15.05.2012
Desperate Housewives (Saison 8) Wisteria Lane ferme boutique

Après huit ans de commérages, Desperate Housewives s'achève. Huit ans d'existence pour lesquelles ces héroïnes ont été les porte-parole des ménagères et du syndrome voisine intrusive. Huit ans, est plus que la durée de vie d'un couple ou d'un poisson rouge. C'est l'âge d'une série culte.
En 2004, avec Desperate Housewives, l'Alphabet révolutionnait le genre de la série publique. Huit ans plus tard, alors que les networks adoptent des lignes éditoriales chaotiques, que les séries publiques ne sont plus que des vastes fumisteries prétextes à tout sauf à la création, Desperate Housewives s'en va. Elle refuse l'ultime contrat de prolongation pour partir au bon moment, même si c'est déjà un peu trop tard.
Cette année, Desperate Housewives comptait donc sur l'émotion, retourner aux sources et faire preuve d'un ultime élan mélo pour se faire une place au cimetière des séries, se trouver un coin paisible, un peu visité, pas loin de la pierre de Six Feet Under ou du tombeau vert-de-gris de Twin Peaks.
Pourtant, la saison n'aura pas été si délicieuse, ces mêmes tics dramatiques qui ont phagocyté la série depuis sa seconde saison n'ont pas été éparpillés parmi les vestiges de Wisteria Lane. Toujours chroniques, les mêmes excès dramatiques, le manque de cohérence, la même hypocrisie qui règne sur le comportement fantasque mais conservateur de cette grande production. Toujours les mêmes histoires, pour un retour aux sources. Celui d'un meurtre en milieu paisible.

La victime de l'année s'appelle Alejandro. Il est l'ex beau-père de Gabrielle, qui a abusé d'elle lorsqu'elle avait seize ans. Une réapparition lors d'une soirée d'amis et tout reprend vie. Le coup mortel et les cachotteries, la complicité entre ménagères, les petits aveux et les gros chantages. Pour sa saison conclusive, Desperate Housewives aura poussé le vice du soap à son cran maximal, jusqu'au procès ultime où Bree est accusée de meurtre, devant les yeux chagrinés de ses copines.
La tension se voulait immense mais depuis longtemps à Wisteria Lane, l'intensité s'est faite la malle. Reste une poignée d'histoires sentimentales dans lesquelles les quatre héroïnes composent, avec leurs habitudes, leurs jeux appris par coeur. Quelques épisodes touchants pourtant qui assurent le divertissement, la séparation entre Lynette et Tom, les nouvelles responsabilités de Gaby, le deuil de Susan et la fin d'un règne pour Bree, qui ici aura été toujours la grande victime, celle des divorces, de l'alcoolisme, des trahisons familiales, des accusations, des bizarreries sexuelles, des cruautés féminines. Heureusement, Marcia Cross est une créature exquise. C'est elle la vraie desperate housewife, celle qui restera.
Codée à l'envi, Wisteria Lane partira inchangée. Derrière les répliques cinglantes et les péripéties improbables. L'épisode final en est l'ultime symbole. Le symbole du soap épuisé, qui renouvelle ses recettes, qui rebondit de façon arrangeante, façon pot-pourri sériel, en emmêlant mariage, décès, naissance, retrouvailles et départs dans son sac troué.
Desperate Housewives part dans le soulagement, celui d'une équipe à l'inspiration émoussée et celui du public, le plus souvent indifféré. Mais derrière elle, elle laisse la banlieue, son héritage immense désormais partout. Malgré ses lacunes, Desperate Housewives, ce mode de vie, ce genre de feuilleton, ce regard quotidien, cet esprit, on s'en souviendra très longtemps.
6/10

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12.04.2012
GCB (Saison 1) Vacheries religieuses entre texanes

