22.08.2011

Mad Men (Saison 4) A l’aube des hardies seventies

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Depuis la troisième saison, Mad Men trépignait à l’idée d’opérer un tournant franc dans la modernité d’une époque sixtie. Les prémices de cette plongée en eaux modernes américaines avaient été brillamment signées à travers des trames fortes qui touchaient à la fois aux droits civils, à la destruction de la cellule familiale, en passant par l’homosexualité ou l’entreprise, le tout sur fond politique et social (l’assassinat de Kennedy, entre autres). Cette année, d’entrée de jeu, la modernité de Mad Men a été pris à bras le corps.

 

Un bond en avant. Nous voici en 1964, à l’aube de Thanksgiving. Don Draper est divorcé, vit reclus avec une femme de ménage soucieuse et songe à flirter de nouveau pour le bien-être social. Lui et ses proches collaborateurs ont fondé depuis peu leur agence de pub et tentent de se maintenir la tête hors de l’eau avec leurs faibles comptes clients. Don cherche un appui médiatique et compte sur ses loyaux partenaires pour dégoter de nouveaux contrats.

Le décor est planté avec parcimonie, comme toujours. Et c’est encore avec la plus grande subtilité et la plus grande précision dans les dialogues que les auteurs de Mad Men nous laissent de nous-mêmes prendre le pouls de ces bouleversements et cette nouvelle ère.

Pourtant, dans l’entreprise, l’intensité n’a pas chaviré entre le passage Sterling Cooper Advertising vers la nouvelle agence Sterling Cooper Draper Pryce. Les hommes en colère arrivent matinal au bureau avec le même pas décidé, et malgré l’absence d’open space, les secrétaires sont déjà là, dans des box sur deux étages étroits, toujours supervisées par Joan, avec son professionnalisme glamour qui lui sied tant.

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Si le décor évolue, l’ambiance et le plaisir de retrouver cette équipe d’employés sont intacts. S’ajoute à ça, une pression de fond inédite, qui vient subtilement se greffer à cet univers de travail : les impératifs économiques de cette nouvelle agence sont palpables, voilà pourquoi Don se jette corps et âme dans un projet du maillot de bain deux-pièces et ose la publicité moderne à effet racoleur.

La modernité au travail, c’est sans doute Peggy qui l’incarne au mieux. Vestimentairement, moralement, professionnellement, l’ancienne secrétaire qui s’émancipe d’épisode en épisode est devenue une femme indépendante (amoureusement, amicalement) et une commerciale hors pairs avec ses propres méthodes et ses idées farfelues peu conventionnelles (mettre en scène deux femmes qui se crêpent le chignon pour un jambon afin de conforter les ventes et donc le client).

 

Mais qui est Don Draper ? La question qui brûle les lèvres des téléspectateurs depuis le début de la série et plus particulièrement depuis l’an passé, après quelques troublantes révélations sur le passé du héros phare, revient au premier plan et semble rester majeure cette année. Cette question est introduite d’emblée dans le début de cette saison, en nous donnant presque l’impression que le glas de la supercherie a sonné pour le mystérieux Don. Interviewé par un journaliste unijambiste du Ad Age, Don a la lourde tâche de se livrer sur son parcours. Toujours laconique, celui-ci se rendra rapidement compte qu’il devra entretenir la mythologie d’une identité qu’il a façonnée au fil des années.

En tout cas, l’introspection permise par cette interview a permis à cette quatrième de mesurer l’envergure de son évolution. C’est avec un petit pincement au cœur d’ailleurs que l’on retrouve l’unique Betty dans les bras d’un mari de substitution, Henry. Le bonhomme vit dans la maison des Draper et invite sa nouvelle épouse et ses enfants à ses propres repas familiaux. Le sujet épineux du divorce vient alors rapidement à la surface, entre les comportements réfractaires de la mère d’Henry (she’s a silly woman ») et les pulsions rebelles de la jeune Sally (la scène à table s’avère absolument jubilatoire).

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Là encore, la conciliation entre le monde du travail et l’environnement familial est assurée à la perfection par les scénaristes qui avec quelques scènes brèves rendent compte de toute la complexité du divorce et de la famille recomposée vue par les autres à cette époque. Du coup, Betty perd en temps d’antenne tandis que les conquêtes professionnelles et autres voisines de Don gravitent le sommet. Don Draper, célibataire, redevient alors majestueux, le charisme, l’aura du business man, la subtilité du père laissé pour compte et la douleur du deuil en plus. Mais un mariage prétexte au règne ne se profilerait pas de nouveau pour le leader générationnel ?

