19.07.2011
Au service des objets trouvés : la sélection ciné du mois

Une Séparation
La Séparation a beau tisser sa toile autour d’une rupture, dans un Iran actuel, la complexité est à l’image de la réalité, elle s’étale tout au long d’un scénario puissant, de manière globale, sans compartimenter son récit. Le film d’Asghar Farhadi est une œuvre qui tend à s’ouvrir, dont le sujet est un salmigondis bien rodé de situations quotidiennes, de zones d’ombres splendides, de nuances dramatiques, et d’interrogations profondes. Car après le soutien, vient l’accident puis la mise en responsabilité, une charge à la fois amoureuse, civique, familiale et religieuse, un exemple de la complexité humaine et un symbole de la perte de l’innocence. Construit admirablement, au prisme du privé et de la perception post-dictature, le film illustre la part de chacun –mari ou femme, père ou enfant- dans une société moderne tuméfiée.
D’une intelligence et d’une psychologie rarement exploitées à l’écran, le cinéaste iranien bouscule les valeurs sociales et conjugales, interroge les vertus religieuses et politiques et paralyse toutes les certitudes. Par l’interprétation à couper le souffle de ses deux couples à double visage, qui jamais ne campe un rôle défini, par la puissance narrative, sans orientation, sans influence, par cette mise en scène quasi à huit-clos, intime et fascinante, par cette absence vertigineuse de voile moral, Une Séparation est plus passionnant et ténu qu’un drame social, il est un exemple de mesure et de discernement, une invitation à l’interprétation et aux (re)questionnements de nos valeurs.
10/10


Harry Potter et les Reliques de la Mort (2ème Partie)
L’attente était telle que l’on partait déjà déçu, tristement empoisonnés par cette ultime histoire du sorcier binoclard qui prendrait bizarrement fin sur un quai de gare vingt ans plus tard. Mais parce qu’il faut parfois faire ses adieux aux symboles adolescents, le dernier volet de la croisade Potter s’est établi avec satisfaction, en forgeant la maturation et les enjeux belliqueux.
Alors oui, Harry Potter a mûri, ses amis ont grandi, le mettant désormais au défi, mais pour autant, l’éclat est intact de retour à Poudlard. Le cinéaste David Yates a ainsi réussi sa dernière trajectoire, allier enthousiasme magico-pubère à destruction idéologique. Si la marotte du réalisateur de ponctuer de répliques gentiment futiles et adolescentes tout au long d’un combat sérieux fait perdre le récit en force de conviction, le ton et le rythme, très engageant de ce dernier volet, désormais noir et gris, fait de missions périlleuses et de dilemmes internes, profite à long terme à cet esprit bon enfant menant vers la voie adulte.
Soucieux de démontrer l’ampleur de la mythologie magique, ses allants profonds, ses quêtes torturées et ses défis fatals, David Yates s’en tient à de splendides plans d’ensemble, mêlant dénouements de la lutte bien contre mal, flashbacks explicatifs, et tunnels symboliques sur la vie des Potter, leur épopée contre Tom Jedusor, promu Voldemort. Lui, reste impeccable, tenant la dragée haute et cruelle face à Potter viril et combattif. Si l’apothéose n’est évidemment pas au rendez-vous, enjeu cinétique impossible face à la forte imagerie littéraire, l’allure effrénée et l’envie de bien faire sont toujours là, rendant un hommage vif et féroce à cette grande et belle histoire générationnelle.
7/10

Blue Valentine
L’inégalable Michelle Williams s’amourache un temps du mystérieux Ryan Gosling pour composer une fresque douce-amère sur l’amour, le délitement. Conquis dès les premières notes, dans le regard perdu d’une épouse prise au piège de la routine et du désenchantement, dans les mains délaissées d’un mari présent et maladroit qui ne sait plus comment jouer. Blue Valentine est un film humble et sensible, qui emporte par sa sincérité. Composé en deux temps, au passé-présent, par des saynètes symboliques, exprimant tantôt la rencontre, tantôt l’ennui, la colère ou bien la passion, ce film indé capte des instants volés, illustre l’ineffable et la décomposition sans en parler. Grâce à la mélancolie superbe de Michelle Williams, l’érosion devient intense, tragique dans sa terrible inéluctabilité. D’une justesse louable.
8/10