Avec l'arrêt de Desperate Housewives, ABC planifie ses hivers prochains. Autrefois appelé Good Christian Bitches, désormais réduit à son acronyme, GCB, la chaîne de l'alphabet mise sur de nouvelles quadras. Manipulatrices, plantureuses mais surtout pieuses. L'habit du moine n'a qu'à mieux s'enfiler.
Dans le genre soap, la place sérielle est bientôt vacante. Avec l'arrêt contractuel de Desperate Housewives, ABC devait rebondir. Et réembaucher des femmes hystériques capables d'attirer les marchands de lessive. Dans GCB, elles sont de taille : Kristin Chenoweth, Leslie Bibb, Miriam Shor, Marisol Nichols. Des pur-sang Texas, 100% gros coeur, bagouzes et livrets chrétiens.
Mais à en trop faire, ces chrétiennes du Texas frôlent le vulgaire et l'anti-ironie. Kristin Chenoweth qu'on choyait depuis Wicked et Pushing Daisies est réduite au rôle de moraliste de bénitier, peau cramée sur les eaux, plaque capillaire peroxydée. La pauvre actrice est pourtant celle qui mène le jeu. Avec le retour prodigue de l'ancienne star du lycée, Amanda Vaugh, jouée par Leslie Bibb (jamais très attachante), elle et sa clique, désormais reines sur leur sol natal, se vengent de leur ex-impopularité et en font des tonnes. Et rien n'adhère vraiment.

Coups bas, vacheries, sermons, le ton est donné, mais sans évoluer. Dans les premiers épisodes, la série accumule les scènes tirant vers le foutraque et le kitsch grossier. On suit ce groupe de femmes, leur mariage partant à vau-l'eau, leurs lubies absurdes et leurs relations superficielles dans un monde de bouseux formaté, cathodiquement surexploité. La série a pourtant du potentiel, de nombreux personnages et une base "littéraire" en guise de matériau. Mais l'Amérique profonde ne plaît plus, surtout ses clichés sociaux, sexuels, moraux et ses excès en toc.
Si l'originalité religieuse réside dans le concept de GCB, il ne présente aucun intérêt. A Dallas, le mauvais goût prime sur l'évolution dramatique et l'attachement des personnages, à tel point que la série refuse l'amélioration, malgré un bon second épisode, et campe sur positions médiocres. Jamais croyante, toujours caricaturale, scénaristiquement pauvre, GCB cultive le prime time soap gonflé sur les bancs d'église, sans l'allure du feuilleton de Wisteria Lane, sans son ironie et ses grandes actrices.
Dans le genre béni d'ABC, il faudra faire une croix sur GCB. Et attendre plutôt Devious Maids l'an prochain, créé par l'indétrônable Marc Cherry.
3/10

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13.12.2011
Once Upon a Time (Saison 1) Le conte de fée format feuilleton

Il faudra bien l’avouer un jour ou l’autre : la rentrée publique des séries est parvenu à un niveau de médiocrité rarement atteint sauf dans les plaines mexicaines. Le bilan est tel que les sitcoms en carton pâte gagnent le premier plan tandis que les séries moyennes (Pan Am, Revenge, Person of Interest) sont promues petites surprises de l’année. C’est le syndrome Once Upon A Time, série supposée évènement, mais plus vraiment.
L’idée était originale, du moins surprenante, consacrer les contes de fée et autres légendes enfantines dans une série moderne fantastique. Storybrook, la ville où habite le jeune héros, regorge en effet de personnages aux similarités inouïes avec des héros tels que Blanche Neige et son prince charmant, la Belle au Bois Dormant, Jiminy Cricket, ou encore la reine noire.
Mais rien n’est rose à Storybrook, dans cette ville, les habitants n’ont aucune idée de leur identité, le temps s’est arrêté et les frontières se sont scellées à jamais. Le jeune garçon en question, adopté par la maire de la ville, qui s’avère être la reine noire de l’autre côté, comprendre le sortilège et décide de retrouver Emma, sa mère biologique, fille selon lui de Blanche Neige et Prince Charmant, l’élue pour rompre ce mauvais sort.
Si ce concept est saugrenu, il est à ce point alambiqué qu’il finit intriguant. D’ailleurs, aux manettes, ce sont les scénaristes de Lost qui assurent la machinerie. Bonne ou mauvaise nouvelle ? A l’image des rebondissements parfois hésitants de la grande série mystère de ABC, Once Upon A Time a de quoi cultiver un mythe ultra-notoire et le faire miroiter à la sauce contemporaine, à savoir petite ville étrange et rumeurs insidieuses.