 

 

Cette quatrième saison, à la fois sobre et tragicomique, aura permis à Mad Men de se lier officiellement à la modernité d’une époque et d’un propos. La transition vers le monde contemporain se fait sous nos yeux, à travers des histoires simples mais terriblement symboliques. La preuve magistrale que Mad Men reste, grâce à sa justesse intacte et son authenticité historico-sociale, la production la plus maîtrisée du moment.

9/10

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14.10.2010

L'Hebdo Séries : MAD MEN : une série féministe ?

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Cette semaine, l'HEBDO SERIES s’intéresse aux femmes de MAD MEN. Le chef d’œuvre de Matthew Weiner n’est pas seulement la chute Don Draper, c’est aussi l’histoire de femmes en plein bouleversements, Peggy Olson et Betty Draper, dans l’Amérique encore frileuse du début des années 60. Leurs trajectoires croisées font-elles de Mad Men une série féministe ? Nous avons posé la question à Jon Hamm (Don Draper) et Elisabeth Moss (Peggy Olson)…

 

Également au sommaire :

- 30 ROCK en direct avec Jon Hamm et Matt Damon !

- OUTLAW annulé, RAISING HOPE confirmé

- FAMILY GUY classé X ?

- Sheldon Cooper découvre les filles…

 

En bonus, pour finir, on rit jaune avec LES SIMPSON et ce gag du canapé signé Banksy, un tagueur anglais, anticapitaliste réputé. Une charge au vitriole contre le merchandising abusif et la surexploitation des travailleurs chinois.

 

Bonne émission !

 

L’Hebdo Séries, c’est votre émission de référence sur les séries. Chaque jeudi, retrouvez toute l’actu de vos séries préférées en 7 minutes chrono ! News, reportages, interviews, tendance, sélec…Toutes les émissions sur http://www.canalplus.fr/hebdoseries

05.09.2010

Mad Men (Bilan Saison 3) L’ancien monde enchanté

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Oubliez tout ce que vous savez sur Mad Men. La série d’AMC, dont la troisième saison a été intégralement dévoilée depuis plus de deux mois, a opéré un coup de pied dans la fourmilière de l’austérité sixty de Sterling et Cooper.

 

Décor, action, époque

Le rythme lent est mort. La sophistication d’ensemble, elle, est intacte, plus ravissante que jamais. Plus cruelle, aussi. A méandres, cette saison reflète cet habituel univers plastique impénétrable (et visuellement époustouflant) tout en accélérant la cadence narrative et multipliant les histoires à tiroirs. Résultat : une commode victorienne secrète et fascinante.

Le passage à la modernité s’est faite sans heurt chez Sterling et Cooper. De ces hommes en colère, il ne reste qu’un héritage idéologique travailleur et machiste. Mais forts d’un monde en bouleversement -l’entreprise, la famille, la sexualité- ces protagonistes d’une époque presque révolue doivent faire face à l’aube d’une ère nouvelle. Celle d’une pré-mondialisation, de l’affranchissement et de l’individualisation.

Et le plus gros coup de maître de Mad Men, son plus bel atout, c’est d’avoir su déplacer son sujet, amincir la frontière entre histoire et contemporanité pour peu à peu établir un nouveau cadre d’action. En gardant son ton, ses couleurs et ses fondements thématiques, sans que jamais le spectateur puisse déceler quelconque changement, pourtant majeur et primordial à la série.

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Le couple Draper : quand l’émancipation échappe au pouvoir patriarcal

Le couple terrible mais tellement juste de la télévision actuelle, ce sont eux. Betty et Don Draper. Deux icônes, deux façades, deux égos.

Depuis la précédente saison, dans laquelle Madame a débuté son ascension vers l’indépendance, au moins psychologique, Betty Draper n’est plus un objet féminin bien pensant, la jolie broche décorative que s’accroche Don sur sa pochette pendant les soirées mondaines. Depuis l’ultime infidélité de Don, Betty est désavouée. Et l’épouse a réalisé ce qu’elle ne pourra jamais corriger.

Cette année, Betty (January Jones, son jeu, son regard, incommensurables) refuse les gémissements au foyer (ces scènes magnifiques de seconde saison où Betty passait ses journées à paresser sur le sofa, inerte, en buvant). Et ose l’indiscipline, le désaccord, le secret, le contredit, le verbe haut. La vérité.

