08.03.2010

Oscars 2010 : Nominations, estimations, exultations

 

Hier soir, les Oscars ont signé un bouleversement dans l'ordre établi. En primant pour la première fois une femme meilleure cinéaste (Kathryn Bigelow), et faisant vaincre le modeste film d'action féminin sur le blockbuster bleuté à 500 millions de dollars (The Hurt Locker sur Avatar).
Résultat : Blabla-Series est ravi, ses estimations concernant Precious, Inglorious Basterds, The Hurt Locker, The Blind Side et Up se sont avérées justes. Seul Jeff Bridges s'est hissé au vrai palmarès, évincant Colin de la statuette.

 

Par ordre de préférence, du fétiche au moins aimé, les nommés pour les Oscars 2010 & le palmarès :

 

Meilleur film

The Hurt Locker
Inglorious Basterds

Precious

Up

The Blind Side

District 9

An education

A Serious Man

In the Air

Avatar

 

Gagnant : The Hurt Locker

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Meilleur réalisateur

Kathryn Bigelow

Quentin Tarantino

James Cameron

Lee Daniels

Jason Reitman

 

Gagnant : Kathryn Bigelow

 


Meilleur acteur

Colin Firth - A Single Man

Jeremy Renner – The Hurt Locker

Jeff Bridges - Crazy Heart

Morgan Freeman –Invictus

George Clooney - In the Air

 

Gagnant : Jeff Bridges

 

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Meilleure actrice

Sandra Bullock - The Blind Side

Gabourey Sidibe - Precious

Meryl Streep - Julie & Julia

Carey Mulligan – An education

Helen Mirren - The Last Station (pas vu)

 

Gagnant : Sandra Bullock

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Meilleur acteur dans un second rôle

Christoph Waltz - Inglorious Basterds

Woody Harrelson -The Messenger

Stanley Tucci -Lovely Bones

Matt Damon - Invictus

Christopher Plummer -The Last Station

 

Gagnant  : Christoph Waltz

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Meilleur actrice dans un second rôle

Mo'Nique - Precious

Maggie Gyllenhaal - Crazy Heart

Penélope Cruz - Nine

Vera Farmiga - In the Air

Anna Kendrick - In the Air

 

Gagnant : Mo’Nique

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Meilleur scénario original

The Hurt Locker

The Messenger

Inglourious Basterds

Up

A Serious Man

 

Gagnant : The Hurt Locker

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Meilleure adaptation

Precious

District 9

An education

In the Loop

Precious

Up in the Air

 

Gagnant : Precious

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Meilleur film d'animation

Up

Fantastic Mr. Fox

Coraline

The Princess & the frog

The Secret of Kells

 

Gagnant : Up

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Meilleur film étranger

Le Ruban Blanc

Un prophète

Ajami

El secreto de sus ojos

Fausta


Gagnant : El Secreto de Sus ojos

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24.12.2009

Avatar : Avé Tartignole

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Révolution, film sans précédent, réinvention du cinéma, apogée technique, du jamais vu. Les médias ont gratiné Avatar de maintes louanges furieuses. Alors que ce produit de luxe (300 millions de dollars, quand même) a la démarche la plus classique qui soit. Et la plus défectueuse, aussi.

 

Cameron, anthropologue disco.

Sur planète Pandora, le gros du problème, c’est la planète toute entière et son idéologie bêta, quasi-sectaire, humainement risible, qu’on lui colle au train. D’abord, James Cameron ne voit pas l’indigène comme un protagoniste complexe, dont les traits seraient hérités des visions de Levi Straus ou Moss, qu’il aurait repris avec méthode. L’indigène, l’auteur préfère le mettre en scène selon une lecture niaiseuse de Rudyard Kipling. Pas d’avancée réfléchie, pas d’étrangeté, d’intérêt intrinsèque. Le réalisateur se contente d’observer la tribu avec une bienveillance supérieure, docte, et d’utiliser l’avatar Jack comme une version adulte de Mowgly. Et son émerveillement permanent : « Oh, une jolie fleur, qui rétrécit quand on la touche », « Un grand arbre luminescent, c’est beau », « Une bête qui grogne, aïe, est-elle gentille ? ».


Forte d’une intrigue colonisatrice minime, autour d’une pierre très précieuse, qui rapporte bonbon sur la planète Terre, l’œuvre ne s’émancipe jamais du manichéisme inhérent à cette quête condamnable de l’homme. Et assomme alors très rapidement par sa psychologie de comptoir.