Scindée en deux histoires, toujours parallèles, l’arc mythique sur les héros littéraires renvoyant toujours à l’histoire moderne vécue par les habitants de Storybrook, Once Upon A Time est une série qui se veut dense, à tiroirs. Les personnages merveilleux pullulent d’aventures et de facéties, si bien qu’Once Upon A Time et ses héros aux identités doubles (la maîtresse d’école-Blanche Neige, incarnée par Ginnifer Goodwin, la reine/maire, l’antiquaire, joué par Robert Carlyle, épatant dans son rôle maléfique) ont ce défi majeur de regrouper tout un pan de la littérature enfantine dans une seule histoire actuelle. Du pain sur la planche donc, les premiers épisodes prouvant la quantité ingérable pesant sur cette mythologie à double face.
Mais consciencieuse, notamment à l’égard du récit fantastique, Once Upon A Time maîtrise son concept créatif. Au risque d’avancer lentement. Et hasardement. Les débuts de la saison, plus introductifs et gentillets qu’autre chose, démontrent l’envergure du scénario, mais sans en borner les enjeux. Epique, intrigante, la série manque malheureusement de terrain passionnant pour convaincre totalement.
6/10

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28.11.2011
Revenge (Saison 1) Une histoire soap bien dosée

ABC n’est plus très experte en matière de séries mélodramatiques, ayant même refilé le bébé pleurard à sa petite sœur, ABC Family, pour les ados amateurs de pulsions tristes. Mais l’imprévisibilité de l’univers sériel est tel que Revenge, son soap de l’année, apparaît comme le nouveau programme phare de la chaîne. Surprise décryptée.
L’histoire de Revenge pourrait tenir sur un post-it mini-format qui s’égare sous nos tiroirs-commodes. Amanda Clarke décide de s’installer aux Hamptons (la campagne chic des new-yorkais influents) pour se venger de la mort de son père, accusé à tort, lorsqu’elle n’était qu’une enfant. Avec sa nouvelle identité sous le bras, celle d’Emily Thorne, son ex-compagnonne de cellule, l’héroïne désormais majeure fera tout pour terrasser ceux qui ont brisé la vie de son papa parti trop vite.
Si le pitch laisse de marbre ou même, fait rire, c’est que Revenge sait cultiver son coté drama queen. Le pilote résume cette idée hystérico-exagérée, en tissant sa toile dramatique autour de flashbacks noirs et blancs sur la disparition du patriarche Clarke et cette intense relation qu’il partageait avec sa jeune tête blonde. Et pourtant derrière l’aspect désuet voire télénovelesque de la série, la trame de Revenge est une trame qui tient la route, pire, séduit pas à pas.

Dans le rôle de l’héroïne prête à tout, Emily VanCamp que l’on avait appris à aimer dans Everwood, de façon moindre, dans Brothers & Sisters (une tête à claque même pas incestueuse), qui ici, se voit offrir un nouveau charme de tragédienne antipathique. Une première dans les séries ABC ! Entourée d’acteurs au surjeu avéré mais efficace, notamment, Madeleine Stowe géniale dans son rôle de belle-mère tyrannique, la jeune blondinette et son équipe assurent un paysage de divertissement intense, malgré des hésitations de ton (un schéma un épisode, une vengeance, rapidement écarté) et quelques plans de raccord atrocement ratés dans le décor de la série.
En dépit de tout le dédain que l’on peut éprouver pour les séries mélo teintées de glamour, Revenge n’excède pas en clichés mondains et sexy à outrance. Le genre de la série est ce qu’il est, il n’empêche que la série a du fond, des répliques originales, et beaucoup de ressort dramatique. Assortie d’un rythme dense, la série maîtrise parfaitement son arc scénaristique et sa palette très éclectique de personnages, au point de se légitimer parmi les séries comiques du mercredi soir.
La vengeance a beau être un plat éculé, usé jusqu’au cordon de cette bonne vieille télé, Revenge est un soap sérieux et solide, aux multiples péripéties. Plaisir hystérique garanti.
7/10

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06.10.2011
Pan Am (Saison 1) Le Mad Men des chipies