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« I don’t love you anymore »

Des débuts anecdotiques qui ont rapidement laissé place à un véritable affranchissement de la femme. Et c’est alors qu’elle s’est mise à dicter son propre jeu. Cette féministe avant l’heure, dont on ressentait les quelques ambitions naissantes depuis le tout début, marque une vision nouvelle de la femme, en illustrant le virement véridique de sa position attitrée dans les soixante passées : aux portes de l’émancipation identitaire, du libéralisme, refusant leur sort peu cher payé.
Etonnamment assise, cet émargement de la cellule familiale a conduit la désirable Betty à fricoter. Romantique, elle reste un modèle de vertu, en refusant (de prime abord) de flirter avec l’homme pour lequel elle cultive secrètement des sentiments. La contre-mesure nuancée de l’infidélité masculine toujours pregnante.


Alors que Don Draper accuse le coup. Ce modèle de fermeté et de stabilité au travail s’est fait humilié, parce qu’égalé, voire devancé sur le terrain de l’affirmation privée. Le chef publicitaire a en effet connu un chemin inverse de celui de sa femme. Plus attendrissant avec ses enfants et sa femme, plus guimauve, Don Draper a voulu faire profil bas et retrouver la sérénité familiale, qui lui sied (femme à son service, position de père charismatique, maître de la maison).

Sans abandonner ses habitudes tenaces –l’aventure avec la maîtresse de ses enfants, la boisson et les secrets, Don a permis à Betty de gagner du terrain. Vulnérable en raison du putsch de Betty en fin de saison qui l’a contraint au séjours d’hôtel et qui a effrité toute une image de patriarche qu’il confectionnait à l’envi, sa fragilisation s’est confirmée lorsque Betty a découvert les secrets de son passé.
« Truth hurts » lance t-il méchamment à son épouse pour lui faire ouvrir les yeux. Sa formule à l’effet boomerang a condamné Don et barricadé sa relation maritale, alors subie. Pour aboutir à l’officialisation d’une rupture désirée par l’autre partie.

Ce couple, une avancée symbolique pour la série.

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Des portraits secondaires, des études infinies

Tous complexes, jamais définis ou identifiables, les rôles secondaires de Mad Men sont la matière riche et imprévisible de la série. Peggy, Joan, Pete, Romano, ou Roger, leurs familles, ces têtes habituelles et pourtant mystérieuses et inaccessibles sont le terrain de l’utilisation des symboles par le show.

Aux apparences parfois anodines, ces personnages dont on nous dispense un épisode sur trois, ont la capacité d’illustrer les plus grands développements de Mad Men. Ses plus grandes trames sous un air pourtant très accessoire. Parce que Mad Men ne brode pas dans la surenchère, il en demeure que la série recèle de trouvailles narratives pour aborder des thèmes historiques majeurs. Homosexualité refoulée à travers Romano, racisme ou suspicion chez Pete, mondialisation, individualisation, ces personnages tourmentés, jamais assez intégrés, sont le cœur de l’époque, l’étude de la série.

De tous, Peggy est assurément le personnage le moins évolué de cette saison. Parce que l’affranchissement de la jeune créative s’est fait sans doute de manière très précoce dans la série et qu’il lui fallait gagner en stabilité intellectuelle, modèle d’excellence qu’elle incarne avec brio. Cela dit, sa relation avec Don, qu’elle envie follement, se décomplique et institue de nouveaux enjeux professionnels (ou l’envie de prendre son envol).

Pour Joan, il s’agit de décrocher. Tout en acceptant l’idée d’un ménage imparfait et d’une contribution loin de ses fantasmes de femme au foyer dévouée. Elle restera le point d’accroche, de stabilité de Roger, qui s’est mis à dos à famille et amis en épousant une jeune pin-up capricieuse. Leur relation, à l’état de préambule sensoriel, promet de nouvelles expériences pour la suite.

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La cohésion de ce groupe, d’une entreprise, l’autre force de la série, se retrouve dans les deux grands évènements de fin de saison. A l’occasion de la mort tragique du Président Kennedy (ou un épisode remarquablement affecté et touchant, réalisé par Barbet Shroeder) et de la fin de Sterling & Cooper.

 

Parce que comme Betty, comme le contexte, toute la boîte de Sterling & Coop vote unanimement l’émancipation, le pouvoir par l’accomplissement individuel.
La scène finale irradie, le désir de changement est lisible sur chaque visage impatient.