X-Men : Le Commencement
Oeuvre complexe, parfois cérébrale, X-Men est plus qu’un film de super-héros. En recyclant sa galerie d’acteurs (Halle Berry, James Marsden, Hugh Jackman, un peu fades) pour des talents actuels (McAvoy, Fassbender, Byrne) et en déterrant une époque, celle des origines sixties de l’homme mutant, le quatrième volet des X-Men est l’histoire de la légitimité, celle qui finit par rendre passionnante une saga de bonne facture mais ternie par les codes du genre. Décrire l’opposition centrale entre Magneto et Professeur X, avec psychologie et trait d’esprit, et en usant aussi du mouvement pop culture et des enjeux de la Guerre Froide a permis au cinéaste Matthew Vaughn de prouver que l’adaptation des comics américains peut aussi chercher du côté de l’inventivité et de l’intelligence. Avec de vrais questionnements, en vrac, sur la marginalisation, l’affirmation et la tolérance des autres, X-Men : First Class dépasse le registre de l’histoire de bon aloie, et parvient à être une aventure haletante et créative, sur fond de récit intéressant et enlevé.
7/10

Hanna
Si Joe Wright nous épate encore, ce n’est pas pour son faciès mélo qu’il fait convoler sur toute sa filmo, c’est bel bien pour son art esthétique de la mise en scène, qu’il parvient même à insuffler dans son essai d’action à vocation de divertissement. Entre les romances tragiques et les productions d’espionnage, il n’existe pas de transition pour le cinéaste anglais, qui jongle avec le blockbuster, le fantastique et le puéril avec la même sensibilité. Tant par le casting savamment mesuré (opposé le diaphane Eric Bana à la lumineuse Cate Blanchett est une idée rare) que par ses effets profonds, sa musique infernale implacable, ses scènes d’action plus délicates que les vingt dernières bobines hollywoodiennes. Fort de son rythme, de sa mélodie singulière, Hanna est un thriller vertigineux, frôlant le registre malade et le genre poétique. Dans cet esprit, Saoirse Ronan et Cate Blanchett sont admirables de conviction, l’une en adolescente froide et intrigante, l’autre, en diablesse rugissante de malfaisance délicieuse.
7/10


Derrière les Murs
On a beau dire, les films d’horreur français sont condamnés au terrain glissant. Dernier exemple en date, l’ennuyant à pourrir, Derrière Les Murs, creux et vain de bout en bout. A force de gratter la moelle des Autres, de voir du côté des productions ibériques et de simuler des ambiances fantastiques asiatiques, Derrière Les Murs, premier film horrifique français en 3D, devient un produit lénifiant, une gabégie pauvre en matière, qui oublie le frisson pour appuyer sa cartouche provinciale façon mauvais Pagnol en trois dimensions. Dans ce marasme sans teint, ce scénario aussi lisse que nos malencontreuses lunettes lourdes, Laetitia Casta essaie de trembler à la surface. En jouant une écrivaine et mère endeuillée par la perte de sa fille, la belle actrice paumée à la campagne, finit par jouer les hystériques de série Z. Des cris, des hallucinations, des visions terribles, Casta s’essaie à la possession comme elle peut, en clignant brutalement des paupières devant sa machine à écrire. Du cliché, évidemment, mais surtout un fond méchamment inoffensif.
2/10