Dans cette rentrée sérielle encombrée, les nouveautés sont nombreuses mais décevantes. Entre deux séries à formule sans grand intérêt, deux thrillers et deux sitcoms poussives (cherchez les preuves), le rétro-soap se taille la part du lion. Contrairement à The Playboy Club sur NBC, déjà annulé, la nouvelle série sixties d’ABC, Pan Am, convainc par une introduction joyeuse et bien rythmée.
Si Mad Men continue d’émerveiller, c’est aussi en raison de l’importance d’une époque révolue et de l’art implacable de vintage. Les chaînes publiques l’ont désormais compris, prêtes à mettre les formes. Pan Am, nouvelle recrue de ABC, semble se diriger vers ce schéma rétro sympa, entre soap feuilletonnant sur quatre hôtesses de l’air aux yeux de biche et aventure dans les airs.
Autant l’avouer, les débuts de Pan Am font penser à un mauvais remake de La Croisière s’amuse tant le décor en carton et les faux paysages aériens semblent superficiels. Mais la série girlie se démarque rapidement de la mauvaise série de studio, en établissant de bons personnages principaux et une dose d’esprit gentillet.
Des quatre hôtesses de l’air que l’on suivra entre les plateaux repas et les péripéties sur terre, le rôle star revient à l’actrice Cristina Ricci qui aura déserté les écrans télé depuis cet épisode terroriste dans Grey’s Anatomy. Toujours malicieuse et énergique, l’actrice diaphane qui semble sélectionner ses prestations, campe ici le rôle de l’hôtesse en chef, dirigeant d’une main douce sa petite équipe de vol. Parmi les autres hôtesses, une petite française expatriée pour vivre l’âge d’or américain (Karine Vanasse plus convaincante sur les écrans US qu’en salles françaises, -récemment vue dans le thriller de Grangé, Switch), avide de romantisme et d’intégrité et deux sœurs dont l’une devient espionne pour le compte d’unités gouvernementales et l’autre, jolie créature rétro convoitant l’uniforme pour fuir sa condition de future épouse.

Toutes affublées d’un uniforme bleu élégant, gants en soie et petite valise chic, la petite bande d’hôtesses demeure le point fort de cette série (les rôles masculins sont encore à l’état d’esquisse), toutes capables de s’approprier une histoire personnelle intéressante et loin des stéréotypes. Egalement nourrie d’une bande originale d’époque, un peu trop présente mais plutôt appropriée quant au décor de fond de la série, Pan Am trouve déjà son rythme de croisière, survolant des capitales du monde et des flashbacks explicatifs sans écueil, entre pression familiale, vie d’employée des sixties, affaires d’espionnage et romances en péril.
Séduisante par son casting féminin et ses horizons scénaristiques dépaysants, Pan Am a le potentiel d’une série d’attitude, gaie et prenante. Idéale pour reprendre la succession de Desperate Housewives dont la mort est programmée fin 2012.
8/10

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02.10.2011
Charlie’s Angels (Saison 1) Le remake de trop ?

L’Alphabet, désireuse de retrouver de belles égéries féminines pour garantir son succès depuis l’annonce de l’arrêt de la grande Desperate Housewives, a tout misé sur un revival d’une série culte, rétro et kitsch à la fois : les Drôles de Dames. Mais en 2011, ces dames-là moins charismatiques et attrayantes garantissent une série pauvre et anémique.
Oubliées Farrah Fawcett, Kate Jackson, et celle qu’on oublie tout le temps (Jaclyn Smith), en 2011, les nouvelles bonnes à tout faire de Charlie sont de jeunes et plantureuses actrices de série, au minois impeccable, mais au jeu déjà boursoufflé. Les trois anges, Minka Kelly, la pilote, Annie Ilonzeh, l’ancienne flic de Miami et Rachael Taylor, la voleuse, ont toutes ce douloureux point commun de rendre lisse et insipide tout ce qu’elles touchent. A l’exception peut-être de Minka Kelly qui bénéficie de la légitimité héritée de Friday Night Lights pour s’embarquer dans deux-trois naufrages avant d’être étiqueter de piètre actrice.
D’entrée de jeu, la série essaie de retrouver l’âme des Drôles de Dames des seventies, comme pour nous convaincre de sa bonne volonté. Sur fond de musique légendaire remixée, de cocotiers et de yachts dispendieux, la série présente son décor mi-soap mi-policier et ose le twist impérieux : tuer l’une des anges dans un accident archi-prévisible. Pour évidemment la remplacer par une version plus jeune et gracieuse que la dame désormais carbonisée (c’est là que Minka Kelly entre en scène).