Voilà ce qu’a réussi à instituer magistralement cette saison 3 méthodique et subtile : une transition de taille passionnante pour un virement exceptionnel promis, fait future saison 4.

Note bilan : 9/10.

07.01.2010

Blabla-Séries Awards – Et la meilleure série dramatique est ?

Top cinq des drama de l’année (sans Nina Dobrev)

Pas de True Blood, qui a déçu gentiment. Ni même d’In Treatment. Ou encore Damages, saison 2, cette grosse blague. Cette année, Blabla-Séries opte pour les mormons, les sixties et même du sentimentalisme chirurgical. Parce qu’une vraie année sérielle est une année de contrastes et de contradictions.




 

Cinquième position

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Dexter, saison 4

Dexter vieillit. Mais ne s’empâte jamais. Le justicier de la nuit reprend cette année du service, comme jamais. Après une relation ambiguë avec un procureur affligeant, la loi du talion quasi au placard, Dexter s’attaque à un symbole de vie. Le sien. Faisant fi des conseils spirituels de son vieux père, le héros s’empare de pulsions nouvelles. Riche et effrénée, cette saison en laissera plus d’un sur le carreau d’une salle de bain.

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01.02.2008

Mad Men - Bilan - Critique - Saison 1

« What happened to Gary Cooper ? The strong, silent type ? » Tony Soprano - Nous sommes en 1960, l’âge d’or de l’Amérique. Plus précisemment à Madison Avenue, dans Manhattan, une agence de pub de taille moyenne. Via ce microcosme, Matthew Weiner nous plonge dans un pan de l’histoire américaine, dénonçant ses travers avec finesse.

Bienvenue à Madison Avenue...

Où les hommes boivent et fument et où les filles sont faciles. Où les horaires de travail sont souples à loisirs. Où les patrons sont cools et les jeunes arrivistes. Bienvenue dans le monde de la publicité. Mad Men, c’est ainsi que se surnommait à l’époque la fine fleur de la publicité de Manhattan, contraction cocasse de Madison Men, et définition à peine cachée de leur statut. Un métier coincé entre talent dilettantiste et brassage de sommes folles. Un monde d’hommes, fait par des hommes, pour les hommes. Et où la femme n’a qu’une place subalterne, assistante professionnelle (secrétaire) ou assistante de vie (femme).

C’est dans cet univers que Matthew Weiner a décidé de nous parler de l’âge d’or de l’Amérique, les années 60. Celles que beaucoup de ses concitoyens regrettent car elle fût la plus prospère du pays. La Deuxième Guerre Mondiale est déjà bien derrière, l’Europe qui se reconstruit n’est pas en mesure de s’élever au niveau des Etats-Unis, qui viennent d’acquérir leur statut de gendarme du monde libre après avoir contribué à défaire la menace Nazie. Etait-elle si rose et insouciante, cette période, justement ?

The strong, silent type

Don Draper. Un nom qui claque, qui impressionne, qui pose son homme. Encore plus quand on le voit. Don Draper, c’est celui que chaque femme aimerait qu’il la courtise et que chaque homme aimerait devenir. Grand, fort, talentueux, rassurant, le tout sans avoir l’air d’en souffrir. Quelqu’un qui ne parle que pour dire des choses importantes, et qui manie les sourires et les démonstrations d’autorité avec un savant mélange qui le rend totalement irrésistible. Mais fondamentalement, c’est un pauvre type.

Don cache un secret honteux, celui d’un passé qu’il fuit et dont il ne veut plus entendre parler. De ce passé, Don a apprit à rester secret, à ne pas se livrer. Et ce, même avec sa femme, avec qui il a eu deux enfants. Une femme en apparence parfaite, sosie de Grace Kelly, une beauté froide et distante. Ils forment un couple si picturalement parfait qu’on peine à imaginer à quel point leur vie au quotidien est une succession de souffrances tues. Enfin, surtout pour sa femme, Betty. Pour Don, elle a tout abandonné de sa carrière naissante de mannequin à Manhattan. Pour Don, elle s’est enfermée dans une tour d’Ivoire faite d’une maison de luxe, un jardinet, de voisines bien pensantes, une vie de famille sans intérêt et les tâches ménagères. Pour Don, elle ferme les yeux et préfère imaginer qu’il ne rentre pas le soir à cause du travail, et pas pour voir son amante. Mais ces concessions, le corps de Betty va lui rappeler qu’elle en souffre. Ses mains se crispent, souffrance dûe au stress, ce qui va lui valoir un aller simple vers un psychiatre.