My Little Princess
Trop, bien trop d’effets et de fausses notes dans ce film quasi autobiographique mais totalement ampoulé d’Eva Ionesco. Isabelle Huppert, dans le rôle d’une mère-artiste maudite exploitant sa progéniture, frôle le registre du médiocre, l’auto-caricature, en poussant l’interprétation à son paroxysme parodique, en s’évertuant dans le cabotinage et les excès de bourgeoise glaçante. Sa fille à l’écran, Hannah, a beau faire peau neuve, elle est une version miniature d’un même constat de grande actrice qui s’entend jouer. En devenant une égérie glamour pseudo-érotique d’un milieu pervers, la nymphette perd son innocence, mais en oubliant la détresse, la sensibilité. Sorte de petite peste sortie d’un teen-show américain, la jeune héroïne nous enflamme les tympans par ses répliques hurlées contre sa mère. Irritant, embarrassant, ennuyant, le film gonflé aux surdoses mélodramatiques, passe par toutes les étapes, en oubliant toute notion de justesse, en prenant racines aux défauts. Scénario présomptueux, photographie hideuse, interprétation plus que sordide, et psychologie insalubre qui dévie toute sensibilité à l’image de ses décors grotesques, le film est un malaise pernicieux à faire détester les premières œuvres.
0/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans xCritiques Cinéx | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : critiques, cinéma, une separation, harry potter, hannah, x-men, blue valentine |
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03.05.2011
Au service des objets trouvés : la sélection ciné du mois
En avril, on a beau dire que c’est de saison, le cliché printanier est bien là pour conforter les cinéphiles ébranlés par une disette hivernale de films mauvais comme une soupe à l’oignon. Au diable les œuvres venteuses et les curiosités de couleur grêle, pour inaugurer cette nouvelle catégorie du 7e art sur Blabla-Series, le temps a préféré virer à l’inattendu et au varié. Au service des objets trouvés, plusieurs enfants perdus, une chorégraphe anoblie et un déguisement sanglant, on s’en frotte les mains.

Tomboy
Ecrite en un mois, tournée en un vingt jours, l’histoire de Tomboy pourrait être le brouillon pré-mâché et documentarisant sur la vie tourmentée d’une petite fille. Et pourtant, Tomboy a tout de l’œuvre achevée, celle qui s’impose à chaque situation, qui fait sens à chaque réplique, à chaque regard. Plus qu’un questionnement sur la sexualité, Tomboy est un film qui remet en cause l’existence, qui met en avant les désirs, ceux de l’enfant en quête, ceux de Laure, rêvant d’incarner Mickaël, le garçon qui joue au football, qui veille sur sa petite sœur, qui se baigne sans complexe en maillot de bain parmi les copains. Dans Naissance des Pieuvres, Céline Sciamma captait déjà le mal-être, celui de deux adolescentes, sans en rajouter, malgré la lenteur désarmante des situations, conforme aux films de fin d’études. Dans Tomboy, c’est à la fois une confirmation et une résurrection pour cette jeune cinéaste, habile scénariste, réalisatrice sans esbroufe mais profonde. Sur le genre, mais aussi le rapport de l’enfant à l’adulte (illustrée par des plans éloquents, toujours confondants de simplicité), la relation entre enfants, sur le sens des sentiments (ceux de la petite sœur, ceux de Lisa, qui tombe amoureuse du garçon « différent »), Céline Sciamma réussit un portrait troublant et poignant de l’enfance, quasi illusionniste, une démonstration pudique et férocement fouillée. Elle consacre Tomboy comme une œuvre délicate, qui donne vie à la confusion, qui saisit la violence (une simple robe, une simple présentation) sans la raconter, qui décrit l’ambiguïté et l’indifférenciation avec subtilité, avec la lucidité d’une fillette. Une réussite absolue.
10/10


