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blabla séries - Page 5

  • Life in Pieces (Saison 1) Petites scènes drôles

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    Si les critiques louent The Grinder comme la meilleure comédie de l'année, série simpliste et un peu soporifique avec Rob Lowe, c'est que ces gens-là n'ont pas vu Life in Pieces. Ou alors ils ont perdu tout sens de l'humour à force de débit médiatique.

     

    Une série familiale découpée en petites saynettes de vie, ça ne rappelle rien à personne ? Ce hit show habitué des récompenses qui ne fait plus rire personne depuis trois-quatre ans. Cette série un peu vide, avec une colombienne à la voix prononcée, qu'on regarde quand même parce qu'on les aime bien, au loin, comme des oncles et des tantes de second degré un peu attachants. Mais désormais, peut-être qu'on ne la regardera plus, Modern Family, peut-être que la septième saison devra redoubler d'effort parce que Life in Pieces est une relève sérieuse. Les débuts de cette nouvelle série de CBS sont implacables, drôles à chaque fois, inspirés, pas moralistes, jamais démesurés.  En un mot, la qualité de Modern Family sans ses défauts.

    Oubliés les Pritchett-Dunphy-Delgado-Tucker, le clan de Life in Pieces est là pour la suite. Et il n'a même pas de nom de famille. Ici, on parle de Jen et Greg et leur nouveau-né, de Heather et Tim, mariés depuis belle lurette et de leurs trois enfants. De Matt, aussi, le frère cadet qui récemment endetté est contraint de revivre chez leurs parents, Joan et John, deux septuagénaire énergiques, ni ronchons ni caricaturaux. Chaque clan a son sketch, son moment mais tous sont reliés les uns aux autres. On appelle ça une famille. Encore une. Pour autant, pas de réunion gentillette en toute fin d'épisode, de poses mièvres qui rappellent les vertus de la génétique. Dans Life In Pieces, on conçoit la vie comme une somme de détails difficiles, humiliants et un peu désopilants.

     

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    Ainsi morcelée en quatre parties la série créée par Justin Adler (responsable des très bons Better Off Ted et Samantha Who?) rappellent les tares de la vie en communauté. Ici, l'attention est faite aux détails. Aux réactions des héros, chacun d'entre eux étant dans une phase de vie clé, la retraite, la parentalité, le départ d'un enfant à la fac, le célibat.

    On aurait pu craindre l'effet conceptuel de la série et son manque de liant entre les personnages à force de découpage. Mais la série se défend à merveille, à coup de répartition équilibrée. A tel point que tout le monde est drôle, sympathique et avenant. Les nouveaux parents, Colin Hanks et Zoe Lister Jones,  sont géniaux d'emportement et de laisser-aller, aussi riches que les enfants de Betsy Brandt qu'on retrouve un peu partout depuis l'arrêt de Breaking Bad, aussi complices et intéressants que la matriarche, Dianne West et son mari, James Brolin, qui n'a d'autre lubie que d'organiser son propre enterrement pour fêter ses soixante-dix ans. Sur le papier, tout a l'air un peu compliqué mais la série montre à quel point il est facile de faire rire d'une famille.

     

    En somme, un casting irréprochable où personne (encore) ne tire la couverture à soi, à l'image de cette série parfaitement menée, toujours amusante, moderne elle aussi, subtile dans son approche du rire. Alors on peut le dire sans frémir : la meilleure comédie de cette année.

    9/10

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  • Crazy Ex-Girlfriend (Saison 1) Une folie jamais-vue à la télé

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    Avec la parodique Jane The Virgin l'an passé, la CW avait montré de quel bois elle se chauffait. Avec sa nouvelle recrue, Crazy Ex-Girlfriend, aussi aliénée que son titre, la chaîne montre qu'elle en a dans la cheminée (métaphore temporaire, rétractation possible).

     

    Crazy Ex Girlfriend est une histoire de dingue. A commencer par ses coulisses, son projet d'abord destiné à Showtime en une comédie courte, puis rejetée par les patrons, récupérée à la hâte par des grosses têtes de la CW, retravaillée au cordeau pour devenir un format long, adapté au public jeune de la chaîne. Malgré les ajustements, le départ de réalisateurs, le lissage de scripts, la série est là, toute prête. Et le résultat est impressionnant. Sans perdre de sa verve, la série séduit par son ironie affûtée et son ambiance insensée, surtout indescriptible.

    La comédie raconte l'histoire de Rebecca Bunch, une jeune avocate brillante, soumise à l'exigence maternelle, une jeune femme un brin mélodramatique, sujette à des crises névrosées calmées par les pilules. En recroisant par hasard son ancien flirt de l'été de ses seize ans et envoûtée par une publicité pour une marque de beurre, Rebecca plaque New York et une carrière de pointe pour déménager à ses côtés, dans une petite ville paumée de Californie (à quatre heures de la plage). Le problème, c'est que le type, lui, s'en fout complètement.

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    Alambiquée, la série doit tout à son héroïne,  Rachel Bloom, également créatrice et scénariste de la série,  plus proche de la loufoquerie d'Amy Schumer que de l'esthétique figée des héroïnes de Vampire Diaries. Connue pour des clips absurdes postés sur Youtube (You can touch my boobies, I steal pets, I was a mermaid and now i'm a pop star), Rachel aime écrire et se mettre dans la peau de femmes  allumées, psychologiquement instables, toujours sur le fil. Comme dans la série. Grâce à elle, et à la réalisation de Marc Webb, expert en passades psychédéliques depuis 500 Days of Summer, le début de Crazy Ex-Girlfriend révèle toute sa folie géniale. Sa puissance aussi, son décalage permanent et une maîtrise ambitieuse, inédite pour une série publique.

    En une heure inaugurale, Rachel Bloom séduit totalement. Son personnage de jeune avocate sentimentalement perturbée, étonne par son jeu grimaçant, son talent de performeuse quand l'héroïne se lance dans des chants de comédie musicale pour louer son bonheur. La série accumule les étiquettes dangereuses, sketches musicaux, gags mystiques, blagues racistes, scènes ambitieuses de fellation pleurnicheuse ou d'épilation anale. Pourtant, Crazy Ex-Girlfriend n'est jamais pesante. Ses excès jamais pénibles, jamais attendus. A l'inverse, la série ravit et trace son sillon comme personne. Une recette miraculeuse, où tout est calibré, mené avec une expertise vertigineuse, où chaque aventure détraquée prend de court le téléspectateur et l'époumone, comme rarement à la télévision publique américaine.

     

    Toujours intense et insensée, servie de répliques fines et hilarantes, Crazy Ex-Girlfriend est une prouesse, une lubie absurde et délicieuse qui réinvente l'héroïne et la série jeunesse. Immanquable.

    10/10

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  • Quantico (Saison 1) La recrue terroriste

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    Estampillée meilleure nouveauté de la rentrée par les critiques, soutenue par les gentils d'Allociné, Quantico est un show facile mais prometteur qui pourrait donner du tort aux productions de Shonda Rhimes et aux autres.

     

    Lancée par ABC pour persévérer dans le succès, Quantico n'est pas ce qu'on attendait. Un blockbuster balourd, faussement trépidant,  qui brasse laborieusement de mini-intrigues pendant des semaines jusqu'à l'annulation. A l'inverse, elle pourrait être un bon divertissement. Elle raconte les premiers pas d'agents du FBI encore en formation, à Quantico. Un petit groupe de jeunes gens au physique plutôt joli et policé pour ne faire fuir personne, au sens de l'humour recherché et à la déduction parfaite. Parmi eux, l'héroïne, Alex Parrish (Priyanka Chopra) qui six mois plus tard se retrouvera au milieu d'une scène terroriste tragique, suspectée par ses pairs.

    Bien sûr, difficile de ne pas voir les rapprochements entre Homeland pour son terreau paranoïaque, son héroïne traquée, son ambivalence, et les pastilles publiques à la How To Get Away With Murder pour cette ambiance juvénile. Mais Quantico pourrait être plus singulière. Déjà, la série se veut beaucoup moins épileptique que ses consoeurs. Moins orgueilleuse, moins perfide qu'une Olivia Pope grimaçante, Quantico se veut mystérieuse sans être suffisante. Pertinente sans être fière. Soap bien sûr sans être grotesque. Ses débuts sont justes, souples, soucieux de montrer l'étendue de ses personnages-types (l'orpheline, le gay, la jeune voilée, le séducteur snob) et la promesse d'une belle intrigue -ou non.

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    Réalisé par Marc Munder (Utopia), le pilot est typique du genre, construit sous formes d'allers-retours rapides, entre l'évènement majeur, l'attentat terroriste à Grand Central, et les origines, à savoir les débuts des agents à Quantico quand l'agent double a fait ses armes. La série est efficace dans son déroulement, consciente de ses rebondissements improbables et de son enquête à venir, où l'héroïne sera une accusée à tort-modèle.

    Jusqu'au-boutiste, la série livre le produit clé en main et tel un Damages, parvient rapidement à faire planer le doute. Quelques facilités persistent, une bande-son parfois en surplomb, des répliques moins fines que d'autres mais Quantico n'ennuie pas et réussit souvent à être percutante. Grâce à ses histoires de personnages, du secret de famille à la quête idéologique, la série veille à prendre avec elle toutes ces thématiques du moment, ces sujets conspirationnistes, cet héritage abîmé depuis le 09/11, qui au-delà d'un effet voyeuriste pourraient ici tenir la route.

    8/10

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  • Happyish (Saison 1) A peu près corrosif

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    La nouvelle série de Showtime parle du bonheur. Un bonheur souvent amer, déçu, frustré, caractérisé par une famille qui en veut à la terre entière. Décapant mais assez lassant.

     

    Happyish ou le bonheur à peu de choses près est une série créée par Shalom Auslander. Un écrivain connu pour La lamentation du prépuce ou Attention Dieu méchant, des romans-essais critiques de la religion juive vendus au kiosque relais de chaque gare, faisant parfois l'objet d'une promotion deux pour le prix d'un.

    Dans Happyish, on retrouve l'obsession d'écriture de Shalom, la quête de soi, la famille, la religion, l'entreprise. Elle raconte l'histoire d'une famille américaine à peu près ordinaire, un père catholique non pratiquant, un publicitaire aigri depuis que son entreprise fait la part belle aux jeunes talents assoiffés d'innovations et une mère juive non pratiquante, qui jongle avec difficulté entre les tâches maternelles et sa peinture. Tous les deux viennent d'un horizon différent mais tous les deux sont en colère.

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    La série parle de ce bonheur en perte de vitesse. Elle parle de choses qui irritent. Qui donnent des brûlures. La société de consommation, l'obsolescence programmée façon Apple, le malaise au travail, le questionnement religieux, l'emprise parental, les chansons Disney. Des pistes riches mais ici traitées avec un ton agressif et souvent superficiel. A l'image de son générique hurleur et agaçant, une version rock d'une comptine sur le bonheur (Si tu es heureux, tape dans tes mains), la série peste et râle en continu, au risque d'élimer l'intérêt. La série veut bien faire pourtant. Soucieuse de montrer qu'elle a raison, que dans notre société sclérosée, il y a de quoi râler. Mais au delà de sa véracité, dont personne ne trouverait à redire, Happyish croûle sous des concepts aveuglants, souvent maladroits et inégaux.  Entre ses titres, ses discours introductifs (Dieu, Thomas Jefferson, les aliens, Arthur Miller), ses voix-off ou ses passages psychédéliques, la série s'alourdit dans sa démonstration. Pas assez simplifiée pour surprendre, pas assez nette, ni percutante.

    A force de performance, la série délaisse ses personnages, simples garde-fous, prisonniers de ces réflexions littéraires, des réflexions un peu m'as-tu-vu, et sans réel enjeu si ce n'est une gueulante pour la forme. Des acteurs de goût comme Steve Coogan, Ellen Barkyn ou Kathryn Hahn méritaient mieux. Pour autant, l'exercice de style est habile mais le feuilleton, peu attachant, n'est pas à la hauteur.

    6/10

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  • Intrusion (Saison 1) La part du mal

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    Intrusion, la nouvelle série d'Arte est une fulgurance. Trois épisodes de 52 minutes pour une virée labyrinthique dans l'étrange et dans le psyché.  Si fulgurante qu'elle pourrait laisser indécis.

     

    Depuis Dostoïevski jusqu'à Enemy, en passant par Arrested Development,  les auteurs raffolent de ces histoires. Les histoires de jumeaux, de sosies, de doubles, de nemesis. Des alter ego maléfiques qui hantent la personnalité du héros et sèment la confusion chez le téléspectateur. L'idée est reprise par Arte. Mêmes codes, même trouble. Intrusion raconte la trajectoire de Philip Kessler (Jonathan Zaccaï), un pianiste de renom, angoissé par son art exigeant et par un passé trouble. Lors d'un récital, l'homme est pris de lourdes convulsions. Il se réveille plus tard, sur le sol d'une imprimerie, dans la peau de Marc, son jumeau décédé à l'âge de dix ans.

    Créée par Xavier Palud à qui l'on doit le terrible Ils et le pas terrible A l'aveugle, cette nouvelle série française montre un vrai goût pour le classique. Un univers sériel, celui de l'habituel pianiste bourgeois marié à une femme énigmatique à peine grimaçante (Judith El Zein). Un héros à vif, hanté par des souvenirs de famille difficiles, sujets aux doutes et aux relectures. Classique aussi, pour sa narration à étapes, deux premiers épisodes consciencieux en guise d'introduction,  l'opposition naissante entre les deux doubles maléfiques, puis son altercation finale. Lorsque la vérité fait écho à la chute du héros. Des héros ?

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    Pour autant, la série n'est pas exempte d'erreurs. Des lacunes dans la réalisation, dans le son et dans l'écriture. Malgré un goût pour les fausses pistes, Intrusion pêche par une écriture volontairement silencieuse, trop peu soignée. Si la série exécute habilement le mélange des genres, entre fantastique, psychologique et drame bourgeois, elle n'a jamais l'ampleur des œuvres de son rang. Ces oeuvres-là qui éblouissent par les méandres de leurs histoires, par leur ambiance paranoïaque et intense qu'Intrusion n'a pas.

    Mais toutefois, la mini-série est audacieuse. Ambitieuse, certainement. Un peu hasardeuse aussi. Toujours, elle veille à ne pas délivrer ses secrets, à laisser le miroir partiellement caché, dans l'ombre, là où le mystère et les fantasmes électrisent jusqu'au bout les téléspectateurs. Quitte à la petite déception de fin.

    6/10

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  • Le bureau des légendes (Saison 1) L'espion sobre

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    Nouvelle création pour Canal + qui, enfin, mise du côté des séries paranoïaques à la Homeland. Pas de CIA ici, ou presque, mais la DGSE, service de renseignement extérieur français. Moins glamour aux premiers abords, et pourtant passionnant.

     

    A la DGSE, on les appelle les légendes. Des agents du renseignement. Des espions. Des clandestins, comme le héros, Mathieu Kassovitz, alias Guillaume Debailly, alias Paul Lefebvre, alias Malotru. Beaucoup d'alias pour un homme sous couverture, planqué en Syrie, à Damas depuis six ans, à jouer les professeurs de français agrégé et arabophones (le tout en une formation éclair d'un an), chargé en douce de recruter et de tisser un réseau de sources.

    La série démarre à la fin de la mission. Lorsque Malotru, exemple de nom trivial donné aux agents de la DGSE (dans la fiction comme dans la vie), rentre à Paris, serein, mais le cœur encore amoureux. La série part d'un postulat pragmatique, terriblement efficace : capter le quotidien de l'espion, entre préparatifs et contrecoups, cette hypervigilance aigüe selon la psy du service (Lea Drucker, très juste).

    Au delà du retour prodigue du héros, la série se déploie sur plusieurs intrigues fils-rouges : la disparition soudaine en Algérie d'un collègue en mission, Cyclone, et les préparatifs rigoureux d'une nouvelle recrue, Marina (Sara Giraudeau) chargée d'infiltrer un prestigieux service de sismologie en Iran. Des histoires à tiroirs donc, à peine mélo lorsque le héros renoue avec sa maîtresse syrienne, mais sans cesse menées avec rigueur et suspicion, avec un sens du détail inouï, une précision et une sobriété qui donne à la série toute son ampleur, toute son apparente réalité. En cela, la série a du cran, elle sait manier la tension d'une action secrète au jeu plus silencieux de la paranoïa, jusqu'au bout, en accumulant les rebondissements solides.

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    Sur le papier, le Bureau des Légendes avait des airs de ratage. Une vitrine superficielle et romantique sur la vie des espions, mais grâce à l'écriture ciselée d'Eric Rochant, le showrunner (Möbius, Mafiosa) et d'Emmanuel Bourdieu (scénariste des films de Desplechin), la série sonde avec finesse cet univers sans faire de zèle. Ici, pas d'espion à gros bras, de répliques manichéennes,  les espions sont surnommés Mémé, ils conduisent des Clio, ou des camions poubelle, et ressemblent à ce voisin sosie de Jean-Pierre Darroussin.

    Au delà d'intrigues parfaitement exécutées, la réussite de cette série réside ici en ce quotidien parfaitement réaliste. Ces étages ordinaires, cafétéria d'entreprise et chaises de bureau bas de gamme, ces filatures malines, sans crissements de pneus, et surtout, toutes ces astuces d'espions jamais vus, artifices ingénieux, phases de test, mensonges à double-jeu, manœuvres habiles et originales, propices au sortilège cinématographique, même dans cette ère où pullulent les séries d'espion roublardes.

     

    Au bureau des légendes, les recrues captivent par leur quotidien monocorde. Et la série, par son aisance à raconter de grands récits, minutieux et pragmatiques. Moins Homeland que la géniale et inédite The Honourable Woman.

    9/10

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  • Daredevil (Saison 1) L'ennui du super-héros

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    En choisissant de faire renaître Daredevil, Netflix réalise un gros coup. L'espoir de fédérer les fans des franchises Marvel, de ceux qui n'aiment ni les séries carcérales ni les séries politiques. Malheureusement là, les autres abonnés pourraient trouver le temps long.

     

    Daredevil est une marque connue, surtout distinguée par l'échec en 2003 du film avec Ben Affleck. La série promettait de rectifier le tir. Et elle y met du sien. Plus de rythme, de noirceur, de précision incarnée par un casting plutôt bon, en tête, Charlie Cox dans le rôle titre de l'avocat aveugle et justicier. Pourtant rien n'y fait.

    Daredevil est coupable de ses résolutions. De sa pertinence policée, de sa sagesse lancinante qui parcourt chaque épisode, faisant de ce binge-watching un marathon souffreteux. La série essaie de bien faire, elle réussit ses scènes de divertissement, lorsque Matt Murdock, allure branchée, lunettes rouge teintée et serties d'argent, cabotine gentiment avec son associé, Foggy, et leur secrétaire (Deborak Ann Woll, toujours pimpante depuis True Blood). La série plaît aussi quand ses épisodes se nouent entre eux, évitant de près ou loin la production à formules qui bouche les trous narratifs. Daredevil agit comme une bonne élève. Consciencieuse, visuelle, mais profondément insipide.

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    Après quelques épisodes ennuyeux sur l'enfance du héros, son accident, son père boxeur, la série démarre au troisième épisode, à la présentation du grand méchant, Fisk (Vincent D'Onofrio), un magnat voulant posséder Hell's Kitchen. Le moment enfin de cristalliser les passions. Mais le vilain, comme le reste, peine à convaincre. Ce mafieux romantique et collectionneur d'art, trop proche des grands monstres sensibles façon Hannibal Lecter, trop facile, trop attendu aussi dans son jeu massif, simplement massif. A l'image de la série, simplifiée à l'envi dans ses historiettes, sa corruption policière, ses clans d'immigrés, sa violence, lisible à des kilomètres, incohérente aussi parfois, dont les liens surfaits et évidents entre les personnages irritent souvent.

    Pas assez manichéenne pour exalter ou un peu trop pour intriguer. La série ne choisit jamais. Le résultat manque d'une voix, les bagarres sont des bagarres. Les russes et les chinois se comportent comme des russes et des chinois. Les sidekicks comme des sidekicks. Les filtres grisâtres ont beau obscurcir l'image, la rendre cinématographique pour la distinguer des productions publiques à la Arrow, cela reste trop vain. Parce que la série manque avant tout de chair. D'intensité. D'une tragédie qui par-dessous le sol viendrait nourrir l'ambiance, la ville et les personnages. La série se voudrait une âme à la Dark Knight, une inspiration malade, propice à tourmenter les esprits, profondément humaine. Mais trop prudente, trop balisée, dénuée de toute ampleur, la série se réduit elle-même.

     

    Avec Daredevil, on espérait une modernité, une série habitée, majestueuse, comme un bel opéra. A l'inverse, elle n'est qu'un saga vaine, à peine indulgente.

    3/10

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  • Orange is the new black (Saison 1&2) L'avant et l'après

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    Pile un an après l'arrêt de Weeds sur Showtime, Jenji Kohan, la folle showrunner à lunettes pointues, voit l'avenir derrière les barreaux, dans une série carcérale mélodramatique, diffusée sur Netflix, la nouvelle référence sérielle depuis House of Cards. Après la fumette, une nouvelle façon de passer l'été.

     

    Dans cette prison du Connecticut, les femmes purgent leur peine dans un esprit collaboratif. Ici, pas de viol, de corruption majeure, d'ambiance à la Emerald City, cette nouvelle série n'a rien d'un Oz au féminin (l'un des surveillants-chefs le dit au cours du pilot). Au même titre que Weeds n'était pas The Wire.

    Toujours avec les créations de Jenji Kohan, le décor de fond ne définit pas les thématiques, la série préférant se focaliser sur les détails d'une vie enfermée, de l'organisation du groupe, des traversées de chacune. Dans cette ambiance, le quotidien bouleversé de Piper Chapman (la révélation Taylor Schilling, plus mignonne qu'un dessin animé). Une jeune femme qui à quelques mois de son mariage se fait rattraper par son passé et se voit condamnée à une année de prison pour complicité de traffic de drogue. Apparemment, tirée d'une histoire vraie (le roman de Piper Kerman Orange is the new black : My year in a woman prison).

    L'étrange monde d'Orange is the new black est ainsi vu à travers les yeux de cette jeune femme d'apparence sans histoires, que tout le monde ici appelle college (elle sait aligner quelques mots). Près d'elle, on aurait pu croiser Nancy Botwin, la dealeuse de banlieue à qui finalement tout sourit, mais Jenji Kohan a préféré se débarrasser des oripeaux pour dessiner de nouveaux visages. Des femmes de trempe.

    Et c'est la plus grande réussite de cette série. Une quinzaine de personnages féminins gravitent dans ce huit-clos grisâtre, avec chacune, une trajectoire, un passé, une fantaisie, une différence. En deux saisons, deux mystères, la série traverse, relie, découd ces trajectoires avec un sens du détail et une envergure implacable. A la façon de Six Feet Under, chaque épisode raconte le passage à l'acte d'une détenue. Une variété de scénars parfois légers, ironiques, dramatiques, qui humanisent ces détenues, qui les expliquent, les conditionnent aussi. Si l'on pense d'abord que l'ensemble est trop inoffensif, la série montre son intensité à chaque milieu de saison, entre guerre de gangs et tensions familiales. La série n'est pas un portrait, elle dépeint le décor d'une prison à sécurité minimale où la liberté et le travail sont offerts à la grappe carcérale, et où le conditionnement et la lucidité effleurent parfois le sujet social.

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    A l'image du générique écrit et interprété par Regina Spektor dans lequel des regards, des bouches, des mains de femmes américaines détenues défilent en vitesse rapide, la série est une ode au temps, une façon de mettre en jours, en minutes et en souvenirs la vie carcérale, où la trivialité et le grotesque côtoie le dur et le noir.

    La faiblesse, l'hygiène, l'influence, le changement de genre, l'homosexualité, l'intimité, l'extérieur, la survie, la croyance sont autant de thématiques exposées, reliées, montées de façon brusque dans chaque épisode, et travaillées au corps par la série comme des petits prismes permettant de comprendre ces femmes et leur condition. A travers ces femmes organisées en clans, surtout raciaux -les afros, les latinos, les séniors, les chrétiennes et les blanches menées d'une main de fer par Red, la série offre une tapisserie à motifs farfelus. Un répertoire de témoignages d'écorchées vives, de Doggett,  la chrétienne investie d'une mission évangélisatrice à la petite troupe de Piper, en passant par Crazy Eyes, Miss Claudette, Dayanara, Tricia, Taystee, Poussey, autant de femmes bouleversantes dans leurs histoires et leurs jeux.

     

    Extrêmement divertissant, parfait dans sa couture,  son sens de l'enjeu et du détail, Orange is the new black est une création de personnages, originale et brillante qui décrit la prison, la liberté et l'existence féminine sous un jour rarement exposé à la télévision.

    9/10

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