John Hamm, acteur très peu connu prête ses traits à Don Draper. Son jeu est d’un extrème justesse, fait de silences et de démonstration de charme. John incarne avec une telle perfection ce personnage qu’on s’imagine sans problème qu’il vient réellement de 1960. Januray Jones offre son physique parfait à cette biche qu’est Betty Draper. Tantôt touchante, tantôt émouvante, provoquant parfois une certaine jubilation, aucune de ses interventions ne semble de trop par rapport au reste du casting, qui évolue dans les bureaux de Sterling Cooper.

Le rêve américain

C’est bien ça qu’on vend, ici, à Sterling Cooper. Du rêve, du glamour. Un équipe d’hommes talentueux et cultivés, aidés en cela par des femmes dévouées et discrètes. Notre premier regard sur Sterling Cooper, nous le posons via une nouvelle assistante, celle de Don : Peggy Olson. On s’imagine que Peggy est là pour bouleverser l’establishment, provoquer des remous dans cette société phallocrate, elle s’avère être, au début de la série, conforme au moule standard. Sa chef et mentor, la sublime Joan Holloway, va lui faire comprendre qu’ici, elle est au service de son supérieur, et qu’elle doit être à la fois l’assistante, la mère, et parfois la femme de ce supérieur. Peggy la prend aux mots et sa première réaction est d’aller chez un gynécologue (une scène extrèmement dérangeante au vu de l’attitude du médecin et la manière à la fois déplacée et condescendante avec laquelle il traite Peggy) pour se faire prescrire la pillule. En une journée, Peggy aura choisi un contraceptif, tenté (et manqué) sa chance en faisant maladroitement du charme à Draper (qui s’il est un homme volage, a des critères bien particulers quand à ses goût féminins, on y reviendra), et acceptera les avances tout aussi maladroites du jeune et détestable Pete Campbell.

Vincent Kartheiser interprête ce jeune arriviste semblant à peine sortir de l’adolescence tant il est juvénile et possède des attitudes d’enfant gâté. Car Pete va bientôt se marier à une femme qu’il semble un peu regretter d’épouser. Mais la femme en question a de l’argent. Beaucoup. Si Pete était mature, il annulerait le mariage et ne s’unierait que par amour. Mais il en est très loin. Lorsqu’il tente de séduire Peggy, c’est très maladroitement, même si ça finit par fonctionner. Ce n’est cependant pas le pire. Après avoir eu ce qu’il voulait, Pete va se montrer un jour odieux, l’autre séducteur, puis encore plus odieux, jusqu’à devenir tout simplement bon à baffer. Le problème majeur de Pete, au-delà de son apparente immaturité, c’est qu’il se sent émasculé. Et à cette époque-là, l’homme le vit encore plus mal qu’aujourd’hui. Emasculé face à la fortune de sa femme. Emasculé au travail face à ce monument de masculinité qu’est Don Draper, auquel il a tellement envie de ressembler. Emasculé devant son incapacité à faire de sa secrétaire une femme dévouée à tous ses caprices. Chaque apparition de Pete Campbell fait hérisser le poil tant on aimerait (tout comme Don Draper) le voir humilié de manière constante. Il reste cependant un personnage magnifiquement écrit et interprêté, toujours dans le ton juste et jamais caricatural. Une qualité qu’on retrouve dans tous les personnages de « Mad Men », même les plus secondaires.

Peggy Olson est jouée par Elisabeth Moss. L’ex-fille du président Bartlett apporte toute sa fraîcheur et son apparente naïveté à la charmante Peggy. D’abord larguée dans ce monde où tout va plus vite alors qu’elle vient de la campagne, Peggy va trouver peu à peu sa place, grâce à sa discrétion et à sa candeur. Alors qu’elle s’apprête à aider un publicitaire en testant des produits de beauté avec les autres assistantes, Peggy va se démarquer en proposant une idée, plus ou moins involontairement. La jeune fille effacée laissera progressivement place à une femme qui sait ce qu’elle veut et qui ne se contente pas d’une place de secrétaire. Mais cette évolution professionnelle va de paire avec des déboires sentimentaux assez forts, dûs à sa relation avec Pete. Lors d’une scène mémorable, Peggy se fait repousser violemment (verbalement) par Pete, alors qu’elle l’invite à danser (le twist pour être précis). Pete lui lance un « je ne t’aime pas comme ça », c’est à dire : « je préfère quand tu es soumise, que tu te tais et surtout pas quand tu t’exhibes en dansant » qui humilie profondemment la jeune femme. Elle rejoint alors ses amies sur la piste de danse, seule, et son sourire se transforme en moue figée, une larme persistante collée à la joue. Une performance toute en retenue tout simplement bouleversante.

