17.06.2011

Dexter (Saison 5) La métamorphose avant le retour à la normale

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Après la mort, le deuil s’est emparé du visage défait de Dexter mi-expert sanguin, mi-justicier de la nuit et un peu veuf aussi. Pour cette saison, l’évolution était alors toute trouvée, le deuil devenant plus qu’un maître mot à exécuter mais une ambiance, morne et prometteuse, qui se devait d’humaniser le héros tueur et dynamiser à grands coups l’univers général de la série.

 


Une saison inégale de plus pour Dexter. Lui qui aligne les promesses et les situations plus intenses que n’importe quelle série de la FOX nous fascine et nous frustre à la fois, notre serial killer étant la cible privilégiée de la complaisance. A croire que la vie de psychopathe est une boucle, un cycle respectant le calendrier des péripéties (impeccables à chaque fois) et des fins de lune arrangeantes (rageantes presque toujours).

Pourtant, tout partait sur les chapeaux de roue avec cette saison placée sous le signe des révélations dramatiques et des états d’âme bouleversés. Après le meurtre sauvage de la douce Rita, Dexter n’avait plus le choix que d’accepter enfin de faire place à son humanité (le deuil, quoi de plus simple à mettre en boîte) et laisser deux secondes son dark passenger à la noix.


Mais avec l’arrivée inopinée de Lumen (Julia Stiles, lumineuse comme son nom), une jeune blonde rescapée d’un groupe de violeurs-tueurs sectaires, Dexter a plongé tête la première dans une mission vengeance qui l’a écarté du schéma traditionnel post-perte. Pour autant, Lumen n’a pas été un personnage surfait pour Dexter et la série même, cette jeune femme a su éveiller chez le héros morbide un sentiment de compréhension et d’apaisement. Ca ne vous rappelle rien ? Miguel, pardi, l’ex-meilleur ami tendancieux, politiquement extrême et un brin sociopathe, qui s’était joint à Dexter dans sa quête du talion avant de finir sous son couteau aiguisé.

 

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Mais contrairement à cet ancien duo raté, symbole de la plus médiocre des saisons de Dexter, la greffe entre Morgan et Lumen a parfaitement pris, l’alchimie entre les deux personnages, leur deuil respectif, leur colère, leurs conceptions mutuelles, a permis une saison différente, plus attachante et aux enjeux bien plus décapants. L’évolution était toute bâtie, Dexter avait trouvé celle qui lui changerait sa mécanique de tueur flegmatique. Mais au final, pas de changement permanent : les auteurs ont préféré tuer dans l’œuf cette complicité qui faisait de cette saison un bijou de tension et d’attention, en laissant partir Julia Stiles, et en montrant une fois de plus que la série obéit à un cycle établi, avec sa guest star, son meurtrier annuel et sa résolution finale accommodante.

Avec ce season finale expédié, la série a montré également que les enjeux accumulés au cours de cette saison de bonne facture (Lumen, encore et toujours, mais aussi la traque de Liddy, ex-flic mesquin et menaçant, les suspicions de Quinn) ne sont jamais que des points rapidement survolés avant le lâcher de rideau, puisque seul contre tous, Dexter est et restera seul victorieux parmi les ignares.


Même remarque pour le paysage de fond endémique de la série. Entre le Miami Homicide qui perpétuellement patauge (chaque crime en séries est une affaire irrésolue court-circuitée par l’unique Dexter) et qui comble par des histoires d’amour ennuyeuses (Laguerta et Batista en surplace) et l’entourage du héros, toujours plus dupe quant au profil irréprochable du frère, du père, de l’employé que Dexter est, Debra en tête, l’aveuglément commence à rendre la série fastidieuse dans son parti-pris conceptuel.

Et lorsque Debra est sur le point de découvrir la vérité sur son frère, pris la main dans le sac, après le meurtre de Chase (le méchant de l’année, encore un prometteur, encore un bâclé), on se prend à espérer d’une évolution nette et significative : mettre Debra dans la confidence, lever le voile sur cet immense secret qui sépare encore ce frère à cette soeur pourtant conquise à sa cause. Mais il n’en est rien,
la série préférant entretenir ce mystère du héros tueur comme une donnée indigeste, presque dépassée, quitte à perdre en esprit, en humour, en saveur inédite.

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Pour une évolution toute prête, la saison 5 de Dexter s’était dégotée une nouvelle intrigue de taille, mêlant à la fois une sombre histoire sanglante et une révélation sentimentale, accompagnée de storylines secondaires menaçantes et bien menées. La série avait trouvé son nouvel atout en la personne de Lumen (Julia Stiles), qui assurerait à elle-seule un développement du héros et un changement d’ambiance. Mais Dexter et la série même combat, les deux préférant plutôt à la métamorphose un mode opératoire bien rodé, sans risque ni enjeu nouveau.

6.5/10

23.12.2010

L'Hebdo Séries : le bilan séries 2010

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Cette semaine l'Hebdo Séries a choisi de vous faire le bilan de 2010. Au-delà des choix incontestables et des grandes séries en devenir L'Hebdo Séries a choisi de vous faire partager ses meilleures surprises de 2010. Il est aussi temps de voir si les nouveautés de la rentrée tiennent leurs promesses. Faux départs, bonnes surprises, bides, on vient de vous le dire, c'est l'heure du bilan !

 

Également au sommaire :

- THE EVENT, successeur de LOST et 24 HEURES CHRONO ?

- Les grands producteurs en petite forme

- Des séries trop vite annulées

- Vous êtes en retard pour vos cadeaux ? Quelques idées pour vous rattraper !

 

En bonus pour finir un petit extrait du tube de Noël de l'Hebdo Séries, tiré d'un épisode très spécial de South Park, à déposer au pied du sapin.

 

Bonne émission !