A l'époque, il n'y avait pas d'eye-liner couleur taupe...
Si la série essaie de ne pas trop s’éloigner de ses nouvelles recrues, en inventant une sombre histoire d’enlèvements de fillettes dans un orphelinat où ont résidé deux d’entres d’elles, Charlie's Angels ressemble néanmoins à un cop show typique où la formule peine à prendre chaque semaine. Malgré tous les efforts développés par la série (la plastique de ses actrices, midinettes sans grande personnalité, l’orgueil à gifler en plus), Charlie’s Angels rate l’adaptation moderne d’une série vieille d’il ya trente cinq ans mais réussit quand même à s’encombrer des tics actuels des séries formatées (les scènes expédiées, les dialogues sans finesse, les présentations de personnages caricaturales).
Tournée à Miami, la série repose donc sur un fond de série de flics sans âme et bâclée où les répliques ne sont que des prétextes à des scènes d’action précipitées et des résolutions d’intrigues tordues. Si la série n’avait pas un bagage culte sous le bras, on pourrait volontiers penser que cette série sur des femmes justicières est soit un programme bouche-trou de dernière minute, soit pire, une parodie.
Dialogues terriblement mal écrits, scènes d’action filmées à la truelle, le Charlie's Angels 2011 manque de vrai glamour et de modernité pour duper qui que ce soit.
3/10

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07.06.2011
Happy Endings (Saison 1) Avec Elisha Cuthbert, ça commence mal

Si dire que ça commence mal est une blague facile, face à une énième bande d’amis new-yorkais, gentils trentenaires romantiques, aimant à la fois le bon vin et le cynisme en dosettes, on peut oser les clichés. D’ailleurs, la série en regorge, mais son féroce capital sympathie nous sauve souvent de l’ennui.
Cette année aura été l’année des comédies romantiques et leurs échecs cuisants. Pourtant, si Better With You et Mad Love sont déjà archivées, Happy Endings, la nouvelle recrue de ABC, s’est montrée assez solide pour passer le printemps et revenir à la rentrée. Un joli pied de nez fait à la tripotée de comédies nœud-nœud qui ont dicté leur loi mièvre le temps de quelques épisodes sur les grands networks.
Dans Happy Endings -comme ailleurs-, il s’agit d’une bande d’amis ordinaire, d’un côté trois gars bons vivants, un brin machos, impulsifs, et bêta, de l’autre, trois filles, qui cachent sous leur hystérie et leur manie syllabique, une jolie sensibilité. Parmi eux : le gay habituel, qui ici s’écarte un peu des clichés pour finir aussi rebutant et étroit d’esprit que les deux copains hétéros (ou comment rendre une originalité initiale en situation triste à pleurer ?), une amie aux airs boulimiques, qui aime les éclats de voix et les situations mélodramatiques, un couple en quête de table à langer, et un ancien duo fraîchement éclaté.

Cet ancien couple, formé par Elisha Cuthbert et Zachary Knighton, a raté le passage de l’autel, pour nous faire croire que le concept inversé des comédies romantiques, soit commencer par la rupture, finir par l’inventivité, peut suffire pour inspirer une série. Sauf que la question de la rupture et la reconstruction après l’engagement avorté est complètement éludée par cette série plus amicale et avide de bons mots. A aucun moment, la série témoigne d’un réel désastre amoureux qui viendrait influencer le groupe d’amis aux racines de cette histoire, Happy Endings préférant compter sur de nouvelles sorties, des rencontres et des situations piquantes mais connues de tous depuis des générations.
Mais si les premiers épisodes prouvent une fois de plus que les comédies romantiques fonctionnement toutes sur cette idée centrale d’alchimie à prouver par la constitution de tandems comiques et de répliques sous cellophane, Happy Endings a su dégainer en milieu de saison une inventivité improbable, faite de situations comiques inédites et de rythme effréné. En une poignée de sketches socio-amoureux, la série nous a charmés, grâce à l’énergie et le verbe furieux de ses protagonistes.
Début en douceur, répliques surprenantes et évolution imprévisible. Happy Endings s’est révélée au fil de ses épisodes. Contrairement aux récentes séries mièvres, Happy Endings s’est extirpée de sa fausseté initiale, grâce à la maîtrise de ses personnages (en tête, celui de Penny, dévoué aux traits hilarants) et à son humour marqué. Une seconde saison annoncée pourrait bien nous égayer et lui offrir une place de choix parmi les comédies légères et attrayantes.
6.5/10

