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blabla séries - Page 5

  • Quantico (Saison 1) La recrue terroriste

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    Estampillée meilleure nouveauté de la rentrée par les critiques, soutenue par les gentils d'Allociné, Quantico est un show facile mais prometteur qui pourrait donner du tort aux productions de Shonda Rhimes et aux autres.

     

    Lancée par ABC pour persévérer dans le succès, Quantico n'est pas ce qu'on attendait. Un blockbuster balourd, faussement trépidant,  qui brasse laborieusement de mini-intrigues pendant des semaines jusqu'à l'annulation. A l'inverse, elle pourrait être un bon divertissement. Elle raconte les premiers pas d'agents du FBI encore en formation, à Quantico. Un petit groupe de jeunes gens au physique plutôt joli et policé pour ne faire fuir personne, au sens de l'humour recherché et à la déduction parfaite. Parmi eux, l'héroïne, Alex Parrish (Priyanka Chopra) qui six mois plus tard se retrouvera au milieu d'une scène terroriste tragique, suspectée par ses pairs.

    Bien sûr, difficile de ne pas voir les rapprochements entre Homeland pour son terreau paranoïaque, son héroïne traquée, son ambivalence, et les pastilles publiques à la How To Get Away With Murder pour cette ambiance juvénile. Mais Quantico pourrait être plus singulière. Déjà, la série se veut beaucoup moins épileptique que ses consoeurs. Moins orgueilleuse, moins perfide qu'une Olivia Pope grimaçante, Quantico se veut mystérieuse sans être suffisante. Pertinente sans être fière. Soap bien sûr sans être grotesque. Ses débuts sont justes, souples, soucieux de montrer l'étendue de ses personnages-types (l'orpheline, le gay, la jeune voilée, le séducteur snob) et la promesse d'une belle intrigue -ou non.

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    Réalisé par Marc Munder (Utopia), le pilot est typique du genre, construit sous formes d'allers-retours rapides, entre l'évènement majeur, l'attentat terroriste à Grand Central, et les origines, à savoir les débuts des agents à Quantico quand l'agent double a fait ses armes. La série est efficace dans son déroulement, consciente de ses rebondissements improbables et de son enquête à venir, où l'héroïne sera une accusée à tort-modèle.

    Jusqu'au-boutiste, la série livre le produit clé en main et tel un Damages, parvient rapidement à faire planer le doute. Quelques facilités persistent, une bande-son parfois en surplomb, des répliques moins fines que d'autres mais Quantico n'ennuie pas et réussit souvent à être percutante. Grâce à ses histoires de personnages, du secret de famille à la quête idéologique, la série veille à prendre avec elle toutes ces thématiques du moment, ces sujets conspirationnistes, cet héritage abîmé depuis le 09/11, qui au-delà d'un effet voyeuriste pourraient ici tenir la route.

    8/10

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  • Happyish (Saison 1) A peu près corrosif

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    La nouvelle série de Showtime parle du bonheur. Un bonheur souvent amer, déçu, frustré, caractérisé par une famille qui en veut à la terre entière. Décapant mais assez lassant.

     

    Happyish ou le bonheur à peu de choses près est une série créée par Shalom Auslander. Un écrivain connu pour La lamentation du prépuce ou Attention Dieu méchant, des romans-essais critiques de la religion juive vendus au kiosque relais de chaque gare, faisant parfois l'objet d'une promotion deux pour le prix d'un.

    Dans Happyish, on retrouve l'obsession d'écriture de Shalom, la quête de soi, la famille, la religion, l'entreprise. Elle raconte l'histoire d'une famille américaine à peu près ordinaire, un père catholique non pratiquant, un publicitaire aigri depuis que son entreprise fait la part belle aux jeunes talents assoiffés d'innovations et une mère juive non pratiquante, qui jongle avec difficulté entre les tâches maternelles et sa peinture. Tous les deux viennent d'un horizon différent mais tous les deux sont en colère.

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    La série parle de ce bonheur en perte de vitesse. Elle parle de choses qui irritent. Qui donnent des brûlures. La société de consommation, l'obsolescence programmée façon Apple, le malaise au travail, le questionnement religieux, l'emprise parental, les chansons Disney. Des pistes riches mais ici traitées avec un ton agressif et souvent superficiel. A l'image de son générique hurleur et agaçant, une version rock d'une comptine sur le bonheur (Si tu es heureux, tape dans tes mains), la série peste et râle en continu, au risque d'élimer l'intérêt. La série veut bien faire pourtant. Soucieuse de montrer qu'elle a raison, que dans notre société sclérosée, il y a de quoi râler. Mais au delà de sa véracité, dont personne ne trouverait à redire, Happyish croûle sous des concepts aveuglants, souvent maladroits et inégaux.  Entre ses titres, ses discours introductifs (Dieu, Thomas Jefferson, les aliens, Arthur Miller), ses voix-off ou ses passages psychédéliques, la série s'alourdit dans sa démonstration. Pas assez simplifiée pour surprendre, pas assez nette, ni percutante.

    A force de performance, la série délaisse ses personnages, simples garde-fous, prisonniers de ces réflexions littéraires, des réflexions un peu m'as-tu-vu, et sans réel enjeu si ce n'est une gueulante pour la forme. Des acteurs de goût comme Steve Coogan, Ellen Barkyn ou Kathryn Hahn méritaient mieux. Pour autant, l'exercice de style est habile mais le feuilleton, peu attachant, n'est pas à la hauteur.

    6/10

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  • Intrusion (Saison 1) La part du mal

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    Intrusion, la nouvelle série d'Arte est une fulgurance. Trois épisodes de 52 minutes pour une virée labyrinthique dans l'étrange et dans le psyché.  Si fulgurante qu'elle pourrait laisser indécis.

     

    Depuis Dostoïevski jusqu'à Enemy, en passant par Arrested Development,  les auteurs raffolent de ces histoires. Les histoires de jumeaux, de sosies, de doubles, de nemesis. Des alter ego maléfiques qui hantent la personnalité du héros et sèment la confusion chez le téléspectateur. L'idée est reprise par Arte. Mêmes codes, même trouble. Intrusion raconte la trajectoire de Philip Kessler (Jonathan Zaccaï), un pianiste de renom, angoissé par son art exigeant et par un passé trouble. Lors d'un récital, l'homme est pris de lourdes convulsions. Il se réveille plus tard, sur le sol d'une imprimerie, dans la peau de Marc, son jumeau décédé à l'âge de dix ans.

    Créée par Xavier Palud à qui l'on doit le terrible Ils et le pas terrible A l'aveugle, cette nouvelle série française montre un vrai goût pour le classique. Un univers sériel, celui de l'habituel pianiste bourgeois marié à une femme énigmatique à peine grimaçante (Judith El Zein). Un héros à vif, hanté par des souvenirs de famille difficiles, sujets aux doutes et aux relectures. Classique aussi, pour sa narration à étapes, deux premiers épisodes consciencieux en guise d'introduction,  l'opposition naissante entre les deux doubles maléfiques, puis son altercation finale. Lorsque la vérité fait écho à la chute du héros. Des héros ?

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    Pour autant, la série n'est pas exempte d'erreurs. Des lacunes dans la réalisation, dans le son et dans l'écriture. Malgré un goût pour les fausses pistes, Intrusion pêche par une écriture volontairement silencieuse, trop peu soignée. Si la série exécute habilement le mélange des genres, entre fantastique, psychologique et drame bourgeois, elle n'a jamais l'ampleur des œuvres de son rang. Ces oeuvres-là qui éblouissent par les méandres de leurs histoires, par leur ambiance paranoïaque et intense qu'Intrusion n'a pas.

    Mais toutefois, la mini-série est audacieuse. Ambitieuse, certainement. Un peu hasardeuse aussi. Toujours, elle veille à ne pas délivrer ses secrets, à laisser le miroir partiellement caché, dans l'ombre, là où le mystère et les fantasmes électrisent jusqu'au bout les téléspectateurs. Quitte à la petite déception de fin.

    6/10

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  • Le bureau des légendes (Saison 1) L'espion sobre

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    Nouvelle création pour Canal + qui, enfin, mise du côté des séries paranoïaques à la Homeland. Pas de CIA ici, ou presque, mais la DGSE, service de renseignement extérieur français. Moins glamour aux premiers abords, et pourtant passionnant.

     

    A la DGSE, on les appelle les légendes. Des agents du renseignement. Des espions. Des clandestins, comme le héros, Mathieu Kassovitz, alias Guillaume Debailly, alias Paul Lefebvre, alias Malotru. Beaucoup d'alias pour un homme sous couverture, planqué en Syrie, à Damas depuis six ans, à jouer les professeurs de français agrégé et arabophones (le tout en une formation éclair d'un an), chargé en douce de recruter et de tisser un réseau de sources.

    La série démarre à la fin de la mission. Lorsque Malotru, exemple de nom trivial donné aux agents de la DGSE (dans la fiction comme dans la vie), rentre à Paris, serein, mais le cœur encore amoureux. La série part d'un postulat pragmatique, terriblement efficace : capter le quotidien de l'espion, entre préparatifs et contrecoups, cette hypervigilance aigüe selon la psy du service (Lea Drucker, très juste).

    Au delà du retour prodigue du héros, la série se déploie sur plusieurs intrigues fils-rouges : la disparition soudaine en Algérie d'un collègue en mission, Cyclone, et les préparatifs rigoureux d'une nouvelle recrue, Marina (Sara Giraudeau) chargée d'infiltrer un prestigieux service de sismologie en Iran. Des histoires à tiroirs donc, à peine mélo lorsque le héros renoue avec sa maîtresse syrienne, mais sans cesse menées avec rigueur et suspicion, avec un sens du détail inouï, une précision et une sobriété qui donne à la série toute son ampleur, toute son apparente réalité. En cela, la série a du cran, elle sait manier la tension d'une action secrète au jeu plus silencieux de la paranoïa, jusqu'au bout, en accumulant les rebondissements solides.

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    Sur le papier, le Bureau des Légendes avait des airs de ratage. Une vitrine superficielle et romantique sur la vie des espions, mais grâce à l'écriture ciselée d'Eric Rochant, le showrunner (Möbius, Mafiosa) et d'Emmanuel Bourdieu (scénariste des films de Desplechin), la série sonde avec finesse cet univers sans faire de zèle. Ici, pas d'espion à gros bras, de répliques manichéennes,  les espions sont surnommés Mémé, ils conduisent des Clio, ou des camions poubelle, et ressemblent à ce voisin sosie de Jean-Pierre Darroussin.

    Au delà d'intrigues parfaitement exécutées, la réussite de cette série réside ici en ce quotidien parfaitement réaliste. Ces étages ordinaires, cafétéria d'entreprise et chaises de bureau bas de gamme, ces filatures malines, sans crissements de pneus, et surtout, toutes ces astuces d'espions jamais vus, artifices ingénieux, phases de test, mensonges à double-jeu, manœuvres habiles et originales, propices au sortilège cinématographique, même dans cette ère où pullulent les séries d'espion roublardes.

     

    Au bureau des légendes, les recrues captivent par leur quotidien monocorde. Et la série, par son aisance à raconter de grands récits, minutieux et pragmatiques. Moins Homeland que la géniale et inédite The Honourable Woman.

    9/10

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  • Broad City (Saison 2) La débrouille sans fard

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    Elles s'appellent Ilana et Abbi. Avec Lena Dunham et Amy Schumer, elles sont les new-yorkaises les plus hilarantes du moment. Et peut-être de l'histoire.

     

    Ilana et Abbi sont amies. Amies depuis presque dix ans, depuis leurs classes de théâtre. De leurs mains, elles ont crée Broad City, une websérie qui, grâce à Amy Poehler, s'est vue lancer sur Comédie Central. Ilana et Abbi font de la comédie homemade. Une comédie do it yourself, mélange de punchlines féministes, blagues de "juives", beuveries, clins d'oeil crados, et déliriums psychédéliques.

    Broad City n'est pas ambitieuse. Filmer le quotidien foutraque de deux jeunes femmes qui le sont tout autant. Ilana et Abbi jouent leur propre rôle, à peu de choses près. L'une est illustratrice, femme de ménage dans un club de sport pour vivre, elle vit en colocation avec une fille toujours absente mais dont le petit-ami, un type adipeux et paresseux, squatte constamment le canapé. L'autre glande dans une start-up, elle enchaîne aussi les gagne-pains tranquilles (dog-sitter, ouvreuse). Elle fréquente un dentiste flegmatique et en pince un peu pour sa copine. Ilana et Abbie ne mènent pas la belle vie mais l'enjolivent. Elles fument des joints, manquent d'argent et se créent des missions. Récupérer un climatiseur ou un colis au fond de New York. Acheter en douce un gode-michet. Assister à un mariage de chiens. S'incruster à une rooftop party.  Mendier dans la rue en vendant des dessins ou en improvisant une danse.

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    En une vingtaine d'épisodes, Ilana et Abbi prouvent qu'elles peuvent, elles aussi, jouer aux garçons. Improviser une série de buddies, une série subtilement crétine où la féminité remplace ce viril inspiré à la Workaholics. Elles montrent ça, Ilana et Abby, que les femmes aussi peuvent jouer aux idiotes, à l'aventure qui va trop loin, où l'on trace son téléphone dans New-York, se casse un membre, s'humilie devant un rencard, où l'on s'oblige à jouer les domestiques à demi-nu pour un pervers. Au delà d'une belle stupidité, ces deux amies sont cools. Sans essayer de l'être. Leur humour est brutal, fusionnel, souvent sexuel, un humour parfois plus subtil sur la vie quotidienne à New-York, sur ses gens, sa culture, ses cinémas, ses restaurants, sur la débrouille à coup de coupons Bed Bath and Beyond.

    Mais ce qui transcende Broad City, c'est la vivacité, l'énergie, l'authentique de ces deux amies auteurs qui écrivent ce qui les amuse. Elles éblouissent par leurs envies franches. Parce qu'Ilana et Abbi ne craignent ni rien ni personne. Elles font ce qu'elles veulent. Elles assument tout, leur indépendance, leur manque de maturité. Elles n'essaient pas d'évoluer, de devenir responsables. Elles savent qu'à New York, parmi les vieilles dames folles, les bourgeois sous antidépresseurs, les commerçants véreux, les faux diplômés ou les faux branchés, il y a forcément pire qu'elles.

     

    9/10

     

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  • Daredevil (Saison 1) L'ennui du super-héros

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    En choisissant de faire renaître Daredevil, Netflix réalise un gros coup. L'espoir de fédérer les fans des franchises Marvel, de ceux qui n'aiment ni les séries carcérales ni les séries politiques. Malheureusement là, les autres abonnés pourraient trouver le temps long.

     

    Daredevil est une marque connue, surtout distinguée par l'échec en 2003 du film avec Ben Affleck. La série promettait de rectifier le tir. Et elle y met du sien. Plus de rythme, de noirceur, de précision incarnée par un casting plutôt bon, en tête, Charlie Cox dans le rôle titre de l'avocat aveugle et justicier. Pourtant rien n'y fait.

    Daredevil est coupable de ses résolutions. De sa pertinence policée, de sa sagesse lancinante qui parcourt chaque épisode, faisant de ce binge-watching un marathon souffreteux. La série essaie de bien faire, elle réussit ses scènes de divertissement, lorsque Matt Murdock, allure branchée, lunettes rouge teintée et serties d'argent, cabotine gentiment avec son associé, Foggy, et leur secrétaire (Deborak Ann Woll, toujours pimpante depuis True Blood). La série plaît aussi quand ses épisodes se nouent entre eux, évitant de près ou loin la production à formules qui bouche les trous narratifs. Daredevil agit comme une bonne élève. Consciencieuse, visuelle, mais profondément insipide.

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    Après quelques épisodes ennuyeux sur l'enfance du héros, son accident, son père boxeur, la série démarre au troisième épisode, à la présentation du grand méchant, Fisk (Vincent D'Onofrio), un magnat voulant posséder Hell's Kitchen. Le moment enfin de cristalliser les passions. Mais le vilain, comme le reste, peine à convaincre. Ce mafieux romantique et collectionneur d'art, trop proche des grands monstres sensibles façon Hannibal Lecter, trop facile, trop attendu aussi dans son jeu massif, simplement massif. A l'image de la série, simplifiée à l'envi dans ses historiettes, sa corruption policière, ses clans d'immigrés, sa violence, lisible à des kilomètres, incohérente aussi parfois, dont les liens surfaits et évidents entre les personnages irritent souvent.

    Pas assez manichéenne pour exalter ou un peu trop pour intriguer. La série ne choisit jamais. Le résultat manque d'une voix, les bagarres sont des bagarres. Les russes et les chinois se comportent comme des russes et des chinois. Les sidekicks comme des sidekicks. Les filtres grisâtres ont beau obscurcir l'image, la rendre cinématographique pour la distinguer des productions publiques à la Arrow, cela reste trop vain. Parce que la série manque avant tout de chair. D'intensité. D'une tragédie qui par-dessous le sol viendrait nourrir l'ambiance, la ville et les personnages. La série se voudrait une âme à la Dark Knight, une inspiration malade, propice à tourmenter les esprits, profondément humaine. Mais trop prudente, trop balisée, dénuée de toute ampleur, la série se réduit elle-même.

     

    Avec Daredevil, on espérait une modernité, une série habitée, majestueuse, comme un bel opéra. A l'inverse, elle n'est qu'un saga vaine, à peine indulgente.

    3/10

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  • Orange is the new black (Saison 1&2) L'avant et l'après

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    Pile un an après l'arrêt de Weeds sur Showtime, Jenji Kohan, la folle showrunner à lunettes pointues, voit l'avenir derrière les barreaux, dans une série carcérale mélodramatique, diffusée sur Netflix, la nouvelle référence sérielle depuis House of Cards. Après la fumette, une nouvelle façon de passer l'été.

     

    Dans cette prison du Connecticut, les femmes purgent leur peine dans un esprit collaboratif. Ici, pas de viol, de corruption majeure, d'ambiance à la Emerald City, cette nouvelle série n'a rien d'un Oz au féminin (l'un des surveillants-chefs le dit au cours du pilot). Au même titre que Weeds n'était pas The Wire.

    Toujours avec les créations de Jenji Kohan, le décor de fond ne définit pas les thématiques, la série préférant se focaliser sur les détails d'une vie enfermée, de l'organisation du groupe, des traversées de chacune. Dans cette ambiance, le quotidien bouleversé de Piper Chapman (la révélation Taylor Schilling, plus mignonne qu'un dessin animé). Une jeune femme qui à quelques mois de son mariage se fait rattraper par son passé et se voit condamnée à une année de prison pour complicité de traffic de drogue. Apparemment, tirée d'une histoire vraie (le roman de Piper Kerman Orange is the new black : My year in a woman prison).

    L'étrange monde d'Orange is the new black est ainsi vu à travers les yeux de cette jeune femme d'apparence sans histoires, que tout le monde ici appelle college (elle sait aligner quelques mots). Près d'elle, on aurait pu croiser Nancy Botwin, la dealeuse de banlieue à qui finalement tout sourit, mais Jenji Kohan a préféré se débarrasser des oripeaux pour dessiner de nouveaux visages. Des femmes de trempe.

    Et c'est la plus grande réussite de cette série. Une quinzaine de personnages féminins gravitent dans ce huit-clos grisâtre, avec chacune, une trajectoire, un passé, une fantaisie, une différence. En deux saisons, deux mystères, la série traverse, relie, découd ces trajectoires avec un sens du détail et une envergure implacable. A la façon de Six Feet Under, chaque épisode raconte le passage à l'acte d'une détenue. Une variété de scénars parfois légers, ironiques, dramatiques, qui humanisent ces détenues, qui les expliquent, les conditionnent aussi. Si l'on pense d'abord que l'ensemble est trop inoffensif, la série montre son intensité à chaque milieu de saison, entre guerre de gangs et tensions familiales. La série n'est pas un portrait, elle dépeint le décor d'une prison à sécurité minimale où la liberté et le travail sont offerts à la grappe carcérale, et où le conditionnement et la lucidité effleurent parfois le sujet social.

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    A l'image du générique écrit et interprété par Regina Spektor dans lequel des regards, des bouches, des mains de femmes américaines détenues défilent en vitesse rapide, la série est une ode au temps, une façon de mettre en jours, en minutes et en souvenirs la vie carcérale, où la trivialité et le grotesque côtoie le dur et le noir.

    La faiblesse, l'hygiène, l'influence, le changement de genre, l'homosexualité, l'intimité, l'extérieur, la survie, la croyance sont autant de thématiques exposées, reliées, montées de façon brusque dans chaque épisode, et travaillées au corps par la série comme des petits prismes permettant de comprendre ces femmes et leur condition. A travers ces femmes organisées en clans, surtout raciaux -les afros, les latinos, les séniors, les chrétiennes et les blanches menées d'une main de fer par Red, la série offre une tapisserie à motifs farfelus. Un répertoire de témoignages d'écorchées vives, de Doggett,  la chrétienne investie d'une mission évangélisatrice à la petite troupe de Piper, en passant par Crazy Eyes, Miss Claudette, Dayanara, Tricia, Taystee, Poussey, autant de femmes bouleversantes dans leurs histoires et leurs jeux.

     

    Extrêmement divertissant, parfait dans sa couture,  son sens de l'enjeu et du détail, Orange is the new black est une création de personnages, originale et brillante qui décrit la prison, la liberté et l'existence féminine sous un jour rarement exposé à la télévision.

    9/10

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  • Empire (Saison 1) La naissance de l'année

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    Introduite à la midseason, Empire est déjà un phénomène. Des audiences spectaculaires, un blason redoré pour la FOX, une façon de revoir la sérialité. Pour une série solide, sanguine, qui le mérite.

     

    C'est l'histoire d'un royaume musical d'une ancienne star du rap, ancien voyou, Lucious Lyon, désormais patron des arts. Son empire s'appelle Empire. Il pourrait être celui d'un  Dr Dré ou d'un Jay-Z. C'est un homme puissant et père d'une famille qui l'est tout autant.

    A la fois thriller et soap, Empire aime ouvrir les tiroirs. Accumuler les histoires. Des histoires de duel familial, de buzz industriel, de jalousie, de passé sombre, de comeback musical, de convoitises, de maladies. Des histoires multiples, qui s'emmêlent, disparaissent, ravivent les tensions. L'intensité d'Empire est large, parfois sans fond, mais ambitieuse. La force d'Empire vient de son énergie visuelle et de son verbe. Sa façon de jouer des coudes et de donner du rythme à ses histoires. Sans conteste, les plus réussies sont celles autour du patriarche et de son ex-femme, Cookie, ex-taularde bien décidée à récupérer sa part du lyon. Deux acteurs marqués, Terrence Howard et Taraji P. Henson, impeccables, forts en gueule, qui toujours évitent le jeu caricatural du soap. Un couple phare et charismatique, symbole de cette histoire impériale, cette saga familiale puissante et viciée.  

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    Pour autant, les histoires dévouées aux enfants Lyon garantissent le divertissement. Trois fils, un rappeur, un chanteur rnb gay et un businessman qui l'air de rien s'affrontent, s'opposent et s'unissent pour la survie de l'Empire après la mort programmée du roi, Lucious. On préférera le jeune Hakeem, ténébreux et imprévisible, à Jamal, trop lisse, ou à André, trop attendu dans le rôle du comploteur. Mais le trio fonctionne dans cette quête théâtrale de dynastie et d'héritage.

    Créée par Lee Daniels, cinéaste adoré outre-atlantique depuis Le Majordome et Precious,  la série est un succès total. Un succès jamais vu. Pour ses histoires fournies, mêlant passions familiales à la Dynasty, et chansons produite par Timbaland (malgré des paroles par fois grotesques). Pour un rôle, les guest se jettent dans la mêlée. Naomi Campbell, Courtney Love, Jennifer Hudson, Mary J. Blige et Rita Ora pour la si courte première saison. Alors forcément, la série a du coffre (de l'auto-tune aussi) mais surtout une belle allure. Une silhouette noble à l'image de ces protagonistes, ces Lyon impitoyables qui gèrent leur royaume comme des seigneurs.

     

    Souvent audacieuse ou exagérée, Empire est une série carnassière et racoleuse, qui ose tout. Au fil des épisodes, la série s'étend, montre les étendues de son territoire, ses atouts et son envie de pouvoir (avec concerts aux Etats Unis à la clé).

    8/10

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