Sans histoire à proprement parler, le réalisateur d’Alien préfère consacrer sa première partie, interminable et répétitive, à l’apprentissage des usages de la tribu Na’Vi par l’avatar Jack. Héros accessoirement, aux envies d’abord très yankee –c’est un ancien soldat, forcément, blessé au combat, dès lors handicapé, forcément- Jack, immerge alors dans une culture exotique, sur le rythme alourdissant de James Horner dont le travail musical ressemble note pour note à certaines morceaux de Titanic.

Mais dans cette découverte de l’ailleurs vertueux, pas d’étude, de regard, l’œuvre se contentera d’étaler des visuels paradisiaques pour l’aborder : Pandora est l’Eden d’ailleurs, vierge de toute salissure humaine, cela suffira pour sustenter Madame écolo.

 

Alors visuellement, le résultat est impressionnant (le contraire aurait été fichtrement culotté). Décors fascinants, évasifs (lorsque la rétine de l’œil se fait enfin à cette fameuse 3D révolutionnaire (et Volt, Voyage au centre de la Terre, Monstres contre Aliens, Scrooge alors ?), ici trop dévorante). La forêt de cet autre monde est d’une beauté inégalable. La nuit, les paysages deviennent vifs et fluorescents, un peu comme un décor de nightclub gay, à l’image de l’Arbre des Ames et des paillettes frontales des Na’Vi ; un tout très disco.

Mais l’imaginaire de ces lieux naturels quasi-saints –l’indigène lui est clairement la figure de sainteté-, est cloisonné sur lui-même. Le mystère entier qui laissait, de prime abord, s’échapper de cette vie au fin fond de l’espace est réduit très vite à poussière d’eucalyptus sacré. Parce que dans Avatar, tout est surécrit, sur-démontré.
Du naturalisme tout-puissant aux impasses matérialistes : voix-off omnisciente et obligeante, détails spirituels simplement expliqués, rites prouvés, mythologie à plat pour un univers pourtant sui generis. Cameron, trop soucieux de son impact, ne prend pas le spectateur par la main, pire : il lui mâche son (hors d’) œuvre et lui laisse quelques petits morceaux à avaler pour le plaisir du spectacle. Un plaisir réduit à une contemplation béate, stupide, dénuée d’interprétation. Seul le détail du « faire lien » de la na’vi avec le monstre volant réussit à étonner, donner de la croyance.

 

Naturisme religieux, bien. Contre mal, tout le reste.

Simplifié jusqu’à la moelle, Avatar dé-complexifie ses maigres enjeux, seuls rescapés du ravissement formel affété, malencontreusement façonnés par un ramassis de clichés éculés avec lesquels le réalisateur abreuve l’essence de son produit.

Une guerre imposée, deux peuples, deux visions antagonistes du monde. Les indigènes, débonnaires et spirituels, derrière la nature, et l’homme, vulgaire pâte à fric, grossière et maniérée, au contrôle de la machine, en duel sacré. L’exception de l’avatar Jack et son groupe de biologie (dirigé par Sigourney Weaver, plus forte que jamais) aux airs écolo faisant foi. Le dénouement suit ce rituel affreusement, totalement, terriblement manichéen, qui jamais ne prend le contrepied nécessaire. Les hommes soldats font feu sur la faune, les autochtones se défendent difficilement à l’aide de flèches inoffensives. Ce combat est voué à l’échec mais le groupe des Na-Vi a une carte supplémentaire : la spiritualité, la communion avec la nature, abêtissante et mille fois démontrée.

 

Et c’est tout l’art du film. Une idéologie-Avatar, éblouissante de manichéisme, de préconçus scénaristiques, de bêtises même pas écolo. Une idéologie faisant triompher l’esprit sur la main guerrière, le naturisme religieux sur l’impérialisme américain, visible de la première bataille à morale entre l’homme et l’animal sauvage innocent, jusqu’aux soubresauts faussement palpitants du combat conclusif entre l’immonde colonel et l’adorable couple de bobos bleutés.

Entre deux temps, 2h40. Et jamais d’inquiétude, de cramponnage au siège, de don de soi : le spectateur est passif, presque oublié. Le spectacle, simple baston idéologique sans contours, lui, (sur)joué d’avance.

(4/10)

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