Pina
Les petits gestes de Pina Bausch ont été ressuscités le temps d’un film hommage par son ami de vieille date, Wim Wenders. Loin du documentaire rigoriste, ou des récents films ratés du cinéaste allemand, Pina se libère du carcan du genre pour retrouver la force artistique et visuelle de la chorégraphe. Dès cette première scène dans la terre écrasée par ces coups violents et automatisés portés aux corps (Le Sacre du Printemps), jusqu’à cette fin où la troupe du Tanztheater reprennent sur la dune le gestuel phare des saisons de Nelken, Pina retrouve la grâce et la puissance atypique d’une chorégraphe à part. L’épuisement, la laideur, la singularité des corps, la force des éléments, l’énergie malade, autant de thèmes chers à Pina, qui retrouvent dans ce film une noblesse d’esprit, une poésie dure, froide et passionnée. Emporté et libérateur, cet hommage artistique est plus qu’un éloge pompeux et magnifié, il s’agit d’une redécouverte audacieuse et virevoltante, plus soucieuse de l’harmonie, de la scénographie, de l’art sec de Pina que d’une oraison bon marché pré-emballée. Des tableaux célèbres reproduits à l’intact, appuyés par des mises en situation inspirées dans des décors sensés (à Wuppertal notamment, ville de Pina) ou autres lieux qui dans leur force visuelle collent au maître-mot de la chorégraphe et agrémentés de témoignages pudiques et sincères d’une troupe qui loue (à juste titre) le mentor et la raison d’être faite Pina, le travail du Wim rejoint ainsi la profondeur de la feue créatrice. Avec cette œuvre aboutie, égale à elle-même, Wim Wenders ressuscite avec émotion l’existence du style Pina, la fragilité et la monstruosité émouvante de son art. Comme des retrouvailles ultimes avec l’être aimé.
9/10

Rabbit Hole
A l’initiative de Nicole Kidman, toujours gracieuse et poignante à l’écran malgré les pommettes botoxées et le front légèrement gonflé, Rabbit Hole est un essai pudique et profond sur la vie d’un couple après la mort de leur garçon. Sensible et juste, à l’image de ses parents endeuillés, Aaron Eckhart et Nicole Kidman, touchants dans leur complexité, leur refus de céder au moindre pathos, leur rage frustrée, leurs quêtes intérieures, l’œuvre de John Cameron Mitchell (Shortbus) est une tragédie délicate sur l’absence et la retenue. En s’allégeant du poids hip et sur-écrit de la machinerie indépendante estampillée Sundance, Rabbit Hole préfère la sobriété de ton, la pâleur du décor et le cynisme d’un humour occasionnel mais cathartique pour ciseler avec force ce portrait de famille chamboulé parmi les autres. Ainsi, en voguant efficacement entre le léger et l’affect, la souffrance et la libération, Rabbit Hole prouve que le deuil et la reconstruction demeurent un sujet rare et puissant, qui ne nécessitent ni des clichés coriaces ni des situations tire-larmes pour émouvoir.
9/10

Scream 4 (voir critique) 8/10

The Company Men
Pour le premier film de John Wells (scénariste et réalisateur d’Urgences, The West Wing et de Shameless), tous les vieux de la vieille du ciné U.S sont là (Tommy Lee Jones, Chris Cooper, Craig T. Nelson, même Kevin Costner a réussi le casting). Ideal pour rendre authentique ce film sur l’âge d’or déchu de l’entrepreneuriat américain et la chape de précarité qui s’abat sur ces foyers sans défense. Si le propos de départ est intense, voire culotté (le cadre Ben Affleck refuse par orgueil de mener une vie à la baisse), The Company Men reste un film sur la crise typique, illustré par des profils d’hommes sans aspérité, sans grande cause, sans péril. En veillant aux destins de ces cadres supra-aisés sur le carreau, par pudeur ou par lâcheté, le film fait fi d’une réalité économique plus impitoyable, d’un propos social plus sévère, se contentant seulement d’un portrait familial (assez juste grâce l’actrice Rosemary Dewitt) pour témoigner des sacrifices. Si la morale ne chahute pas trop un récit globalement bien mené (mais toutefois conclue par un happy ending, il ne faudrait pas déprimer les femmes et les enfants), The Company Men conserve tout au long de son développement cette étiquette propre sur soi qui rend le tout un peu naïf et déconnecté.
6/10

