27.04.2011
Mildred Pierce (Mini-série) Kate Winslet en mère courage

Chaque année, les mini-séries printanières de HBO insufflent du renouveau dans le paysage télévisuel, en accueillant le temps d’une fresque de quelques épisodes des histoires d’envergure et le gratin du 7e art. Cette année, plus que jamais, avec Mildred Pierce, adaptée de l’œuvre éponyme de James M. Cain, incarnée par la lumineuse Kate Winslet et réalisée par l’un des plus grands cinéastes actuels, Todd Haynes. Les séries long format n’ont qu’à bien se tenir.
L’an passé, il y a eu Temple Grandin, interprétée avec force et esprit par une Claire Danes méconnaissable, HBO poursuit cette année les portraits poignants de femme, avec Kate Winslet dans le rôle de Mildred Pierce. Mildred est une femme de classe moyenne et mère de famille dévouée. Après le départ d’un mari amouraché d’une autre, en pleine crise économique des années 30, Mildred se retrouve seule pour élever ses deux filles. Exigeante et orgueilleuse, Mildred cèdera à ses hauts principes pour prendre le torchon et commencer une vie d’employée, jusqu’au succès inopiné et sa perte.
En six heures, l’impeccable cinéaste Todd Haynes réussit cette immersion profonde dans l’époque des années 30 (comme les années 50 pour Far From Heaven), en donnant vie à cette Mildred Pierce en plein dilemme. Si Kate Winslet s’est toujours avérée épatante, autant dans les rôles rétro que les interprétations modernes, son incarnation de Mildred Pierce sonne plus juste et plus contemporain que jamais.

Sans jamais nous guider, nous prendre par la main, Todd Haynes filme avec une lenteur désarmante et un goût acharné du détail ce portrait de femme d’époque, qui vise le sacrifice pour les siens. Si le tout est teinté d’académisme léché, de décors grandioses, de musique sirupeuse et de dialogues sur travelling, la mise en scène de Mildred Pierce rend grâce à ce personnage de vie à la fois authentique et très actuel. Dans son verbe maternel, ses gestes doux, sa figure apaisante, ses yeux inquiets, cette mère généreuse et brave prend sens à l’écran, quitte à éclipser tout le reste, tout cet esthétisme offert sur un plateau.
Outre la thématique symbolique du sacrifice, l’enjeu de Mildred Pierce réside dans la relation entre cette femme et sa fille aînée, un amour débonnaire et tourmenté, propice aux menaces. Veda (Evan Rachel Wood) est une jeune fille dédaigneuse et manipulatrice qui malmène sa mère et la pousse aux mauvaises décisions. Forcément elliptique (mais maîtrisée), la série survole ainsi la vie de cette fillette arrogante et capricieuse, de ses onze ans à sa vingtième année, en peignant toujours un portrait cruel voire sordide de la jeune Pierce.

Si Mildred Pierce est une femme dévouée à la cause de sa fille (la cadette décédant tragiquement au plus jeune âge), l’ingratitude qu’inspire la série est la partie prenante de l’oeuvre. L’histoire de cette fresque, conçue telle une descente aux enfers (à en croire la réplique finale), symbolise cette relation féminine massive fait de ressentiments et de rancunes, comme un amour pourri de l’intérieur. A aucun moment, Veda, devenue l’espoir du chant lyrique, retrouve une sensibilité à nos yeux, peut-être aussi en raison de la dévotion quasi-maladive de Mildred à son égard, qui sacrifie sa vie et son business pour retrouver les bonnes grâces d’une fille insolente et vaniteuse qui sait amadouer ses sentiments.
Egalement flanqué d’un amant-époux volage et menteur (Guy Pierce) qui finira par commettre l’irréparable, Mildred Pierce touche vite le fond (et la série, un brin d’excès).Tous les enjeux dramatiques de la série découlent ainsi naturellement, parfois sans grande retenue, la mécanique parfaite (et un peu prévisible) de Todd Haynes visant constamment à magnifier et balafrer cette héroïne qui toujours fait face à la rupture, qui toujours contemple le vide sans tomber. A croire que la grandeur d’âme se mesure au nombre d’écorchures et de trahisons.
Si la série perd en pudeur (et en tact) au rythme des coups bas infligés à l’héroïne, Mildred Pierce, entourée de personnages voraces et avilissant (à l’exception d’une voisine (Melissa Leo) et d’un ex-mari, symboles de soutien) est l’effigie de l’honneur et de la dévotion, de l’amour et de la désillusion. A la fois sobre et étouffante, cette œuvre en cinq parties est une tragédie familiale qui redore le blason des fresques d’époque qui s’immobilisent dans la poussière.
7.5/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Critiques, Mildred Pierce | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : mildred pierce, kate winslet, evan rachel wood, guy pierce, melissa leo, critique, hbo |
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