 

L’Hebdo Séries, c’est votre émission de référence sur les séries. Chaque jeudi, retrouvez toute l’actu de vos séries préférées en 7 minutes chrono ! News, reportages, interviews, tendance, sélec…Toutes les émissions sur http://www.canalplus.fr/hebdoseries

 

10.10.2010

True Blood (Saison 3) De A+ à B- : bilan sanguin plus que négatif

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Battlestar Galactica, Veronica Mars, Grey’s Anatomy, The West Wing…. Beaucoup de séries ont été victimes du terrible syndrome de la piètre troisième saison qui fait très souvent loi sur le monde impitoyable des séries télévisées. True Blood, ou le nouveau chef d’œuvre (trop ?) rapidement autoproclamé de HBO, ne faillit pas à la règle et s’achève cette année sur une mauvaise note, à la fois insipide et agaçante.

 

Avec cette troisième saison et ce season final apathique et sans entrain, True Blood est devenue une sorte de caricature d’elle-même, bavarde et poseuse, usant et abusant des cliffhangers sans saveur dissimulant des intrigues le plus souvent ineptes et mal abouties.

Si True Blood n’a jamais été une série à arc principal, préférant le regroupement d’intrigues interdépendantes, la série a multiplié cette année les storylines, quitte à nous faire espérer un final pluriel et bigarré. Sans cohérence globale finale, ces intrigues, diffuses et mal gérées, ont eu l’effet inverse et ont anéanti le chemin narratif de l’année. Même si l’an passé, l’arc autour de Maryan s’était avéré poussif et maladroit, les scénaristes avaient réussi une belle synthèse d’ambiance en sollicitant tout Bon Temps dans leur cause. Il n’en est rien cette année puisque les nombreuses historiettes actuelles sont pour la plupart d’entre elles des uniques prétextes à combler ce vide passager.


Entre les intrigues au potentiel de départ limité (l’histoire familiale de Sam, la romance finalement sociale et boursouflée de Jason et sa tigresse), de bons prémices avortés (la relation entre Alcide et Sookie) et les grands axes scénaristiques aux enjeux dramatiques émoussés avec le temps, le script a été très mauvais cette année. Alan Ball devrait songer à revenir aux manettes avant de crier victoire sur cette présente valeur sûre.
Les personnages phares de True Blood et leurs liens entre eux ont aussi perdu en charme et en intérêt : une diabolisation prévisible pour Bill, un acharnement psychologique assommant pour Tara, une histoire d’amour très vite réduite à peau de chagrin pour Bill et Sookie. Seuls les quelques héros annexes comme Jessica ou Arlene sont restés fidèles à leur caractère et leur prestation bien connue, malheureusement sans effet sur le sort de la série.

 

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Arlene aussi est perplexe

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Heureusement, un peu d’amour en résistance

 

C’est surtout dans sa navrante mise en abyme de l’intrigue sur le Roi du Mississipi, les loups garous, les histoires de fée et de V que la série a démontré une perte manifeste de vitesse. Intensifiée dès le départ, cette histoire à tiroirs est rapidement devenue une guéguérre peu fascinante autour de la fée Sookie convoitée par Russel, Eric et Bill.
Très kitsch dans ses séquences féériques, très terre à terre dans son règlement de conflits (entre la fuite expédiée du manoir, des rebondissements incohérents, des carrés amoureux faciles), l’histoire principale de cette année a voulu amplifier son propos avec des détails à ramification sans les entretenir, comme ces interventions anodines de la reine mariée de force à Russel ou celles de la cousine de Sookie. Toujours plus grandiloquent, plus mélodramatique, plus ampoulé, l’arc s’est achevé sur un symbole de torture qui parle de lui-même : Russel, ce roi vampire d’abord armé, entouré et tellement puissant, finit cimenté vivant, dans l’ignorance générale.

Même les quelques intrigues restées en suspens afin de garantir d’une suite intéressante (le cas du sorcier Jesus amouraché de Lafayette, l’affaire Hoyt et sa mère maintenant armée et le duel supposé haletant entre la Reine et Bill), deviennent ces grosses ficelles automatiques et faciles, souvent cantonnées au rôle de cache-misère à effet teaser.

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A trop vouloir en faire, multiplier ses effets et viser la gloriole, True Blood a perdu férocement en attitude et maîtrise qui la caractérisaient tant. Devenue une ombre caricaturale d’elle-même en une poignée d’épisodes, la série a touché le fond de l’inepte bavard et du poussif fantastique. True Blood devra redoubler d’efforts pour regagner l’intérêt du public, définitivement perdu parmi les nombreux chemins laborieux et boueux des héros de Bon Temps.

5/10


31.08.2010

Dexter (Bilan) De l’art terrifié d’être un père de famille meurtrier

Saison 4 – Critique

L’an passé, la série nous avait offert un break intellectuel en faisant n’importe quoi avec le concept papier du serial killer fréquentable, et s’était achevée sur un mariage heureux. Cette année, la série nous a cogné douze semaines et s’est finie brutalement. Sur une touche de noirceur macabre, le leitmotiv plastique de cette saison.

 


Famille ou Scalpel ?

Plus qu’une page qui se tourne avec la fin de cette quatrième saison. C’est un rituel anéanti. Une existence choisie qui résonne comme un échec pour un héros malmené dans ses conceptions multicartes.

En respectant les propres lois de son héros sociopathe, la série impose une logique jusqu’au-boutiste, effrénée et puissante. Comme un code en péril, elle ne se contente plus de placer Dexter sur la corde raide pour l’en sauver in extremis. Avec cette saison, la série confronte son héros à ses propres erreurs, ses propres choix. Par l’entremise de Trinity dont l’effet impactant n’a jamais été aussi important dans le psyché de Dexter.

Alors père de famille, Dexter apprend à s’adapter à son nouvel environnement, lui et ses lubies macabres. Une vraie évolution situationnelle, où Dexter passe de célibataire propret impeccable à père débordé, négligé, aux multiples responsabilités. Dexter se trouve alors de nouvelles problématiques de vie, noue avec d’autres discours intérieurs et s’éloigne des éternelles tirades sur la solitude et le savoir-être du mal dont le spectateur abreuve l’essence depuis quatre ans.

Peu à peu, la série met en exergue la difficulté pour le héros de jongler entre ses différentes étiquettes et l’a finalement opposé au choix crucial. Famille ou scalpel ? Une réflexion dont le spectateur a été témoin et qui symbolise parfaitement l’impasse psychologique du héros, maîtrisée par cette saison.