Mon père est femme de ménage
On s’attendait à une œuvre dégoulinant de bons sentiments, un dicton politico-social plombant et des acteurs à côté, pourtant Mon père est femme de ménage est un film neutre et juste qui s’efforce à prouver le contraire. Ni social ni familial, le film préfère survoler les cases pour ne pas tomber dans la caricature. Malgré les ellipses, et quelques bonnes ficèles, le film de Saphoa Azzeddine se montre sensible et drolatique, grâce à une Nanou Garcia hilarante en femme au foyer immigrée et un Francois Cluzet épatant en bon père de famille aimant et sincère. Un joli portrait de famille actuelle, sans fioriture ni excès de pathos.
6/10
Thor
Au royaume Marvel, Thor est plus qu’un super héros, il est l’héritier, le roi en devenir, massif et tout puissant. En s’entichant de Natalie Portman dans le rôle de l’humaine geek et attachante, Thor devient un cœur sur pattes, capable de loyauté et de courage. Combats entre planètes, conflit familial, trahisons et répliques amusées, scènes intenses et costumes volontairement kitsch, récit sans passages à vide, Thor est une super-production prévisible et migraineuse mais qui ne déçoit pas.
6/10

Mais aussi :
Animal Kingdom - un drame noir familial ficelé et haletant qui redynamise le cinéma australien.
6.5/10
Detective Dee : le mystère de la flamme noire - un film de genre avec des biches prêtresses qui parlent et des cascades filmées au ralenti, à la fois kitsch et exaltant.
5.5/10
Source Code - du sous-Fringe facile, mollasson et bavard.
5/10
Le Chaperon Rouge – un film froid et sexuel, aux dialogues peu inspirés, mais dont la quête permanente de « qui est le Loup ? » permet de rendre le déroulement du récit aussi mièvre que prenant, comme un bon épisode d’Arabesque.
5/10

Morning Glory
Becky Fuller, inventive, bosseuse et loyale, a le malheur d’être productrice télé cantonnée aux matinales, à ces émissions grotesques et sidérantes, qui font danser des chihuahuas, alarment sur les dangers du Sida et conseillent l’ingrédient secret pour des pâtes au beurre réussies. A l’image du prénom caricatural de l’héroïne, son émission (et film éponyme) Morning Glory se veut ainsi agréable et accueillant comme une météo ensoleillée de bon matin. Mais en accumulant les écueils, l’énergie agaçante de l’héroïne (malgré le capital sympathie et le minois de Rachel McAadams, aussi ravissant qu’une rose trémière), les personnages secondaires pénibles (Harrisson Ford, râle autant qu’il ennuie) et le déroulement prévisible tirant vers la morale, le film finit par ressembler à ces programmes excessifs où l’humour américain et l’enchaînement des rebondissements embarrasse. Encombrée d’une storyline amoureuse inutile et de penchants moralo-familiaux irritants, cette comédie échoue dans sa mission anti-cathodique et reste condamnée à la pataugeoire des gags boursouflés propres à l’Hollywood des abrutis.
4/10

Et soudain, tout le monde me manque
Le monde a beau s’acharner contre Mélanie Laurent, sa filmo parle pour elle. Son dernier film, Et soudain, tout le monde, est le symbole d’une carrière parvenue, de ce charisme épais comme une corde vocale. Mais Et soudain, tout le monde me manque, ressemble à s’y méprendre à son actrice phare : une envie de bien faire, s’inscrire dans la tendance, se vendre. Le film fait alors du Sundance sur commande, musiques à la cool, répliques supposés brillantes (mais d’une inventivité désastreuse), pour livrer une chronique douce-amère sur la famille. Mission hype ratée pour ce gros navet mûr : à défaut d’être profond et décalé, voilà un produit complaisant, faux et creux.
2/10


