25.12.2010
Bored to Death (Saison 2) L’enquête fantaisiste continue

D’un ennui à mourir, Bored to Death ? Pas vraiment. Cette série à l’antenne de HBO depuis deux rentrées peut se vanter d’être la comédie policière la plus atypique du paysage audiovisuel. Entre enquêtes joliment farfelues, état des lieux psychologique mélancolique et ambiance de fond littéraire à la Fitzgerald, Bored to Death est une facétie télévisuelle inédite.
Aux manettes de Bored to Death, on trouve Jonathan Ames, écrivain et journaliste du New York Press, influencé par l’écriture de Bukowski, Kerouac et compères. Mais aussi devant la caméra, puisque le héros incarné par l’impayable Jason Schwartzman est aussi Jonathan Ames, lui aussi, petit écrivain qui se débat avec une carrière compliquée (son second roman a été rejeté par les maisons), au goût littéraire aussi très américain et à la vision personnelle des choses (un dandy à l’attitude hippie et maladroite, tendance romantique).
Nul doute alors que le personnage est créateur et inversement, et que cet homme d’écriture inspire directement les aventures facétieuses de cet Ames-héros, modèle vivant des héros écrits de Raymond Chandler, qui cette année encore, accumule les étiquettes : romancier acharné et détective privé timoré mais coriace.
Ames est donc partout, même à l’écran, dans la peau de l’amant de la femme du meilleur ami du héros, qui s’exhibe frontalement pour échapper à un Zach Galifianakis meurtri. Pas étonnant alors que Jonathan-héros s’interroge quelques scènes auparavant sur la taille de son pénis (puisque Ames-créateur en a une toute petite, épisode à l’appui). Mais plus que des thématiques priapiques fantaisistes au cœur même du concept gentiment schizophrénique de la série, Bored to Death est un repertoire à bizarreries, qui se plait à cultiver les extravagances de ton, son genre pittoresque et cet univers bigarré qui sans cesse fait mouche, tel un roman typique d’Henry James.

La première saison avait posé les bases conceptuelles de Bored to Death : aventures piquantes et quête de bonheur rassasié dans un décor d’artistes maudits de Brooklyn digne des seventies. Malgré les efforts de la saison inaugurale, la série s’était avérée un brin poussive dans son envie de fond décalée, quitte à rendre certaines des intrigues policières telles de pâles resucées de roman noir et l’ensemble, pas assez attachant.
Mais la seconde saison, en tout point enthousiasmante, a su revigorer le concept brillant de la série en recentrant avant tout ses enjeux autour des trois protagonistes de la série. Jonathan Ames (Jason Schwartzman), Ray, son meilleur ami, cartooniste (Zach Galifianakis) et George, son père spirituel, éditeur gentleman (Ted Danson) forment depuis cette année un trio exquis, garant de l’excentricité fine de la série et sa plus belle conviction.

Bien moins balourd que dans les films de Todd Phillips, le rouquin meilleur ami toujours présent pour son copain détective amateur, incarne un personnage gentiment en marge, mais qui cette année, entre dans une phase d’intégration, en essayant, comme Jonathan l’an passé, de reconquérir le cœur de l’attachante Leah, gentille demoiselle qui en a assez de l’attitude perchée de son compagnon loufoque. Ted Danson, aussi, toujours impeccable, qu’il soit homme d’affaires véreux dans Damages ou sidekick comique sur HBO (Curb Your Enthusiasm), s’allie aussi à merveille avec Jason Schwartzman. Le regard de cette seconde saison se porte donc avec justesse sur ces trois personnages hauts en couleur, sans faire la part belle à l’un d’entre eux.
Ajouté à cet équilibre scénaristique plus harmonieux eu égard au concept rétro de la série, la série a revu sa copie formula en devenant plus feuilletonnante, permettant aux héros d’être suivis dans leur quotidienneté (et donc plus attachants), de gérer leurs affaires personnelles souvent irrésistibles (le faux cancer de la prostate pour George, le succès comic de Ray) tout en réduisant les affaires déconnectées du privé au strict nécessaire, le détective héros retrouve ainsi une vraie cohérence à l’écran, entouré de ses amis décalés et son avenir joyeusement incertain.
Avec un sens aigu de la billevesée désillusionnée et de la situation loufoque raffinée, la seconde saison de Bored to Death s’est avérée être un petit bijou inventif et fantasque, emprunt d’un certain mouvement romanesque au cœur même des intrigues, à la fois policières, mélo et ironiques. Comme un polar prenant et classy, le retour de la bande de Jonathan Ames est prévu pour la rentrée littéraire 2011.
8/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Bored to Death, Critiques | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : bored to death, saison 2, critique, jason schwartzman, ted danson, zach galifianakis, hbo, ames |
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