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21.02.2011
Mr Sunshine (Saison 1) Chandler fait grise mine

Matthew Perry pourrait bien être l’acteur de télé le plus maudit qui soit. Des projets avortés, des films passés sous silence, des séries précocement annulées (Studio 60, la seule série d’Aaron Sorkin qui n’est pas convaincu les foyers, Matt en était le héros) le Chandler bien connu désespérait de faire un comeback à l’image de certains de ses copains du Central Perk qui rempilent depuis quelques années. Mr Sunshine, la nouvelle comédie d’ABC, signera t-elle ce retour bien mérité sous les projecteurs ?
D’emblée, Mr Sunshine séduisait par son pitch de caractère et son casting en béton armé (aux côtés de Matthew Perry, Allison Janney et Andrea Anders), comme une promesse de la chaîne ABC de glorifier de nouveau chacune des stars retraitées de Friends. Mr Sunshine raconte la vie faussement palpitante de Ben, un gérant rabat-joie de centre évènementiel qui se démène entre les facéties de sa patronne à l’Ouest, Crystal Cohen, celles d’une équipe d’employés à la personnalité compliquée et les caprices des invités.
Mais comme pour Cougar Town et Episodes de ses compères cathodiques, les débuts de Mr Sunshine ont déçu, faute d’humour convaincant et d’ambiance maîtrisée. A croire que les stars de Friends sont condamnées aux séries surfaites, sans propos de fond.
Le problème du pilot, malgré le perfectionnisme loufoque de Allison Janney, au diapason du caustique depuis Juno et Away We Go et les envies de bien faire de Matthew Perry, c’est que la série n’exploite en rien l’ambiance atypique de l’atmosphère évènementielle et se cantonne de storylines classiques limite paresseuses. Scènes d’introduction poussives, humour à plat, relations caricaturées, personnages prévisibles, Mr Sunshine, malgré sa jolie galerie de protagonistes, avait des airs de coquille vide.
Heureusement, dès le second épisode, Mr Sunshine s’en sort davantage (comme pour Episodes, qui s’améliore avec les semaines) en exploitant un peu plus le potentiel comique des personnages (Allison Janney, plus impayable de scène en scène) et spatiale offerte par le lieu de la série, ce grand centre culturo-sportif. Lui permet de mettre en spectacle toute une pléthore de situations bigarrées, en coulisses ou sous les projecteurs. On apprécie alors davantage l’interaction entre les personnages (le faux concours du meilleur employé, naïvement cruel), leur rôle dans cette structure digne du 30 Rock et cette envie de nous amuser au détour de quelques répliques gentiment corrosives.
En bref, Mr Sunshine s’inscrit dans la lignée des comédies modernes de ABC. Dans l’esprit, cela ressemble à du Better Off Ted (en demi-teinte, l’originalité en moins) : des personnages secondaires attachants et dessinés avec humour gravitant autour d’un héros froid et distancié. Matthew Perry a donc fait ses adieux officiels à Chandler M. Bing. C’est déjà ça de pris.
6.5/10

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15.02.2011
Cougar Town (Saison 2) L’esprit de groupe en Floride