Devil
Produit par Night Shyamalan, Devil est plus que ça, il est surtout une vieille idée du créateur de Sixième Sens et d’Incassable, ou plutôt du coupable de Phénomènes et du Dernier Maître de l’Air qui peine à retrouver les honneurs. Comme les films peu roublards de l’hurluberlu américain, Devil fricote avec les esprits démoniaques et les personnages caricaturaux. Dans cet ascenseur du mal, un groupe d’individus attend sans le savoir la faucheuse. Jamais fouillée, jamais mise sous tension, cette histoire de diable qui cueille les mauvaises âmes dans les otis de building restent d’un niveau intellectuel affligeant. Et comme dans chaque nanar de Night, la réalisation, l’absence d’enjeux et la faible écriture ne sont jamais la cause réelle du naufrage. Ce qui achève toujours le désastre, c’est cette morale ultime, dégoulinante de mysticisme à la mords-moi-le-nœud et de bondieuseries ancestrales, qui vient raviver éclats de rire et consternation.
0/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans xCritiques Cinéx | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : tomboy, scream 4, pina, animal kingdom, thor, devil, the company men, critique, cinema |
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08.01.2010
Agora (Critique) Guerres religieuses et joyeusetés solaires

Transition de genre ratée pour le réalisateur, Alejandra Amenàbar, qui s’était illustré dans un univers fantastique crucial, l’améliorant par ses précédentes oeuvres, Abre Los Ojos et The Others. Pour sa reconversion au cinéma historico-religieux, l’espagnol américanisé a manqué d’un peu de subtilité.
Religion et Science, rixe itérative
Dès le début, Agora annonce la couleur. Le film ne sera que trop bavard, que trop peu violent. Un comble pour un péplum situé en Egypte, au IVe siècle avant Jésus Christ. Les mots savants (en l’occurrence d’Hypatie) l’emportent sur le glaive et le sang, acteur presque absent de l’épopée. Ces débuts pénibles ne le sont pas en raison de cette volonté pacifique (le film est simplement pudique) mais parce que le cinéaste met en scène son sujet avec grande maladresse.
Férocement elliptique, à l’image de la théorie de son héroïne, le film se contente d’une retranscription contextuelle bâclée et sans contours de l’aire religieuse antique. De l’époque égyptienne où les dogmes s’affrontent à coup de doctrine violente et d’hégémonie idéologique par le poignet.
En plus d’un usage fébrile de l’anglais –recours volontairement tatillon et fortement irritant, le film pèche par excès didactique. A l’instar des thèmes majeurs de l’époque dont on retrouve ici l’intolérance de l’autre croyant, l’impiété, la sorcellerie. Rebattus, ces thèmes offrent peu de distractions, outre visuelles. Mais l’hégémonie chrétienne qui s’impose à l’époque permet quelques réjouissances originales, notamment les baptêmes publics forcés qui relèvent de l’intérêt historique.
Écrit par J.D.L (Webmaster) dans xCritiques Cinéx | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : agora, alejandro amenabar, rachel weisz, critique, cinéma, the others |
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04.01.2010
Esther (Critique) L’épouvante n’a plus d’âge

