22.08.2011
Mad Men (Saison 4) A l’aube des hardies seventies

Depuis la troisième saison, Mad Men trépignait à l’idée d’opérer un tournant franc dans la modernité d’une époque sixtie. Les prémices de cette plongée en eaux modernes américaines avaient été brillamment signées à travers des trames fortes qui touchaient à la fois aux droits civils, à la destruction de la cellule familiale, en passant par l’homosexualité ou l’entreprise, le tout sur fond politique et social (l’assassinat de Kennedy, entre autres). Cette année, d’entrée de jeu, la modernité de Mad Men a été pris à bras le corps.
Un bond en avant. Nous voici en 1964, à l’aube de Thanksgiving. Don Draper est divorcé, vit reclus avec une femme de ménage soucieuse et songe à flirter de nouveau pour le bien-être social. Lui et ses proches collaborateurs ont fondé depuis peu leur agence de pub et tentent de se maintenir la tête hors de l’eau avec leurs faibles comptes clients. Don cherche un appui médiatique et compte sur ses loyaux partenaires pour dégoter de nouveaux contrats.
Le décor est planté avec parcimonie, comme toujours. Et c’est encore avec la plus grande subtilité et la plus grande précision dans les dialogues que les auteurs de Mad Men nous laissent de nous-mêmes prendre le pouls de ces bouleversements et cette nouvelle ère.
Pourtant, dans l’entreprise, l’intensité n’a pas chaviré entre le passage Sterling Cooper Advertising vers la nouvelle agence Sterling Cooper Draper Pryce. Les hommes en colère arrivent matinal au bureau avec le même pas décidé, et malgré l’absence d’open space, les secrétaires sont déjà là, dans des box sur deux étages étroits, toujours supervisées par Joan, avec son professionnalisme glamour qui lui sied tant.

Si le décor évolue, l’ambiance et le plaisir de retrouver cette équipe d’employés sont intacts. S’ajoute à ça, une pression de fond inédite, qui vient subtilement se greffer à cet univers de travail : les impératifs économiques de cette nouvelle agence sont palpables, voilà pourquoi Don se jette corps et âme dans un projet du maillot de bain deux-pièces et ose la publicité moderne à effet racoleur.
La modernité au travail, c’est sans doute Peggy qui l’incarne au mieux. Vestimentairement, moralement, professionnellement, l’ancienne secrétaire qui s’émancipe d’épisode en épisode est devenue une femme indépendante (amoureusement, amicalement) et une commerciale hors pairs avec ses propres méthodes et ses idées farfelues peu conventionnelles (mettre en scène deux femmes qui se crêpent le chignon pour un jambon afin de conforter les ventes et donc le client).
Mais qui est Don Draper ? La question qui brûle les lèvres des téléspectateurs depuis le début de la série et plus particulièrement depuis l’an passé, après quelques troublantes révélations sur le passé du héros phare, revient au premier plan et semble rester majeure cette année. Cette question est introduite d’emblée dans le début de cette saison, en nous donnant presque l’impression que le glas de la supercherie a sonné pour le mystérieux Don. Interviewé par un journaliste unijambiste du Ad Age, Don a la lourde tâche de se livrer sur son parcours. Toujours laconique, celui-ci se rendra rapidement compte qu’il devra entretenir la mythologie d’une identité qu’il a façonnée au fil des années.
En tout cas, l’introspection permise par cette interview a permis à cette quatrième de mesurer l’envergure de son évolution. C’est avec un petit pincement au cœur d’ailleurs que l’on retrouve l’unique Betty dans les bras d’un mari de substitution, Henry. Le bonhomme vit dans la maison des Draper et invite sa nouvelle épouse et ses enfants à ses propres repas familiaux. Le sujet épineux du divorce vient alors rapidement à la surface, entre les comportements réfractaires de la mère d’Henry (she’s a silly woman ») et les pulsions rebelles de la jeune Sally (la scène à table s’avère absolument jubilatoire).

Là encore, la conciliation entre le monde du travail et l’environnement familial est assurée à la perfection par les scénaristes qui avec quelques scènes brèves rendent compte de toute la complexité du divorce et de la famille recomposée vue par les autres à cette époque. Du coup, Betty perd en temps d’antenne tandis que les conquêtes professionnelles et autres voisines de Don gravitent le sommet. Don Draper, célibataire, redevient alors majestueux, le charisme, l’aura du business man, la subtilité du père laissé pour compte et la douleur du deuil en plus. Mais un mariage prétexte au règne ne se profilerait pas de nouveau pour le leader générationnel ?
Cette quatrième saison, à la fois sobre et tragicomique, aura permis à Mad Men de se lier officiellement à la modernité d’une époque et d’un propos. La transition vers le monde contemporain se fait sous nos yeux, à travers des histoires simples mais terriblement symboliques. La preuve magistrale que Mad Men reste, grâce à sa justesse intacte et son authenticité historico-sociale, la production la plus maîtrisée du moment.
9/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Critiques, Mad Men | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : mad men, saison 4, john hamm, matthew weiner, january jones, christina hendricks, critique, amc |
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