05.2012

Homeland (Saison 1) Une machinerie puissante et humaine

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Retour en force pour la chaîne à péage, Showtime, qui désespérait de renouveler ses dramas. En recrutant sa nouvelle unité, Homeland, la chaîne rouge s’est vue offrir une place de choix dans l’univers télé actuel. Electrisante, imprévisible, aux allures malades, Homeland est tout bonnement la meilleure production télé de l’année, peut-être même la plus belle série depuis longtemps.

 

Après In Treatment, il se pourrait bien qu’Israël soit passé maître en créations sérielles, Homeland étant un remake maîtrisé de Prisoners of war, série récente de cet état. Le pitch américain ? Celui du sergent Brody, un marine détenu pendant huit ans par le camp ennemi, Al Quaïda, qui rentre miraculeusement au pays, ce qui éveille les soupçons de l’agent CIA Carrie Mathison. Celle-là avait eu jadis confirmation qu’un militaire américain converti menacerait la sécurité nationale.

Emportés par le jeu fiévreux et dense de Claire Danes et Damian Lewis, Homeland est une série complexe, à l’identification difficile. Entre deux genres, à l’intrigue à tiroirs, la série cultive un arsenal militaire et familial comme aucune autre série.

Souvent comparés à 24, par sa dimension géopolitique et diplomatique, la série Homeland n’a pourtant rien à voir. Plus proche de la latence de Rubicon, par son aspect morne, ses questionnements en attente, son doute permanent, Homeland veille davantage à entretenir une ambiance paranoïaque qu’une toile d’action pure et dure mêlant CIA et terrorisme.

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Si évidemment, la série taille sa part du lion dans la gestion des crises, l’avancement de son enquête terroriste, sur le chef de file Abu Nazir et ses grandes manigances, son probable traître en la personne de Brody, sa profonde originalité réside dans sa façon de psychanalyser ses personnages, les montrer sous un jour épuré, anti-manichéen, proche d’une réflexion objective. 

 

Enseveli dans un contexte familial bouleversant, les retrouvailles avec sa femme (l’attachante Morena Barracin), désormais amoureuse de son acolyte et la découverte de son adolescent, le sergent Brody suspecté pendant une moitié de saison, gagne en valeur et en subtilité. Idem pour le personnage de la CIA joué par Claire Danes, cette héroïne (la plus fascinante depuis longtemps) qu’on imaginait intuitive, ultra-compétente et crainte de tous n’est qu’en fait qu’une jeune femme instable, atteinte de bipolarité sévère, remise en cause constamment par son entourage professionnel et familial, à ce point impliquée dans son travail qu’elle perd en réflexes éthiques et en prudence.

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La plus grande force de la série, c’est de ne jamais aller du côté de l’attendu, monter une guerre froide entre les deux camps, diaboliser le traître américain, héroïser la jeune femme fragile seule contre tous. Le climat entretenu est constamment flou, prenant, d’une densité rare et d’une psychologie osée. A aucun moment, dans sa progression, Homeland appuie d’ailleurs sur les révélations, la série préférait les laissant filer comme des projectiles ambigus, dont on ne sait que faire.

Le final de la série, présageant d’une seconde saison encore plus palpitante et ténue que ce chapitre inaugurale, aussi travaillé et intelligent que le reste des épisodes, démontre la haute capacité d’Homeland, son regard contemporain, loin des sentiers scénaristiques creusés par les clichés et l’attendu.

 

Férocement bâtie, complexe et tendre à la fois, provocante et sévèrement moderne, servie par deux acteurs (Danes et Lewis) au paroxysme du talent, Homeland est la série évènement du courant actuel. Déjà indispensable.

10/10

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25.04.2010

Temple Grandin (Critique) L’autisme vu de l’intérieur

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Attention, chef d’œuvre original. La vie sans commune mesure d’une femme extraordinaire, une pionnière, une autiste de haut niveau, à l’itinéraire exemplaire, unique et bouleversant. Elle s’appelle Temple Grandin et son charisme n’a pas d’égal.



Des années après Rain Man, l’autisme et ses formes allégées, notamment le syndrome Asperger devenu incontournable à Hollwyood, ont de nouveau le vent en poupe. Après les récents Mary & Max ou Adam, c’est au tour de la chaîne à péage HBO de tirer profit d’une situation mentale compliquée pour composer le temps d’un téléfilm, une fresque de vie bigarrée et émouvante.

Derrière le nom de Temple Grandin, c’est l’histoire d’une vie singulière. Celle de Temple, autiste de haut niveau, diagnostiquée à l’âge de quatre ans alors qu’elle ne parlait pas et rejetait le contact humain. A force d’éducation et de tentative d’intégration d’une mère battante bien décidée à socialiser sa fille, Temple est parvenue à s’assimiler aux autres et devenir une pionnière dans son domaine, une visionnaire.

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Loin de l’académisme pompeux de certains biopics hollywoodiens friands de destins de personnalités marginales, Temple Grandin impressionne par son authenticité et sa force évocatrice.

Pas de chemin de croix et d’évolutions pénibles transitant forcément par un assagissement, une rédemption spirituelle, Temple Grandin, à l’image de son héroïne brute, est une construction par étapes de vie, qui s’écarte très souvent d’une linéarité scénaristique classique pour ne retenir que des anecdotes lourdes en sens, des situations contraignantes a-chronologiques, symboles dans l’avancée tumultueuse mais incroyable de la jeune autiste passionnée.
Les détails les plus infimes de la vie de Grandin, ses tocs de langage, ses phobies frustrées ou sa « cage bovine réconfortante » humblement mis en scène donnent une étoffe supplémentaire au personnage, un ancrage affecté qui offrent à cette libre adaptation un effet de sens féroce et touchant.



Devant ce téléfilm de choix, comment surtout ne pas se prosterner devant l’incommensurable Claire Danes qui littéralement crève l’écran par sa prestation unique en son genre ? Celle qui fréquente dans la vie un autre autiste à l’écran (Hugh Dancy, Adam) a su véritablement donner corps et esprit à la vraie Grandin. Dans ces intentions farouches, ces questionnements existentiels, sa rage de vivre, ses colères noires, ses postures et son amour débonnaire pour les animaux et le savoir, Claire Danes procure au personnage une humanité bouleversante, irradie avec sobriété et nous coupe le souffle.

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Passionnée par la science, l’ingénierie et le monde animal, Temple Grandin, à force de combats et d’études minutieuses, a su changer les conditions d’élevages des animaux en ferme et a permis la conception de nouveaux équipements –utilisés actuellement pour la moitié du bétail américain. Temple s’est également illustrée dans la recherche sur l’autisme à travers des ouvrages « écrits de l’intérieur » et ses enseignements dispensés à l’Université du Colorado. A ce jour, elle est l’une des individus autistes les plus illustres de l’Histoire. Et représente  plus généralement un modèle d’altruisme et de persévérance.

8/10

 

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : temple grandin, hbo, claire danes, autisme |  Facebook