A ce casting quasi-parfait, on peut ajouter les excellents John Slattery et Robert Morse, les Sterling et Cooper de Sterling-Cooper, duo de cheveux blancs aussi efficaces que différents. Quand Cooper balade une admiration sans borne pour la culture asiatique, forçant quiconque entre dans son bureau à enlever ses chaussures et distribuant à foison des leçons de vies, Sterling se complait dans une vie dissolue qui le voit passer de sa femme en coups d’un soir et une relation charnelle avec la beautée de la société, Joan Holloway. Interprêtée par Christina Hendricks (qu’on a pu admirer à deux reprises dans « Firefly » en arnaqueuse de charme), cette dernière se ballade dans les bureaux de Sterling-Cooper, toujours tirée à quatre épingle et prête à conseiller les assistantes de la société en terme de maintien, de tenue et de style. Cette beauté qui semble si à l’aise dans ces années 60 est en fait désespérement seule et vit une existence d’une triste vacuité. Le quatuor des créatifs vaut aussi son pesant d’or, entre le jeune loup qui a vu une de ses nouvelles publiée et qui ballade une remarquable arrogance, le jeune marié, le célibataire endurci, l’homosexuel refoulé, chacun apporte son écot à cette oeuvre décidement réussie.

Don and the women

Don, s’il trompe sa femme, est loin d’être un coureur. De façon assez suprenante, l’homme serait presque fidèle. Enfin... en réalité, Don ne joue pas de son charme avec n’importe qui. Une secrétaire rapidement éconduite dans le premier épisode, une jeune actrice en casting dans un autre, Don ne cède pas facilement aux sirènes des filles faciles (ou supposées faciles). Alors qu’il a fait de Betty une parfaite femme au foyer soumise et dévouée à son mari, ses amantes sont à chaque fois des femmes de tête indépendantes. Midge Daniels est une artiste qui s’assume seule et vit à Greenwich Village. Lorsqu’il quitte cette dernière (par jalousie), il tombe dans les bras de Rachel Menken, qui vient de récupérer la gestion du magasin de son père et qui veut le révolutionner pour le transformer en palais du chic et du bon goût. Des femmes modernes, donc, qui n’ont pas besoin d’un homme pour exister, fait assez rare pour être souligné, dans les années 60. Don cherche ce genre de rapport en dehors du cocon familial alors qu’il transforme Betty en son total opposé. Il cherche à maîtriser la vie de cette dernière en l’envoyant chez un psy et en appelant constamment le médecin pour avoir les détails de leurs sessions (quand on pense aux répercussions qu’auraient un tel comportement aujourd’hui, on salue le progrès accompli)...

Les liens psychologiques entre ce que vit Don et son passé trouble ne sont pas complètement clarifiés dans la première saison, même si les détails donnés sur la mère adoptive de Don, décrite comme une femme détestable, pourront mener à une réflexion plus approfondie sur la manière qu’à Don de gérer ses relations avec les femmes.

Mad Man

Matthew Weiner. Le bonhomme vient de la sitcom traditionnelle. Il a travaillé sur « Becker », la série post-« Cheers » de Ted Danson, puis sur « Andy Richter controls the Universe » (moins traditionnelle, celle-ci). En 2000, alors sur « Becker », il écrit le pilote de « Mad Men »... qui lui premet, en 2004, d’être embaûché par David Chase sur « Les Sopranos » en tant producteur superviseur et scénariste (et accessoirement acteur dans deux épisodes de cette saison-là). Cette saison, la cinquième du show, est tout bonnement la meilleure avec la première, et Matthew enchaîne avec la sixième.