Les enfants sont formidables
Au XXe siècle et à plus forte raison, au XXIe, les enfants ne sont plus ces entités à l’innocence imparable et à la quasi-sainteté démontrée. Dans le Ruban Blanc, Haneke use alors de l’aube nazie et son terreau humain pour démonter un principe bienveillant. Celui de l’irréfragable gentillesse enfantine.
Les enfants terribles seraient-ils plus qu’un mythe ?
Les rangs hitlériens cannois, mais aussi Max, qui s’invente des monstres grandeur nature pour s’échapper, l’enfance de Dupontel ou les figures horrifiques (Ils, The Children, Jeu d’Enfant, 666) démontrent actuellement l’exportation dudit modèle à l’écran. Parce qu’il fait bon d’être méchant.
Mais ces petits démons, monstres de torture ou de colère, grands manipulateurs n’arrivent sûrement pas à la cheville, pourtant frêle, d’Esther.
Un cas sur pattes, haut comme trois pommes, qui martèle deux heures, et tue un peu.
Qu’est-ce qui ne va pas chez Esther ?
Esther, une enfant d’abord idéale. Eloquente et timide, vive et prodige, cette orpheline représente le fantasme parental universel. Le narcissisme exalté d’une famille toute entière.
Mais de courte durée.
Parce qu’Esther a un secret enfoui. Et le spectateur ne pourra jamais le découvrir.
Tel est le postulat risqué du nouveau film de genre de Jaume Collet-Serrat. Risqué parce que les films sur les enfants mystérieux, y’en a à foison et que la plupart de ces intrigues peu ambitieuses mettent à mal toute leur portée horrifique et ratent le coche de l’efficacité (Dorothy).
Mais le cinéma fantastique ibérique est d’une autre trempe. Et pareil à Darkness de Jaume Balaguero, Collet-Serrat parvient à captiver avec très peu et relève son pari : le secret d’Esther, terrifiant, reste bel et bien intact deux durant.
Expatrié à Hollywood, le réalisateur espagnol n’en perd pas la main. Contrairement à Fragile dans lequel Balaguero peine à diriger Calista Flockhart, perdue au milieu d’enfants handicapés, le sol américain sied bien au cinéaste.
Avec sa palette d’acteurs convaincants (Peter Sarsgaard et la brillante Vera Farmiga), l’espagnol plonge une famille américaine proprette dans un chaos juvénile, indécelable. Aux apparences lisses, cadre américanisé, dialogues surfaits, le film crée très vite une descente aux enfers, dont le spectateur est témoin de chaque étape. Sadique sur le fond, enlevé sur la forme, Esther réussit à créer une tension progressive, brillante d’efficacité dans lequel la fluette héroïne mène la danse macabre.
Logique impitoyable
A rude épreuve dans Esther, le spectateur est foncièrement actif, interpellé. Horrifié par cette jeune fille abominable mais dont on ignore les tenants et les aboutissants, l’œil est circonspect, toujours à l’affût. Jamais de véritable mise à propos, le scénario révèle une gradation dans le machiavélisme dont on n’imaginait pas l’extrême.
Gentil thriller familial ou film gore, l’étiquette du film vacille d’abord, pour mieux traumatiser le spectateur, à l’image des actes d’Esther, qui assurent une ascension maléfique, à l’origine improbable.
Spectacle dans lequel rien n’est laissé au hasard, surtout pas la vileté de l’héroïne, Esther ne révolutionne pas le genre ni ses grandes thématiques mais a cette grande capacité pour assumer ses logiques, mener avec cadence son circuit. Jamais totalement prévisible, au contenu mythologique très convaincant (l’explication se dessine au moment où se perpétue l’horreur) le film assure une épouvante sans faille et fiable.
Esther n’est pas un film sanguinolent et effrayant. Il excelle avant tout dans sa logique destructrice jusqu’au-boutiste et haletante.
(7/10)
Écrit par J.D.L (Webmaster) dans xCritiques Cinéx | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : critique, cinema, esther, orphan, vera farmiga |
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22.01.2008
Critiques Ciné : du 15 octobre au 15 décembre
Eastern Promises *
Si l’idée de départ aspirait à de multiples intérêts, le film n’est qu’une caricature peu inspirée de lui-même, effleurant à peine son sujet, noyé par d’innombrables scènes grotesques, de répliques convenues et au fil rouge cousu de fil blanc : le traquenard est bien là. Et un nouveau Cronenberg sur-estimé, un.