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L’onirisme par l’Horreur

La saison 4 est plus qu’une loi du talion. Plus qu’une traque bête et méchante conduite par un tueur de tueurs, à l’encontre d’un original sociopathe fripé. Il y a plus chez Dexter (plus aussi chez Trinity). Le psychopathe y a mis, cette année, de sa personne, de ses considérations. Le parallèle avec sa nouvelle vie familiale, ses responsabilités de père et mari ont alors été toujours le point d’accroche de Dexter à l’encontre du Trinity Killer.
Un sentiment vertigineux naît alors très tôt chez le héros et hors de l’écran, et permet d’opposer alors deux monstres, deux conceptions de l’horreur insérée dans une banalité du réel et dont la source sadique puise directement dans le traumatisme de l’enfance.

Pareille à l’évolution de l’histoire, l’évolution de l’anti-héros se fait par étapes. Au départ timide et traumatisé, le Trinity devient ensuite une figure sage et maîtrisée, sereine et brillante. Pour finir homme écoeurant, sadique et incarner l’Horreur.
En scène, le Trinity Killer offrait plus d’ampleur quand il n’était alors qu’un monstre sexagénaire pusillanime et monomaniaque. Mais il se devait d’évoluer et d’apporter à Dexter la schématisation d’une vie familiale ambivalente vers laquelle ses rites et lui se dirigeaient.

Plus abject, bien moins samaritain que Dexter, Trinity a été une pièce scénaristique indispensable à l’univers étouffé, qui étranglait visuellement, à chacune des scènes où la famille Mitchell se réunissait, elle martyre, terrorisée par la figure d’un père violent et fou à lier.
La découverte du vice par Dexter s’est faite sous nos yeux, au même moment. Au moment aussi où Christine n’est plus apparue comme la seule journaliste avide de sensationnalisme. En gentille fille dévouée à un père trop pleutre pour s’en soucier, Christine est devenue une figure fascinante, de torpeur, symbole d’une dévotion filiale qui lui a coûté la vie.

Electriques et stupéfiants, ces moments d’intense vileté ont permis à la série de retrouver son emprise psychologique, d’une certaine manière onirique.

 

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Séquelles et apostrophe

Les véritables enjeux de cette saison ne sont pas les quelques scènes finales, où d’une manière ou d’une autre, le serial killer de l’année finit dans des sacs de poubelle, au fin fond de l’océan. Les enjeux-ci sont inhérents à Dexter, à ses choix, aux conséquences inéluctables. Parce que le jeu du chat et de la souris, du monstre et du monstre a, cette année, débouché sur l’impensable.

Le choix d’une famille ou d’une pulsion n’a pas suffi à assurer les questionnements de la série. Ajoutés à la relation terrifiante de Dexter et Trinity, ils ont pris une autre dimension : inéluctable. En se débarrassant (rapidement, toujours) du tueur récalcitrant, Dexter accomplit sa tâche. Mais avant de finir sur la table chirurgicale de l’expert sanguin, Trinity (on le suppose) a débuté son nouveau cycle meurtrier et s’en est pris à Rita, l’épouse.
Mise en scène écoeurante, qui rappelle celle de Dexter enfant, le meurtre de Rita est la conséquence ultime d’une saison entière. L’exemple paroxystique du suspense à couper au couteau de cette saison, les parfaites représailles des actes de Dexter, qui n’est plus impuni, plus intouchable. Et ce lugubre assassinat, au demeurant très émouvant pour le spectateur habitué au cadre familial idéal, ouvrira la voie à une autre ère pour le héros, un code à modifier, une manière de vivre, aussi.

Aussi, la quête d’abord farfelue de Debra (Jennifer Carpenter, toujours impeccable) a fini par gagner une légitimité de terrain indéniable. En enquêtant sur le passé professionnel et sentimental de son père mentor, Debra a voulu démystifier une figure sacralisée. Peu à peu, elle a mis les fondations du fonctionnement codé de son frère, en péril, en découvrant la réalité sur son enfance, ou son lien de parenté avec le Ice Truck Killer. Mais cette année, l’enjeu de fond est resté en suspens. Peut-être l’année prochaine.

 

En attendant le deuil, le doute, ou la solitude re-embrassée de Dexter, la mort de Rita, et sa mise en scène sanglante, restera gravée dans les mémoires. Comme la marque d’une fin sordide. La fin des quatre plus grandes années révolues d’un sombre serial killer socialement réhabilité mais dont la complexité n’a jamais été vraiment mise à jour.

 

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Note globale : 8/10

Les critiques épisode par épisode sont à lire ici.

18.01.2010

Bored to Death (Bilan S.1) Un formula qui respire la sympathie

Article écrit par Red, ex-blogueur et forumeur de choc, bientôt occasionnel sur Blabla-Series.

Après Hung et Eastbound & Down, vient une nouvelle série sur la chaîne câblée qu'on ne présente plus, HBO : Bored to Death. L'histoire d'un jeune homme - naïf, maladroit- qui, pour surmonter un échec amoureux et une panne d'inspiration, s'improvise détective privé en offrant son aide à ceux qui en ont besoin, au rythme d'une enquête par épisode, ou presque.
Un parti-pris scénaristique plutôt rigoureux pour la chaîne qu'est HBO, mais Bored to Death représente parfaitement ce qu'était Hung pendant l'été : un projet qui donne les apparences d'une série network grand public, mais qui jouit d'assez de liberté et de créativité pour se créer son propre univers, sa signature artistique, lui permettant de se faufiler entre les portes du monde câblé grâce à sa visée identitaire singulière, subjective, et surtout non-aseptisée.

Une série sans prétention, qui avance à sa vitesse souhaitée. Un contrat plutôt louable, mais qui amène les défauts habituels d'une série de cet acabit : concept limité, mais aussi manque d'ambition.