On comprend pourquoi Chase a tant aimé le scénario du pilote de « Mad Men ». Don Draper, son étendard, c’est justement ce Gary Cooper que regrette Tony Soprano « The strong, silent type ». Et dans Mad Men, Weiner tente de démonter cette croyance, d’ouvrir un peu les yeux du public américain sur la vérité de cette époque. L’homme semblait fort parce que la femme n’était qu’un subalterne. L’homme ne semblait pas craquer sous la pression parce qu’il ne fallait pas montrer ses faiblesses. L’homme était hétéro parce que être homosexuel était proscrit. Weiner tente de nous prouver, via une icône, Don Draper, que l’homme est torturé ; via Salvatore Romano qu’il peut être « sexuellement ambivalent » (et très mal le vivre, forcemment), et via tous les membres du casting... qu’il est globalement alcoolique.

La filiation avec « Les Sopranos » ne s’arrête pas là. On en retrouve dans la structure de la saison et la façon dont les épisode sont construits. Si un fil conducteur fait progresser les personnages individuellement, leurs intéractions se fait autour d’évènements du quotidien. C’est le grand tour de force de « Mad Men », comme « Les Sopranos » en son temps, de réussir à boucler des histoires indépendantes en développant via un côté feuilletonnant. On se focalise sur un événement du quotidien, parfois dans le monde du travail, parfois sur une relation de voisinage qui tourne mal. L’autre grande qualité de la série, c’est aussi de savoir choquer au moment le plus inattendu. Et si c’est toujours fait avec finesse, la force du choc n’en est pas moindre.

Pas beaucoup de budget, mais plein d’idées

On se croit en 1960. Rien ne donne l’impression de faire papier maché, et pour cause : « Mad Men » ne montre presque aucun extérieur. Les lieux filmés sont peu nombreux : un bar, un restaurant, Sterling-Cooper, l’intérieur de la maison des Draper, une chambre d’hôtel, le salon des Menken, l’appartement de Midge Daniels... Il ne s’agit pas ici d’une reconstitution coûteuse. De par son aspect minimaliste, « Mad Men » réussit le tour de force d’être diffusée sur une minuscule chaîne du câble (AMC, dont c’est la première fiction de cette ampleur, est une chaîne qui passe des films des années 50-60), d’être une série historique, et d’être à des années-lumières du budget d’un Deadwood, Carnivale ou encore Rome (même si le défi est moindre pour une reconstitution contemporaine, il est très facile de tomber dans le grotesque ou l’anachronique).

Le générique, de même, donne une ambiance qui colle à la période, même si la musique est un peu trop moderne. Le visuel, lui, est une référence directe aux compositions de Saul Bass, créateur de plusieurs affiches de films d’Hitchcock et de la fabuleuse ouverture de « North by Nothwest », style maintes fois repris dans le cinéma moderne (« Catch me if you can », de Spielberg, pour ne citer que lui), et qui plonge sans réserve dans les années 60.

Mad Men est une réussite, tant dans son fond que dans sa forme. Elle receuille les louanges des critiques et des audiences raisonnables sur une telle chaîne (autour d’1 million de téléspectateurs). Passés quelques problèmes avec la censure concernant la consommation d’alcool (Jack Daniels est un sponsor du show), la consommation de cigarettes (conformément à la loi qui interdit de fumer du tabac sur le lieu de travail, tous les acteurs de Mad Men fument des cigarettes aux herbes.), Mad Men recueille deux nominations aux Emmys (meilleure série dramatique, meilleur acteur), et se voit promettre une seconde saison.

Il ne reste plus qu’à attendre l’été prochain, retrouver Sterling Cooper, ses hommes brisés, ces femmes et races brimées... l’âge d’or de l’Amérique...

Les episodes (attention, ces résumés sont garnis de spoilers)

Smoke Gets In Your Eyes

Peggy Olson joint l’équipe de Stering Cooper en tant de secrétaire de Don Draper, massif séducteur qui jongle entre un gros client de l’industrie du tabac qui menace de quitter l’agence et une vie sentimentale complètement dissolue.
Une belle entrée en matière, riche d’événements marquants qui plongent tout de suite dans l’ambiance. Nous ne sommes pas dans Happy Days, voici les années 60, les vraies.

Ladies Room

Alors que Betty se rend chez le psychiatre pour régler ses problèmes d’anxiété, Don se lance sur la campagne de Richard Nixon.

Marriage of Figaro

Pete Campbell revient de sa lune de miel, mais semble mal gérer le fait d’être marié. Don, quand à lui, aide Betty à préparer l’anniversaire de sa fille.
Don est en pleine dépression, buvant plus que de raison pendant la fête. Parti pour aller chercher un gâteau, il revient plusieurs heures plus tard, saoûl, avec un chien, cadeau pour sa fille. Le désespoir de Don est flagrant, ainsi que sa volonté de fuir, dont on apprendra par la suite que c’est une habitude, chez lui.