Détrompez-Vous ***
A l’aide d’un sujet original et fortement divertissant interprété par un duo Taglioni-De Cluzet étonnant, cette dernière comédie sur l’usure du couple relève fortement le niveau général du genre français en proposant une histoire simple, bien menée et bizarrement dénuée de clichés.

Enchanted ***
Un amusant et inédit conte de Noël qui a su se jouer des codes des plus grands classiques Disney de manière inoffensive et ironique, sans véritablement les mettre en cause. Enchanted est un film très entertaining grâce à la brillante prestation d’Amy Adams, sympathique et rafraîchissante.

Bee Movie *
A l’exception d’une introduction rythmée et séduisante, Bee Movie, moralisateur à souhait et à l’humour seinfeldien franchement dépassé, se contente d’une réflexion bancale sur le rôle des abeilles qu’un séjour en classe verte aurait peut-être amélioré.

La Chambre des Morts **
Dans ce thriller social français, tout est attendu, du dénouement final jusqu’à ses vaines tentatives à copier son homologue américain. Malgré un ton prenant, le film plombe l’ambiance en mettant l’accent sur une dimension psycho-ésotérique, maladroite et démesurée.

Saw IV *
Avec une scène d’ouverture qui donne tristement le ton, cet énième opus à force de rabibochages narratifs devenus incompréhensibles, laisse une impression de surenchère creuse et gratuite de moins en moins tolérable.

His Dark Materials: the Golden Compass *
Si l’on enlève le tape à l’oeil, le cast secondaire de grand nom et l’idée ingénieuse des daemons, il ne reste plus qu’une petite fille terriblement tête à claques et une aventure indigente, académique et pauvre en rebondissements.

Darling **
Le Tchao Pantin de Marina Fois est un film à la fois touchant de vérité, déstabilisant, misérabiliste et cruel. Si l’anecdote enfantine reste amusante, le reste est un ramassis d’horreurs étriquées et dérangeantes, concernant autant le récit que la mise en scène elliptique à souhait.

I Am Legend ***
Bénéficiant d’un scénario ambitieux et inspiré, ce film brille avant tout par son intrigante première partie et la mise en scène de certains enjeux sociaux et humains captivants, la suite, d’une démarche et d’un dénouement plus classique demeure, grâce à la bonne perf’ de Will Smith, tout aussi divertissant.

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans xCritiques Cinéx | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : critiques, cinéma, ciné, critique |
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24.02.2007
Résultats - Césars 2007
Le grand vainqueur est Lady Chatterley, ce qui n'a rien d'étonnant : un ton solennel et monacal et un succès populaire mitigé.
Meilleur film
Lady Chatterley
Meilleur acteur
François Cluzet - Ne le dis à Personne
Meilleur actrice
Marina Hands - Lady Chatterley
Meilleur espoir masculin
Malik Zidi - Les amitiés maléfiques
Meilleur espoir féminin
Mélanie Laurent - Je vais bien, ne t'en fais pas
Meilleur premier film
Je vous trouve Tres Beau - Isabelle Mergault
Meilleure actrice dans un second rôle
Valérie Lemercier - Fauteuils d'Orchestre
Meilleur acteur dans un second rôle
Kad Merad - Je vais bien, ne t'en fais pas
Meilleur film étranger
Little Miss Sunshine
Meilleur scénario original
Indigènes
Meilleur réalisateur
Guillaume Canet - Ne le dis à Personne
Meilleur documentaire
Dans la peau de Jacques Chirac
Meilleure adaptation
Lady Chatterley
Meilleurs décors
OSS 117 - Le Caire Nid d'Espions
Meilleurs costumes
Lady Chatterley
Meilleure photographie
Lady Chatterley
Meilleur montage
Ne le dis à Personne
Meilleure musique
M - Ne le dis a Personne
Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Adam & his T.V | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, césar, film, critique, 2007 |
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