Bored to Death, une série de relief, de sentiments


Si la routine (mais jamais l'ennui) s'installe vite avec Bored to Death, les débuts de la série restent plutôt surprenants : la série n'impose pas d'emblée l'ambiance gentiment mélancolique dans laquelle elle évolue mais invite doucement le téléspectateur à s'y engager. L'atmosphère est teintée d'un feeling indie-retro qui donne le relief aux histoires des personnages et aux jeux des acteurs. Une jolie symbiose entre réalisation et scénario : l'impression que les intrigues de la série pourraient très bien être contées à l'écrit. De ce fait, il est très facile d'adhérer au concept de la série, qui peut rebuter par son aspect sommaire ou être appréciée pour sa simplicité.
Comme la série use aussi de sa liberté de création, sans en abuser, pour peindre une vision très personnelle et un peu nostalgique d'un morceau de vie, elle fait de même avec ses personnages : des interactions simplistes mais parfois loufoques entre ceux-ci, et grâce à son ton gentiment cynique, son approche sensible des histoires, la série converse toujours son aura réaliste.

Jamais, ou rarement, ressent-on les grosses ficelles scénaristiques propres à toute série télé devant un épisode de Bored to Death. Même les enquêtes détectives permettent d'éviter un traitement trop caricatural des relations entre les personnages. Le concept est plutôt simple au fond : la caméra suit les personnages, et non le contraire. Et le décor brooklynien contribue à embellir ce charme escompté.
Bored to Death prend donc l'intelligente initiative d'éviter le schéma sclérosé des séries à enquête : elle essaie -et réussit- de conter une histoire. Tout en prenant en considération la touche divertissante que doit apporter l'intrigue de la semaine, pourtant oubliée dès la suivante, mais bel et bien récréative sur le moment.

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Un propos et une ambition maigres, une série qui ne peut durer trop longtemps

Malgré ses qualités, Bored to Death est typiquement le genre de série qui ne peut pas s'étaler sur plusieurs saisons. L'idéal serait peut-être de raconter une histoire par saison, la saison inaugurale restant à part, de par son ambition introductive. La première saison pourrait même se suffire à elle-même.
La série a montré qu'elle peut plaire sans avoir un scénario ou des personnages solides : il est facile de décrire les protagonistes, un peu stéréotypés, mais on les connait peu au final. Ce qui donne un côté superficiel paradoxalement plaisant à la série, naïf, une certaine pudeur qui fait qu'on est dans leur monde sans avoir à se sentir forcé d'être dans leurs têtes : pas de voix-off ou de mouvements de caméra artificiels. Juste un goût pour la retenue qui amène une immersion spontanée, plus communicative, plus sensée, plus authentique.


Cette fragilité dans le caractère intimiste du show peut sur le long terme porter préjudice au charme qu'elle dégage, en dévoilant les faiblesses évidentes que la série porte déjà à ce stade mais qui ne gênent pas dans cette première saison, ou peu. À moins que les scénaristes décident de peaufiner leur scénario en donnant plus de consistance aux personnages, sans tomber dans l'option de facilité de fouiller dans leur passé (qui rime méchamment avec improvisation).

Bored to Death est donc une série-bouquin, qui sublime par sa sincérité, son naturel. Si son manque d'ambition peut énerver parfois, la série n'en reste pas moins agréable car humaine, donc propice à l'erreur, tout comme les personnages et ses téléspectateurs. Une série qui passe bien pendant l'hiver, sous une couette bien chaude en buvant un thé chaud. C'est l'idéal.

 

09.01.2010

Blabla-Series Awards - Quid de la bonne musique en 2009 ?


Top 10 nouveaux artistes de l'année

Regina Spektor (Far) Yeah Yeah Yeahs (It’s Blitz!), Metric (Fantaisies), The Unthanks (Here’s the tender coming), The Raveonettes (In and Out of Control), Miss Li (Dancing the Whole Way Home), Au Revoir Simone (Still Night, Still Light), Mirah ((a)Spera).
Autant de valeurs parmi les plus sûres, revenues en 2009 encore, pour montrer de quel bois à vent elles se chauffent.

Mais l’an passé, dix artistes sur le qui-vive, connus ou sur le point, ont réalisé un opus quasi-divin, pour devenir pointure dans leur domaine, consacrée, et dorénavant convoitée.
Folk, rock, pop, ou les trois, ou rien de tout ça, ces dix noms musicaux de l’année
n’ont pas contribué au paysage musical actuel.
Par leurs compositions originales, tantôts moites, tantôt folles, ils l’ont ébranlé.

Sélection sur-exquise.

 

 

10# Scary Mansion, Make Me Cry

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Plus désincarnée que véritablement scary, la machine rock nuancée de Leah Hayes, habituée aux EP de qualité, a sorti un album, en début d’année, Make Me Cry. Neuf compo, à la fois enragées et introspectives d’une sublime vocaliste, également illustratrice au New York Times, surtout vraie artiste jusqu’à la moelle.

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21.12.2009

Mister Eleven (Saison 1) 10 + 1 = amour, sans retouche

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Quand l’auteur de Shameless, Amanda Coe rencontre Michelle Ryan, l’actrice aux gros bras qui prêtait jadis ses traits anglais à l’américaine Bionic Woman, la version blockbuster 2007, cela donne une mini-série en deux parties, diffusée sur ITV pour les Christmas holidays.
Mister Eleven, son titre, n’inspire pas grand-chose. Encore moins l’hypothétique combinaison de Shameless, la série vorace et sale avec le bourratif produit bionique, rapidement éconduit par NBC.


Dans Mr Eleven, il s’agit davantage d’une histoire mathématique à l’eau de rose, un « drama romantique » comme on aime à appeler ce genre de séries ou une terminaison lexicale subterfuge pour dissimiler l’eau de rose et la niaiserie, pourtant bien prégnantes.

La mini-série raconte ainsi l’histoire de Sarah, une prof de maths qui très tôt, en raison de déconvenues amoureuses, s’est entichée d’un amour fétichiste pour les chiffres et autres proba. En grandissant, la jeune femme a développé sa propre théorie mathématique selon laquelle l’homme de sa vie ne pourra être que sa onzième conquête sexuelle.

Fort de cette trouvaille scientifique, « Saz » rencontre alors Dan, le onzième flirt poussé. Et l’épouse séance tenante. Son bonheur semble alors mathématiquement prouvé.

Mais la prof de maths découvre, peu après l’échange des vœux, que, son précédent flirt, témoin au mariage, n’avait été qu’un baiser volé très alcoolisé dans un taxi. Et réalise alors que Dan n’est pas son mari, mais Mister Ten. Sarah part alors à la recherche de Mister Eleven, plus aguerrie que jamais.

 

Comment faire compliqué pour déguiser le cliché ?

Sous ses airs alambiqués (l’histoire se résume difficilement en moins de sept lignes), Mister Eleven est l’exemple idéal de la quête amoureuse holywoodienne où jeune femme mariée s’embéguine d’un inconnu, après l’engagement (ou pire : la bague au doigt) et qui vivra le vrai amour, après un processus prévisible, toujours complaisant.
Mais ici, point de Julia Roberts et son sourire qui ferait excuser toute invraisemblance de scénario. Le spectateur se contentera de Michelle Ryan et ses lointaines ressemblances labiales avec la reine de la comédie fleur bleue.

Outre l’originalité initiale du fétichisme mathématique, de la recherche du dénominateur commun amoureux aux éternelles énigmes chiffrées de l’héroïne, Mr Eleven ne parvient pas à se démarquer de son étiquette d’histoire d’amour, trop classique.

La série s’essaie bien à la modernité de ton (le sexe, comme critère de vie maritale), aux allures gentiment provoc’ portées par une bande-son impeccable, faite de Cat Power et Regina Spektor. Mais quasi-vaines, ces précautions permanentes de ne pas sombrer dans une ode romantique pour être dans le coup –ironique, ont l’effet inverse : réflexion creuse sur l’amour et chemin prévisible vers l’être aimé.

Parce qu’au bout du compte, malgré l’enrobage mathématico-humoristique, Mister Eleven est bel et bien une bluette, aux codes établis, mais à la forme remise au goût du jour. Si tant est qu’il en faille beaucoup pour cela.

(4.5/10)

29.11.2009

Secret Girlfriend (Saison 1) Narcissisme et dérision grivoise

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Saison 1 – Bilan

« The first show starring YOU », la voix-off gentiment piquante du générique pose les bases du concept très conceptuel, pourtant simple comme bonjour de Secret Girlfriend. Pas de héros, de belle gueule lissée, d’attitude chevaleresque ou de répliques épiques dans ce programme court de Comedy Central.

Seulement vous, toi, moi : le téléspectateur pris au piège par une succession de cadres fenêtres, plus ou moins inspirées, où une galerie fort en bouche de personnages vient à vous, presque à genou. Et ce concept là, issue forcément d’une websérie branchée qui a séduit les dirigeants d’une chaîne à part, est un atout de séduction unique en son genre. Farfelu, jamais anodin, sémiologiquement inventif.

 

Hors champ et champêtre

La caméra subjective, le cadre troué : on s’adresse à vous, en réfère à vous, plaisante et vous agrippe même dans la piscine ou sous la couette, votre couette.

Pas de scène ni de fresque, une seule vision frontale du spectateur qui actionne toute l’histoire, toutes les dynamiques de l’espace filmique. Vous n’avez évidemment pas de contrôle possible, mais l’effet d’action est plus que vivant. Mis à rude épreuve, le spectateur est alors un contre champ virtuel, indispensable à la survie de la série qui alors parie sur un effet dialogique et scénaristique impeccable, qui fonctionnent assurément.

Pied de nez funky fait au média cinématographique et généralement sériel où la scène est l’unique cadre d’usage, Secret Girlfriend offre une ribambelle de sketches (deux par épisodes, 10 minutes chrono) où vous le héros, en hors champ, êtes acteur et directeur de scène. Une aubaine.

 

Los Angeles et vous

Dans cette série où le spectateur atteint un niveau d’implication rarement atteint devant sa télévision, autant préciser à ce premier les contours de l’environnement dans lequel il risque de mettre les pieds. Hostile ? Pas vraiment, mais Secret Girlfriend offre un cadre de vie férocement foutraque et déjanté.
Il vous faudra alors survivre à l’emprise griffée d’une ex-petite amie névrosée et caricaturale (un plaisir de tous les instants), composer avec deux meilleurs amis balourds, geeks, frustrés et ravagés et choisir entre une voisine « hot » et une nouvelle potentielle petite amie cocasse, sportive et énergique. Sans compter la fréquentation du tout-Los Angeles, clubs de strip-tease ou bars lesbiens, sauna ou garçonnière délabrée.

 

Mieux qu’une star de jeu vidéo à la vie limitée, vous êtes alors l’étalon de la ville, le roi de la cité des Anges. Vous êtes Vincent Chase, dans une version aussi peu angélique et moraliste qu’Entourage. Mais avec les deux facettes principales au rabais : l’entourage obèse et niais, et les filles, consommables bien moins regardantes (et regardables).

Pour évoluer, il ne reste plus que vous et vos interactions, marquées essentiellement par des hochements de tête et des conversations d’iphone à iphone, via diverses applications telles que Skype ou Twitter. Et si Secret Girlfriend décide de vous mettre en boîte technologique sans détour, en réduisant l’humain, c’est pour se jouer d’une e-vérité 2009, qui est ce qu’elle est.

 

Secret Girlfriend se présente alors comme un programme court formellement audacieux, fondamentalement potache et gras à la Judd Apatow.
Un junk show en boîte XXL, aux recettes de séduction et de socialisation avariées : le héros consomme, façon graveleuse (vue dénudée ou gag scato entre copains), enfilant les calories et les méfaits assénés du programme sans penser à son estomac, encore moins à son bien-être intellectuel.

Mais c’est tout le plaisir de la malbouffe, un peu écoeurante, toujours appétissante.


 

15.11.2008

Brotherhood - Bilan - Critique - Saison 2

 

 

Brotherhood comes back in slow motion, more precise and wider than its beginning. A deceptive and authentic look at lonelinesses in a community, and so much more…

 

 

Brotherhood, drama authentique, patient et génial ou simplement lent

 

Presque un an après avoir visionné la saison 1, ces 10 épisodes m’ont tout de même permis de reconnaître une évolution notable dans le rythme de Brotherhood. Tel un Carnivàle mais sans la magie de l’époque et de Jeff Beal, la bande-son se faisant très discrète. Tel un Sopranos, mais sans la dramatisation excessive et la structure dramatique. Tel un Six Feet Under, sans la cohabitation quotidienne avec l’outre-tombe.

Brotherhood a-t-elle une autre originalité que sa relation ou parallèle crime/politiques ? Etrangement, le fait que cette série ne se démarque pas réellement est peut-être un point fort. En effet, la saison 2 s’arrête très longuement sur ses personnages, au risque de frustrer le téléspectateur avide d’évènements. Cependant cette patience permet, pour certains personnages, une évolution extrêmement sensible (en plus d’être physique) au cours de la saison. Declan, par exemple, peut exaspérer avec sa dépression qui traîne en longueur, et Cassie également, avec son refus perpétuel de lui donner une seconde chance, qui peut être vu comme une facilité scénaristique. Il n’empêche, leurs trajectoires sont totalement compréhensibles. Mieux, à la fin de la saison, leur cheminement respectif, vu avec du recul, est profondément  juste, voire désarmant.

La saison 2 permet donc, comme les grandes séries HBO en leur temps, de peindre un tableau émouvant et révélateur pour chaque relation/personnage important, en plus des enchevêtrements fraternels, relégués en toile de fond. Vous l’avez compris, cette critique perso par perso suit la première idée du titre.

 

Colin Carr, représentation de la désillusion face au rêve américain

 

Nouveau personnage de la saison 2, le cousin d’Irlande Colin Carr représente la déception d’un gamin venu chercher un père symbolique. Père qu’il n’aura pas la chance de réellement connaître. Père (ici racine récente, soit les Etats-Unis) si enviable sur les photos de famille ou à la télévision, et indigne si l’on considère la désunion de la famille Caffee. L’épisode de Thanksgiving, et la solitude qui s’en dégage, en sont la synthèse évidente.

Colin Carr, c’est du coup le sale gosse, car délaissé par son père, haïssant les femmes en général et certaines en particulier, comme Rose ou Peggy, l’épouse de Judd.

 

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Rose Caffee, jeune femme dynamique de 60 ans et des poussières

 

Le portrait de Rose Caffee, comme décrit plus particulièrement dans cette saison 2, est celui d’une vieille femme s’accrochant à l’illusion de la jeunesse, à l’aveuglement. Autour d’elle, tous et toutes se rendent un à un à la dictature du temps. Rose, elle, essaie des robes sexy et se pare de lunettes de soleil extravagantes, tente un détour du côté du SM et se persuade que les jeunes hommes s’intéressent encore à elle. Et ce dernier point est important, ses anciens compagnons étant hors-service ou n’étant plus intéressés par une femme de son âge.

Rose Caffee est ainsi touchante, aussi lorsqu’elle rejette Colin, attitude finalement bouleversante et paradoxale face au fils de l’homme de sa vie. Et quand elle se rebelle face à son fils aîné, jalouse qu’elle est de cette femme qui lui a volé son préféré, et se l’accapare désormais.

 

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Tommy & Eileen, ou le ridicule et l’essentiel de l’institution du mariage

 

De toutes les storylines de cette saison, celle concernant Tommy et Eileen est peut-être la plus brusquée, la moins fluide, en début de saison du moins. Si l’éloignement est compréhensible du point de vue de Tommy, bon catholique et révulsé par les révélations de sa femme, son basculement du côté de la tromperie est trop précipité, même si préparé par un bel épisode où Sondra le met face à son caractère coincé, issu d’une éducation stricte.

Ensuite, sa relation avec Dana est un prétexte, ce personnage étant assez cliché, mais cliché veut-il dire inintéressant ? Quoi qu’il en soit, elle est capitale dans la relation maritale, Tommy invitant Eileen à la réconciliation pour mieux la blesser en retour (voir la comique scène du coucher, jubilatoire pour Tommy) en la trompant. La rage n’est-elle pas ce que Dana, ex femme mariée attristée mais déjà blasée de n’être qu’un exutoire, voit dans les yeux de Tommy ?

Oui, mais la raison rattrape les vertueux époux Caffee, qui ont tout intérêt à rester ensemble, pour sauver l’essentiel, et les apparences : Eileen ne trouve d’intérêt à sa vie que dans sa famille, Tommy a besoin d’une image parfaite pour sa carrière. Le couple n’est plus qu’une façade. Un cache-misère dont ils se moqueraient, Eileen éclatant de rire devant l’œil pour œil dent pour dent enfantin de son mari, elle et Tommy étant les premiers à avoir ironisé sur le pouvoir rassembleur de Thanksgiving. Cependant si Tommy est de plus en plus absent, jusque dans la scène finale ou il balance un bombe H à la face de son frère sans en avoir l’air, Eileen semble attirée par l’aide aux services sociaux, confrontant la bourgeoise apitoyée à une autre réalité bien plus impitoyable… pour la rassurer sur son sort ?

 

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Michael & Kath, la brute morale et la femme poussée à bout

 

S’être installé avec Kath a transformé Michael, en un sens. Faisant le deuil de Pete (disparu dans des circonstances fumeuses, sonnant faux) et par là de son côté chien fou, Michael suit de plus en plus un code moral. Lui qui ne baise pas à droite à gauche et ne boit plus, s’exaspère désormais du mal fait aux innocents et de la tournure froide et inhumaine que prends le business du crime (épisode 7 : Only a Pawn…).

Ne pas croire pour autant que Michael est rentré dans le rang. Peut-être refroidi par sa tentative de meurtre et (relativement) plus prudent sur le terrain, compagne reconquise oblige, il n’en a pas moins l’ambition de retrouver les sommets, et n’hésite pas à mettre en pratique sa morale retrouvée de façon un rien hypocrite, et manipulatrice. Là encore, le monde du crime et en arrière-plan, l’arrestation principale de cette saison étant étonnamment simple, considérant les difficultés qu’éprouvaient FBI et justice face aux Sopranos.

Michael a donc également réussi à retrouver une relation stable avec Kath, mais celle-ci doit se dérouler selon son bon vouloir. Comme il le dit lui-même, il aurait pu en choisir une autre, parmi la multitude. Pas si sûr. Michael reste ce type impatient, nerveux, facette magnifiée par une anomalie issue de son accident. A chaque fois qu’elle apparaît, Michael est plus vulnérable que jamais, mais aussi plus effrayant : c’est quand il est quasi-inexpressif et son esprit semble ailleurs qu’il est le plus redoutable et imprévisible, et ces instants de perdition magnifient son ambivalence calme/excédé. D’ailleurs, il est plusieurs fois question, dans cette saison, de le comparer à un animal.

 

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Declan Giggs : dépression, point de non-retour et rédemption paradoxale

 

J’ai déjà évoqué la trajectoire de Declan. Il faut ajouter que son parcours est un véritable chemin de croix. De la non-distinction entre bien et mal vient la séparation avec la femme de sa vie. Il s’agira donc pour Declan de tout faire pour la retrouver, elle refusant car n’ayant plus confiance en un homme qui confond ces deux notions. Un cercle vicieux : Declan sombre alors de plus en plus, la supplie, se perd dans un double-jeu police/crime, le haut-gradé Franklin n’étant d’ailleurs pas celui qui vous convaincra que la police est du côté du « bien ». C’est lorsque Declan a touché le fond, devenu inutile même dans un jeu d’infiltration ambigu, qu’un nouveau départ lui est proposé, humiliant mais nécessaire pour reconquérir Cassie, et remettre les choses à plat. Une résurrection quasi-christique. Une histoire de rédemption. Même si les titres des épisodes ne sont plus des extraits de textes sacrés mais cette fois-ci.. des chansons de Dylan, avec les vers appropriés. Cependant ne vous épargnez l’écoute entière, çà vaut le détour.

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brotherhood_gal2_keyart_logo.jpgCrime, politique et police

 

Le crime, la politique et leurs implications directes sont relégués au second plan, mais toujours dénoncés pour leurs rituels stupides (election day, ou la foire aux coups bas) et autre cruauté aveugle (à travers le tueur de sang froid du même épisode). Par contre, la police est mise en avant, présentée comme une arme politique et criminelle à mi-chemin, corrompue par la mafia et dépendante des politiques. Et lorsqu’elle atteint son but, à savoir arrêter des bandits, c’est l’ambition carriériste d’un homme qui en est à l’origine.

 

 

Conclusion

 

Brotherhood n’arrête donc pas son étude des liens entre institutions. Elle est malgré tout de plus en plus ancrée dans l’authentique (merci Adam pour le terme…), la réalisation soignée et au sens scénique précis scrutant les attitudes, paradoxes et autres évolutions sensibles de ses personnages, sans esbroufe, sauf peut-être les plans-séquences plutôt classe d’Ed Bianchi.

C’est aussi la solitude des personnages, seuls ou à deux, qui frappe, leurs relations exclusives avec un autre ou eux-mêmes étant patiemment dépeintes pour laisser se préciser un tableau de famille touchant, toujours aussi paradoxal quand à l’identité de The Hill.

En résumé, après une certaine déception initiale, la sensation d’envoûtement s’est emparée de moi, sur la longueur cette série est fascinante, à condition de ne pas être aussi impatient que Michael Caffee. Au niveau des grandes productions HBO ? Quelle idiotie, pas moyen de juger avant la conclusion, c’est-à-dire je l’espère dans quelques années.

01.10.2008

Weeds – Bilan – Critique – Saison 4

 

Recadrage

 

La troisième saison de Weeds s’était achevée sur un besoin de changement, avec comme vecteur sous-jacent le retour du fantôme de Judah, enfin revenu pour hanter la famille Botwin. L’enjeu était donc de prendre un nouveau départ, de réussir à se renouveler sans oublier ses racines, après un ensemble de trois saisons finalement bien maîtrisé. Plusieurs bouleversements majeurs sont donc apparus.

Histoire de commencer par le plus évidemment critiquable, le départ de Tonye Patano (Heylia) et Romany Malco (Conrad) du show, étrange lorsque l’on continue à suivre des protagonistes qui auraient eux aussi pu disparaître du tableau. Et décevant, tant les apparitions de la première, notamment en compagnie de Celia récemment, amenaient drôlerie et acidité. Et tant le second s’était forgé patiemment une place dans le cœur de Nancy, pour brusquement ne plus donner signe de vie.

Le changement le plus visible est tout de même la migration géographique. Agrestic ayant déjà été destituée de son rôle exclusif avec l’apparition de la storyline Majestic en saison trois, il semblait pressant pour Jenji Kohan de s’éloigner de cette banlieue huppée qu’elle critiquait de façon si juste.

Enfin, le générique si particulier et interprété par de nombreux artistes, cède sa place à une version simplissime, mais ultime dans sa forme modulable et légère : à chaque épisode son intro douce-amère, petite vignette tour à tour amusante, mélancolique ou ironique.

 

Le début de saison de Weeds est donc déconcertant, se débattant par ailleurs avec des histoires décousues, la majorité du cast étant finalement de la partie et donc à caser. Mais un thème majeur sort du lot : grâce à l’emménagement, faute de mieux, de la famille Botwin chez les parents de Judah et Andy, l’heure est paradoxalement à la continuité. La lente mort de Bubbie, le départ précipité de l’irresponsable Lenny, et plus particulièrement les circonstances qui les poussent à partir chacun de leur manière, signent un passage de témoin volontaire entre la mémoire Botwin, désacralisée, et not-Francie, la belle-fille indigne qui prend le pouvoir sur les terres de sa belle-famille. Nancy devient donc maître des lieux, et de façon non accidentelle cette fois : elle a provoqué sa domination, et en est responsable.

 

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A l’Ouest

 

Autour d’elle, la quasi-totalité des personnages récurrents sont désormais masculins, mais Celia Hodes est peut-être celle qui symbolise le mieux la dépendance du groupe à Nancy. Tombée au plus bas, trahie par à peu près tous les personnages du show, du début à la fin, elle ne retrouve le souffle que par moments, notamment grâce à Nancy, histoire de retomber de plus belle. On peut penser que le traitement du personnage sur ces treize épisodes est un rien moralisateur, ou au moins nous incite à prendre du plaisir devant sa chute perpétuelle. Ou alors qu’il nous met face à notre propre voyeurisme, au moins pour l’épisode prison, où elle nous apparaît finalement comme persécutée, et là aussi c’est assez peu pertinent. Cet aspect-là est discutable, toujours est-il qu’il permet d’accoler à Nancy Botwin un satellite important, anciennement à la hauteur de la (double) veuve, aujourd’hui à ses pieds.

 

Parce que des satellites, c’est exactement ce que sont Andy et Doug. Comme autrefois, la paire se réunit chez Nancy, mais alors que ces moments de déconnade dans la maison Botwin étaient auparavant plutôt rares, cette fois-ci c’est devenu leur principal lieu de méfait. Surtout, Doug désormais comme Andy n’ont plus de fil conducteur clair dans leur vie, réagissent selon leurs désirs, sur l’instant. Maintenant, les deux potes ‘on pot’, dès leurs retrouvailles en milieu de saison, et alors que semblait poindre chez Andy un sérieux très suspect, passent leur temps à errer et à échafauder des plans foireux, souvent dans la nouvelle demeure familiale. Une scène muy hilarante de la fin de saison fait poser à Doug la question : « pourquoi tu restes avec Nancy ? ». Lui n’a nulle part ailleurs où aller, quant à Andy, son attirance pour elle le trahit, malgré sa réponse magnifiquement hypocrite.

 

Parallèlement, alors que trois personnages se retrouvent intimement dépendants (et non plus simplement collègues de vente de cannabis) de Nancy, ses deux enfants continuent leur développement inverse. Le problème de leur manque paternel et de l’absence récente de leur mère finit par refaire surface, dans des références parallèles à l’inceste : les scénaristes ont habilement mis en place cette storyline pour amener une remise en question de la mère, tandis que Silas et Shane se construisent eux-mêmes. Shane découvre d’ailleurs les joies de la socialisation par la force, du sexe puis de la revente de cannabis. Silas, suivant les conseils avisés de Conrad, développe son propre business plantation/revente, le titre de la série gardant ainsi sa signification majeure. C’est lui qui, dans le dernier épisode, propose une reprise des affaires en main par les hommes de la maison : le réveil de ceux qui attendent tout de Nancy, voilà un intérêt potentiel, comique mais aussi dramatique, pour la saison prochaine.

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Au Sud

 

En effet on ne peut pas ignorer les efforts dramatiques de la série, a fortiori sur le début de cette saison (comme lors de la précédente), peut-être trop terne. La représentation de la violence, les dilemmes moraux avaient commencé à apparaître de façon plus légère à Agrestic/Majestic, mais ce tout prend une importance majeure cette saison. Dès le début de saison, le contraste Etats-Unis/Mexique est un vecteur de comédie, grâce à la fausse candeur d’une Nancy en touriste pour acheminer de la drogue, banlieusarde chic comme en villégiature dans un pays qui ne correspond pourtant pas aux cartes postales. C’est qu’elle se doit de garder sa prestance, qui est aussi son atout charme, primordial pour elle dans le business, un charme qui a raison de tous ses prétendants, qu’elle utilise avec des scrupules hypocrites sans pareil.

Mais ces enjeux prennent vite une tournure dramatique : si le sérieux un peu plombant (mais nécessaire ?) du début de saison était concentré sur le développement des relations Lenny/famille Botwin, par la suite il se reporte surtout sur le Tunnel, endroit intemporel et in-spatial, frontière floue et lieu d’un trafic que Nancy va découvrir par trop de curiosité. Ce qui va l’amener à douter sur les conséquences de son action, discours bateau mais traité avec élégance.

 

Le Tunnel signe d’ailleurs le retour de Weeds dans le champ de la dénonciation. Certes il est fourre-tout, vaut beaucoup pour son ambiance (quelques scènes seulement toutefois). Et on peut aussi penser qu’il pointe du doigt les Mexicains, mais c’est bien la démarcation brutale entre Mexique et USA qui provoque la violence au Sud. En plus, en fin de saison d’autres éléments corrosifs viennent s’y ajouter, et rééquilibrer la balance. Ainsi, les problèmes d’assurance de Celia pour sa désintox, et la flagrance du jemenfoutisme d’un Doug à son aise en milicien garde-frontière, font rire autant qu’ils dérangent. La situation de la première souligne la cruauté de l’envers du rêve américain, celle de Doug et Mermex l’intéressement d’un yankee lubrique, jetant l’immigrée dès qu’elle devient inutile.

 

Paradoxalement, face à cette réalité repoussante, la saison quatre prend de la hauteur, l’histoire d’amour principale étant subtilement interprétée et très poétique, ne négligeant d’ailleurs pas l’ambiguïté évidente concernant l’utilitarisme de Nancy. Les scènes où la musique prend le pas sur les paroles viennent d’ailleurs agrémenter d’ultimes épisodes en partie oniriques, bien aidés par une bande-son toujours estampillée indie, et qui s’aventure de l’autre côté de la frontière (la barcarola de l’avant dernier épisode, par exemple). Weeds est donc toujours du point de vue de la belle un havre de paix, sur lequel la violence vient glisser, comme si, sirotant un soda les écouteurs sur les oreilles, Nancy la bourgeoise se laissait bercer par une musique douce, pour se persuader de la beauté de la situation.

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weeds 1.jpgConclusion

 

 

 

Malgré des bouleversements réellement influents sur le propos de la série, qui s’éloigne des riches banlieues et se rapproche de la frontière, Weeds retrouve petit à petit une fidélité à son esprit : léger, caustique, mélancolique, et comique. De bon augure pour la suite, deux saisons supplémentaires ayant déjà été confirmées par Showtime.

 

 

 

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Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Critiques, Weeds | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : weeds, critique, saison 4, bilan, showtime |  Facebook

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