New Amsterdam

Alors qu’il subit la pression de sa femme pour l’achat d’un appartement en ville, Pete va se mettre en porte-à-faux vis-à-vis de Don, qui réclame le renvoi du jeune homme.

5G

Don vient de gagner un prix pour son travail. Sa photo dans le journal attire l’attention d’un jeune homme qui dit être son frère.
Un peu plus de détails sur la vie de Don, et ce passé qu’il a fuit, ainsi que cette identité qui n’est pas la sienne.

Babylon

Peggy se démarque des autres secrétaires en faisant preuve de créativité lors d’un banal test de produits de beauté.
Un jeu tout en retenue de la part d’Elisabeth Moss, qui cache bien son ambition par sa timidité.

Red in the Face

Roger va dîner chez Don, mais la réunion d’amis tourne mal, Roger tentant de séduire Betty, qui se laisse plutôt faire. Ce qui met Don dans une rage intense.
Purement génial. Quittant les révélations, l’épisode se concentre sur un fait du quotidien, et avec maestria. La vengeance de Don Draper (faire manger des huitres, boire Roger comme un trou et le manipuler pour le forcer à monter les nombreux étages qui les séparent du bureau afin qu’il soit malade et vomisse devant un client...) est tout bonnement jouissive.

The Hobo Code

Alors que Don se remémore son passé et la visite d’un clochard, Peggy cède à nouveau aux avances de Pete.
Le moment de grâce d’Elisabeth Moss. Ou comment mettre un personnage sur un nuage pour ensuite l’en faire tomber à cause d’une phrase blessante.

Shoot

Afin de convaincre Don Draper de rejoindre leur agence de pub, un concurrent de Sterling Cooper se lance dans une entreprise de séduction sans limite.
Betty est la victime de cette séduction, menée en bateau pas cette agence de pub qui lui fait croire qu’elle sera le nouveau visage de Coca Cola. January Jones est absolument bouleversante, tant dans sa joie de retrouver du travail que dans sa déception de le perdre. Alors qu’elle semble avoir fait le deuil de cette situation, le final de l’épisode traîne en longueur et nous offre le final le plus jouissif et ahurissant de la série. Rien de tel qu’une belle fille en nuisette qui tire au fusil sur des colombes !

Long Weekend

Afin de remonter le moral de Don, qui vient de perdre un client, Roger l’embarque dans une chasse aux filles de casting.

Indian Summer

Peggy se voit confier la charge de trouver un moyen de mettre un valeur un appareil censé faire perdre du poids (elle qui en a considérablement pris), et qui s’avère être d’une toute autre utilité. Don profite de l’absence prolongée de Roger pour monter en grade.
Le plaisir des femmes délaissées est au centre de cet épisode, poussant Betty à deux doigts de se laisser séduire par un VRP. On regrettera juste un peu la façon brutale dont Peggy a pris 15 kilos.

Nixon Vs. Kennedy

Alors que Pete pense avoir trouvé le moyen de faire tomber Don, l’équipe de Sterling Cooper organise une nuit blanche pour suivre les élections.
Don est un enfant, incapable de prendre ses responsabilités. C’est ce dont on se rend compte lorsque, au pied du mur face aux révélations que Pete va faire, il demande à Rachel de fuir avec lui. Il se fait éconduire par la jeune femme et le ramène à ses obligations. Une confrontation qui met fin à leurs rapports et qui pousse Don à murir un peu.

The Wheel

Alors que Betty se rend compte que Don se renseigne sur le contenu de ses rendez-vous chez son psy, Thanksgiving approche, et Don privilègie le travail à la famille.
L’étau se ressere autour de Don, alors que Betty, jusqu’ici aveugle (volontaire) face aux infidélités de Don, devient suspicieuse. Un Don qui, débarassé de ses amantes, commence à regretter la façon dont il s’éloigne de sa famille. Dans une scène bouleversante, Don met son coeur à nu face à un client, avant de se retrouver dans l’impossibilité de le faire face à celle pour qui ça aurait tant compter, Betty.

Cette critique est signée Dominique Montay, publiée sur Perdusa, l'excellent site sur les séries US. La saison 2 étant diffusée dans peu de temps, mon bilan de première saison a manqué son train, je me rattraperai pour la seconde saison.

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Mad Men | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook