28.02.2010

An Education (Critique) Initiation au sentiment & mirage de l’être

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Soixante cinq ans après Lolita, cette liaison impensable entre la prépubère Dolores et le tourmenté Humbert Humbert, le mythe de l’amour sans âge ni frontière social renaît de ses cendres. Plus précisément, il s’est exilé au Royaume-Uni, implanté dans un univers sixty chic, sans Jeremy Irons. De mauvaise augure, vraiment ?

 

 

Education (senti)mentale selon Flaubert

 

D’entrée de jeu, An Education s’affranchit de la comparaison avec l’œuvre de Nabokov, puisque dénuée d’une quelconque ambition amorale. Point de similitude en effet entre l’effarouchée Dolores et l’impudente Jenny. Regrettable alors, parce que si la sulfureuse Lolita avait marqué les esprits par sa teneur dérangeante criante de vérité, An Education, vierge de toute provocation, est condamné au plat. Disons au chemin éduqué.

 

Elle (Carey Mulligan) est jeune, triomphale, en quête de déniaisement, mieux, d’élévation de soi, d’embourgeoisement probablement. Le Saint Graal par le haut. Férue d’art, de littérature, de philosophie existentialiste, cette jeune bohème chic avant l’heure, socialement inhibée, aspire à un regard, une reconnaissance mêlée d’envie.
Lui
(Peter Sarsgaard) est un dandy qui voûte sous l’avancement du temps. Trentenaire enraciné, jolie gueule, l’instruction séduisante -peut-être apparente mais qu’importe, le verbe haut, embobelineur, l’attention facile.

 

Il n’en faut pas plus pour que la jeune créature s’amourache de David, qui est en fort aise. Innocemment ou presque, le couple se forme par la force des choses. Il est sa clé pour s’extirper de son milieu et de ses obligations estudiantines. Elle est son remède au vieillissement, un sortilège narcissique qui prend de l’ampleur à mesure du conditionnement amoureux et social qu’il lui offre gracieusement, la belle âme en façade.

De ça, le film est riche. Comme une chanson de Gréco que l’héroïne écoute dans le secret de la demeure familiale, An Education se présente comme un joli morceau de vie, contrasté, une romance hésitante, originale, voulue par les allures d’une époque.

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Marasme à peine amoureux

 

Au-delà de la rencontre et de l’attachement soudain, c’est le vide.

Jamais de passion ni d’égarement libidineux, An Education prône la carte de la pudeur pour esquiver à profit l’objet de scandale qu’il aurait pu susciter. Ce qui malheureusement n’explique pas l’absence pregnante des étreintes déchirées, d’une romance du moins vécue. Triste frustration pour le spectateur qui contemple au loin l’œuvre de Lone Scherfig narrant un amour distant, comme prisonnier de l’écran, dans l’écho d’un son étouffé.

Pas d’esbroufe non plus quand retentit l’heure de la rupture au demeurant triviale, presque inachevée. A peine, un espoir qui vole en éclat sous les quelques larmes –convaincantes- de la jeune Jenny. Qui est bien seule dans ce marasme sentimental.

Le visage de l’héroïne (jouée par la nouvelle égérie du cinéma anglais, Carey Mulligan, juste, sans jamais flamboyer vraiment) se mue ainsi au gré des rebondissements sentimentaux. Ses yeux qui d’abord s’émerveillent (trop ?) d’un rien, d’un tableau d’art, d’une découverte de vie, cèdent leur place à un regard de désillusion sociale, sans jamais atteindre une teneur crève-cœur, cette perte totale d’elle-même, pourtant trahie par celui qu’elle aime. L’aime t-elle vraiment ?

 

Une fadeur de ton qui se retrouve dans l’évolution narrative du film, quasiment elliptique, alternant des scènes posées interminables et une rapide reconversion de l’héroïne qui a finalement pris le chemin de l’université.

Cette permanente déconnexion entre l’allure de cet objet de cinéma, toujours jolie, clinquante, parfois subtile, et le fond troublant viennent à laisser incompris les mouvements de l’entourage de Jenny dont le laxisme familial fait peur à voir (à l’exception de sa professeur jouée par Olivia Williams) sans jamais véritablement questionner la place/le dilemme de la femme des années 60. Incompris par ricochet ce manque cruel de féminisme pour une héroïne qui présentait une carrure moins naïve mais qui pourtant décide de faire priorité à l’arrivisme social. Son personnage était d’emblée une caricature légère, mais contraire.

 

Si le film est lisse, gentiment poseur, à peine trop contemplatif c’est parce qu’An Education partait à la recherche d’une romance d’abord ingénue, décompliquée malgré les difficultés. Mais la Jeunesse dont on excuse volontiers les erreurs de l’héroïne amoureuse, ne fait pas pardonner en revanche le manque de cohérence d’une histoire distante et malmenée, encore moins l’absence de déploiement sentimental, qui anéantit la portée intense de cette bluette.

5.5/10