Dans le monde barbare des séries télévisées, les secondes chances sont rares et rarement opportunes. Et pourtant, la très vite décriée Cougar Town en a judicieusement bénéficié. Après une saison inaugurale d’abord grossièrement médiocre, puis étonnamment distrayante, la saison actuelle de la série de Courteney Cox a définitivement fait table rase de son mauvais goût.
Avec les débuts très médiatisés de Cougar Town l’an passé, Courteney Cox dans le rôle titre pour cause, on pouvait dire que c’était mal parti. Plus hystériques que comiques, dégradantes et misogynes que franchement amusantes, les prémices de la série cougar ne faisait ni honneur à son créateur, Bill Lawrence (Scrubs) ni à la pétillante ex de Friends, réduite ici à un rôle de quadra mal dans sa peau, cougar boursouflée et caricaturée, cantonnée aux égosillements tristement insupportables et aux répliques tartes partagées entre amies aigries.
Pourtant après des épisodes introductifs plus pénibles qu’une intégrale de Glee, les auteurs de Cougar Town ont rectifié le tir. Plus d’écriture, de sobriété et de prospection scénaristique et l’ancienne sitcom mauvaise et sclérosée s’est muée en ensemble show solide et loufoque.
Si la première saison gardait sur le fond cette impression de série fragile et d’inégale, avec une poignée d’épisodes encore moyens (mais au même titre que des essais ratés de The Office et Modern Family), Cougar Town avait toutefois brillamment établi sa transition. Cougar Town était devenue une comédie d’ensemble atypique et guillerette, un brin hystéro parfois mais toujours solide sur le traitement de ses intrigues et la gestion de ses personnages. Le changement était tel que la série était désormais comparée à The New Adventures of Old Christine, la plus brillante des feu sitcoms CBS avec l’impayable Julia-Louis Dreyfus.

Alors cette année, Cougar Town était doublement attendue au tournant. La série allait-elle entériner la bifurcation conceptuelle de la série (à savoir moins d’attitude cougar et plus d’amitié) ou allait-elle encore se diriger vers quelque chose de plus improbable, vieux et horripilant ? Finalement, Cougar Town est enfin restée la même. Après un season premiere parfait (où Jennifer Aniston intervient en psy effroyable), cette nouvelle saison a réussi à bâtir son microcosme fictif sur les bases récentes du show, en confirmant la tendance amicale et volontairement puérile de l’histoire centrale.
Ainsi, Jules Cobb est devenue une héroïne de comédie idéale : un personnage modérateur qui prêche la bonne parole mais qui dévie au final, forte d’écueils assumés (un peu mama bear et accro à la vinasse). Outre une héroïne passée à la machine du tolérable, les personnages qui gravitent autour d’elle ont également bénéficié d’un traitement plus juste et subtil qu’à leurs débuts. Les amies de Jules, Ellie et Laurie, ennemies jurées et bonnes copines manipulatrices, et les personnages secondaires, Andy, l’époux d’Ellie mais aussi Grayson le voisin-amant et Bobby, l’ex mari, gagnent en importance et en temps de parole imparti et font de cette bande d’amis un symbole de conviction. Il ne manquerait plus que de noyer Travis (Dan Byrd), le rejeton de la famille, imbécile doublé d’un mauvais jeu poussif, pour faire de la série un ensemble show parfaitement mené.
Avec des historiettes simples mais judicieusement exploitées (les amourettes de Laurie, le psyché d’Andy ou les mauvaises habitudes d’Ellie), cette seconde saison est ainsi parvenue à oublier cette concentration monopolistique réservée à Jules/Courteney. Désormais, tous les personnages interagissent entre eux avec un vrai sens de l’amitié et du relationnel, chacun étant doté d’une personnalité intéressante, exploitée dans des sous-intrigues élaborées, permettant ainsi à Cougar Town de profiter d’une ambiance bigarrée, à la fois jeune et funky, cougar et bitchy (Old Christin-esque donc), bon copain et solidaire, finalement amicale et enlevée.
Désormais très (bien) écrite, Cougar Town bénéficie d’une évolution comique perspicace et bien menée. Plus d’interactions entre les personnages, d’intrigues variées et de responsabilités partagées, la série finit par lorgner du côté de la comédie à gros casting, percutante et fiable dans ses mouvements collectifs et son esprit de groupe. Community n’a qu’à bien se tenir (ou presque).
6/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Cougar Town, Critiques | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : cougar town, critique, saison 2, abc, courteney cox, busy phillips |
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19.01.2011
Off The Map v. Harry’s Law (Saisons 1) Procès nul

Pour cette rentrée de mi-saison, les networks ont misé sur ce qui électrise autant les américains qu’un best-of de Billy Joel : les séries médicales et les shows judiciaires. Depuis ER et The Practice, aucun autre genre n’a su autant s’imposer dans les audiences et les avis enlevés des habitués de télé. Alors, pour fêter la diffusion de Off the Map et Harry’s Law, deux pilotes promues relèves, c’était l’occasion d’inaugurer la critique comparée, un peu désobligeante mais tellement absorbante.
Entre Off The Map, série exotique centrée sur le quotidien sauvage de médecins bons samaritains perdus dans un village au nom ridicule (La Ciudad De Estrellas) et Harry’s Law, série prétorienne qui voit évoluer une grosse avocate (Kathy Bates, tout en rondeurs) parmi les apprentis caïds, aucun point commun en apparence.
Et pourtant derrière un pitch conventionnel emprunté, deux grands showrunners qui depuis toujours tentent de dicter leur loi aux grands patrons diffuseurs : David E. Kelley et Shonda Rhimes. L’un est depuis vingt ans un as du marteau et de la plaidoirie loufdingue, l’autre, une nouvelle experte de la cisaille et du scalpel qui chouine. D’un côté, Ally McBeal, Boston Legal, et The Practice, de l’autre, Grey’s Anatomy et Private Practice, des séries cultes ou en voie de l’être qui souvent finissent mises en trophée sur les étagères de DVD.

Alors, devant leur nouveau projet, l’un pour NBC, l’autre pour ABC, la chaîne-refuge de Dame Rhimes, pas étonnant que l’on se trouve directement en terrain connu. S’il est facile de décrire d’emblée Off The Map comme une série sauvage qui pue la noix de coco, on trouvera sur le fond de vraies similitudes avec les séries phares de ABC, le ton et l’ambiance médicalement désillusionné emprunté à Grey’s Anatomy et une envie de soleil déjà prégnante dans Private Practice, un spin-off-resucée en plus dramatique (mais moins réussi).
Au Seattle Grace Hospital comme dans ce village d’Amérique du Sud, le personnel soignant est jeune, beau et vigoureux, aimant son prochain, le goût du risque et les confidences apaisées une fois la nuit tombée. Caroline Dhavernas et Zach Gilford, tellement attachants dans Wonderfalls et Friday Night Lights ne parviennent pas à rendre l’ensemble du cast convaincant, encore moins attrayant. D’une fadeur terrible en tout point, le pilot de Off The Map ne parvient à aucun moment à tirer profit d’un paysage spectaculaire et préfère la jouer prudent et consensuel, en enfilant les répliques sages et les situations médicamenteuses sans saveur.

Du côté d’Harry’s Law, même topo. On le sait, David E Kelley aime les protagonistes de poigne, le bagout et le bagage filmographique qui vont avec. Pour autant, Kathy Bates, dans la peau d’une avocate charismatique, se gratte un peu. Hormis la loufoquerie du cabinet mi-juridique mi-magasin de chaussures (tenue par une Brittany Snow encore fraîche), Harry’s Law est un show judiciaire convenu et accommodant, qui s‘arrange avec sa conscience légale pour faire du spectacle en boîte, option barre marbrée et plaidoyers sociaux larmoyants.
Finalement, Kelley et Rhimes sont deux créateurs qui en dépit des nouveautés et du modernisme continuent de faire ce pourquoi ils sont toujours sollicités par les studios, à savoir des shows à leur image, mais à leur image passée (garantie donc en humour éculé et en redites scénaristiques), se voulant légèrement décalé avec une forte focalisation faite sur le mélo et l’attendu. Et lorsqu’ils osent créer différemment, avec Inside The Box et The Wedding Bells, leur projet finit rapidement tué dans l’œuf. Alors, au lieu de migrer sur le câble ou de faire front, David et Shonda créent Harry’s Law et Off The Map, deux séries blêmes et déjà vieillotes mais malheureusement pas assez kitsch pour jouer les atypiques. Encore ratées.
4/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Critiques, Harry's Law, Off The Map | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : off the map, harry's law, abc, nbc, saison 1, david e kelley, shonda rhimes, critique |
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